‹ Histoire des princes de Condé pendant les 16e et 17e sièclesChapitre 96 sur 131 · LE PRINCE DE CONDE A LA REINE MERE · texte numérisé non relu

LE PRINCE DE CONDE A LA REINE MERE

Saint-Jean d'Angély, 13 novembre 15~9.

Madame,

Je ne sauroys assez humblement remercyer Vostre Maiesté de l'honneur qu'il luy playst me fère, de m'avoyr envoyé visiter par Monsr Dalbene, et de lasseurance que par luy me donnez de la continuation de vostre bonne volunté et affection envers moy, quy me sera à iamais une très-étroite obligation, aveq une infinité d'autres précédentes, de vous rendre le trèshumble et très-fidèle service qu'à vous doy, et touchant , Madame, le commandement de Vostre Maiesté me fait de tenyr la main à la restitution des villes accordées par la conférence de Nérac, d'autant que cela a esté traicté par le roy de Navarre et en son gouvernement, aussy que par le gentilhomme qu'il ha naguères envoyé versVoz Maiestez, il leur a faict entendre les occasions pour lesquelles il n'a peu encores accomplyr ce que desirez sur ce de luy , je ne vous en feray autre discours ; toutesfoys si, en cela et toutes autres choses qui concerneront le service de vozdites Maiestez, il vous plaist m'honorer de vos commandemens, je monteray aussytost a cheval pour les exécuter promptement ; et pour le regard du maryage dont m'escrivez, à la vérité je reconnoys que ce m'est un très-grand honneur, voyre tel que je n'eusse ausé l'espérer; mays, en ayant demandé l'advis des ministres naguères assemblez au synode tenu à Figeac, ilz m'ont faict responce que, pour la diversité de religion, ie n'y pouvoys entendre, si Madamoyzelle de Vaudemont n'en faisoyt pareille professyon que moy. Aussy, 3Iadame, quand ceste consydération cesseroyt, ce me seroyt un honneur à demy, s'il ne playsoit à Yoz Majestez me

remetre en mon gouvernement, duquel ie ne iouys point, encores que ie l'ave eu par le moyen du Roy. Pour le regard des biens, je m'en remetray tousiours à ce que Voz Maiestez en advyseront et ce que Messieurs mes parens m'en conseilleront. Vous supplyant très-humblement, Madame, prendre le tout en bonne part, et me fayre cest honneur de croyre que n'aurez jamais un plus fidèle serviteur que moy, quy en cest endroict supplye le Créateur contynuer à Vostre Maiesté, Madame, en très-parfaicte santé, très-longue et très-heureuse vye. A S'-Jehan, ce 13 novembre.

Vostre très-humble et très-obéissent serviteur,

Henry de Bourbon

(Original autographe. Archives de Condé.)

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