avril 1610 et passim
France, lui disait une autre fois le chancelier, il suffira de trois ou quatre mille hommes pour arranger l'affaire de Juliers. » Mais à peine Pecquius paraissait-il entrer dans les vues de son interlocuteur, que le vieux ministre l'interrompait : « Surtout que Son Altesse ne fasse pas de semblant ni de démonstration de vouloir empescher le passage par ses pays à l'armée françoise î car ce seroit tout gaster1. » L'ambassadeur parlait-il de renouveler la neutralité des deux Bourgognes; on trouvait mille prétextes pour différer la convention2. Ce refus de rien conclure et même de rien préciser était un symptôme de nature à frapper l'esprit le plus prévenu : il s'agissait au fond d'intérêts bien autrement graves que la misérable affaire dont on faisait tant de bruit. Malgré ses efforts pour se persuader le contraire, malgré les rapports plus ou moins spontanés qu'il recevait de divers côtés, Pecquius devait sentir que l'ardeur amoureuse du Roi n'était pas le vrai mobile de sa politique. Il suffit de lire les dépêches de cet envoyé pour comprendre qu'il y avait parti pris tout à la fois d'alarmer les archiducs par des menaces et de les désarmer par des espérances, sans prendre vis-
1. Pecquius à l'archiduc, 30 avril 1610. Archives de Belgique. — Pièces et Documents, n° XIX.