CHAPITRE ONZIEME
Nous avons parlé dans le volume précédent de l'enfance des littérateurs , des troubadours et des trouvères. Fidèles à notre plan, nous les retrouverons dans leur âge mûr, et nous passerons de la littérature harmonieuse , satirique et gaie du midi , à la littérature sérieuse et méditative du nord. . . Mais les troubadours ne sont pas les seuls dont nous ayons à nous occuper. L'Espagne, l'Italie surtout, ont cette fois, une littérature à elles. Les siècles qui s'ouvrent sont ceux de Dante, de Pétrarque et de Bocace, et ces trois gloires rivales luttent avec avantage contre celles des plus illustres troubadours auxquels ils ont succédé.
Il y a en effet une quantité innombrable de poètes provençaux, qui ont laissé d'immenses recueils, mais dans cet amas de poésies, sous celte diversité apparente se cache une sorte d'uniformité qui tient au retour fréquent des mêmes im-
pressions que la pensée ne vient pas modifier: l'amour, la guerre, la croisade et le cierge'. Quatre ide'es mères, autour desquelles tournent les combinaisons rhytlunicjiics les plus variées: chansons, complaintes, lais, sirvcntes, tensons, fabliaux, discors et d'autres encore.
Plusieurs savants de notre siècle se sont occupe's de tout cela, et nous ne pouvons mieux faire que de renvoyer aux précieux ouvrages de Ginguene', Sismondi, Piaynouar J, Fabre d'Olivet, Roquefort, Villemain et Charpentier ' les lecteurs curieux de détails pleins d'inte'rêts sur la poésie des troubadours. Le coup d'œil que nous allons y jeter à la dérobée ne peut qu'être incomplet.
Nous avons dit sur les mœurs féodales et chevaleresques, à peu près tout ce que nous avions à en dire. Les troubadours ont eu leur place dans cette revue, nous nous contenterons donc de donner quelques-unes des plus célèbres pièces de chaque siècle pour fane juger des progrès du langage et des progrès de la poésie.
Puisque nous avons déjà fait connaissance avec le sire Bertrand de Born , ce poète batailleur aussi célèbre comme paladin que comme troubadour, nous joindrons à son dialogue avec Sordello une chanson (jui peint le caraclère de IVpoqui.' aussi bien ({ue le sien, (^)iioiqu'il d('dai;;nàt l'amour
et ses fadeurs, ilsacrifia cependanlh la mode elscfit le chevalier delà sœur de Richard Cœuv-de-Lion, Puis il la sacrifia à la fille du vicomte de Turenne, à la femme de Tallejrand de Pe'rigord ; mais la jalousie troubla souvent cette malencontreuse miion, source de lais, de sirventes et de chansons du caractère le plus original. On voit dans celle qui suit, le vrai chevalier des temps antiques tout occupé de guerre, de chasse, des jeux et des travaux de nos pères, qui prend tour à tour à témoin tout ce qui compose sa vie, tout ce qui a fait la seule étude de sa jeunesse. . .
Jeu m'escondie que mal non micr De so qu'eus an de mi dig lauzcngier.
Per merce'us près c'ora nom puezca raezclar • Lo vostre cor fin liai vertadîer Ilurailz e francz e plazentier Ab mi Dona per messonjas comtar.
Al premier get perd'ieu mon esparvicr , Que'l m'ausian al ponh falcon lanier Ht porton l'en qu'iel lor veya plumar , Si non am mais de vos la cossirier No faz d'aulra jauzir lo desirier, Que'm don s'araor ni'm retenh'al colcar
Autr' escondig vos farai pus sobrier E non m'en pucsc onrar , pus cncorabricr , S'ieu anc falli vcs vos , vcys , dcl pensar.
— 33H — Can serem sols en cambro dins vergier, Falham pouc-rs de vos mon companhier.
De tal guiza que nom puesc aiudar.
Escut al col cavalq'ieu al tempier , E port salât capairon traversier , E régnas brevs que non puesc alongar , Et estrueps loncs , c caval mal trolicr , Et al ostal trucp irat lo stalier , Si no us menti quien o aves comtar.
S'ieu pcr jaugar m'asseti al taulier Ja no y puesca baratar un denier^ Ma ab taula prcsa non puesca intrar , Anz giet a dez lo reis azar derrière S'ieu mais autra dona am ni enquier Mais vos, cuy am, c dczir, c tem car.
Sentrer sia ieu de castel parsonier.
Si qu'en la tor siam quatre parsonier , Et l'un l'autre noc ans pusiam amar ^ Anz m'aion obs tos temps albalestrier Mètre, siryens, c gaitas, et portier, S'ieu anc ai cor d'autra dona amar.
Ma Don'aim lais pcr autre cavayer E pueis no say a que m'aia mcsticr, E i'alliam vous quant ivay sobre niar; En cort de Reymi batan li portier.
En cncoclia f.issa l'fogir priiuier.
Si no us menti quica ni'an ot cncusar.
 aïs cUvios se mcntiz Uuzengîcr Pus ab mi dons m'aves cDcombrier Ben lauzera quen laisaretz estar.