Lettre de Coudé aux archiducs, déjà citée
Aix-la-Chapelle et Juliers, il gagna Cologne, où il arriva le 8 décembre, et où il s'arrêta sous la protection des vieilles libertés germaniques.
Quelques heures après le départ de Condé, sa Démarches de
femme quittait aussi Landrecies avec une faible etdeVfrey.
escorte, et, le même soir, elle descendait à l'hôtel ap"nn sûreté
du prince d'Orange à Bruxelles. Le fidèle Virey, d îJ^SaJ du
,,..., , -, Al .,, prince d'Orange.
qui s était sépare de son maître pour veiller sur elle, était dévoré d'inquiétude. Aucun ordre n'avait été donné par les archiducs; ils étaient encore à Marimont ; le prince et la princesse d'Orange n'étaient pas revenus de Bréda, et leur palais était désert. Obscur, inconnu, forcé de se cacher sous le costume d'un soldat italien, Virey ne pouvait donner aucune protection à la princesse, et il craignait que Praslain, profitant de la première surprise, ne terminât brusquement sa mission par un coup de main. Mais Praslain n'était ni préparé ni décidé à violer le droit des gens d'une façon aussi éclatante ; il eût au moins voulu, pour faire une tentative de ce genre, avoir l'assentiment du prince d'Orange, et, ne désespérant pas de l'obtenir, il partit aussitôt pour Bréda.
Fils et frère de héros, Philippe-Guillaume de Nassau1 était pour sa part très peu enclin aux
1. Philippe-Guillaume de Nassau, fils aîné du grand Guillaume d'Orange et ae sa première femme l'héritière de Buren,
actions héroïques : une captivité de vingt-huit ans avait engourdi son caractère et amorti ses passions; il n'aspirait qu'à jouir en repos de ses grands biens. Praslain comptait qu'en invoquant les anciennes et bonnes relations de Henri IV avec la maison de Nassau, il amènerait facilement le prince d'Orange à se prêter au désir du Roi. Mais il ne rencontra pas Philippe-Guillaume ; il ne put parler qu'à sa femme, Eléonore de Bourbon1, sœur aînée de Condé, princesse d'un caractère fier, énergique, très dévouée à son frère, et dont l'accueil décida Praslain à une prompte retraite. De retour à Bruxelles, celui-ci reconnut qu'un coup de main était devenu impossible. Virey n'était pas resté inactif; il s'était mis en relation avec l'intendant du prince d'Orange, nommé Kerman.
reçut à sa naissance, en '1554, le titre de comte de Buren. Filleul de Philippe II, il faisait ses études à l'école de Louvain, lorsque le duc d'Albe le fit enlever (1567) et conduire en Espagne, où il resta vingt-huit ans prisonnier. En 1584, par la mort de son père, il avait succédé au titre de prince d'Orange. Rendu à la liberté, il épousa, en 1606, Eléonore de Bourbon, et mourut sans lignée en 1618. Il ne joua pas de rôle politique. L'héritier du génie et de l'autorité de son père fut son frère cadet, Mauricp. de Nassau, l'un des plus grands capitaines des temps modernes; Maurice était fils de la seconde femme de Guillaume, Anne de Saxe.
1. Eléonore de Bourbon, princesse d'Orange, née le 30 avril 4587, morte au château de Muret, le 20 janvier 1619.
et celui-ci avait obtenu qu'une garde protégeât l'hôtel de son maître. Bientôt, d'ailleurs, Philippe de Nassau arriva à Bruxelles ; les archiducs étaient attendus d'un moment à l'autre. Praslain comprit que sa mission était terminée, et retourna à Paris, où le Roi ne lui fit qu'un médiocre accueil. L'emportement de Henri IV ne se calmait pas. Déjà la fuite de Condé avait fait l'objet de deux longues dépêches envoyées à ses ambassadeurs auprès des cours de Madrid et de Rome1; une circulaire avait été adressée2 aux gouverneurs de province pour dénoncer « la résolution sy indigne » du prince : le Roi se déclarait décidé à réprimer la désobéissance de son neveu, l'accusait d'avoir fomenté des troubles qui venaient d'éclater en Saintonge, et insinuait que sa fuite était concertée avec les éternels ennemis du royaume; depuis longtemps, ses relations avec l'ambassadeur d'Espagne avaient été dénoncées à Sully3. Mais les désordres de Saintonge avaient un caractère purement local : ils furent facilement réprimés. Quant à l'accusation de complot avec la cour de Madrid, les hésitations et l'attitude des archiducs en justifiaient pleinement Condé. Cepen-