‹ Histoire des princes de Condé pendant les 16e et 17e sièclesChapitre 59 sur 131 · Original, s. d. Archives de Belgique · texte numérisé non relu

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le roi avait voulu que Marie de Médicis adressât, elle aussi, à l'infante Isabelle, une réclamation en faveur de la belle captive. La Reine s'en excusa, prétextant qu'il ne convenait pas de l'exposer à un refus. Henri IV n'insista pas; mais il ne cacha guère sa mauvaise humeur *.

Bientôt, incapable de se contenir, il se décide, à écrire lui-même en termes très pressants à l'infante et à l'archiduc 2, « pour assister sa sœur la duchesse d'Angoulême et son cousin le duc de Montmorency en leur poursuite », rappelant « l'innocence de celle qu'ils réclament, les indignes traictements qu'elle a receus et doibt encore attendre de son mary », priant « affectueusement » les princes de délivrer les parents désolés « de l'anxiété en laquelle ils vivent ». Un nouveau prétexte était invoqué à l'appui de ces réclamations : Marie de Médicis allait être sacrée ; on ne pouvait empêcher une princesse du sang d'accomplir son devoir en assistant à cette cérémonie. Enfin cette espèce de sommation était accompagnée de quelques menaces. Villeroy, qui jusqu'alors avait toujours rassuré Pecquius lorsque celui-ci s'efîrayait des boutades de Henri IV, lui rappelant que son

4. Don Innigo de Cardenas au roi d'Espagne, 27 mars 1610. Papiers de Simancas. — Pièces et Documents, n° XX. 2 4 9 avril 1610.

maître était « prompt de paroles, mais lent d'effet »', Yilleroy aujourd'hui tenait un autre langage : « Le Roy, disait-il, était sérieusement et justement irrité du bruit que l'on avait fait à Bruxelles dans la nuit du 13 février. Parce que le gouverneur d'une place frontière ( Vardes ) était venu dans cette ville pour affaires particulières, toutes les troupes avaient été mises sur pied ; le comte d'Anovar avait parcouru les rues en criant alarme; et, le lendemain, on n'avait pu trouver que dix-huit Français dans Bruxelles! Tout ce tapage, on le savait, était venu de Spinola, qui avait voulu faire de l'homme de guerre (sic) ; mais les archiducs s'étaient rendus ses complices. Le Roi avait reçu un sérieux affront, et il pourrait bien en exiger réparation 2. » Ce qui donnait à ces discours un caractère particulièrement grave, c'étaient les grands préparatifs de guerre qui se faisaient en France. 11 ne manquait pas de gens pour dire que l'enlèvement de la belle princesse était l'objet de ce redoutable armement : Henri IV, assurait-on, avait « promis à son compère de lui pre-

'1. Pecquius à l'archiduc Albert, 4 février 1610. Archives de Belgique. — Pièces et' Documents, n° XIX.

2. Diverses dépêches (abrégées) de Pecquius, février et mars 1 61 0. Ibidem. — Le chancelier et le président Jeannin tenaient le même langage que Villeroy. — Voyez Pièces et Documents, n° XIX.

ter son armée pour l'aider à reprendre sa fille » l. Nouveaux S'il fallait en croire Malherbe et ses vers, on

vers de Malherbe.

Malgré ne pourrait douter que l'amour seul ne mît les

les assertions

contraires, armes aux mains de Henri IV :

la passion du Roi

est plus

démonstrative -,- . , , . . „ .

Mon soin n est point de faire

profonde. En l'autre hémisphère

Voir mes actes guerriers,

Et jusqu'aux bords de l'onde

Où finit le monde

Acquérir des lauriers.

Deux beaux yeux sont l'empire

Pour qui je soupire; Sans eux rien ne m'est doux ; Donnez-moi cette joye

Que je les revoye.

Je suis Dieu comme vous2.

Des témoignages plus sérieux sembleraient donner quelque autorité aux poétiques assertions de Malherbe. Dans les dépêches adressées par les ambassadeurs de Flandre et d'Espagne à leurs gouvernements respectifs, la passion du roi de France pour la princesse de Condé tient la première place. L'envoyé du roi catholique surtout, don Innigo de Cardenas, croyait voir à chaque

4 . Lettres de Malherbe. — Le môme on dit est rapporté par Pecquius au secrétaire Praets (16 mars 4 610. Archives de Belgique), et le Roi, dans divers entretiens, confirma la vérité de ce rapport. — Voyez Pièces et Documents, n° XIX.

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