‹ Histoire des princes de Condé pendant les 16e et 17e sièclesChapitre 35 sur 131 · Hymne du clergé de Tours · texte numérisé non relu

Hymne du clergé de Tours

L'opinion, au contraire, devenait plus favorable au Roi : il était peu connu au nord de la Loire avant son avènement; on savait vaguement qu'il avait assez bien fait la guerre en Gascogne ; mais tout au plus passait- il pour un bon capitaine de carabins; le résultat de sa première campagne eut tout l'éclat d'un succès inattendu, et frappa les esprits non moins vivement que ses qualités aimables et brillantes charmaient les cœurs. On prenait confiance dans ce roi-soldat, « le prince des gens d'armes ». Déjà un vague instinct le désignait au peuple comme celui qui seul pouvait mettre un terme aux maux de la patrie, et le choriste de Saint-Martin de Tours ne croyait ni si bien répondre au sentiment public ni prédire si juste, lorsque, dans son enthousiasme royaliste et national, il terminait ainsi son hymne célèbre .

Quand tu auras fini la guerre, Le bœuf ira fendre la terre, Le marchand ira voyager, L'artisan ouvrira boutique, Le procureur aura pratique A chaque tour de messager.

0 Henry, prince des gens d'armes, Fais pendre aux râteliers les armes, Donne la paix en ta saison; Fais, durant ton règne paisible.

Qu'aux gens de bien il soit loisible Vivre en repos en leur maison.

Efforts C'était maintenant aux ligueurs à demander

des ligueurs et de

leurs alliés, partout du secours : le pape, le duc de Lorraine

Bataille d'Ivrv

1 14 mars i59o). furent vivement sollicités, et de nouvelles concessions furent faites à l'avide Philippe II. Le pontife répondit le premier par l'envoi d'un large subside ; l'armée de l'Union put reprendre la campagne. Il devenait urgent de faire un effort pour arrêter les progrès du Roi ; car le cercle de ses conquêtes se resserrait autour de Paris. Cependant la première tentative ne réussit pas : Mayenne essaya vainement de reprendre Meulan. Ce coup manqué, il remonta vers le nord, rallia un détachement espagnol que le comte d'Egmont amenait des Pays-Bas, puis un contingent fourni par le duc de Lorraine, et, ainsi renforcé, revint offrir le combat au Roi. Celui-ci assiégeait Dreux, lorsqu'il apprit que l'ennemi avait passé la Seine à Mantes et marchait contre lui avec dix-sept mille hommes. Il lève aussitôt le siège et traverse l'Eure à Nonancourt, pour faire le tour de la forêt qui est au nord de cette ville.

Le 12 mars 1590 au soir, Henri IV avait dessiné lui-même son ordre de bataille, et l'avait expliqua à ses principaux officiers, comptant en venir aux mains dès le lendemain; mais, le 13, les deux armées se trouvèrent en présence trop tard pour que l'action s'engageât. Le lli, au lever du

jour, le Roi s'avança avec son armée pour reconnaître la position des ligueurs; voyant qu'ils restaient immobiles, il « résolut de faire le voyage entier, en bonne intention de leur en faire payer la dépense » \

11 avait depuis longtemps reconnu les inconvénients des lignes longues et des masses peu maniables. Suivant des principes bien adaptés à la nature des armes employées alors et à la manière de combattre, il avait subdivisé ses troupes, infanterie et cavalerie, en fractions plus ou moins fortes, rangées chacune en ordre profond, qui, se prêtant un mutuel appui, pouvaient se rallier plus facilement, et mieux résister à l'entraînement d'une déroute. Si nous voulons chercher une comparaison dans la tactique moderne, imaginons une ligne de bataillons en masse entremêlés de régiments de cavalerie en colonnes serrées, et nous aurons une idée de l'ordre de bataille adopté par Henri IV à Ivry. En somme, c'étaient des dispositions analogues à celles qui lui avaient si bien réussi à Coutras. Seulement, cette fois, bien qu'il eût encore trois ou quatre mille hommes de moins que son adversaire, il avait formé une réserve, qui comprenait la plus grande partie de son infanterie,

\. Discours véritable de la victoire obtenue par le Roy en la bataille d'Évry; Tours, mdlxxxx.

et qu'il avait confiée au plus expérimenté de ses capitaines, au maréchal de Biron. Enfin son artillerie avait conservé sa supériorité ; elle était plus nombreuse et mieux servie ; ce fut encore elle qui engagea l'action.

L'aile droite des ligueurs ne peut supporter longtemps ce feu bien dirigé : elle cherche à s'y soustraire en courant à l'ennemi. Elle est repoussée, mise en déroute, et les fuyards, revenant sur le centre, y causent quelque émotion. Cependant le vaillant comte d'Egmont répare cet échec par une charge des plus brillantes. Si Mayenne l'avait soutenu, la journée était peut-être à lui; mais, occupé qu'il était à rétablir l'ordre dans son centre ébranlé, il perdit cet instant favorable, cette occasion qu'à la guerre surtout il faut saisir par les cheveux, et qui échappe pour toujours à qui l'a une fois manquée1. Le Roi eut le coup d'œil plus prompt et plus juste. Il avait laissé passer les escadrons espagnols ; quand il vit d'Egmont s'arrêter devant l'imposante réserve de Biron, il laissa à d'autres le soin de défaire cette troupe épuisée, et fondit à son tour sur Mayenne. La valeur entraî-

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