HENRI II DE BOURBON, TROISIÈME PRINCE DE CÙNDE
Coup d'œil sur les principaux événements qui suivirent la mort du second prince de Condé. — Jonction de Henri III et du roi de Navarre. — Siège de Paris. Mort de Henri III(août 1589). — Premiers actes de Henri IV. — Sa marche sur la Normandie. — Il s'établit à Dieppe. — Position d'Arqués ; beaux combats livrés pour la défendre (septembre 1589). — Le Roi est renforcé; Mayenne se retire. Le Roi reparaît sous les murs de Paris. — Marche habile sur Tours. Progrès des affaires du Roi. — Effort des ligueurs et de leurs alliés. Bataille d'Ivry (14 mars 1590). — Blocus de Pari?, levé par le duc de Parme (septembre 1590). — Difficultés de la situation du Roi ; il fait face à tout. Siège de Rouen, commencé en décembre 1591 , et levé par le duc de Parme en avril 1592. — Retour offensif du Roi; belle retraite du duc de Parme; sa mort. — Tiers parti. États de la ligue. Abjuration de Henri IV (juillet 1593). — Entrée du Roi à Paris (mars 1594). — Soumission de Lyon et de Rouen; guerre sur les frontières; combat de Fontaine-Française (juin 1595). — A Dijon, le connétable remet au Roi un placet en faveur de la princesse de Condé.
Naissance du troisième prince de Condé, Henri II de Bourbon, le 1er septembre 1588, à Saint-Jean-d'Angely. Longue détention de sa mère; animosité de sa famille. — De Thou obtient du Roi qu'il reconnaisse le jeune prince et le fasse élever dans la religion catholique. — La princesse de Condé est mise en liberté sous eau"
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tion (juillet 1595). — Le marquis de Pisani, nommé gouverneur du jeune prince, l'amène à Saint-Germain, où il est déclaré héritier du trône (novembre 1595). — Éducation du jeune prince : d'Haucourt, sous-gouverneur; Lefèvre, précepteur. — Acquittement et abjuration de la princesse deCondé (1596). Son caractère; sa lutte avec Pisani; fâcheuse influence sur l'éducation de son fils. — Éloges publics donnés au jeune prince : le cardinal de Florence; l'avocat général Dollé; Grotius. — Doutes persistants sur la naissance de Condé; état de l'opinion ; incidents. — Divorce et second mariage de Henri IV. — Changement de la situation du jeune prince. — Mort de Pisani (octobre 1599) ; il est remplacé par Belin. — L'éducation de Condé s'achève assez tristement ; son caractère ; ses dispositions; sa vie à la cour. — Présentation de Charlotte- Marguerite de Montmorency. Effet produit par sa beauté. Henri IV rompt le mariage projeté entre elle et Bassompierre. — Le prince de Condé fiancé à mademoiselle de Montmorency (décembre 1608) ; marié le 17 mai 1609.— La passion du Roi éclate. Altercations entre lui et Condé. Ce dernier se retire à Valéry avec sa femme. — Malherbe chante les amours du Roi. —Après une apparition à la cour, Condé retourne à Valéry, d'où il se rend à Muret. Incidents de son séjour en Picardie. — Mandé à la cour, il y vient seul ; le Roi veut le « démarier ». Intervention de de Thou et du secrétaire Virey. — Emportement du Roi. Condé part, annonçant son prochain retour avec la princesse (25 novembre 1609). — Le Roi est informé que Monsieur le Prince emmène sa femme en Flandre (29 novembre). Mesures aussitôt prises pour arrêter le fugitif. — Condé arrive à Landrecies (30 novembre). Il y est rejoint par les agents du Roi. Embarras des magistrats.— Après quelque hésitation, les archiducs autorisent la princesse à se rendre à Bruxelles; mais Condé doit quitter les Pays-Bas, et se rend à Cologne, où il arrive le 8 décembre. Démarches de Praslain et de Virey. La princesse mise en sûreté à Bruxelles dans le palais d'Orange. — Suite des mesures prises par Henri IV. Sentiment des ministres espagnols, et notamment de Spinola. — Coudé, appelé à Bruxelles, y arrive le 21 décembre. — Tristesse de la princesse; ses rapports avec son mari. Dispositions et démarches de sa famille. Intrigues du Roi. Négociations infructueuses pour ménager un accommodement entre lui et Condé, qui se livre davantage aux Espagnols. — Ambassade du marquis de Cœuvres (janvier 1 610); démarches directes et indirectes du Roi pour émouvoir et intimider la cour de Bruxelles. — Mission
secrète du marquis ; il doit enlever la princesse. — Virey découvre les projets de Cœuvres, et s'entend avec Spinola pour les déjouer. Alerte de la nuit du 13 au 14 février 1610. — Sommation en forme adressée à Condé par l'ambassadeur de France. — Condé se décide à quitter Bruxelles. Il confie sa femme aux archiducs, part déguisé le 21 février, et arrive à Milan le 31 mars. Attitude prise par l'Espagne vis-à-vis de ce prince et de Henri IV. — Le connétable réclame sa fille. Mission de Preaulx. Réponse des archiducs. — Requête de la princesse pour sa mise en liberté. Nouvelles démarches du Roi auprès des archiducs. On croyait qu'il les appuierait par une démonstration militaire. — Nouveaux vers de Malherbe. Malgré les assertions contraires, la passion du Roi est plus démonstrative que profonde. — Véritable but des armements de Henri IV. Sa politique; alliances et ressources qu'il s'est préparées. — llfait demander aux archiducs le passage par le Luxembourg pour son armée. — La cour de Bruxelles offre de renvoyer la princesse de Condé. Vains efforts pour arrêter Henri IV. — Bullion, ambassadeur de France à Turin, est chargé de surveiller Condé, qui habitait Milan. — Démarches faites auprès de Condé pour le décider à se rendre à Rome. Il renonce à ce projet sur la nouvelle de l'entrée des Français en Lombardie. — Il apprend la mort de Henri IV (mai 1610), quitte Milan, et arrive à Bruxelles le 18 juin. — 11 se soumet à la Régente, refuse de voir sa femme, et arrive à Paris le 16 juillet 1610.
coup d'œii Avant de revenir au berceau de l'enfant que '"ivénemer11" Charlotte de la Trémouille portait dans son sein qu" 'mon"1 la lorsqu'elle perdit son mari, il nous faut bien suivre du dïcondT11" la chaîne des faits historiques qui s'accomplirent après la mort du second prince de Condé, et résumer les principaux événements qui devaient exercer une si grande influence sur les destinées de son fils.
jonction L'année 1588 commençait tristement pour les
réformés : la catastrophe de Saint-Jean-d'Angely deiicnrinietd.i n'était pas le seul malheur qu'ils eussent à déplorer; l'armée élrangère, sur laquelle reposaient tant d'espérances, avait été détruite. La Ligue seule triomphait : revers ou succès, tous les incidents de la guerre profitaient à la faction de Lorraine, et la victoire du Béarnais à Coutras n'avait pas causé plus de dommage au roi Henri 111, ne lui avait pas attiré plus de sarcasmes ou d'insultes que la déroute des reîtres protestants. Quelques mois plus tard, il suffisait au duc de Guise de se présenter à Paris pour en chasser son souverain (mai 1588). Henri III crut prendre sa revanche des « barricades » par le double assassinat de Blois (décembre 1588); mais un crime ne pouvait lui rendre l'autorité qu'il avait laissé échapper de ses mains : le « martyre des deux frères » souleva une indignation générale, et le Hoi, bloqué dans Tours, plus isolé que jamais, n'eut bientôt d'autres ressources que d'appeler à lui les réformés et leur chef, le roi de Navarre. « Il y a cinq mois, écrivait ce dernier1, on me condamnoit hérétique et indigne de succéder à la couronne ; j'en suis asteure le principal pilier. »
Et ce fut, en effet, l'arrivée des vieux soldats siège de Paris;
h. A Corisande, le '18 mai 1589, de Blois.
mon de Henri in huguenots qui sauva peut-être « la couronne de
(août 1589)> , . . 1 ,
France ». Les portes de lours n étaient plus défendues que par une poignée d'arquebusiers, et, malgré la valeur proverbiale de Crillon, les ligueurs allaient pénétrer dans ce dernier asile du « Valois » , quand ils furent arrêtés par l'avant-garde protestante, que Châtillon amenait en toute hâte, Henri III s'était senti si près de sa perte, que le brillant combat du faubourg Saint-Symphorien et la retraite de Mayenne ne purent lui rendre la confiance. Il restait hésitant, découragé, voulait abandonner la Loire et se réfugier en Bretagne, laissant à ses troupes disséminées le soin de soutenir la lutte partout où elle serait possible. Mais « les irrésolutions ne sont plus de saison 1 » ; Navarre l'a compris : il persuade au Roi de renoncer au voyage de Bretagne et au désastreux système de guerroyer partout ; il le décide à se mettre à la tête de toutes ses forces réunies et à prendre énergiquement l'offensive sur le point le plus important : « Pour reguagner vostre royaulme, lui disait-il, il faut passer sur les ponts de Paris2. » Le plan tracé par le Béarnais avec tant de justesse et de fermeté s'exécutait avec bonheur. On avait trouvé des ressources dont on ne soupçon-
\ . Lettre du roi de Navarre à Mornay. 2. Lettres du 6 et du 7 juin.
nait pas l'existence; l'armée royale était belle et nombreuse; celle de la Ligue était déjà resserrée dans Paris; les parents du duc de Guise n'avaient pas hérité de son influence et de sa popularité; les chefs de la faction étaient divisés, jaloux les uns des autres ; le peuple mécontent. Le siège de la capitale commençait, et ses progrès étaient rapides, lorsque Henri III fut assassiné.
Tout était remis en question. Les soldats seuls Premiers actes da
Henri IV.
n'avaient pas hésité à reconnaître le nouveau roi : sa marche sur la
Normandie.
« Vous êtes le roi des braves, lui avait dit Givry en lui conduisant les capitaines des gardes françaises, et vous ne serez abandonné que des poltrons. » Mais les chances de Henri IV paraissaient bien faibles, et les ambitieux, les égoïstes, les timides n'étaient pas aussi faciles à entraîner que de simples gens de guerre. Plusieurs quittèrent immédiatement le quartier royal, sans dissimuler leurs intentions hostiles. Le plus grand nombre s'arrêtait à la question religieuse, les uns par calcul, les autres agités de scrupules sincères; tous cherchaient à gagner du temps avant de prendre un parti. L'instinct public était décidément contraire au roi protestant : or le droit le mieux établi perd sa force devant la résistance du sentiment national. Henri IV le comprenait : il ne pouvait ni ne voulait abjurer dans cet instant suprême ; mais il
n'hésita pas à promettre hautement qu'il maintiendrait la religion catholique, s'y ferait instruire luimême, et gouvernerait selon les anciennes lois du royaume. C'est sous la réserve de cet engagement formel, consacré par un acte authentique, que les princes et les grands officiers de la couronne lui prêtèrent serment de fidélité.
Cette déclaration avait une grande portée ; mais pour le moment elle ne modifiait guère la situation. Les opérations militaires entreprises par le feu roi ne pouvaient continuer ; les rangs de l'armée, diminués par les premières défections, s'éclaircissaient de plus en plus. Le Roi était accablé de demandes de congé ; il n'en refusait aucune, car il savait qu'on se serait passé de sa permission ; aussi le séjour devant Paris devenaitil impossible. On pressait Henri IV de repasser la Loire, pour recommencer, dans les provinces qu'il connaissait et où il était connu, la petite guerre qui lui avait si bien réussi depuis dix ans; c'était le parti qui paraissait le plus simple , mais le Roi le repoussa. 11 forme deux grands détachements : l'un doit agir en Picardie sous les ordres du duc de Longueville; l'autre, en Champagne, sous les ordres du maréchal d'Aumont. Cette séparation des troupes royales n'est qu'apparente ; le fond de ces deux armées nouvelles est la noblesse
de ces provinces, qu'on ne pouvait en tenir éloignée plus longtemps et dont on utilisait ainsi le concours. Le Roi conservait auprès de lui tout ce qu'il pouvait retenir, les gardes françaises, les Suisses, les protestants, quelques seigneurs et régiments catholiques. A la tête de cette troupe peu nombreuse, mais d'une solidité éprouvée, il quitte Saint-Cloud le 16 août, conduit d'abord à Compiègne le corps de son prédécesseur, puis s'achemine vers la Normandie. Ses amis, ses anciens conseillers croyaient qu'il allait à sa perte ; mais ce mouvement hardi était un trait de génie. En se retirant derrière la Loire, il restait le roi de Navarre, bloqué par ses ennemis dans un coin du royaume, sans communications avec ses alliés ou ses lieutenants. En marchant sur la Normandie, il faisait acte de roi de France, il s'appuyait à la mer et s'assurait le précieux concours d'Elisabeth ; il pouvait coopérer avec les forces que le duc de Longueville commandait en Picardie : son instinct politique et militaire ne pouvait mieux l'inspirer.
Après s'être montré devant Rouen, qui tenait Le roî s'étab a pour la Ligue comme presque toutes les grandes PositioSrques villes de France, le Roi se dirige vers Dieppe, Beai?ivrb*ts où il est reçu avec enthousiasme par une popula- fimbïS)6 tion énergique. Il y établit son quartier général, mais sans y rester inactif. Tandis qu'on travaille
aux défenses de la place, il occupe ses troupes par des courses aux environs : Eu, Arques, d'autres petites villes, sont enlevés dans ces expéditions. Cependant Mayenne était sorti de Paris avec une armée triple au moins de l'armée royale ; la renommée la grossissait encore, et plus d'un cœur faiblissait auprès du Roi ; on lui conseillait de s'embarquer pour l'Angleterre : « Sire, lui dit Biron , il n'y a pas de roi de France hors de France. » Henri IV était de cet avis, et sa conduite le prouva.
Mayenne avait passé quinze jours à rassembler son armée dans Paris; il lui en fallut quinze autres pour arriver devant Dieppe. Tandis qu'il s'amusait à reprendre Neufchâtel, Gamaches, et qu'il se reposait dans le beau château d'Eu, qui appartenait à sa famille, le Roi étudiait et fortifiait le terrain où il comptait recevoir l'attaque des ligueurs.
La longue et haute falaise qui sépare l'embouchure de la Somme de celle de la Seine ouvre passage à un certain nombre de cours d'eau qui coulent au fond de vallées étroites et verdoyantes. Le plateau large et uni qui couronne la falaise se trouve ainsi coupé par autant de tranchées profondes, et, comme ces ruisseaux, sans cesse barrés par la marée montante, inondent deux fois par jour les prairies qui les bordent , chacune de ces
petites vallées devient un obstacle infranchissable hors des chaussées construites près des centres d'habitation. Le port de Dieppe, comme tous ceux de cette côte, est creusé à l'embouchure d'un de ces cours d'eau, la rivière d'Arqués, formée par trois ruisseaux, l'Aulne, la Béthune et la Varenne, qui confondent leurs ondes à six kilomètres de la mer, auprès du frais village dont la rivière tire son nom. Ce cours d'eau, qu'aucune chaussée ne traverse entre Dieppe et Arques, servait de ligne de défense à l'armée royale. Le gros de l'armée était à la droite, établi dans le bourg d'Arqués, couvert par des ouvrages judicieusement tracés ; un château situé sur la hauteur, et dont les ruines majestueuses dominent encore la vallée, formait le réduit de ces retranchements. Le faubourg du Pollet, situé sur la rive droite, entre le port de Dieppe et la falaise, fortifié à la hâte et occupé par un détachement, flanquait la gauche de la ligne. Entre ces deux bastions, la longue courtine formée par le marais était observée par de petits postes et protégée par quelques batteries.
Le 15 septembre, l'armée de la Ligue s'établit sur le plateau, au nord-est de Dieppe, la droite devant le Pollet, la gauche à Martin-Eglise, en face d'Arqués, mais séparée de ce bourg par les trois ruisseaux qui se réunissent un peu au-dessous.
Elle était forte de dix-huit mille hommes, dont trois mille cavaliers, soutenus par quatre bouches à feu. Le Roi n'avait que cinq à six mille hommes et moins de mille chevaux ; mais il était plus fort en artillerie, surtout en pièces de position, qui devaient lui être d'un grand secours pour le genre de combat qu'il allait soutenir.
Confiant dans sa grande supériorité numérique, Mayenne attaqua par les deux extrémités de sa ligne ; mais le mouvement de sa gauche vers la chaussée d'Arqués était plutôt une démonstration : l'attaque sérieuse était dirigée, contre le Pollet. C'était bien là le point faible quelques jours plus tôt, et le succès eût été probable, si la marche, assez bien dirigée, de l'armée de la Ligue avait été plus vive. Mayenne avait l'esprit juste et savait la guerre; en général, ses combinaisons étaient bonnes ; mais il était lent et paresseux, tandis que Henri IV était surtout d'une activité infatigable et d'une rare promptitude dans l'exécution de sa pensée. Cette fois, les ligueurs ne purent déboucher de Martin-Église, et il fut reconnu que le Pollet était à l'abri d'un coup de main. Repoussé aux deux ailes, Mayenne voulut reconnaître le centre de la ligne. 11 essaya de forcer un mauvais gué qui traversait la rivière en face de Bouteille, à peu près à mi-chemin entre Dieppe et Arques ;
mais il fut arrêté par un retranchement que le Koi avait fait construire et armer d'artillerie.
Le mauvais succès de ces attaques décousues diminuait la confiance des ligueurs : leur chef sentit qu'une action générale était nécessaire pour relever les courages et que ce ne serait pas trop de toutes ses forces pour déloger les troupes royales de la position d'Arqués. Il concentra son armée sur la gauche, mais il prit ses dispositions avec sa lenteur habituelle : ce ne fut que dans la nuit du 20 au 21 qu'il se trouva en mesure d'engager le combat en avant de Martin-Église.
Ce village est à cheval sur l'Aulne. Le chemin qui conduit à la chaussée d'Arqués descend d'abord la rive gauche du ruisseau, puis, après le confluent de l'Aulne et de la Béthune, remonte le cours de cette dernière rivière jusqu'à sa réunion avec la Varenne. Sur cette longueur d'environ deux mille mètres, la route est dominée d'un côté par des pentes escarpées que couvrent les épais taillas de la forêt d'Arqués, de l'autre elle est bordée par les prairies marécageuses au milieu desquelles serpentent les deux cours d'eau. Au plus étroit du passage et à environ mi-chemin, le Roi avait fait construire une traverse, dont une maladrerie fortifiée formait le saillant. Plus loin, un second ouvrage, composé d'une courtine et de deux demi-
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bastions, couvrait le hameau des Archelles, ainsi que la tête de la chaussée qui traverse la Béthune et la Yarenne à leur confluent; l'autre extrémité de la chaussée aboutissait aux retranchements qui enveloppaient le village et le château d'Arqués. L'artillerie qui armait le château étendait ses feux jusqu'à la rive droite de la Béthune. Ainsi, un défilé long d'une demi-lieue, bordé d'obstacles à peu près infranchissables, et dont la plus grande largeur n'excédait pas quatre cents mètres , intercepté par trois lignes d'ouvrages et battu par l'artillerie, tel était le terrain que l'armée royale allait avoir à défendre : il était impossible d'en trouver un plus favorable et d'en tirer meilleur parti pour compenser l'infériorité du nombre.
Mayenne espérait surprendre le Roi ; mais ses mouvements avaient été aperçus, et tout était prêt pour le recevoir avant le lever du soleil. L'à-propos et la vigueur avec lesquels se succédèrent les charges de la cavalerie et les salves de l'infanterie qui occupait le premier retranchement, arrêtèrent longtemps l'avant-garde des ligueurs ; le reste de leur armée ne pouvait se déployer. Cependant leurs lansquenets, s'étant glissés dans les bois qui dominaient la route, feignent de vouloir se rendre au Roi, se mêlent avec ses troupes, puis retournent subitement les piques, et, par ce stratagème peu
loyal, livrent à Mayenne la maladrerie et la traverse qui s'y rattache. Il y eut alors un moment de faiblesse , et le Roi , « malgré sa douceur, fut forcé de dire qu'il n'était pas content1 ». Sans sa valeur toujours égale et toujours brillante, sans la fermeté du régiment suisse de Galory, la journée était perdue. Enfin on se rallia tant bien que mal, et le combat recommença dans les mêmes conditions entre la maladrerie et les Archelles. Bientôt un épais brouillard , qui jusque-là avait enveloppé les combattants, se dissipa complètement, et permit à l'artillerie royale d'ouvrir son feu ; celle qui garnissait le second retranchement et celle du château tonnèrent en même temps. La cavalerie ennemie, cherchant un passage, appuie à droite et s'engage dans un marais impraticable, dont elle ne ressort qu'à grand'peine, décimée par les boulets. A ce moment, Ghâtillon arrivait de Dieppe avec cinq cents hommes tirés de la garnison du Pollet. Il est des instants à la guerre où le moindre renfort produit un effet décisif; ce fut le cas dans cette journée : grâce à ce secours, le Roi put empêcher le ralliement de la cavalerie ennemie. Le premier retranchement est repris et les ligueurs sont refoulés avec grande perte dans Martin -Église. Henri