‹ Histoire des princes de Condé pendant les 16e et 17e sièclesChapitre 37 sur 131 · Mémoires do Napoléon · texte numérisé non relu

Mémoires do Napoléon

aucun des plans du duc de Parme. Peut-être, dans une lutte plus prolongée, la puissance de son esprit l'aurait-elle initié à la méthode de son rival; peutêtre aussi Farnèse, dans un jour de bataille, aurait-il pu difficilement résister aux promptes résolutions, à la vigueur de son adversaire. L'Espagne et la Ligue n'en avaient pas moins perdu leur plus vaillant champion ; pourtant il restait encore au Roi de sérieux obstacles à surmonter.

Tiers parti; Trois an s s'étaient écoulés depuis qu'il avait Abjuration de promis de se faire instruire dans la religion catho-

Henri IV . ...... ,., ,

(juillet 1593). lique, et rien n indiquait encore qu il se préparât a remplir cet engagement. La situation où il s'était trouvé, l'importance et l'activité des opérations militaires avaient jusqu'alors suffisamment expliqué ce retard ; mais la guerre avait récemment changé de caractère. Le Roi avait remporté d'éclatants succès ; aucune grande armée ne tenait plus la campagne contre lui; rien ne semblait plus s'opposer à ce qu'il tînt sa promesse; cependant il l'éludait toujours : il avait des ménagements à garder avec Elisabeth et les protestants ; il voulait faire de son abjuration la condition d'un accommodement avec la cour de Rome, qui ne cherchait guère à aplanir les difficultés; enfin il hésitait à accomplir un acte toujours très pénible lorsqu'il n'est pas le résultat d'une forte conviction. Cette

indécision redoublait l'ardeur de ses ennemis, arrêtait les adhésions nouvelles, décourageait, divisait ses anciens partisans. On se plaignait avec aigreur de son obstination, qui prolongeait la guerre et les maux de la patrie; on doutait de sa loyauté. Ceux du clergé et de la noblesse catholique qui s'étaient déjà réunis à lui ne cachaient pas leur mécontentement. Un tiers parti, formé de prélats et de seigneurs royalistes, se groupait autour des cousins de Henri IV, le cardinal de Vendôme et le comte de Soissons, l'un médiocre et intrigant, l'autre brave, intelligent, mais d'un caractère inquiet, turbulent, et qui, d'ailleurs, avait contre le Roi de justes sujets de plainte. L'objet avoué de ce tiers parti était d'élever un de ces princes au trône, si l'aîné de leur maison ne rentrait promptement dans le giron de l'Église. Enfin les députés des villes et des provinces appelés à Paris par Mayenne s'y réunissaient pour procédera l'élection d'un roi. La Satyre Ménippée a livré les états de la Ligue à un immortel ridicule; mais, quelque décriée que fût cette assemblée et qu'elle méritât de l'être, elle décida la conversion de Henri IV : il ne le cache pas dans ses dépêches. Il sentait que tout prince, proclamé avec une apparence de légalité, pourrait, dans ce moment de lassitude et de d^ute, rallier autour de lui une grande partie de la nation,

et, pour ôter tout prétexte à cette élection, il entra en conférence avec les théologiens catholiques. Après des discussions très sérieuses et beaucoup plus approfondies que ne le ferait croire une plaisanterie devenue proverbiale1, il abjura le 25 juillet 1593 entre les mains de l'archevêque de Bourges. La Ligue avait reçu le coup de grâce . Peut-être eût-il été possible d'abréger son agonie, si le Roi s'était prêté à traiter avec son chef comme de puissance à puissance; mais, inspiré par son admirable bon sens, il s'y refusa toujours. « J'ayme beaucoup mieux, écrivait-il à Rosny, qu'il m'en couste deux fois autant en traictant séparément avec chaque particulier, que de parvenir à mesmes effects par le moyen d'un traicté général faict avec un seul chef, qui peust par ce moyen entretenir toujours un parti formé dans mon Estât2. » Entrée du Roi Nous n'avons pas à faire l'histoire de ces divers (mars 1594). traités particuliers, triste histoire, d'ailleurs, et qui appartient à tous les temps : nous dirons seulement que les négociations qui devaient ouvrir au Roi les portes de Paris durèrent plusieurs mois. En vain avait-on changé le gouverneur de la ville et remplacé Belin. dont on se méfiait, par Brissac, que d'anciens engagements liaient à la maison de

. « Paris vaut bien une messe. »

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