Arrêt du 24 juillet
2. Elle abjura à Rouen entre les mains du légat Alexandro de Médicis, qu'on appelait le cardinal de Florence.
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peut voir ni sentir, disait-il, chose qui vienne ou soit du Boy ». En effet, Charlotte de la Trémouille ne pouvait oublier le traitement qu'elle avait reçu de Henri IV; elle se rappelait les poursuites dirigées contre elle par ses ordres, et n'ignorait pas que des motifs purement politiques avaient seuls amené la fin de sa détention ; elle était donc peu disposée à inspirer à son fils des sentiments de tendresse, de reconnaissance et de soumission envers le Roi, ni elle-même à respecter beaucoup ses volontés. Naturellement portée vers les petites intrigues, elle ne négligeait aucun moyen de faire prévaloir son influence. Tantôt elle piquait la susceptibilité de M. d'Haucourt, lui disant qu'on se méfiait de lui parce qu'il était huguenot, et qu'il n'était pas traité et considéré comme il devrait l'être. Tantôt elle s'adressait au connétable, le suppliant d'intervenir dans les affaires de son fils et d'empêcher que l'on ne réduisît sa pension, dénonçant le désordre qui régnait dans la maison du jeune prince, et faisant suivre ces plaintes de louanges emphatiques accordées à d'Haucourt et à Lefèvre, ce qui était une manière de dénonciation contre Pisani ' ; et puis, contrecarrant à leur tour le sous - gouverneur et le
4. Lettre de la princesse de Condé au connétable, s. d.; Archives de Condé. — Voyez Pièces et Documents, n° XV,
précepteur dont elle faisait si haut l'éloge, elle voulait mêler à l'éducation son aumônier, Joseph Texeira. C'était un dominicain portugais, ancien prieur de Santarem, qui avait quitté son pays avec don Antonio lors de la conquête espagnole, et qui, ayant adopté la France comme sa nouvelle patrie, s'était attaché à la princesse au moment de sa conversion ; du reste, homme assez distingué, qui avait beaucoup voyagé, beaucoup écrit1 ; « grand généalogiste, ajoute Lestoile, et assez docte pour un moine ». Mais, quel que fût le mérite de Texeira, quelque fondés que pussent être les griefs de la princesse, tous ces conflits étaient fort dommageables au jeune prince. « C'est pitié, écrivait Pisani2 avec l'exagération d'un esprit chagrin et froissé, c'est pitié de voir comme ce petit prince est conduit, servy et traicté. Je tiens pour moy que, s'il est bien conduit, Sa Majesté en aura contentement; mais, comme il a esté mesnagé jusqu'à ceste heure,
4 . Entre autres, plusieurs ouvrages pour la défense de la princesse de Condé et des droits de son fils.
2. A M. de Villeroy, le 5 mars 1598. Voyez la troisième édition de Tallemant des Réaux et l'excellent Commentaire de M. Paulin Paris, I, 55. — Le même jour, il écrivait aussi au Roi pour se plaindre, avec plus de mesure dans la forme, mais non moins de vivacité au fond. (Original autographe; Archives de Coudé.)
j'ay grand'peur qu'il demourra court, et au blasme et mespris de ceux qui auront la charge de son éducation. »
Éiogcs publics Malgré cet horoscope un peu sombre, les éloges
donnés
au jeune prince : publics ne manquaient pas au jeune prince. Lors-
le cardinal de
Florence; que, au mois de juillet 1596, le cardinal de Flo-
l'avocat général
Doiié; Grotius rence, Alexandre de Médicis, légat du pape, fit son entrée à Paris, Henri IV, pour ajouter à la pompe de la cérémonie (c'était le premier légat accrédité auprès de lui), envoya l'héritier du trône au-devant du prélat. Tout le monde, dit de ïhou, admira la bonne grâce de l'enfant, et le cardinal le loua hautement1. L'année suivante, le Roi ayant accordé à Condé des lettres de provision pour le gouvernement de Guyenne (gouvernement dont il n'était pas encore officiellement investi, quoique le maréchal de Matignon l'exerçât en son nom), l'avocat général Louis Dollé requit l'enregistrement de ces lettres, et prononça à ce sujet2 une harangue boursouflée; après avoir comparé Pisani au phénix, il ajoutait, en parlant de l'élève du marquis : « Vous ne voyez rien de puéril en lui que le visage; ses paroles sont déjà viriles, sa contenance grave, son jugement mûr, ce qui est
1. Quo offïcio egregiœ indolis puer decenler et magna cum legati ipsius lœtitia defunctus est. (Thuanus, cxvi, 16.)