‹ Histoire des princes de Condé pendant les 16e et 17e sièclesChapitre 3 sur 131 · Minute originale. Bibl. nat., collection Colbert · texte numérisé non relu

Minute originale. Bibl. nat., collection Colbert

2. Condé au Roi, Il juin 1568. — Autres lettres des mois do juin, juillet et août. — Bibl. nat., collection Colbert. [Pièces et Documents, n° I.)

des « commissions et contraintes » qui permissent de pourvoir au recouvrement des deniers sur tous ses sujets de la religion. Le Roi consentit à consulter le cardinal, mais ne donna sur les autres points que des réponses vagues, restant toutefois fort pressant pour le payement. D'une part, les protestants n'avaient ni l'envie ni peut-être le pouvoir de payer; de l'autre, la cour voulait, ou ruiner complètement le prince et ses amis, ou les convaincre d'inexactitude à remplir leurs engagements.

Ainsi menacé dans sa fortune, Condé se voyait encore atteint d'une autre manière. La coutume était de ne faire subir aux compagnies d'ordonnance commandées par les princes, ni cassations ni diminutions d'effectif. Condé reçut l'ordre de réduire la sienne de cent à soixante lances, et celle de son fils de cinquante à trente. Il réclama vainement1 : la réduction fut maintenue. En même temps, le Roi, par un nouvel édit, exigeait de ses sujets le serment qu'ils ne prendraient plus les armes sans un appel de la couronne. Contre une semblable ordonnance, qui, d'ailleurs, ne fut suivie d'aucune tentative sérieuse d'exécution, il n'y avait pas à protester; mais il était facile de voir où les

4. Condé au Roi, 25 juin 1368. Bibl. nat., collection Colbret.

coups portaient : toutes ces mesures tendaient à désarmer le parti protestant.

Les catholiques avaient, eux aussi, leurs griefs. Griefs

des catholiques.

et les faisaient sonner bien haut. Nous ne parlons « Le fait

-, , de la Rochelle. »

pas des meurtres dont ils se plaignaient, des depre- Les Rocheiois

, ^ appellent Condo.

dations qu'ils attribuaient à des bandes armées. H-n l'ait de violences et de cruautés, les deux partis se valaient : si les protestants étaient le plus souvent victimes, c'est que presque partout ils étaient les moins nombreux. Mais leurs adversaires dénonçaient les enrôlements faits en faveur du prince d'Orange; ils accusaient surtout les huguenots de fermer aux troupes royales plusieurs places importantes qu'ils auraient dû remettre selon les termes de l'édit de paix.

Sur le premier point, Condé répondait en désavouant Cocqueville et les autres capitaines protestants qui avaient tenté une incursion en Flandre par la frontière de Picardie. Pris à Saint- Valéry par le maréchal de Cossé, Cocqueville fut décapité; ses compagnons, d'ailleurs, furent traités avec une douceur dont se plaignit fort le duc d'Albe.

Sur le second point, la réponse était plus difficile. Si les réformés avaient rendu Orléans et les places voisines, ils avaient conservé Sancerre, Vézelay, Montauban. Gahors, etc. Ce qui s'était passé à la Rochelle avait surtout fixé l'attention.

Actes

et démarches

des puissances

catholiques.

Cette ville s'était déclarée pendant la guerre contre la cause royale, et cependant, après la paix, les bourgeois n'avaient pas fait difficulté d'accepter le gouverneur nommé par le Roi : Jarnac avait été reçu avec les honneurs d'usage; un présent de quatre mille livres lui avait été offert; les habitants catholiques furent rappelés, et toutes les mesures prescrites exécutées sans contestation. Mais, quand arriva l'ordre d'introduire une garnison, les bourgeois refusèrent net, arguant de leurs privilèges achetés de leur sang, de leur noblesse acquise par une lutte héroïque contre les Anglais. « Si les sujets sont tenus d'obéir au prince, ajoutaient-ils, le prince n'est pas moins tenu, par son serment, de maintenir les droits et privilèges de ses sujets1. » Bref, les troupes n'entrèrent pas. Jarnac dut sortir, et Yieilleville, envoyé à son aide avec une petite armée, trouva la place si bien gardée, qu'il s'arrêta sans rien tenter et se prit à négocier. Les Rochelois avaient appelé La Rochefoucauld dans leurs murs et écrit à Gondé pour se mettre sous sa protection.

Cette lettre fut un trait de lumière pour le prince. Place forte de premier ordre, port de mer important, située entre le Poitou et la Saintonge,

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