‹ Histoire des princes de Condé pendant les 16e et 17e sièclesChapitre 46 sur 131 · Elle était née en · texte numérisé non relu

Elle était née en

main d'une étrangère, et qu'en France il n'y avait de partis pouvant lui convenir que la fille de Mayenne ou celle du connétable. Or les souvenirs de la Ligue étaient trop récents pour que le Roi consentît à ce que le premier prince du sang se mariât avec une fille de la maison de Guise ; il fallait donc tâcher de lui faire épouser Mademoiselle de Montmorency. Le caractère de Bouillon était fier, turbulent, vindicatif, peu affectueux et nullement bas ; il est permis de croire qu'en cette circonstance il ne cherchait qu'à nuire à Bassompierre, et ne songeait ni à sa nièce ni à Condé, encore moins à flatter la passion naissante du Roi. Toujours estil que son ouverture fut assez bien accueillie. Sur ces entrefaites, Henri IV eut un accès de goutte; les dames venaient le voir; Madame d'Angoulème était parmi les plus assidues; toujours elle était accompagnée de sa charmante nièce, et le Roi prenait de plus en plus plaisir à l'entretenir. Enfin, une nuit que Bassompierre était de service clans sa chambre, il lui dit, après quelque préambule, qu'il voulait lui faire épouser Mademoiselle d'Aumale, et rétablir le duché d'Aumale en sa faveur. « Vous voulez donc me donner deux femmes? répondit le courtisan surpris. — Écoute, reprit le Roi, je veux te parler en ami. Je suis devenu non seulement amoureux, mais furieux et outré de

Mademoiselle de Montmorency. Si tu l'épouses et qu'elle t'aime, je te haïrai; si elle m'aimoit, tu me haïrois. » Puis il lui annonça qu'il voulait la marier à son neveu : « Il n'a que vingt ans, ajoutait-il; il aime mieux la chasse que les femmes. Elle sera la consolation et l'entretien de la vieillesse où je vais entrer, et je ne veux autre grâce d'elle que son affection1. » Bassompierre était frivole, débauché, et médiocrement épris; d'ailleurs, courtisan avant tout, il comprit qu'il fallait céder, et ne chercha qu'à faire valoir son sacrifice. Gondé était sans expérience, insouciant, peu clairvoyant encore; il avait une certaine crainte du Roi, et, quand ce dernier lui eut fait connaître sa volonté, il se soumit plus facilement qu'on ne l'avait espéré.

Les fiançailles se firent immédiatement dans la galerie du Louvre (décembre 1608); le connétable donna cent mille écus à son gendre, et s'entendit avec son frère pour assurer à sa fille un mince revenu de cinq mille livres ; le roi accorda à son neveu une augmentation de pension et une gratification de cent cinquante mille livres2. La fiancée

\. Mémoires de Bassomoierre.

2. L'Esloile dit que le connétable donna l'Isle-Adam à sa Ole etque le Roi promit d'érigercette terre en duché-pairie. Iloarlo aussi d'un don de Madame d'Angoulême. Rien de semblable ne se trouve dans le contrat de mariage, dont on peut lire l'analyse parmi les Pièces et Documents, n° XVIII.

reçut de Sa Majesté un magnifique présent de pierreries et de splendides habits de noce1. Des réjouissances publiques eurent lieu; un éclit concéda la « création et érection d'une maîtrise jurée de chacun art et métier en toutes les villes, bourgs et faubourgs et lieux du royaume et pays de l'obéissance du Roy » 2.

Quant à la cérémonie nuptiale, elle fut retardée de quelques mois, parce qu'on attendait la dispense du pape. Les lettres de Rome arrivèrent au mois d'avril (1609) 3, et, le 17 mai, le mariage fut célébré à Chantilly, chez le connétable, « avec peu de frais, mais avec bien de la gaieté » 4. La passion du Roi Cette joie fut de courte durée. Le Roi avait bien scènes entre lui dit qu'il ne demanderait jamais à la nouvelle prince dernier se cesse de Condé que de l'affection et des consoiaavec sa3 femme"7 tions pour sa vieillesse. Il était sincère quand il parlait ainsi ; mais il ne fut pas longtemps maître, de lui. Il oublia ce qu'il avait su rappeler avec sa verve éloquente, qu'il était « roi , barbe grise

\. (Economies royales. — Lettres missives.

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