‹ Histoire des princes de Condé pendant les 16e et 17e sièclesChapitre 4 sur 131 · La Popelinicro · texte numérisé non relu

La Popelinicro

peu éloignée de la Gascogne, et par conséquent en communications faciles, soit avec l'Angleterre, soit avec les parties de la France où la réforme comptait ses principaux adhérents, la Rochelle était à la fois et un refuge très sûr et une excellente base d'opération. L'appel des Rochelois semblait ouvrir au prince une porte de salut et lui tracer un plan de campagne. En effet, sous peine d'abjurer ou de périr, l'hésitation n'était plus possible : tout annonçait de la part des catholiques les résolutions les plus violentes. Le roi d'Espagne avait donné le signal : la mort de don Carlos1, les massacres des Pays-Bas, l'exécution des comtes d'Egmont et de Horn (juin 4568), tant d'actes impitoyables, accomplis en quelques mois, semblaient autant d'exemples qui devaient stimuler le zèle de la cour de France. Le pape, en autorisant une vente de biens ecclésiastiques demandée par Charles IX, mettait à son consentement cette condition formelle, que le produit en serait consacré à l'extermination des hérétiques. L'Hospital put encore obtenir que

\. Don Carlos fut arrêté au mois de janvier, et, dans ce même mois, Philippe II annonça au pape « qu'il avait préféré l'honneur de Dieu et la conservation de la religion catholique à sa propre chair et à son propre sang ». Cependant les historiens espagnols prétendent qu'il mourut de la fièvre le 24 juillet.

la bulle ne fût pas reçue dans ces termes, et le saintpère fut prié d'en modifier le texte, mai^ ce fut le dernier succès du chancelier. Depuis longtemps, ce grand homme était sans crédit auprès de la Reine mère; aujourd'hui, sa présence à côté du jeune roi est une inquiétude et un embarras pour Médicis. L'Hospital fut éloigné : déjà avant lui, les Montmorency avaient quitté la cour; le cardinal de Bourbon était suspect; les Lorrains seuls étaient en faveur.

Amtude A mesure que grandissait le jeune Henri de

de France-, Guise et qu'approchait le moment où il pourrait °nBour- tenir l'épée de son glorieux père, le cardinal de Lorraine retrouvait les passions et revenait aux tendances que, dans sa grande circonspection, il avait cru devoir cacher depuis la mort du duc François. Il avait, après la paix de Chartres, simulé une tentative de rapprochement avec Condé ; mais, froidement accueilli par ce dernier1, il n'avait plus gardé aucune mesure. Quiconque, môme bon catholique, n'épousait pas toutes les haines, n'adoptait pas les plans sinistres de la faction dominante, était mis à lécart; les secrétaires d'État eux-mêmes étaient forcés de congédier leurs

1. Norreys à Elisabeth. 4 juin 4568. Stole paper office (Pièces et Documents, n° II.)

cour

troupes en gogne ; ordre

donnés à Tavannes.

LOUIS DE BOUBBON. 15

commis1, et les « politiques » (le mot fut inventé alors) étaient honnis presque à l'égal des huguenots. Les troupes italiennes et suisses n'étaient pas congédiées; des associations catholiques d'un caractère menaçant se formaient dans plusieurs provinces. Un grand seigneur, René de Savoie, comte de Gipierre, venait d'être massacré à Fréjus avec trente de ses amis : la protection de la couronne couvrait et le meurtrier, le baron des Arcs, et l'instigateur de ce forfait, le comte de Tende, propre frère de la victime. La terreur était générale, et plusieurs familles protestantes avaient déjà émigré. Enfin quatorze compagnies de gendarmes et plusieurs bandes d'infanterie venaient d'être dirigées sur la Bourgogne.

Aux premières nouvelles de la Rochelle, et sur l'avis de la réunion, assez significative, de cette espèce d'armée de Bourgogne, Coligny et d'Andelot avaient quitté Tanlay pour rejoindre Condé à Noyers. Bientôt on sut à la cour que d'Andelot venait d'arriver assez secrètement en Bretagne. Cela donna à penser. On recommanda à Marti-

1 . « On a fait casser plusieurs commis des secrétaires d'État...; le receveur de Senlis, commis de Villeroy, et Sageot, commis de l'Aubespine, ont été destitués ; on va en renvoyer d'autres... » (Xorreys à Elisabeth, 7 juin '1568. State paper uj fice. — Pièces et Documents, n° II.)

gues, gouverneur de cette province, de se tenir sur ses gardes1, et Ta vannes reçut l'ordre de faire exécuter promptement le coup de main projeté sur Noyers. Mais, trouvant la chose peu loyale, et ne croyant pas, d'ailleurs, au succès de « cette entreprise mal dressée de quenouille et de plume », il eut soin, avant d'obéir, de faire passer des messagers près de Noyers avec des billets ainsi conçus : « Le cerf est aux toiles; — la chose est préparée ». Gomme il s'y attendait, les billets furent saisis par ceux qu'ils intéressaient, et l'avis ne fut pas perdu.

Le 21 août, la marquise de Rothelin quittait Noyers, se rendant auprès de Charles IX pour l'assurer de la soumission de son gendre, et lui demander justice en son nom. Le 22, un nouveau message était expédié à la cour; Téligny en était chargé. Il fut arrêté sur la route et interrogé. A. tous ceux qui le questionnaient, il se disait porteur de paroles de paix : le prince attendrait à Noyers la réponse du Roi. Trompés par cette attitude et par ce langage, les officiers chargés de

<l. « ... Ledit sieur d'Andelot a piïns le chemin de Brelaigne, on ne peult savoir à quelle fin. Monsieur de Martigues l'a suyvy pour sentir ses desseings... » (L'abbé de Saint-Pierre a M. de Gordes, 20 juillet '1568. Archives do Coude.;

surprendre Condé, ou tout au moins de le tenir comme bloqué dans sa maison, se relâchèrent un peu de leur surveillance, attendant pour agir quelque occasion nouvelle, lorsqu'ils apprirent que le prince, parti à l'improviste, gagnait la Loire en toute hâte. Ils se jetèrent sur ses traces.

Condé et Goligny s'étaient mis en route le 23, Fuite de condé

. . » et des Chàlillon

emmenant avec eux la princesse enceinte, sa la- avec mille, celles de l'amiral et de d'Andelot; une (23 août 1068).

, . , .. , • • , tt i Passage périlleux

centaine de cavaliers les suivaient. Un second de la i.on-e détachement, commandé par le capitaine Boas, quittait Noyers au même moment, accompagnant quelques autres familles, les bagages, les serviteurs, et prenait la même direction, mais par une autre route, pour éviter l'encombrement. 11 s'agissait, cette fois, non pas de combattre, mais de se mettre promptement à l'abri; le temps manquait pour rassembler une grosse troupe : elle eût ralenti les mouvements et tout compromis. C'est avec cette faible escorte, avec ce triste cortège de femmes éplorées, d'enfants au berceau, qu'il fallait marcher ou plutôt fuir à grandes journées, par une chaleur accablante, « s'en allant, ainsi que Condé l'écrivait au Roi avec amertume, comme materais désempennez » \

1. Traits d'arbalète qui, dépouillés de leurs barbes, traversent l'air sans direction

La grande difficulté pour les fugitifs était de traverser la Loire : les enseignements de la dernière guerre n'avaient pas été perdus pour les catholiques. Afin de prévenir les jonctions entre les protestants du Nord et ceux du Midi, on avait coupé le royaume par une ligne de postes qui s'appuyait au fleuve. Mais il y a toujours quelque maille ouverte en ces sortes de réseaux. La sécheresse avait fait baisser les eaux de la Loire; des paysans avaient reconnu un gué auprès de Sancerre. Ils l'indiquèrent au prince, qui errait inquiet sur la rive. La petite bande y passa, et les eaux capricieuses, s'élevant comme par miracle derrière elle, arrêtèrent ceux qui la poursuivaient au moment où ils croyaient atteindre leur proie dans le filet tendu depuis longtemps. Gondé tomba à genoux, et, les yeux pleins de larmes, entonna avec les siens le psaume : « Israël au sortir d'Egypte. »

On avait échappé aux plus grands périls : la fugitifs grossit; marche pouvait continuer avec moins de précipita- Us Rochelle la tion. Bientôt on se trouva plus en nombre. Bouny, (29ÏÏueïre); saisi par le capitaine Gasconnet, avait donné un des bourgeois. p(mt à Boag . y rejoignit Condé avec son détachement ; d'Ivoy, Boucard et d'autres amenèrent encore quelque cavalerie. Cependant il fallait toujours beaucoup de prudence. Le prince et ses amis

répandirent partout qu'ils ne voulaient ni agiter le royaume ni rien tenter contre l'autorité di1 Roi : ils allaient, disaient- ils, faire visite à la Rochefoucauld et se mettre en sûreté dans son château de Verteuil * ; des lettres écrites en ce sens furent adressées à Montluc, qui commandait en Gascogne, à Vieilleville, qui commandait en Poitou. Des habitants, des prêtres catholiques, s'étant plaints de violences commises par des hommes de l'escorte, reçurent une réparation immédiate et éclatante. Au bout de quelques jours, Gondé, arrivé près de Poitiers, fit prier Vieilleville de lui en ouvrir les portes. « Volontiers, répondit le maréchal, s'il vient avec le train ordinaire d'un prince; non, s'il se présente avec une si grande suite. » Mais, pour le moment. Gondé ne songeait pas à Poitiers : il n'avait voulu que détourner l'attention du maréchal et soutenir le rôle de voyageur paisible. Il ne s'arrêta pas, et, le 49 septembre, il entra enfin à la Rochelle. « J'ai fui tant que j'ai pu, écrivait-il plaisamment; mais, étant ici, j'ai trouvé la mer, et d'autant que je ne sais pas nager, j'ai été contraint de retourner la tête et de gagner la terre, non avec les pieds, mais avec les mains. »

Le lendemain, il harangue les bourgeois de la

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