‹ Histoire des progrès de la civilisation en Europe depuis l'ére chrétienne jusqu'aù XIXe siècle (volume 2)Chapitre 38 sur 44 · CHAPITRE ONZIEME · texte numérisé non relu

CHAPITRE ONZIEME

(i) ^'uus ne parlons ici que Jes auteurs contomporain» ; nous cileroas parmi les antiquaires et les historiens qui »e sont plus particulièrement occupés de ce sujet: Pasquier, Fauchet, Ducanga , Le Laboureur, Mênestrier , Brussel , Duchesne , Le Blanc , Caseneuve , Galland , Sainte-Palaye , Le Bœuf , Barbazan , Foncemsgae, La Ravaillère , Le Grand d'Aussy, etc., etc.

(2) Nous avons choisi de préférence des caractères historiques tels que Bertrand de Born et Richard 11. On retrouve dans les ouvrages de MM. R»ynouard et Thierry des détails intéressant» sur le premier, que Dante lui-même a fait apparaître dans son enfer:

1' vidi corto : ed sncor par cli'iol veggïa, etc.

Voj. la fin du chant xxvni.

(3) Avantquelcs travauxde JîM. RaynouardelSlsmondieusseDljelélaluinière sur ces origines de notre idiome , on avait à cet égard des notions si confuses , que l'abbé Millot , qui a composé trois volumes sur les troubadours , a traduit tout de travers cette chanson de Richard , et, de plus, a mclé les deux textes en voulant citer un couplet.

(4) Les siri'enles étaient, comme nous croyons l'avoir déjà dit, des chansons satiriqops en général dirigées contre les grands , les chansons de Gestes étaient des chansons historiques (du latin Gt'Sltis); elles étaitnl destinées à célébrer les hauts faits des guerriers.

(5) Preuves de l'Histoire du Languedoc.

(6) DjLte est 1 Homère du moyen âge; il l'est par la hardiesse et l'originalité de son géuie; il l'est aussi par la vive et complète peinture des mœurs, des croyances, de la vie tout entière de cette époque de convictions religieuses et )iolitiques. Là est la gloire du Dante, comme celle d'Homère fut de faire revivie les temps hérij'ques et les rudes populations de la Grèce primitive avec leurs coutumes , leurs physionomies si simples et si poétiques. Le poème du Dante est l'encyclopédie du moyen-âge. Littérature, science, théologie, astronomie, tous les âges, tous les peuples y apparaissent. Aussi \z Dii-ine Comédie, qui est tout à la fois drsmc , sermuû , satire , épopée , liymoe , ne se peut bien comprendre que par la situation inteliccluclie, politique, lelij^ieuse de c^i

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temps si coDius , ci ïcimes , ii merveilleux; lahleau iranu-nsc »ur Icqutl se (IcssiocDl, comme caractères priccipaux , l'eDlliousiasme classique, l'eDlliouiiasme religieux, cl l'amour, qui est encore de la religion. Triple passion du moyen âge, qui fut aussi la triple iospiratiun du Dante.

(Charpentieu.)

(7) D'une afiVcusc beauté son style ëtincelaat

Est comme son enfer , profond, sombre et l>riilant. (Delille.)

(8) S» main en traits de feu jette l'œuvre hardie Où va se déployer sa pensée agrandie.

Les plus mâles tableaux se pressent sous ses yeux, Et le triple tliëàtre où s'ourdit son poème

Dans son vaste système Doit embrasser la terre et l'enfer et les cieuz...

(Chenedollé.)

(9) 11 ne faut pas se le dissimuler , il y a plus que de l'inspiration et du gébie dans cette œuvre incompréhensible du Dante, il faut faire :;ussi la part de la folie, et bien des passages ne peuvent être expliqués qu'au moyen de cette concession, qui aux yeux du ses admirateurs ardcns paraîtra sans doute un blasphème. Celle Béalrix, par exemple, personnage mystérieux qui a si souvent embarrassé les couimentatcurs, etqui est , tout à la fois , amour, théologie et femm», ne peut Otre que la création Jun génie délirant.

(10) Villemain.

(i i) Laure, qui n'avait guère plut de vingt ans alors, était, dit Ginguené, aussi sage que belle; aucune espérance coupable ni légitime ne pouvait naître dans le cœur du poète. La pureté d'un sentiment que ni le temps , ni l'âge , ni la mort même de celle qui en était l'objet ne purent éteindre, a trouvé beaucoup d'incrédules ; mais on est aujourd'hui forcé de reconnaître, d'une part, que ce sentiment est tics réel et très profond dans le ccvur de Pétrarque; de l'autre, que si Pétrarque toucha celui de Laure, il n'obtint jamais d'elle rien de contraire à son devoir. Chanter l'objet de son ardente et ■ liasle passion, tel était le seul but de Pétrarque, tel fut pendant trois ans le seul emploi de son talent et de sa vie; et cela est d'autant plus remarquable qu'Avignon, alors, comme le dit Pétrarque lui-même, était la Balylone française, et qu'il était lui-même jeune , l>cau et illustre. C'est, ajoute ailleurs Ginguené, qu'avec tout ce qui inspire les désirs Laure avait ce qui les contient cl ce qui imprime le respect. Ses yeux semblaient purifier l'air autour d'elle , et rien que de chaste comme elle n'aurait osé l'approcher. Elle n'était pourtant pas insensible. Sa pâleur, sa tristesse, quand son amant s'éloignait d'elle; quelques mots, quelques doux reproches dont on voit les Içicci

Janslcs vers de Pe'lrarquc et quelques parliculariUs que l'on peut recueillir dans ses autres ouvrages, le prouvent assez; mais jamais l'impression qu'un si long amour, des soins si soutenus et si tendres, firent sur son cœur, ne coûtèrent rien à sa sagesse. Tout l'esprit naturel que peut avoir une femme, toute l'adresse qu'elle peut employer pour retenir en même temps qu'elle enflamme, pour alimenter l'espérance sans donner des droits, elle sut en faire usage; et c'est ainsi qu'elle parvint à captiver pendant vingt ans le plus grand ge'oie et l'homme le plus passionné de son siècle... Qurlle ét.iil en effet la consolation du poète. 11 nous la pf^int lui-nièmc dans cii q vers admirables dout le dernier seul est bien rendu dans ceui-ci ;

Plus les déserts où je la vois

Sont reculés au fond des bois , Parmi d'âpres rochers , sur un triste rivage ,

Plus belle est sa divine image ; Et quand ma douce erreur fuit loin de mes esprits, Je demeure immobile ; en ce lieu même assis , En pierre transformé; sur la pierre sauvage. Je pense, je pleure ,^et j'écris, etc.

[\t)Rimc dcl Pelrarca, canzone III.

(i3) Cette traduction de Ginguené vaut mieux encore que les traductions en vers que nous connaissons. Aucun poète français n'a pu saisir l'admirable tcncislon du poète italien ; et par exemple combien ces trois derniers vers :

Se tu avessi ornamenti quant' hai voglia

Potesté ardimenti Uscir del bosco e gire infra la gente,

sont lâchement rendus par les huit grands vers français de M. de Sainl- Geniez ;

Mes vers, célébrez tant d'attraits ,

Répétez l'hymne de sa gloire :

De ce jour fortuné consacrez la mémoire.

Puisse l'image de ses traits Se réfléchir sur vous et vous prêter des armes Pour conquérir les cœurs en vous prêtant ses charmes ! Vous serez sûrs de plaire, et vous pouvez, mes vers, Au sortir de ces bois parcourir l'univers.

IS'csl-te pas une sorte de parodie à l'eau rose ?

(i4) Nous nous contenleri'ns d'indiquer les noms de» littérateurs célèbres de

1 lulic (le* ilouziémc, treizième et r|aatof ziciUe siècles. Nou« l'rmnruDtoDt m catilo^e chronologique de M. Silfi.

Douzième siècle. .*'camo de Sicile, Drusi de Pisc, Fulcaccliicro de SieoDe , Yeroïccia dlJrLin , Kicc letlo de Turin.

Treizième siècle, Folchetto le Marseillais de Gêoes, Calvi de Géac», Georgi de Venise, VigDct de Capoue, Frédéric 11 de Jeii , Easiut de Pa- Jerme, Mainfroi de Palerme , Doria de Géoes, Cuinicelli de Bologne, Gliiilieri de Bologne, Malespini de Florence, Guitlone d'Ârezzo, Spioello de Ciovinazzo , Lûlini deFlorsnce, L'iMciani de Lucques , Cavaloaali de Flo- ^

rence. ■

Quatorzième siècle. Jacopone de Todi, Giordano de Kivalta , Crescenzi de Cologae , Dante Alighieri de Florence , Slabili d'Ascoli , ^lusscto de Padone , Cioo da Pistoja, Cavalcade Pise , Bartolommr a de San-Cuncordio , Villani di- Florence, Passavanti de Florence, Ubcrli de Florence, Bussulaii de Pavic, Petrarca d'Arezzo, Buccaccio de Ccrlaldo , Duonaccorso de Montemagao , Fiorentino de Florence.

(i5) Louis Yiardot ; T''. aussi SismonJi , Yillemsin et Cliarpenlier. (i6) V. Charpentier, etc.

(>') La ro1>e ne fait pas le muiac...

Et se funt povre . et si se vivent De bons morciaiis de'licieui , Lt boivent les vins prc'cieuij Et la povrele vont protchant El les grans riclicsces pesclunt...

Faites ce qu'ils sermoncront , IVe faites pas ce qu'ils feront; De bien dire n'ii^rent jà lent , Mes de faire n'oot-ils talent.

Pio de famé, par Saint-Denis, Dont il est mains que de fénis...

SalcnioD, qui toutesprova, Ed mil humes un bon trovaj M(.>s des lames ne Irova nulc...

Qui cuer de famé apercevrait, James lier n:: l'i devrait.

L'auteur rcchercbaDt dans l'aoliquitc et jusque dans les belle» rgIogur« de \irgilc des idtics gracieuses qu'il avait l'art de s.nlir pour Ira accommoder an poùt de sou siècle , ne craint pas d'appliquer aui femmes ce \crs de Virgi'e :

O pueri , fugite liinc j lalct anguis in licrba...

(i8) V. Raynouard, Journal des Savants : octobre iS iC.

11 en fut de même , lorsque Martin le Franc , dans son Champion des Dames, esfaya de les venger contre Jean de Meung : il employa aussi des êtres moraui, des personnages allégoriques, tels que Franc-Vouloir, Male-Bouche, Boucfie-d'Or, Stns-Ahesti, Vilftiji-Penser, etc.

(i9)Froissart , ainsi que nous l'avons dit, ne s'en tenait pas à ses Chroniques, son esprit extraordinairement actif trouvait encore le temps de composer des romans. Voici comment il raconte la réception que lui fit le roi d'Angleterre , Richard II, lorsqu'il fut admis à lui présenter son Méliador. « Si le vis en s i chambre, dit-il , car tout pourveu je l'avoie , et luy mis sur son lict; et lors l'ouvrit et regarda dedans , et luy plut trc;s grandement ; et plaire bien luy devoit, car il estoit enluminé, escritet historié , et couvert de vermeil veloui à dii clous d'argent dorez d'or et rose d'or au milieu, à deux gros fermaui dorez, et richement ouvrez , au milieu rosiers d'or. Adonc, demanda le roy de quoy il traitoi*. et je luy dys d'amour. De cette responce fut tout resjouy ; et regarda dedans le livre en plusieurs lieux , et y lisit , car moult bien parloit et lisoit françois; et puis le fit prendre par un sien chevalier qui se nommoit messire Richard Credon, et porter en sa chambre de retrait, dont il me fit bonne chère. »

C'est ainsi qu'en voyageant , interrogeant et écrivant sans cesse , au milieu? de la vie la plus remuante qui fut jamais, "ces fameuses Chroniques se trou vèrect faites. C'était là, il faut l'avouer, un singulier chanoine et un singulier siècle !

(30j Journal de Francfort, etc.

(21) J''. l'Histoire du Théâtre-Français , Magnin, etc.

(22) Un concile de 124° se plaint des danses, des jeut du siècle et surtout des secularibus ladis circa corpora morluorum.

(23) Anquetil , Sauvai , Magnin , etc.

(ï4) Magnin, Serrure et Monteil. — Voici un passage assez curieux de ce dernier à ce sujet :

«Quelle belle fête donna à Paris Philippe-le-Bel, lorsque ses fils furent armés chevaliers ! Je ne sais si depuis on en a donné de plus belle , même d'aussi belle. Frère André, vous en souvenez-vous, dites-moi? l'un et l'autre nous étions si jeunes 1 vous plus que moi , car, ne vous déplaise, je suis un peu votre aîné.

« A Tours , on parlait encore de cette fête plusieurs années après. Mon père , qui s'y était trouvé, aimait, surtout aux repas avec ses amis ou aux veillées de famille , à se rappeler ce qui l'avait le plus frappé; et c'était , si je ne me trompe , le grand mystère représenté sur un beau théâtre tout drapé de riches tapis qu'on avait élevé au milieu du pré ou île Notre-Dame. Là , disail-il , on voyait les scènes qu'offre la vie humaine dans les divers états; on y voysit le»

artitans avec leurs iasirumcQls , les raédocini arec leurs fiu!es, lei gens Je justice avec leurs ëcriloires, les ^ens île guerre avec leursrpees, les gens d'église avec leurs clup'*s ; on y voyait riolelligence liumaioe personnifiée sous l'embicine de l'aniinal le plus iulellig'-nt , le renard, succestivemeat apprcnli, mime, chirurgien, médecin , procureur, avocat , jug ■ , président , clerc , muine, abbé, évcqiic , arclievcqLte , pape; et cependant t<jujours renard, toujours laissant sortir de dessous ses habits sa grande queue, ses petites oreilles; toujours montrant ses yeui vifs et spirituels; toujours croquant ceufs, poussins et poules. Figurez-vous en même temps . ajoutait mon père, rà et là des groupes de rois de la Tevc , de ribauds en rhcmiic , d'hommes sauvages entourés de jcuDcs parisiens, déjeunes parisiennes, forinant dilTérentes danses , ilifTéreots branles, et ù rextrëmil(5, la vénérable figure d'Adim, regardant, au quatorzième siècle, sa nombreuse race ainsi habille'e , costumée , bariolée. Mes enfints, nous disait-il lorsque nous étions seuls, vous vous conduiriez bien mieui et vou« seriez bien plus SJg^s si , comme moi , vous aviez vu l'enfer Ct le paradis des prés Notre-Uame , imagos des deux issues inévitiblos de notre vie. L'ecfcr y était représenté comme un vaste lac de soufre, de poix et de feu; au milieu de «es noirs (lots était une profonde caverne, ouvrant son épouvantable bouche , par laquelle sortaient et rentraient des légions de diables tout chargés d'ùmes. Et mon père, qui avait une excellente mémoire et beaucoup d'esprit, en imitait alors les tourments , 1rs gémissements avec tant d'art, qu'on voyait, qu'on entendait, j'ajoute même qu'un sentait pour ainsi dire, quand il parlait, de l'atmosphère vaporeuse , épaisse et puante qui s'élevait au-dessus de l'eLfer. Il en était de même lorsqu'il parlait des richesses, de la musique et des paifums du paradis : on voyait , on entendait , on sentait.

< Mon pure se plaisait aussi à rendre justice au pieui génie des artistes parisiens qui avaient figuré JésuS'Chrisl dans son enfjDce , si Daif, si aimable, un chapelet au bras, rautant, riaot, mangeant des pommes avec sa mère : ensuite dans sa passion , si doux , si touchant , eipir.^nt au milieu des cris et des huées, le pardon sur ses b-vres ; enfin dans le jour de son trioinplie, brisant les voitics de la mort , sortant de son tombeau , montant au ciel dans l'éclat de sa puissance et laissant sur la terre Pilate vêtu de sa robe de juge, Caiphe coiffé de sa mitre , Ilérode sa couronne sur la tùle, leçon terrible aux mauvais magistrats , aux mauvais prêtres, aux mauvais roi*.

« Dans ces temps, n'est-il pas vrai, frère André , le goùtde ces représentations théâtrales était général ; et ù Tours, nutro municipalité, pour faire comme ailleurs, donna la représenlalion du mystère des Apôtres en piières.

« Ce soir , à la récréation , les jeunes gens, comme s'ils eussent JeviDc ce qui s'était passé àettte assemblée srcrcle , ayant demandé à faire la répéliltuu du mystère pantomime drs ('urdelieis, uoui v avous \ol(.ntii'rs cvuscnli. .\ussi,i'l,

à l'imilalion âes clercs du parlement de Paris ou de la Bazcclie , qui montent sur la table de marbre de la salle du palais où nos rois font leurs festins so- IcDDels, nos jeuues gens sont montés sur la grande table du réfectoire, et toute la pombreuse communauté étant rangée et assise autour, ils ont commencé.

« A la première scène, un jeune garçon est retenu dans le monde par les démons sous la forme des femmes , des dignités , des honneurs , de l'ambition , delà fortune, de la richesse; saint François le tire d'un bras vigoureux et le fait entrer dans le cloître. JNouvelle scène ; le jeune garçon a les cheveux coupés, 00 lui fait une belle couronne de ses cheveux blonds; repas, banquet de réception. Nouvelle scène ; le noviciat, silence, étude, application , soumission, obéissance, contentement, joie. Nouvelle scène : plus grande joie , la profession. Nouvelles scènes ; le chapitre, les élections. Frère André, je me suis aperçu que ces jeunes étourdis figuraient fort bien et trop bien les allées , les venues, les chuchotements , les flatteries , les ruses, les intrigues; alors j'ai levé le bras , et dune voix forte j'ai ordonné qu'on passât outre. Suite des nouvelles scènes de dignités successives de sacristain , de chantre , de lecteur, de vicaire , de gardien , de visiteur , de provincial , de général. A chaque nouvelle scène , le cordelier se redresse , se ri dresse et se redresse. Quand il est général de l'ordre , il regarde pour ainsi dire le monde à ses pieds : nous avons tous souri. Sont venues ensuite 'es scènes du déclin de l'âge : à chaque nouvelle scène , le cordelier se courbe , se courbe et se courbe. Fnfîn , il est étendu sur son lit de mort. Le diable est là qui rugit; il veut renverser le bénitier, mais la terrible eau bénite le mouille; il veut éteindre les chandelles, mais il se biùle les griffe». Le cordelier meurt. En voyant l'âme monter au ciel, le diable fdii cent mille divertissantes grimaces qui renvoient les spectateurs gais et contents.

« Ce mystère sera donné au peuple la prochaine fête , dans le préau s'il fait beau temps ; et , s'il pleut , ce sera dans le cloître. »

(iS) Douzième siècle : Jean-le-Milanais composa le fameux livre en vers lëonios qui a renju si populaire le nom de l'école de Salerne. Il contenait 1239 vers, dont 3^2 seulement nous Sout parvenus.

Hildebert , évéque de Tours , écrivain élégant, théologien méthodique et précis, poète supérieur à ceux de son siècle.

Guibert, abbé de Clermont. Aucun théologien de cette époque ne s'est distingué par une plus saine critique et par un plus grand éloignement pour les superstitions indignes du christianisme , que l'ignorance du peuple a trop souvent mêlées à ses croyances. 11 s'éleva contre les fausses reliques, les saints inconnus, les faux miracles, et condamna sévèrement cette scclastique frivole dont les subtilités s'introduisaient dans l'enseignement des lettres sacrées.

Marbode, moine de Saint-Aubin , écrivain lettré et savant remarquable, — Marbodiliber, in■f^ — TJri^ines et poésies asciliques.

Honi)riu9, d'\uluD. — De predes'.innlions et hbcro nrltlrw. — De inncine miindi , etc.

Donnision. — T-'iln comilistiv Miilliihli.t, carminé herou /

Saint Araédée, pareni de IVmperenr Henri V, mort évcqae de LsusaoDe, veri Il 58. — De Maria T'irginea maire IJomilice VJIT.

Pierre Lombard , «iiroomine' le Maître des Sentences , évêqoe de Paria. Ce (loclcur a eu 5oo commrntateurs , parmi lesquels saint Thomas-d'àquin. Il vivait à I époque d'Abélard et de saint Bernard, que nous ne nommons pas ici , Dons en étant occupes ailleurs.

Saint Thomas Becket , plus cuddu par son assassinat et sa canonisation que par ses propres oeuvres.

Sainte Hildegarde. — Ses prin^ipam ouvrages consistent en visiins qui n'ont pas l'aveu solennel de l'Eglise, quoique la publication en ait été antorisée par un pape. Ce livre extraordinaire se fait remarquer par un style vil', figuré, erapreiot d'une eialtation mystique propre à entraîner des ima;;inations ardentes.

Jean de Salisbury, né en Angleterre, mort évêquc de Chartres, élè»e d'Abélard et secrétaire du pape Alexandre HT. — Les écrivains ecclésiastiques le regardent comme le plus grand iiomme de son siècle.

Pierre Comestor ou le Mangeur. — Historitt sacra , libri XVI.

Alain, de Lille, jouissait d'une telle réputation qu'il élail passe en proverbe que sa présence tenait lieu de tous les enseignements : Sujjicial \<ubis vidisse Alnniim , et qu'il est nommé dans son épilaphe :

Atanuni qui tolum sriliilc sciiit

TreiZ'ème et quatorzième siècles. Absalor, né en ii»8, en Zélacde , mort archevêque de Luad , en Scanie, primat des royaumes de Danemark , Suède et I^'u^^vège, ministre et général. — Un des plus grands hommes dont il suit fait mention dans l'histoire du Nord. — Sermunes fesli^-nles quinqiiagenta.

Ger%aisde Tilhury, maréchal du royaume u'.Vrles. — Leibnitz a édile une partie de ses œuvres : Otiuiniperialia.

Innocent 111 , P^P^ > ' >"> ^<^^ C'^" savants de son siècle. — De miscria hum.viiK con.lilinnis scit de contem/ita mundi. — EpisloLv.

Saint François d'Assise. Ses œuvres ont surtout l'illusion d'une fji profonde et la naïveté d'une âme simple et siucèie.

Saint Antoine de Padoue. Sermone.t in psiilmas . etc.

Guillaume d'Auvergne , l'un des plus grand* hommes du moyen âge et maintenant lout-à-fait inconnu. — Opéra iii-fitlio.

Vinecns de Beauvais. — Biblwthccn inundi. — Spéculum hisloriale naturale, morn'e, doctrin^de. — De principis et r.obilium puerorum institutione.

Albert lc-Gr»nd : Alherlu» Tlieulunicus, elc.) , le plu» profond d«« p"')-

gra) lies et l'homme le plus extraordioairc du treizième eiècle. Ses coDlemporains ie crurcut magicien, et il ne faut pas lui attribuer les innombrables turpiluiles tant de fois imprimées sous son nom, — Comjiendium 2'heologicie vGritaïis, — Siimma de Eiicharistia, — Sermones nolubiles, — De Mysterio misstv, — De Laudibus, — PosUlla incvangelium, — De adhwrendo Deo,—De arle inlelligendi, docendi et />r(Vilicandi, — De duohus sapientiis, — Liber aggregalionis seu secrelorum , — Logicalia , — PhilosopJiiti naturalis , — De Animalibas, — Secrela mulierum et viroritm , — Liber secretorum de virlulibiit.herbarum lajiidum et animaliiim. Ces deux derniers ouvrages, d'après M. Nodier, sont évidemment supposés.

Saint Bonaventure, général de l'ordre de saint François, auteur de plusieurs cuvragts. parmi lesquels on distingue celui-ci: Medilnttuncs ciUe Cltristi. Ce volume, très rare, esi regardé comme le premier livre imprimé à Augsbourg.

Saint Thomas d'Aquin, élève d'Albert-le-Grand, le dernier des pères de 1 Eglise, et l'un de ses plus grands docteurs. — Opéra omnia jussu Piiedita soixante-onze vol. et seize in-folio. — L éuumération de ses ouvrages serait trop longue.

(26) 11 paraît à peu près certain ma'ntenan*, d'après une nouvelle découverte f.«ile à Lyon, que J. Gerson est le véritable auteur de Vjmitalion de Jésiis- C/iiisl. « Los épais nuages qui dérobaient aux respects du monde le nom de l'auteur de l'imitation, dit M. de Fonifaicon, viennent d'être dissipés par de savantes recherches, et une découverte heureuse. L'imitation, on peut l'affirmer mnintenant d'une manière positive, est une production née dans notre ville, elle a été écrite à Lyon, non loin de ce palais où vous siégez, et notre sol couvre encore la dépouille mortelle de son auteur, n

Ce livre sublime ne pouvait en effet être d'un moine obscur , ignorant des choses de ce monde, et du creur humain surtout. Ce livre, dit avec tant de justesse JI. de Latour, ne doit-il les larmes qu'il a fait couler qu'à ce doux épanchenient de la charité évaugéiique, au charme singulier du dialogue établi entre l'humaDité fjib!e et le Dieu qui l'aide à se combattre elle-même? N'est-ce là que la prière fervente d'un pauvre moine qui entr'ouvre la porte de son couvent pour regarder ce roohde où les chemins sont tortueux, le ciel sombre, le saisous incertaines, et qui se \tk-e de reutrer dans la sainte demeure cù tout est calme, où rien ne change, où le chemin tracé mène toujours de la cellule à la chapelle ? Kon, le livre écrit sous cette inspiration aurait eu son originalité mais le monde n'en eût tiré qu'une concluiion: le bonheur de la vie monastique. Oh ! c'est qu'il y a plus dans ce livre ! c'est que ce n'est pas un évangile tombé du ciel dans la solitude d'un monastère. C'est un poème chanté par un homme, et écrit avec ses douleurs; c'est que cet homme a été blessé par ce monde dont il raconte si bien les périls; c'est que ces passions qu'il analyse avec tant Je délicatesse, il a seau leur flsmaje le brûler au cœur; c'est que

ce» faiblccsit qu'il duumcre iiec tint d'cITioi, il y a «uccombé comme nous. 11 y a des âmes Jaos lesqucHes se développe merveillcusenieol la teodresse cachée du rhristiaoismc, et qui s'en voot saos effort de l'inaucencc de l'enfaDt à la vertu forte et intelligente de l'homme. Ici ce n'est pas cela; l'ûme qui palpite sous chaque ligne de Ylmitnlion a connu et i\tné le monde avant d'aimer le Christ. Il ne i'jut pas se laisser abuser par riD);éDuitë de la forme; c'est un homme qui parle parla bouche de cet enfant qui interroge; Jesus-Christ a son précurseur dans beaucoup d'âmes, comme il l'eut pendant sa vie mortelle, au bord du Jourdain où Jean baptisait, et ce précurseur, c'est le monde. Quand ce monde a bien ravagé une âme, c'est alors le tour du Christ; car 1rs hommes creusent des abîmes que Dieu seul a le pouvoir de combler. C'est dans cette connaissance terrible du coeur humain qu'est toute la puissance du livre de l'Imitation ; si l'auteur nous attire à lui, ce n'est pas, seulement parce qu'il s'élève vers le ciel, c'est aussi parce qu'il est parli de la terre.»

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