‹ Histoire des princes de Condé pendant les 16e et 17e sièclesChapitre 85 sur 131 · DE CONDÉ, DUC D'ANGUYEN ET PAIR DE FRANCE · texte numérisé non relu

DE CONDÉ, DUC D'ANGUYEN ET PAIR DE FRANCE

Angoulême, 12 mars 15(59.

Monseigneur, despuys n'avoir heu cest honneur que de vous escripre, je n'ay rien guières apprins de nouveau, si ce n'est que les compagnies de MM. du Lude, Ruffec, des Cars, la Vauguyon et trouppes de Richelieu marchent et s'en vont rendre à Chasteauneuf, par le chemin de deçà la rivière, et non de vostre cousté, et croy qu'ilz meynent l'argent pour faire fère monstre à l'armée de Monseigneur frère du Roy. Hz se sont retranchez à Chasteauneuf, où ilz laissaient hier tout leur bagage, soubz la garde de partye du régiment du sieur de Joyeuse, comme j'ay entendu par tous ceux qui ont veu leur armée. Hz sont assez fort de cavallerie, mays non d'infanterie. Hz ont racoustré le pont dudit Chasteauneuf, et au bout de celuy ont pareillement faict ung retranchement. Hz sont après pour trouver les moyens qu'ilz peuvent chercher, comme j'ay esté adverti, pour prendre par intelligence ceste ville. J'y auray l'œuil le mieux qu'il me sera possible, pour me garder de surprinse, tant pour le service que je doibs à mon Dieu, à cette cause et à vostre grandeur, de sorte que j'espère qu'il n'en viendra inconvénient pour ce regard, avecque l'assistance que j'ay des bons cappiteynes qui en cela feront bien leur debvoir.

Monseigneur, hyer un Allemand, estant à Dirac et venant dudit Chasteauneuf et camp de mondit sieur, s'esmoya de M. de Nanteuil, et lui mandoit qu'il me piïast l'envoyer quérir pour me dire chose qui vous estoit de grande importance, ce que je fis ; et l'ayant en ce lieu l'ay bien incontinant voulu despêcher pour le vous envoyer. J'ay trouvé un peu estrange la façon qu'il a layssé le camp de mondit sieur. En

cest endroit, je supplieray Nostre Seigneur vous donner en perpétuelle santé, Monseigneur, très-bonne, prospère et longue vie.

A Englesme, le xnc de mars 1569.

Vostre très-humble et très-obéissant subject et serviteur,

S'-Mesme.

(La souscription de cette lettre est seule autographe.)

8. I.OGIS nE LA BATAILLE DE UNZIEME MARS MIL Ve SOIXANTE-NEUF.

Messeigneurs les princes et leur suite. . Congnac.

Leur garde Sainct-Brys.

Pour leur train Sainct- Sauveur et

Louzac.

Monsieur de Vaudine Richemont.

M. d'Anconne Javrezac

M. Myrabel Sainct-Trojan.

M. de Blacon Xainctes.

M. le Prince Chérac.

La compaignie de Monsieur le Prince

soubz la charge de M. de Courbozon. Mons. La compaignie de Monsieur le Prince

soubz la charge de M. des Essarts. . Sainct-Saulvan.

M. d'Anguys Chapnières.

M. le comte de la Roche Mesnac.

M. de Verac La Chapelle.

MM. le Vidame , de Saincte-Marie , des

Aige, d'Aulx Sainct-Brys.

M. de Mirambeau de la Caze Brizambourg.

M. de Noix Sainct-André.

M. Lavardyn Dampierre.

M. de Montojean Le port Chauneau et

Orlac.

M. do Chaulmont. . . . , Escoueux.

M. de Sainct- Martin et de Sainct-

Sturyn Sl-Sulpice.

M. de la Rochesnard Migron.

M. de Fonterailles Nanthelle.

M. le Comte de Choisy Sainct-Hillaire.

M. de Tracy et Sey Ogeac [Aujac).

M de Mauperyer et d'Auconne Autlion et Audouec.

M. de Robodange Aumaigne.

M. de Languillier Burye et Yillars.

M. de Montlieu Au Seurre.

En conférant cette pièce avec la carte de Cassini ou avec les feuilles récemment publiées par le Dépôt de la guerre, on remarquera que la plupart de ces villages sont échelonnés le long de la route de Cognac à Saint-Jeand'Angely, sur une distance de six lieues. C'est cette comparaison qui nous a tout d'abord fait penser que, depuis le il mars, le projet plus ou moins arrêté deCondé était de se retirer vers la Charente supérieure, et de tenter la marcbe sur Sancerre par le Berry, quoique cela ne fût positivement affirmé ni même écrit nulle part.

Comment expliquer autrement qu'il donnât de semblables logements, lorsque, depuis vingt-quatre heures, ou au moins depuis douze,,il connaissait la présence de l'ennemi au delà de la Charente? Le silence des historiens sur ce point peut être attribué, d'abord au peu d'importance qu'ils y attachent, ensuite aux hésitations évidentes de Condé, hésitations qui sont a^ez prouvées par ses mouvements et ses ordres. Ces mouvements et

ces ordres sont incontestables. D'ailleurs, les écrivains contemporains s'accordent plus ou moins à dire que tel était déjà son plan avant la marche du duc d'Anjou de Chinon surConfolens.et qu'il n'allait chercher les vicomtes que pour revenir aveceux au-devant des Allemands; c'était donc là son but définitif. 11 est encore constaté que, le 12, le prince avait donné à l'amiral l'ordre de le rejoindre le lendemain à la dianc; que, le 13, il avait presque toutes ses troupes sur la gauche du champ de bataille, c'està-dire au norddeBassac, et que, ce même jour, il se retirait de Jarnac, quand il reçut l'appel de l'amiral. On ne dit pas où il se dirigeait; mais comment serait-il revenu sur Sainctes ou Cognac, après ce qu'il savait de la position de l'ennemi? Enfin Tavannes, qui a écrit lui-même une relation de cette campagne (elle est insérée dans les Mémoires rédigés par son fils) , et qui était mieux que personne en mesure de la raconter et de la juger, parle nettement des inquiétudes que lui donnait un projet de retraite des réformés vers l'est : avant de laisser passer la Charente à l'armée royale, il s'assura que les protestants ne traverseraient pas cette rivière vers Montignac. Une relation protestante du temps dit aussi que l'ordre était donné à l'armée de se diriger entre Châteauneuf et Angoulêine, ce qui était impossible; mais, en faisant la part de l'incurie qui signale ce récit pour tout ce qui concerne la géographie, qui ne voit que cette indication signifie un ordre de marche vers l'est? Nous avons encore été confirmé dans notre pensée par les lettres trouvées sur Condé : dans la situation où il était, la nouvelle de la marche et des succès du duc de Deux-Ponts était bien de nature à lui faire désirer ardemment de le joindre.

Nous avons cru devoir entrer dans ces détails, qui paraîtront peut-être minutieux, parce que ce point est le seul où nous ayons cru devoir recourir à nos propres conjectures ; nous avons voulu indiquer sur quelle base elles reposaient. Toutes les autres assertions contenues dans notre récit se trouvent dans les mémoires, pièces et relations contemporaines, soigneusement comparées, ou dans les historiens qui, sans avoir toujours assisté aux événements, avaient cependant pu consulter des témoins oculaires, la Popelinière, de Thou, d'Aubigné, Davila. Nous ajouterons encore que, des trois batailles livrées par Gondé, la bataille de Jarnac est celle sur laquelle les récits du temps varient le plus. Nous avons essayé de notre mieux de les mettre d'accord, et entre eux, et avec la configuration du terrain.

La lettre suivante accompagnait les Papiers qu'on vient de lire :

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