‹ Histoire des princes de Condé pendant les 16e et 17e sièclesChapitre 84 sur 131 · NOUVELLES DIVERSES DE PARIS ENVOYEES A M. L'ADMIRAL · texte numérisé non relu

NOUVELLES DIVERSES DE PARIS ENVOYEES A M. L'ADMIRAL

Monseigneur, voicy desjà le sixiesme message que nous avons envoyé depuis six semaines pour vous advertir de tout ce qui se passo par deçà :

1. Par le médecin du comte de Jarnac : voyez ci-dessus, p. 384, la lettre de l'amiral. — Ce billet, écrit sans doute à la hâte, sur une bande de papieï

Premièrement quant à nostre estât : tous ceux de la Religion sont ou prisonniers, ou fugitifs, ou cachés. Toutefois, ceux que Dieu a réservé ne s'espargnent à s'employer en tout ce qu'il vous pléra leur commander. Depuis le premier édict, par lequel les officiers de la Religion sont empesché de leur office, il en est venu deux autres : l'un, pour continuer les temporisemens et prouver qu'ils ont fait leurs Pasques et esté à confesse, sur peine d'être privés de leur office ; l'autre , pour les contraindre d'envoyer procuration entre les mains du Roy pour résigner leurs offices, et ce, soubz espérance qu'on leur en fera rente en l'Hostel-de-Yille , combien qu"on y ait arresté toutes les rentes de ceux de la Religion, et après qu'ils auront vescu un an entier en la papauté, qu'ils seront pourveus d'autres offices. 3L le mareschal de Montmorency n'ose consister en cette ville, à cause des embusches que luy a fait dresser le cardinal par ceux de ceste; de sorte que le jour mesme que on receu en ceste ville Monsieur le Duc, il deslogea sans trompette, et pour quelques jours s'estant tenu à Chantilly, avec deux de ses fidelles, il a commencé à visiter son gouvernement et est à présent en Soissonnois ou à Laon. Monsieur le Duc gouverne seul, mais gouverne par Saint-Supplice, en son conseil par l'archevesque de Sens, auquel conseil de naguères à diverses fois a esté arresté de s'assurer de M. le mareschal; outre les libelles diffamatoires qu'on sème contre luy, et mesme dans un placard du 13 de février il estoit appelé ve ameau (?), avec la planche de sa maison; et advertissemens donnés aux Parisiens de se garer d'eux comme d'ennemys, et exhortation. ... de lui courir sus et contre quelques officiers qui ont intelligence avec luy. On y void tout ouvertement l'Espagnol commander entre le cardinal et ledit archevêque, lesquelz se servent de leurs gens appostez à leur dévotion comme : des présidens Hennequin, procureurs du Roy, con-

longue de 0m,3G et haute de 0m,07, fut trouvé dans le gantelet du prince de Condé, ainsi qu'on le verra dans la lettre du duc d'Anjou au Roi, du 1~ mars.

Beillers du Drac et Poisle et quelques autres, et d'un Ranchon, prévost des mareschaux, lequel, depuis 15 jours, à la poursuite de l'ambassadeur d'Espagne, fit estrangler, à deux heures du soir, un pylote portugais qui avoit servi contre les Espagnols, ou à Madrid au fils de Montluc , et fut ieclé en l'eau le corps tronqué, et ce combien que ledit pylote fut rédintégré par lettres authenthiques du Roy. En quoy les lettres de cachet du cardinal ont eu plus grande vertu ; lequel mesme Ranchon amena auparavant un qui revenoit devers le prince d'Aurenge, s'estoit retiré en sa maison , lequel vous avoit servi de fourrier de compagnie es derniers troubles, et le feist pendre tout bote , sans que jamais on le pût faire varier de sa constance, qui fut admirable. Ils se servent aussi entre autres corporiaux de deux ou trois bestiers désespérés qui font les emprisonnements et autres exécutions, sans aucune figure de justice, lesquels n'estant rassasié d'avoir emprisonné touz ceux qu'ils ont pu, font à présent requeste au Roy qu'il leur soit permis de rechercher, par toutes villes , es maisons des papistes qui ont retiré leurs parents et amis de la Religion. Hz en trouvent un grand nombre, jusques à cent ou six vingt desquelz il y en a des plus notables , nonobstant serment de caution qu'on a exigé d'eux; entre autres ilz tiennent fort étrangement le ....Portai (?) pour récompense de sa légation, luy imposant qu'il vous a entamé termes de paix, comme venant de la Royne, dont elle ne luy avoit donné charge, le capitaine Pré de Rloys, gentilhomme de M. de Mouy, Galandiny Hamon, secrétaire du Roy , nonobstant deux lettres patentes obtenues du Roy, pour sa délivrance, luy imposant qu'il vous a escrit, etc., et plusieurs autres factions de marque et de bon esprit, les bourgeois qui ne peuvent prendre fort intérêt, l'habitant des faubourgs et forces étrangers françois chassés (?). Quant à l'armée du prince d'Aurenge, après avoir fait par trois fois constante response au Roy qu'il ne sortiroit du royaume qu'il ne veist la Religion restablie, s'en est retourné

par je ne sçay quel soudain mouvement, dont on allègue diverses causes, bien que luy eussions fait entendre vostre intention de l'advouer ; et, comme les seigneurs de Genlys et de Mouy nous eussent demandé assistance de deniers, j'envoyé lettre par vostre moyen à M. le cardinal de Chastillon pour recouvrer deniers; nous leur feismes tenir response audit sieur cardinal, que, s'ils vouloyent aller à la teste de ceux de Picardie, il leur feroit tenir 80,000 escus; mais ce fust trop tard pour le reculement dudict prince d'Orange. Desquelles choses nous vous donnasmes soudain advertissement.

Depuis \ 5 jours, a passé par ceste ville le capitaine de Bas, despêché de vostre part vers ledit prince d'Aurenge, lequel s'estoit retiré jusqu'à Strasbourg pour assister aux nopces de la fille du prince palatin et du fils du Lantgrave, où se tient une diète à laquelle le Roy a envoyé Laforest. On dit que le duc Auguste de Saxe y sera esleu roy des Romains, pour foreelore à l'advenir de l'empire la maison d'Autriche. La royne d'Angleterre y a envoyé le sieur de Hillegay, qui a espousé la sœur de la femme du sieur Cécile, secrétaire d'Angleterre, et ce afin qu'il y resta toujours pour haster les Allemands de vous aller joindre, et le commandement de faire entendre tout ce qui se passera entre les Allemands à M. Xorreis, ambassadeur de la royne d'Angleterre en France, affin qu'elle et vous en soyez advertis. Elle commanda à sondit ambassadeur en ceste ville qu'il nous fist entendre qu'elle avoit envoyé 20,000 escus dès le 1er de décembre au duc des Deux-Ponts, afin que luy avec nous vous le fissions sçavoir, avec toutes amples promesses de vous donner tousjours aide ; et que vous communiquiez souvent avec son dit ambassadeur en ceste ville, de tout ce que vous lui voudrez faire entendre. Combien que ledit ambassadeur soit en court avec tous les ambassadeurs, toutes fois ne laisserez d'adresser toutes choses en son logis, devant l'arsenal, au sieur de la Chapelle, de la part de ceste..., où ledit ambassadeur a laissé Madame sa femme et

la pluspart de sa famille. Nous sommes advertis, au vray, que ledit prince d'Orange est joint au duc des Deux-Ponts et qu'ils s'acheminent vers la France avec 14,000 chevaux et 18,000 de pied et 30 pièces d'artillerie. Le prince Casimir s'y pourra bien joindre, estant fasché de n'avoir rien receu du Roy sur ce qui lui est deude reste qu'il a demandé denaguères. Les François tiennent l'avant-garde. Le Roy a commandé à Daumalle de les combattre hors le royaume, à quelque prix que ce soit . Il a aussi despêché par ceste ville le sieur de Sefar (?), lieutenant du duc de Guise, vers Monsieur, pour haster les 8 cornettes de rheistres qu'on envoie contre vous, afin de vous livrer bataille à quelque prix que ce soit. Quant à Testât d'Angleterre, il est en mauvais mesnage avec le duc d'Albe, d'aultant qu'il a saisi en Flandres tous les Anglois et leurs biens. De quoy irritée, la royne d'Angleterre a fait de mesme contre les Flamans et Espagnols qui estoient en Angleterre, ayant pris quelques vaisseaux où il y avoit plus de 43,000 escus; et des deux ambassadeurs, l'Espagnol en a si bien joué son roole, que l'ambassadeur du duc d'Albe n'a plus depuis parlé avec celuy d'Espagne , et c'est ce qui empesche que la royne d'Angleterre n'a encore receu response de l'Espagnol. On avoit commencé à Rouen et Boulogne de prendre les Anglois à sa succitation, mais le Roy les a fait délivrer depuis huit jours, aiant peur d'entrer en guerre contre l'Angleterre. La royne d'Angleterre, de sa part, pour avoir meilleure couleur d'assister aux François, a fait un édict défendant aux François de débiter en Angleterre les marchandises qu'ils ont butinez sur la mer. Le Roy partit de Joinville le 1 4 février pour aller à Toul, et de là on ne sçait où il doit tirer à Nancy ou à Langres. Le comte de Vaudemont et le duc de Lorraine, depuis, sont venus veoir le Roy, et tout exhorte à la paix; mais le cardinal et la Royne et leurs sectateurs n'en veulent ouyr parler, aimant mieux hazarder tout l'Estat que de rien perdre de leur crédit. On fait accroire

au Roy qu'il a plus là.... de forces et moyen qu'il n'a, afin do l'iriter d'autant plus et luy donner vaine confiance. Le duc de Nemours a parlé si haut qu'il a obtenu d'estre lieutenant général de Monsieur , soubz la condition qu'il baillera sa charge de la cavallerie légère au duc de Guise. Daumalle conduit l'avant-garde. Hz ont receu 4,000 Suisses et autres 3,500 rheistres, soubz le jeune Lantgrave, le comte de Wirtemberg et le marquis de Baden, mais desquels on n'est asseuré s'ilz combattront. Hz ont beaucoup de gens, mais ilz ne les savent plus soustenir, en étanz venus si bas que le Roy demande à nostre ville 60,000 escus à rente, qu'il ne peut trouver. Hz ont engagé les reliques, le.... de la Royne et les joyaux de la couronne, et les ambassadeurs étrangers s'excusaient de plus rien fournir. L'Espagne est troublée par les Maures. Le cardinal de Guise y est encore fort malade et n'a guères advancé en sa légation. L'Espagnol a écrit au duc d'Albe que le plus grand plaisir qu'il lui sauroit faire, ce seroit de faire tomber tout l'orage sur la France. Sanxerre a véritablement soutenu trois assaultz et a contrainct l'ennemy de lever le siège, avec perte de plus de 500 bons hommes et des plus braves capitaines , dont le Roy est fort irrité contre d'Antraigues ; ce que Mar.... s'est venu excuser en cour, avec promesse d'y retourner et de bien faire, si le Roy l'y veut dépescher tout seul. Il seroit bien besoing de donner secours à ladite ville. On mène toutes les pouldres et munitions à Orlé(ans) de ceste ville pour y retourner; ceste ville est toute.... de pouldre, de munitions et de matières pour en faire. Le peuple et la pluspart des plus notables sont fort lassez et ennuyés de la guerre.

Sur ce, faisant fin, Monseigneur, nous prions le Seigneur qu'il préside tousjours sur vos conseils par son esprit, et vous cotoye de ses armées d'anges, pour vous délivrer et vous donner victoire, et à toutes ses églises, sur ses ennemys. Vous présentant nostre humble service et obéyssance et nous

recommandons à voz bonnes grâces et de tous les seigneurs qui vous accompagnent. Nous avons veu lettre du roy de Danemarch au prince d'Aurenge, par lesquelles il s'excuse à vous venir joindre et luy envoyé 3,000 chevaux et deniers.

G. (l'amiral a) monseigneur monseigneur le prince

Jarnac, 11 mars 15(59.

Monseigneur, je vous ay, depuys ce matin, mandé deux fois de mes nouvelles, et depuis j'ay receu la lettre qu'il vous a pieu m'escrire par ce porteur. Et quant à ce qu'il vous plaist que je vous mande du logeis que nous ferons aujourd'huy, si j'en eusse changé je n'eusse failly à le vous mander; mais il fouit que j'attende davant que rien changer de veoir ce que deviendront nos ennemys. Je viens d'avoir advertissement que les ennemys marchent le chemain de Congnac, et de faict nous voyons acheminer quelques trouppes de cavallerie à notre veue. S'ils veulent aller du costé de Congnac, en mettant une bonne troupe d'infanterie la dedans, je croy que c'est ce que nous debverions désirer. J'auré tousiours gens aux champs, et ce que je pourré apprendre je vous en advertiré. Monseigneur, je prye Nostre Seigneur vous avoir en sa saincte garde et protection.

De Jarnac, ce xie de mars 4569.

Je vous supply, Monseigneur, regarder et mettre quelques hommes de bien dedans Congnac. L'on m'a dict que leurs bagages ne deslogent poinct.

Vostre très-humble et très-afectionné serviteur,

ClIASTILI.ON.

(Entièrement autographe)

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