Calvus, comosa fronte, nudo corpore
Quem si occuparis teneas, elapsum semel Non ipse possit Jupiter reprehendere.
(Phœdrus, 1. v, f. 8.)
nante de Henri eut en cette rencontre le même succès qu'à Coutras, et, quand la fumée et la poussière, se dissipant après la mêlée, laissèrent voir son panache qui flottait en avant de tous, l'armée, remplie d'admiration, le salua d'un grand cri de : « Vive le Roi! » La bataille était gagnée.
Le Roi passa l'Eure à Anet avec sa cavalerie, suivit Mayenne jusqu'aux portes de Mantes, et coucha à Rosny. De son côté . Biron , resté à la tête de l'infanterie, arriva sur le soir devant Ivry; les barricades que les fuyards avaient élevées à la hâte furent forcées, et tout ce qui s'y trouvait fut pris. Les lansquenets, coupables de la trahison d'Arqués, furent passés par les armes. Mais deux régiments suisses, Pfiffer et Berlinger, qui, par contravention à la paix perpétuelle, avaient combattu pour l'Union, furent reçus à quartier par le Roi et reconduits avec égards dans leurs cantons. Ce bon procédé toucha profondément les Suisses, qui s'en montrèrent toujours reconnaissants.
Les ligueurs avaient perdu près de quatre mille hommes tués, un plus grand nombre de prisonniers, leurs canons, leurs bagages et beaucoup de drapeaux. Il ne manquait pas plus de cinq cents hommes à l'armée royale.
La route de Paris était libre; le vainqueur la °ïe?épara" suivit assez lentement. D'abord, par la prise de (septembre îsîui.
Yernon et de Mantes, il compléta l'occupation des cinq ponts qui Ira versaient la Seine entre Rouen et la capitale; puis, faisant le tour par Chevreuse, il alla s'emparer de Corbeil, de Lagny, de Melun, et termina l'investissement de Paris (avril et mai 1590). Le blocus fut assez mollement conduit : le Roi y apportait une douceur qu'on a souvent niée ; mais une lettre, où Elisabeth lui reproche en termes assez vifs sa clémence intempestive, lève tous les doutes à cet égard. Cependant , malgré la longanimité de l'assiégeant, le fanatisme et la fermeté de l'assiégé, la lutte était près de finir, quand le duc de Parme parut avec l'armée espagnole des Pays-Bas (fin d'août) . Le Roi quitte ses lignes et marche au-devant de lui; l'escarmouche s'engage près de Claye; l'ennemi semble avoir accepté la bataille pour le lendemain ; tout était prêt pour la livrer. Mais le duc de Parme, dérobant sa marche, file entre la Marne et les hauteurs, et, tandis que son adversaire, après l'avoir attendu dans la plaine, se heurte au camp retranché où il a laissé une partie de son armée, Farnèse enlève le poste important de Lagny (5 et 6 septembre) ; le blocus est levé, et le secours de Paris assuré.
Difficultés H semble que Henri IV eût entrepris l'œuvre de
de la situation t», ,, n > -, ,.» ,.,
du Roi. Pénélope : après chaque succès, des difficultés nouvelles lui en font perdre le fruit. Vainqueur à lvry,
il presse le siège de Paris ; la ville est aux abois, quand le duc de Parme la délivre. Bientôt ce grand capitaine est rappelé dans les Pays-Bas par les progrès des Hollandais; le Roi rallie son armée, suit vivement la retraite des Espagnols (novembre et décembre), culbute plusieurs fois leur arrièregarde, puis revient assiéger Chartres : l'avantage est de nouveau pour lui. Mais la longue résistance de Chartres et le débarquement des Espagnols en Bretagne compromettent encore sa cause. Puis ce sont les Suisses qui ne veulent plus marcher si on ne les paye, Elisabeth qui exige des ports de mer en échange de nouveaux secours, les catholiques qui réclament la conversion du Roi, les protestants qui se plaignent de n'être pas protégés. Il fallait relever les courages, contenter les uns, rassurer ou réprimer les autres, ménager ses alliés, s'en tirer avec peu d'argent et sans sacrifier aucun intérêt national. Henri suffisait à tout, à la guerre et aux négociations, aux grandes et aux petites affaires. Prenait-il une mesure importante et favorable aux réformés, lorsque, par exemple, en juillet 1591, il rapporta officiellement l'édit de juillet et les autres édits de persécution, il avait soin de faire concourir son cousin le cardinal de Bourbon1
\ . C'était le troisième fils de Louis Ier, prince de Condô Nous avons déjà dit qu'il avait été élevé dans la religion :athoii. 14
et d'autres seigneurs catholiques à cet acte si simple et si équitable au fond, mais si délicat dans la situation du Roi; de longues dépêches l'expliquaient à Nevers, à Montmorency, aux principales villes du royaume. Sa plume était aussi active que son épée. La collection de ses lettres est pleine de charmants billets, adressés à des gentilshommes dont les noms sont à peine connus, soit pour les convoquer aux prises d'armes, soit, ce qui était plus épineux, pour réclamer leur assistance pécuniaire, et il mettait dans cette correspondance une verve, une bonne grâce qui n'ôtaient rien à la dignité du commandement. L'opinion publique, déjà puissante, déjà avide de nouvelles, n'était pas négligée : tous les deux ou trois mois, une petite publication sous le titre de « Discours... Récit véritable... Relation de tout ce qui s'est passé en l'armée du Roy », était répandue avec profusion, faisait connaître les noms des villes prises, présentait sous un jour favorable les mouvements des armées, l'état des négociations avec le pape ou avec d'autres, et rendait
lique. Entré dans les ordres et revêtu de la pourpre, il fut d'abord appelé cardinal de Vendôme. Mais il venait de prendre le nom de cardinal de Bourbon depuis la mort de son vieil oncle, « le roi de la ligue » (9 mai 1590). Ajoutons que ce dernier, vers la fin de sa vie, avait tout à fait abandonné les idées chimériques dont on avait rempli sa faible tête, et qu'il n'appelait jamais Henri IV que « le roi mon neveu ».
la confiance aux amis du Roi dans les circonstances critiques.
Ce fut ainsi qu'à force d'activité, de patience et Siège de Rouen>
,,, rT • , \ t fx ' commencé en
d adresse, Henri parvint a relever sa iortune, a décembre 1591, rallier son parti, et qu'à la fin de l'année 1591, il ie duc de Parme
,, -, r . • en avril 1Ô92.
se trouva en mesure d entreprendre une opération importante. Tandis que Mayenne était retenu à Paris par sa lutte avec les Seize, le Roi commençait le siège de Rouen (décembre 1591). Il était à la tète de la plus belle armée qu'il eût encore réunie : elle montait à plus de vingt-cinq mille hommes. Ce n'était pas trop; car la place était bonne, la garnison nombreuse, bien commandée par Villars, et énergiquement secondée par la population. Le siège durait depuis plusieurs mois, lorsque le Roi apprit que Mayenne avait enfin fait comprendre au duc de Parme la nécessité de sauver Rouen à tout prix : trente mille Espagnols et Français ligueurs venaient d'arriver sur la Somme. Rouen cependant était aux abois ; Henri ne put se décider à perdre le fruit de tant d'efforts : il laissa toute son infanterie devant la place sous les ordres de Biron, et partit avec son excellente cavalerie, espérant ralentir assez l'ennemi pour donner à son lieutenant le temps d'achever sa conquête. Mais il avait aifaire à un rude jouteur : trop confiant dans la valeur de sa troupe, et ne faisant pas assez de compte du bel
ordre dans lequel le duc de Parme tenait toujours son armée, il s'engagea imprudemment auprès d'Aumale (5 février \ 592) , fut blessé, et faillit être pris dans une retraite précipitée. La fortune cependant le servit mieux que son habileté : malgré le mauvais succès de ses tentatives, il vit l'armée ennemie, paralysée par les dissensions de ses chefs, se replier sur la Somme. Toutefois les divisions n'étaient pas moindres dans l'armée royale; en l'absence du Roi, elles devenaient funestes : le jour où les régiments huguenots étaient de tranchée devant Rouen, les catholiques les laissèrent écraser par une sortie de la garnison. A son retour, Henri, dont la blessure n'avait pas diminué l'activité, répara cet échec. Le siège était poussé avec une nouvelle vigueur, lorsque le duc de Parme reparut. Le Roi crut un moment qu'il pourrait lui barrer le passage et le contraindre enfin à livrer bataille; mais il ne réussit pas mieux que devant Paris : Farnèse l'amuse avec sa cavalerie, et entre dans Rouen (20 avril) . La position n'était plus tenable : cette campagne d'hiver avait épuisé les ressources de tous ceux qui servaient auprès du Roi; depuis quelque temps déjà, les rangs de son armée se dégarnissaient tous les jours : ce dernier échec fut le signal d'une désertion générale. Resté seul avec un petit corps de troupes régulières et quel-
ques gentilshommes, Henri dut se retirer rapidement sur Pont-de-1' Arche. Le duc de Parme ne le suivit pas : toujours circonspect, il voulut avant tout s'établir solidement sur la basse Seine et mit le siège devant Caudebec, qui ne devait guère l'arrêter; mais il reçut, durant cette opération, une blessure grave qui le força de remettre le commandement à Mayenne.
Celui-ci, confondant la lenteur avec la méthode, Rotuur offensif resta quelque temps inactif; il n avait pas quitté Beiie retraite
5 du duc de Parme.
son insignifiante conquête, lorsqu il apprit à sa sa mort. grande surprise que Henri IV venait de reparaître à Yvetot (20 avril) ; l'armée royale était plus nombreuse que celle qui s'était séparée dix jours auparavant. La noblesse avait eu honte d'abandonner son vaillant chef dans une conjoncture aussi critique : elle était revenue en foule pour l'aider à sortir de ce mauvais pas. Bientôt les ligueurs sont poussés sur la Seine et resserrés dans le fond du pays de Gaux; les vivres leur manquaient; Mayenne ne savait que faire : il fallut aller chercher des inspirations et des ordres auprès du lit de douleur où le duc de Parme était cloué par sa blessure. Mais la fièvre qui le dévore n'a pas abattu les forces de sa grande âme : il sème adroitement le bruit qu'il est décidé à engager une action générale, et qu'au moins avec sa cavalerie il s'ouvrira
le chemin de Flandre; cependant il prépare une de ces surprises, disons mieux, une de ces leçons que lui seul savait à donner à Henri IV. Le 21 mai, au point du jour, le Roi découvrit l'armée ennemie en bataille sur la rive gauche de la Seine. Tout avait été conduit avec tant de mystère, de prévoyance et d'habileté, que le passage de cette large rivière avait été exécuté dans cette seule nuit, sans que rien l'eût annoncé la veille, et les dispositions étaient si bien prises, que l'arrièregarde même ne put être entamée. Henri voulait marcher rapidement sur Pont-de-1'Arche pour y traverser la Seine, devancer l'ennemi sur l'Eure et lui fermer le chemin de Paris. Les résistances qu'il rencontra autour de lui, peut-être aussi une secrète hésitation, la crainte de se trouver encore une fois le jouet de quelque impénétrable combinaison, lui firent abandonner ce plan. Il se décida à laisser libre la route de Paris, et tâcha seulement d'intercepter celle de Bruxelles. Il n'y réussit pas davantage : l'armée espagnole regagna tranquillement la frontière. La litière où gisait Farnèse expirant emportait le plus redoutable adversaire de la cause royale, celui dont l'habileté pouvait seule balancer la fortune du Béarnais, son maître, il faut le dire, dans plusieurs parties essentielles du grand art qui décide du sort des empires.
Henri IV savait admirablement la guerre, telle qu'on la faisait de son temps et dans son pays. En tactique, il était créateur : pour ranger ses troupes et s'en servir sur le terrain, il était sans rival alors., et, dans la direction générale des opérations, il avait souvent des inspirations de grand capitaine ; mais il n'essaya jamais ces combinaisons de mouvements qui préparent, retardent ou amènent les batailles : la stratégie lui était inconnue. Il était réservé à d'autres de pénétrer et de révéler les secrets de cette science, qui de tout temps n'a été accessible qu'à un petit nombre de grands esprits, qui avait dé/'cà inspiré un Annibal, un César, mais qui avait disparu avec la légion romaine. Toutefois les hommes de premier ordre qui, à cette époque, se succédèrent à la tète des armées espagnoles, semblaient avoir retrouvé les rudiments de cette « partie divine1 » de l'art militaire, et pendant longtemps ils eurent comme le monopole de la stratégie. Nous aurons à parler plus en détail de cette grande école de guerre qui commence avec Pescaire et qui finit avec les vieux tercios dans les plaines de Rocroi et de Lens : qu'il nous suffise de dire que Henri IV, très supérieur à tous les capitaines français de cette époque, ne sut faire échouer