‹ Histoire des princes de Condé pendant les 16e et 17e sièclesChapitre 62 sur 131 · Correspondance ecscjdius, pxssim · texte numérisé non relu

Correspondance ecscjdius, pxssim

à-vis d'eux aucun engagement. Sans doute on voulait les amener à donner une prompte satisfaction aux réclamations du connétable ; mais on tâchait aussi de les empêcher de faire aucun préparatif pour s'opposer aux premiers mouvements des troupes françaises; enfin évidemment, ni la concession que l'on exigeait d'eux ni l'attitude passive qu'on leur conseillait, ne pouvaient suffire à détourner l'orage qui menaçait la maison d'Autriche.

Quant aux assertions du Roi lui-même, il est certain qu'il ne fut jamais plus robuste, plus actif, plus apte au travail qu'au moment où il disait « deschoir de ses mérangoises ». La lettre à Preaulx était une lettre ostensible, destinée à exciter la « pitié du bel ange » . Les vers de Malherbe lui étaient commandés, et la correspondance du poète atteste l'impatience avec laquelle le Roi les attendait : il ne s'était pas contenté d'une ode, il avait demandé une élégie, puis une chanson; il avait voulu s'occuper lui même du choix des airs, et il avait mis à l'œuvre plusieurs musiciens. Tout en écrivant au connétable pour lui donner des nouvelles de sa fille, il n'oubliait pas de rappeler à son compère « de bien faire mettre en haleine les chevaux qu'il lui avoit promis » ». Ce souvenir des

1. Le roi au connétable, 29 avril 1610. — On connaît la passion de Montmorency pour les chevaux; il élait lui-même

chevaux, cet empressement frivole, ces préoccupations musicales ne sont pas les caractères d'une passion bien exclusive. Non : si Henri IV trouvait une sorte de plaisir coupable à s'occuper de la princesse de Gondé, s'il continuait de poursuivre, avec une chaleur un peu factice, la satisfaction de sa fantaisie sénile, son esprit cependant était redevenu calme et libre, sa politique ne changeait pas. Que les Pays-Bas dussent être envahis plus tôt ou plus tard, suivant les circonstances, cela ne peut faire de doute pour quiconque a étudié les plans de Henri IV. N'eùt-il jamais aimé la princesse de Condé, le résultat général eût été le même. Que les ministres du Roi fussent divisés d'opinion, que les uns fussent affligés, d'autres effrayés de ses résolutions, qui n'étaient probablement d'ailleurs ni bien connues ni bien comprises de la plupart d'entre eux; que cet état de leur esprit, que leur désir d'arrêter leur maître dans une voie pleine de périls se reflétassent dans leurs entretiens avec les ambassadeurs étrangers, c'est un fait qui s'est reproduit dans les conseils de tous les princes à la veille des grandes entreprises, et dont on ne saurait arguer pour juger ou dénaturer les véritables intentions de Henri IV. On pourrait croire, il est

un des plus habiles écuyers qu'on pût voir, et fut le patron du célèbre Pluvinel.

vrai, que le Roi, sans modifier ses grands projets, sans même en précipiter l'exécution, eût voulu profiter de l'entrée en campagne de son armée, marchant au vrai but, pour mettre fin par un coup de main à la prétendue captivité de la princesse de Condé. Mais, s'il avait réellement pensé, comme on l'assurait, à surprendre Bruxelles avec un gros de cavalerie, à pétarder les portes de la ville, et à en arracher de vive force celle dont il réclamait si impérieusement le retour, il était trop consommé dans le métier de la petite guerre pour laisser arriver jusqu'aux archiducs tant d'insinuations, tant d'avis positifs ou détournés1, qui eussent rendu le succès impossible. Ces rumeurs, ces avertissements, donnés tantôt sous la forme de menaces, tantôt sous celle de révélations mystérieuses, faisaient partie du système d'intimidation qui devait amener la cour de Bruxelles à se décharger d'un dépôt de plus en plus embarrassant, et ce système réussissait assez bien; car les archiducs se montraient chaque joui' plus disposés à céder, à sortir pacifiquement de ce mauvais pas ; ils cherchaient seulement la transaction qui ménagerait le plus leur honneur. D'ailleurs, le Roi n'avait jamais

\ . Voyez toute la correspondance de Pecquius pendant les mois de mars et d'avril, et surtout ses lettres à l'archiduc, des 28 et 30 avril. — Pièces et Documents, n° XIX.

renoncé à un enlèvement clandestin, accompli à prix d'or, et son dernier billet à Sully * nous le montre occupé de pourvoir aux dépenses d'une entreprise de ce genre. Ce n'était pas par les moyens les plus nobles, nous l'avouons, ni avec la franche et généreuse audace d'un Tristan ou d'un Lancelot, que Henri IV voulait reconquérir celle qu'il croyait aimer; il pouvait s'amuser à faire broder sur ses habits de guerre le chiiïre d'une dame2, sans ressembler pour cela aux héros de la Table ronde. Mais aussi, nous avons le droit de le dire, ce n'était pas comme un paladin qu'il allait faire la guerre, c'était en grand capitaine et en grand roi. Nul caprice amoureux n'a inspiré ni modifié ses plans. Quand on étudie le détail et la perfection de ses préparatifs militaires, l'ensemble et la profondeur de ses combinaisons, quand on analyse les ressources qu'il avait accumulées, les alliances qu'il s'était de longue main assurées, quand on contemple enfin la situation de la France et de l'Europe, il faut bien déchirer le roman de chevalerie qu'on a voulu attribuer à cet esprit très peu romanesque.

Nous avons raconté, sans rien déguiser, la

'I. 2 mai 1610.

1. Pecquius à l'archiduc, 46 avril 1610. Archives de Belgique. — Hères et Documents, n° XIX.

triste histoire des dernières amours de Henri IV ; nous avons mis à nu ses faiblesses, sa conduite odieuse envers Condé : la vérité l'exigeait ; d'ailleurs, s'il est douloureux d'insister ainsi sur les fautes d'un grand homme, si vraiment populaire et si digne de l'être, il est salutaire de laisser voir qu'un libertinage invétéré peut endurcir les meilleurs cœurs, et aussi que les esprits les plus élevés, les plus fermes n'échappent pas à cette espèce de vertige produit par l'exercice d'un pouvoir sans contrôle. Reconnaissons pourtant qu'au milieu des désordres de sa vie privée, à quelque écart qu'il se laissât entraîner, Henri IV n'oublia jamais ses devoirs envers la nation. Nul souverain ne se montra, dans la conduite des grandes affaires de son pays, au dedans comme au dehors, plus exempt de motifs personnels, véritable but Jamais la France n'avait été plus florissante : armements la prospérité qui succédait à quarante ans de

de Henri IV. ... , . . , . , .

sa politique; guerre civile semblerait incroyable, si nous ne

alliance et res- . , ,, .,. . ,.. ,

sources qu'il s'est savions tous avec quelle merveilleuse rapidité notre patrie se relève de ses souffrances, répare ses fautes ou ses malheurs. Pour la première fois, le royaume était administré ; ses finances étaient conduites suivant des principes et des règles qui ont vieilli aujourd'hui, mais qui contrastaient tellement avec le désordre des âges précédents, que les

résultats en parurent inouïs. L'agriculture, puissamment encouragée, prenait un si grand essor, qu'à aucune époque de notre histoire elle n'a fait de progrès pareils, et un agronome célèbre pou vait sans flatterie parler au Roi « du grand profit de votre peuple, lequel demeure en sûreté sous son figuier, cultivant sa terre, et comme à l'abri de votre Majesté, qui a à ses côtés la justice et la paix »*. La justice et la paix, c'étaient là les grands bienfaits du règne de Henri IV. Il y avait encore des mécontents, mais plus de factieux : un exemple sévère avait appris aux grands que les conspirations ne seraient plus tolérées ; la noblesse contenue, sans être opprimée ni humiliée, s'habituait à respecter les lois; les notables avaient été réunis; la magistrature était secondée, non asservie; la bourgeoisie se sentait protégée et libre; le peuple enfin savait que son roi voulait « que tout laboureur pût mettre la poule au pot le dimanche » . On pouvait reprocher au Roi bien des faiblesses et quelques duretés; son gouvernement était imparfait sans doute; mais il répondait aux besoins de l'époque; rien n'était exagéré, et, si l'on eût toujours marché dans la même voie, bien des progrès étaient pos-

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