N° VIII
LE PRINCE HE CONnÉ AU COMTE DE SUSSEX (?) La Rochelle, 12 juin 1577.
Monsieur mon cousin, les grandes obligations que je vous ay de tant de plaisirs et faveurs que m'avez tousiours faictz de tout ce qui a deppendu de vostre crédit envers la Majesté de la Reyne et tous les autres seigneurs du conseil, de l'assurance que j'ay telle de la continuation de vostre bonne amityé envers les églises de France, le roy de Navarre et moy, par les rapportz de tous ceulx qui s'adressent à vous, me font encores concepvoir une plus grande espérance que jamais que vous nous serez encores à ce coup si bon et parfâict amy, que vous nous ferez le bien de n'espargné toutes voz faveurs à ce que nous puissions obtenir de Sa Majesté le service qui nous est très-nécessaire pour nous relever de la ruyne en laquelle noz ennemys nous veulent précipiter, nous amusant d'ung costé de faindre négociations de paix, et d'aultre part assiégeant no9 places, et nous approchans tousiours le plus qu'ilz peuvent, sans que nous puissions espérer aucune bonne pais d'eulx, nous voulans tous les jours retrancher quelque chose de l'édict, à mesure qu'il leur arrive quelque prospérité contre nous , qu'a faict résoudre ledict Sr roy de Navarre et moy de ne nous y plus fié, et de nous attendre d'avoir aucune bonne et seure paix qu'avecq de bonnes forces estrangières, pour lesu. 27
quelles mectie sus nous estans icy mis en tous le debvoir à nous possible de faire quelque somme de deniers, nous avons tant espéré de la piété et vertu de la Majesté de la Royne et de vostre crédit et faveur en son endroict, que vous n'espargnerez rien qui soit en vostre puissance pour la persuader de nous secourir encore ceste foys, vous assurant que nous récompenserons tellement le peu de debvoir que nous avons faict parle passé de nous aquicter des grandes obligations crue nous avons à sa dicte Majesté, qu'elle aura toute occasion de nous conserver l'amitié dont il lui a plu nous faire tant de démonstration , et d'oublié tous les mescontentemens qu'elle peut avoir receu par faulte de l'en avoir satisfaicte comme il appartien, chose qui est du tout provenue du peu de compte que font noz ennemys de tenir leur foy et parolles, non-seulement à nous, mais aussy à tous les princes estrangiers, ainsy que plus amplement les S" d'Hargenlieu et de la Pehonne le vous feront entendre de ma part, avecq le Sr du Plessis de la part du roy de Navarre, dont je vous supplie bien affectueusement les vouloir croyre comme moy-mesme, et sur l'asseurance que j'ay si grande on vostre amitié que vous nous ferez en leur négociation tous les plaisirs que vous pourrez, je vous asseureray aussy en récompense qu'il n'y a prince en la chrestienté dont vous puissiez faire plus d'estat que dudit Sr roy de Navarre et moy, pour n'espargné jamais rien qui soit en nostre puissance par tout où nous vous pourrons obéyr.
(Musée britannique, Cotton, Titus, B. VII, 320.)