‹ Histoire des princes de Condé pendant les 16e et 17e sièclesChapitre 69 sur 131 · NORREYS A LA REINE ELISABETH · texte numérisé non relu

NORREYS A LA REINE ELISABETH

(extrait)

4 juin 15G8.

.... Ther hathe lately passi d divers letters from the cardinal de Lorreine to the prince of Condey, the wiche the said prince hathe answered partly by letters againe, and partly by

.... Le cardinal de Lorraine a dernièrement adressé plusieurs lettres au prince de Condé; le dit prince y a répondu en partie par lettres, et aussi en partie de bouche. Entre autres,

worde of mouthe. Amongst othcr the cardinal wrotte the 28 of maye unto him, wherin he requirid the prince to treade ail things paste onder fote, and to remember that they were nyghe allyed together, beside that for the comon pacis; sake, he wold gladly be reconcilyed unto him; moreover, that he doutid not but that the prince had harde meny things of him, has toching his good will towards him ; more then was true. Wherunto the prince made a resolute answer, that the cardinal was an enemy, bothe to God and men, to the common tranquillité and peace of this reaime, and that ther culde be no reconciliation betwixt them, unless the cardinall wolde départe the courte, and leave the perturbing of the common peace of the reaime, which were the meanes to cause him the lesse to be offendid with him.

Mary, for the admitting him amongst the number of his ffrends, he wished him never to loke for it ; but this the cardinall answerid that he had askid leave of the Kinge to départe the courte, but His Majesty wolde not suffer him so to doo, and therfor he required the prince not to be offendid withe his abiding ther. The prince replyed agein that soche r'eceites were not able to ciroumvent him , adding hereunto meny hothe words, insomuch as the cardinall, the last of maye, sent him

le cardinal lui écrivit le 28 mai, en le priant de mettre sous ses pieds tout le passé, de se rappeler qu'ils étaient proches parents, et de croire en outre que, pour la paix générale, il se réconcilierait volontiers avec lui ; il ne doutait pas que le prince n'eût beaucoup entendu parler de ses bonnes dispositions à son égard ; mais la vérité était encore plus forte que tout ce qui avait pu être dit. A quoi le prince répondit résolument: que le cardinal était un ennemi à la fois de Dieu et des hommes, de la commune paix et tranquillité de ce royaume, et qu'il ne pouvait y avoir de réconciliation entre eux, à moins que le cardinal ne quittât la cour et ne cessât de troubler la paix commune du royaume : ce serait le seul moyen de faire qu'il lui devint moins odieux.

Quant à être admis au nombre de ses amis, il lui conseillait de n'y jamais songer. A cela le cardinal répondit qu'il avait demandé au Roi la permission de quitter la cour, mais que Sa Majesté ne voulait pas le lui permettre, et qu'en conséquence il priait le prince de ne pas trouver mauvais qu'il y demeurât. Le prince répliqua que de pareils contes n'étaient pas capables de le tromper, ajoutant à cela beaucoup de paroles aigres, de sorte que le cardinal, ledernier de mai, li i env jya une réponse nette, dé-

a flatte answer, that he wolde not leave the courte, unless he were driven from thens. How thèse différence will succède, yt will appeare at the marishall Momorance's returne to the courte, who presently is gone to mett his brother Damville at Chantille, and is lokyd for hère abowt the VII,h of this instant.

I am given secretly to understand, at this repayer hether, that the IIII marishalls coming together will make nete opposicions ageinst the card. of Lorrcine, and rcquier exécution of justice, with redresse of some other disorder ; so as uppon his returne consistithe the hole matter.

Morover yt may like Your Maj. to be advertised that meny of the Religion that dwelte in the good townes, understandinp:

with what cruelty the protestantes were usid, do not retyer to ther howses, but kepe them in the feldes, with ther captains, in trouppes in diverse places ; wheruppon the King hathe adressid his secrett letters to 212 places in this reaime (for so meny are privily printed) , wherof I send one unto Your Maj., to charge the governors, in case they finde eny accompenies or assemblées, to runne uppon them b}r force of armes, and putt them to the sworde, and if they retyer into the cities, that ther armes shuld be takin from them; wherin Your Maj.

clarant qu'il ne quitterait pas la cour sans en être tiré de force.

Comment finiront ces démêlés, on le verra au retour du maréchal de Montmorency à la cour; il est allé maintenant trouver son frère Damville à Chantilly, et on l'attend ici vers le 7 de ce mois.

On m'a donné secrètement à entendre qu'à son retour ici les quatre maréchaux, venant ensemble, feront nettement opposition au cardinal de Lorraine, et demanderont l'exécution de la justice avec le redressement de quelques autres désordres ; ainsi tout dépend de son retour.

Il plaira, de plus, à Votre Majesté d'être avertie que beaucoup de ceux de la Religion qui habitaient les bonnes villes, apprenant avec quelle cruauté on traitait les protestants, ne rentrent point chez eux, mais se tiennent dans la campagne, en divers lieux, en troupes, avec leurs capitaines ; sur quoi, le Roi a adressé des lettres secrètes à deux cent douze endroits dans ce royaume (car on en a imprimé autant secrètement), dont j'envoie une à Votre Majesté, pour charger les gouverneurs, au cas où ils trouveraient aucuns rassemblements ou conciliabules, de leur courir sus par la force des armes, et de les passer au fil de l'épée, et s'ils rentrent dans les villes de les désarmer; par quoi

will judge thcr is smale place of surety for thera of the Religion, ether in towne or felde. Yt is forther to be notyd that, after the publications of the peace, the King sent ,prevy letters througheowt the realme, that the protestants returnyng to ther howses, they shuld be disarmed at ther entrey into the townes, wherof divers of them returning without armour, having lifte yt in the contrey with ther frendes, are not suffered to enter, but chargid to returne to fetche ther armes, and namely atMeaux, the first of june, divers were refusid for the same cawse.

At Lyons the peace was proclaymid the 15 of maye, and the dajr following came ther a curryar with the Kinge's letters, that His Maj. meanid not that ther shuld be eny preaching ther, whiche they of the Religion hâve ernestly sought hère, and hathe wrought ail good meanes to atteinc the same. Hère Your Maj.

may perceyve how indirectly they mynde to procède in observing th'edicte of pacification.

On sondaye laste, the prince of Condey sent a gentilman to the Kyng, to beseaché Hi* Maj.

to minister justice ageinst soche as murther them of theBeligion, and as he entrid into the cite, ther were five slain in S1 Anthonis streate, not farr from my

Votre Majestéjugera qu'ilya peu de sûreté pour ceux de la Religion, soit dans la ville soit dans la campagne. Il est de plus à remarquer qu'après les publications de la paix, le Roi a envoyé par tout le royaume des lettres secrètes pour que les protestants retournant, chez eux fussent désarmés à leur enti'ée dans les villes. En conséquence de quoi, plusieurs d'entre eux revenant sans leurs armes, qu'ils avaient laissées à la campagne chez leurs amis, on ne les a point laissés entrer, mais on les a renvoyés chercher leurs armes, et nommément à Meaux, le 1er juin, on refusa à plusieurs l'entrée de la ville pour cette cause.

A Lyon, la paix a été proclamée le 15 mai, et le jour suivant arriva un courrier avec des lettres du Roi, disant que Sa Majesté n'entendaitpasqu'ilyeûtlà aucun prêche, bien que ceux de la Religion l'eussent ardemment désiré et eussent cherché à l'établir par tous les moyens avouables. Votre Majesté peut voir par là de quelle manière irrégulière ils veulent procéder dans l'observation de l'édit de pacification,

Dimanche dernier, le prince deCondé envoya un gentilhomme au Roi pour supplier Sa Majesté de faire faire justice de ceux qui mettent à mort ceux de la Religion, et comme cet envoyé entra i t dans la ville, il y en eut cinq de tués dans la rue Saint-Antoine,

lodging. Of this cruel murther he complaynid to the Queene.

She promisid justice shuld be executed uppon the offenders, but as yet nothing is done. . .

pas loin de mon logis. Il se plaignit à la Reine de ce cruel meurtre. Elle promit qu'on ferait justice des coupables, maisjusqu'ici on n'a rien fait encore

NORREYS A LA REINE ELISARETH.

Yt may like Your most excellent Majesty that the 6 of this instant, Monsr admirall sent to me one of his purposly withe request that I shulde spedely advertise Your M. of that whichhe thoughte himselffe bounde in conscience to gyve Your H. to understand of, knowing Your M.

to be te chefest favorer of Religion of your estât that lyvithe, so wolde he not but toching you so neere as this dothe, Your M.

shuld be spedely advertised therof. As that the cardinall of Lorrein, who alone dothe ail in every thing, hathe promizid to Monsr d'Anjou, the King's brother , two hundrid M ffrankes yerly of theclergy of Fraunce to sustein the romish religion , wherto the pope, the kinge of Spaine, and other papisticall princes, hathe promisid ail helpe and succour in every thing that Monsr attempt to the ru in of them of the Religion ; and the cardinall, the better to incorage him in this his enterprise, prcmisithe that the Q.ofScottsshall be brought into Fraunce, and

7 juin 1508.

Plaise à Votre très-excellente Majesté, le 6 du présent, Monsieur l'amiral m'envoya un exprès pour me prier de vous avertir en hâte de ce qu'il se croyait obligé en conscience de faire connaître à Votre Altesse, sachant que, dans tous vos Etats, nul n'est plus dévoué à la Religion que Votre Majesté ; qu'ainsi il ne vous en avertirait pas aussi promptement si cela ne vous touchait pas de si près. C'est que le cardinal de Lorraine, qui seul fait tout en toute chose, a promis à Monsieur d'Anjou, frère du Roi, deux cent mille francs par an du clergé de France, pour soutenir la religion romaine; sur quoi le pape, le roi d'Espagne et autres princes papistes, ont promis aide et secours en tout ce que Monsieur tenterait pour la ruine de ceux de la Religion, et le cardinal, pour mieux l'encourager dans cette entreprise, promet que la reine d'Ecosse sera amenée en France, et qu'il lui fera céder au frère du roi tous les droits qu'elle a ou prétend avoir dans votre royaume d'An-

that he will cause lier to yelde to the King's brother ail hir estât that she hathe or pretendid to hâve to jour reaime of Inglande, trusting hereby as well to kindell Your Highnes reaime ther, as he hathe done and daily dothe thers heere; so that the admirall's humble request to Your Honor is as it tochithe Your H.

and your reaime most nere, evin so that Your M. will most circumspectly consider therof in vime, and as now the Q. of Scotts is in Your M. disposicion, so by ithe yt in you to frustrât the cardinal's expectacion, as to Your Highnes most grave and wise judgement shall semé most expédient.

Thus having delivered unto Your M. that which I was chargedwith ail, yt may likeYour H.

further to understande of great practizes usid of late to surprize the nobilite hère, as the prince of Condé was sought to hâve bin untrappid by Lavallete, Monsr l'admirall by Chavigny, his brother Dandelot by Tavan and P»arbasius; but when they shuld cum to ther matters in exécution, they founde ther conseil revelid, and them in soche order to receyve them, as beinge advertised therof, returnid witheowt making any attempt. Sins whiche time soche is the dowte of the fidélité they hâve of theres hère, as they hâve cassid sundry of ther secretaris commises, thinking ther practisesandothers re-

gleterre, se flattant par là de mettre le feu au royaume de Votre Altesse aussi bien qu'il l'a fait et le fait tous les jours dans celui-ci ; de sorte que l'amiral prie humblement Votre Honneur, comme cela touche de très près Votre Altesse et votre royaume, d'y faire à temps une très grande attention, et, comme à présent la reine d'Ecosse est à la disposition de Votre Majesté, ainsi il est en vous de frustrer l'attente du cardinal, comme il paraîtra très à propos au jugement très sage et très grave de Votre Altesse.

Ma commission auprès de Votre Majesté étant ainsi faite, il plaira à Votre Altesse apprendre en outre la grande tentative dernièrement faite ici pour surprendre la noblesse, et comment le prince de Condé a failli être pris au piège par Lavalette, Monsieur l'amiral par Chavigny, son frère d'Andelot par Tavannes et Barbesieux. Mais quand ceux-ci en vinrent à l'exécution, ils trouvèrent leur dessein découvert, et les autres en si bon état de les recevoir, qu'en étant avertis ils retournèrent sans rien tenter.

Depuis lors, ceux d'ici soupçonnent tellement la fidélité des leurs, qu'ils ont cassé plusieurs de leurs commis et secrétaires, pensant que leurs manœuvres ont été révélées par ceux des

velid by them being suspected to be of tbe Religion, insoniichethat the recevyer of Senlitz, commise to Villeroy, and Sagot, commise to l'Obespine, are discbargid, aud it is thought that divers others sbal follow. And it may further like Your Highnestounderstandethatthis practiseisnot alone in hande, as by tbe seight the cardinall of Lot-rein caused the Pariziens to exhibitt to the Kinge that yt will please him to gyve the governement of the Isle of Fraunce and Paris to his brother, Monsr d'Anjou, whiche heretofore the Momorancys hathe till now inyvid, and now in his absens, being in his diett, gottcn from him, whiche is thought will cause moche unquietnes uppon his returnehether ageine ; so as 1 thincke no lesse as farr as I can see into this ther trublid estate, but that I shall, er it be longe, advertise Your Highnes of new taking of armes ageinst the cardinall, who preparithe by ail meanes to withstande the same, bothe by the King's force, now under Monsieur's government, under whom he note shrowdithe himselffe, as also his owne and ail his ffrendes.

commis qu'on soupçonne d'être de la Religion. Ainsi le receveur de Senlis, commis de Villeroy, et Sagot, commis de l'Aubespine, sont renvoyés, et on croit que plusieurs autres suivront. Et il plaira encore à Votre Altesse savoir que ce projet n'est pas le seul en train ; car le cardinal de Lorraine fit prier le Roi par les Parisiens, de donner le gouvernement de l'Ile-de-France et de Paris à son frère, Monsieur d'Anjou; jusqu'ici, les Montmorency onttoujourseuce gouvernement, et maintenant, en l'absence du maréchal, pendant qu'il est chez lui, on le lui retire, ce qui, croit-on, causera beaucoup de trouble à son retour ici ; de sorte que, autant qu'on peut faire des prévisions dans ce royaume troublé, je pense qu'avant qu'il soit longtemps j'aurai à avertir Votre Altesse d'une nouvelle prise d'armes contre le cardinal, qui se prépare à la repousser par tous les moyens, et par les forces du Roi, maintenant aux ordres de Monsieur, sous lequel il s'abrite, et aussi par les siennes et celles de ses amis.

Page 1