Ibid
croyait avoir à se plaindre de son cousin , et vivait retiré à Saint-Jean, faisant de fréquentes visites à ses fidèles amis de la Rochelle, lorsqu'un nouveau grief vint ajouter encore à son mécontentement. Il désirait que Navarre le nommât son lieutenant général en Languedoc ; mais ce titre fut donné au vicomte de Turenne, et le prince, déjà mal disposé pour ce dernier, en fut vivement blessé *.
Le refroidissement des deux cousins n'était ignoré de personne; Catherine, que le Roi son fils laissait intriguer à sa guise, résolut d'en tirer parti. La Reine mère avait passé plusieurs mois auprès de Navarre, et son œil exercé avait bien lu dans le cœur de ce prince. Elle l'avait trouvé si peu engourdi par le plaisir, qu'il répondait coup pour coup à toutes ses entreprises, et déjouait toutes ses menées. Lui enlevait-elle la Réole par une trahison, il surprenait Fleurance, tandis qu'elle le croyait au bal. Discutait-elle avec lui les articles de la conférence de Nérac, elle rencontrait sous l'enveloppe de la bonhomie une finesse égale à la sienne et une fermeté que son astuce ne pou-
I . Les secrétaires de Sully ((Economies royales) prétendent que le prince provoqua le vicomte en duel; mais cette assertion ne se retrouve ni dans les Mémoires de Turenne ni ailleurs. Cette provocation s'accorderait mal avec l'opinion exprimée par Condé sur les duels, dont nous parlerons plus loin.
vait désarmer. Depuis, elle l'observait avec une inquiétude mêlée de haine : tandis qu'on le croyait livré tout entier aux charmes de la belle Fosseuse, elle le suivait assurant sans bruit et avec patience son établissement en Guyenne, nouant des relations tout autour de lui. Déjà il avait reconquis à son parti l'appui de Damville, le puissant gouverneur du Languedoc, que la mort de son frère aîné venait de faire duc de Montmorency, et que nous désignerons désormais par ce nom. Catherine reconnut qu'il n'y avait plus rien à faire de ce côté. Elle se retourna vers Gondé, et mit tout en œuvre pour le détacher entièrement de son cousin. Elle lui écrivit pour lui offrir la main de la belle-sœur du Roi, mademoiselle de Vaudemont1, avec un établissement considérable et la restitution du gouvernement de Picardie. Elle le priait aussi de veiller à l'exécution des articles consentis à Nérac. Gondé refusa le mariage, « quoyque ce luy fust un très grand honneur, voyre tel qu'il n'eust osé l'espérer ; mais les ministres assemblés en synode luy avoyent faict response que pour la diversité de religion il n'y pouvoit entendre ». Quant aux articles de Nérac, il rappelait qu'il n'avait rien à y voir, « cela ayant esté traité par le roi de Navarre