‹ Histoire des progrès de la civilisation en Europe depuis l'ére chrétienne jusqu'aù XIXe siècle (volume 2)Chapitre 11 sur 44 · IG · texte numérisé non relu

IG

cette longue série en disant nn mot du dernier , de ce gentilhomme breton, qui ayant lu dans la lilhurgie ces mots : Per einn qui veiiturus est judicarc vivos et mortiios , s'imagine de bonne foi qu'il est cet eiLin appelé' à juger les vivants et les morts et, se prenant aussitôt pour le fils de Dieu, il publie son extravagance, entraîne une populace ignorante , parcourt avec elle les provinces de France et pille les monastères qui ne le reconnaissent pas en sa qualité' de fils de Dieu. Il avait classé ses disciples : les uns étaient des anges, les autres des apôtres; celui-ci s'appelait lu jugement j celui-là la sagesse, d'autres les dénominations, la science^ etc. On envoya des agents pour l'arrêter, il les séduisit avec de l'or; on publia alors qu'il enchantait le monde, que c'était un grand magicien et qu'il était impossible de se saisir de lui... L'archevêque de Reims parvint cependant à le faire comparaître au concile de ii/t8 ; il y ^ int , gravement appuyé sur un bâton fourchu , et comme on lui demandait ce que signifiait ce support singulier : « C'est un grand mystère, répondit-il; lors({uc je tiens ce bâton les deux pointes en l'air, Dieu a en sa puissance les deux tiers du monde et moi l'autre tiers; mais si je renverse ces deux pointes, alors, phis riche que mon père, je commande aux deux tiers

du monde et Dieu n'a plus que l'autre tiers. « Ce fut là à peu près toute sa de'fense... On le reconnut alors comme un vrai fou et il fut enferme' comme tel ; mais sa folie avait été contagieuse, et quelques-uns de ses partisans furent brûlés. Sans persécution, le ridicule, le mépris eussent fait justice de cette secte comme elles l'ont fait de nos jours du Père Enfantin et de la femme libre. Avec les bûchers, elle survécut et fit encore du mal.

Que conclure de ce qui précède ? Qu'il y avait des vérités à opposer à celle que proclamait l'Eglise depuis douze siècles? — Non, mais qu'en ces temps , comme dans les temps antérieurs et postérieurs , l'homme a substitué à la vérité sa propre raison dont son orgueil a fait une règle unique et souveraine. De là, comme l'a dit un éloquent orateur, « cette guerre déclarée ou couverte contre la papauté , pouvoir régulateur et suprême du catholicisme 5 de là, ces haines de tout frein, de toute autorité religieuse et civile qui n'est pas la souveraineté rationnelle de l'individu pensant ; de là, et par une suite nécessaire, la liberté de tout penser et de tout dire, cette direction à l'infini de l'esprit humain , ces divergences , ces divagations sans mesure de l'opinion

religieuse qui déchire en lambeaux la société des

intelligences pour la reVluire, s'il se pouvait , au ne'ant de toute religion Mais l'Eglise se soutient ])ar sa seule vertu; pour se maintenir et défendre sa foi elle n'a besoin que de son autorite' qui est divine. Institue'e par l'Homme-Dieu, sa force, sa durée, conuiie son origine, sont uniquement l'œuvre de la droite du Très-Haut. L'Eglise parle, elle définit, tout est jugé: l'erreur passe, la foi demeure ^'... »

»»■>*>* W»%W»%%W>%JV>V/V\WfcWtiWIW>'»V»WfcW%\/V»W»W%W>VVWV%V^iS

Page 1