N° XI
LE PRINCE DE CONDÉ A MESSIEURS LES SYNDIQUES ET CONSEIL DE LA VILLE DE GENEVE.
Saint-Jean d'Angély, 25 mars 1584.
Messieurs , la mesme religion de laquelle nous faisons profession nous enseigne assez la conjonction qui doibt estre entre nous. Mais, puisque nos ennemis nous l'apprennent davantage par leurs desseings, qu'ils bastissent tous les jours pour nous ruiner tous à la fois , cela nous doibt occasionner d'estreindre plus fort le lien d'amitié et union, comme le plus asseuré moyen, selon les hommes, de nostre conservation ; ce
que je dys, Messieurs, afin du vous tesmoigner par la présente le semblable que par mes précédentes, et vous prier croire que j'ai merveilleusement à cœur vostre bien, repos, accroissement et contentement, tenant pour certain que, si Dieu vous continue, comme je l'en prie ardemment, une tranquillité, il vous fera aussi la grâce de l'employer a l'advancement de sa gloire, pour triompher au milieu de vos ennemis. Si, pour y parvenir, vous estimez que mes moyens y puissent apporter de la facilité, je les vous offre volontairement avec ma personne, de laquelle je vous serviray de toute l'affection que vous pouvez attendre et vous promettre d'un prince désireux de vous voir sortis des perplexités qui vous travaillent de longtemps, à quoy il semble, par vos dernières lettres, que Dieu vous présente une ouverture qui ne sera jamais si seure ny si prompte que je la vous souhaitte, Messieurs, priant Dieu que, malgré vos adversaires, il conserve et accroisse votre estât, vous faisant prospérer de plus en plus à son honneur, vostre soulagement et utilité de nos églises, qui y ont un intérest.
(Archives de Genève.)