‹ Histoire des progrès de la civilisation en Europe depuis l'ére chrétienne jusqu'aù XIXe siècle (volume 2)Chapitre 5 sur 44 · CHAPITRE TROISIÈ3IE · texte numérisé non relu

CHAPITRE TROISIÈ3IE

Nous avons laissé l'Angleterre divisée entre les trois fils de Guillaume, qui tous pre'tendaient au trône et qui l'occuj)èrent tous un instant. Des querelles fréquentes entre les chefs normands , quelques re'voltes partielles de moines et de bourgeois saxons, liorriblement maltraités, remplirent cette période, dont Henri profita en habile politique pour s'emparer du trésor et gagner les grands et le clergé en accordant une charte favorable à leurs intérêts \ Il céda dans! 'affaire des investitures au pape et au primat Anselme; il consentit de plus à se laisser couper les cheveux ^^ et pour s'attacher les partisans de la dynastie saxonne, il épousa une princesse de ce sang.

Ces concessions et une conduite constamment prudente et habile, un caractère ferme et sévère, donnèrent une longue durée au règne d'Henri F"". pendant cette période de trente-quatre ans , il fit

de bonnes loîs , re'prima quelques abus , et entre autres le droit de piuveyancc ^ qui obligeait le peuple à fournir à la cour des provisions et des moyens de transport quand le roi voyageait dans ses e'tats. Cette prérogative oppressive et ruineuse, avait été, pendant plusieurs siècles, un des fardeaux les plus pénibles à supporter. Henri fut assez clairvoyant pour s'en apercevoir et assez sage pour en dégrever le peuple et la bourgeoisie. L'Angleterre vit pour la première fois sous ce règne le vol puni de mort, ainsi que la fabrication de fausse monnaie.

Les fils d'Henri ayant péri dans une traversée de France en Angleterre , le roi maria sa lille Mathilde à son favori Geoffroy-Plante-Genest ; mais, à la mort (rilcnri (qui eut lieu en Normandie à la suite d'une indigestion de lamproie), les seigneurs et le clerçé. d'accord cette fois avec le peuple, élurent Etienne, son neveu etpetit-lils du conquérant. Loj'al et populaire , il avait su se faire aimer de tous.

Pour étayer sou usurpation , il accorda une charte plus favorable encore (juc celle d Henri , et dislril)ua une partie du trésor dont il s'était emparé.

Le comte de (ilorcsier, fréro nahircl de ^lathilde, souleva le peuple en sa laveur et fut vaincu.

3Iathilde elle - même se pre'senta plus tard au peuple anglais, rallia de nombreux partisans et se lit couronner aussi par le primat, contraint d'obéir au plus fort.

L'Ecosse e'tait à cette e'poque plus ci vilise'e dans ses points e'ioigne's du centre que dans les environs de l'Angleterre et des conquérants. Elle e'Lait gouverne'e par un roi du continent et un roi des îles. Les Saxons et les Normands mécontents s'y étaient réfugiés, et un prétexte suffit pour allumer la guerre entre les deux peuples. La bataille de l'Etendard donna la victoire aux Anglais ; attaqués plus tard par les Gallois , ils les vainquirent encore, et achevèrent la conquête de ce pays montagneux et reculé. A cette guerre succéda celle que Matliilde, fdle de Henri P"^ et ses partisans nombreux, firent à Etienne. Retranchés dans l'île d'Ely, ils jDarvinrent à faire le roi prisonnier. Mathilde, proclamée reine, se porta à tous les excès de l'avarice et de Forgueil réunis au pouvoir. Elle fut chassée de Londres par les bourgeois et le parti d'Etienne le releva. Pendant les guerres civiles , les pa37sans saxons se vengeaient un peu en tombant sur les Normands des deux partis.

Sur ces entrefaites débarque Henri, fds de Mathilde, qui s'annonçait alors avec éclat. Il avait épousé Eléonore de Guienne, et à peine âgé de

seize ans s'rfait 'lisliiigué par de brillanlcs incursions en Angleterre. Possesseur d'une partie de la France par sa mère ou sa remnic, il leva de nombreuses troupes qui eussent envahi l'Angleterre et mis en prril le sort du roi. Une négociation termina celle guerre de succession : Etienne reconnut Henri II comme son le'gitime héritier, et re'gna paisiblement jusqu'à sa mort. Des chagrins , des révoltes, des guerres, avaient été le seul fruit de l'ambition de ce prince : sous son règne , les appels au pape, défendus par les lois anglaises, avaient été tolérés ; ils devinrent très comnmns, et la puissance pontificale s'en accrut prodigieusement.

Henri II devint bientôt l'un des plus puissants souverains de l'Europe. Obligé de faire sentir aux grands de Tétat une autorité forte et qui veut être respectée, il fut souvent forcé de les combattre, et prit plusieurs centaines de châteaux à main armée; il rasa ces fortifications féodales et n'eut plus de craintes de ce côté; mais il n'était pas au bout avec les factieux : le clergé, après s'(Hre soustrait à la juridiction laïque, avait attiré à lui toutes les affaires du royaume et les réglait d'une manière préjudiciable au lise. Henri crut faire un grand acte de politique en nommant sou chancelier et son ami Thomas Beckel archevêque de Canlor-

béry ; mais celui-ci , sous Tempire de nouveaux devoirs, soutint avec ardeur la cause du clergé. Une lutte longue et terrible s'e'leva alors entre ce prélat et le roi.

L'influence de la couronne obtint des évéques et des barons, dans l'assemblée de Glarendon, que les clercs accusés seraient jugés par les cours laïques j qu'aucun baron ne serait exconimunié sans le consentement du roi , et qu'on ne pourrait appeler au pape des sentences rendues en Angleterre. Thomas Becket , soutenu par le pape, opposa aux persécutions un caractère inflexible et se retira en France. Tour-à-tour accueilli et rejeté par Louis YII, absous et condamné par le pape , il mendia son pain dans la Bourgogne , et refusa constamment de donner sa démission. Il n'était réellement aimé que des Saxons et des Gallois , qu'il avait protégés et qui ne pouvaient rien pour lui. Enfin Louis VII le réconcilia avec Henri, et on lui persuada de partir pour l'Angleterre.

Rétabli sur son siège par un compromis qui lui était favorable ;, il lança de nouveaux anathémes contre les actes du roi. Celui-ci, saisi d'une affreuse colère , laisse échapper ces mots : « Eh I quoi, personne ne me délivrera d'un prêtre ingrat et audacieux?...» C'en fut assez Quatre chevaliers normands ;, courtisans trop dévoués , par-

— soient aussitôt L'\ vont assassiner le prélat sur l'autel même. Henri, dont la volonté n'eût ])as e'té si cruelle avec quelques instants de réflexion, s'aflligea de ce crime avec since'rité, se justifia auprès du pape et fit canoniser Becket, dont le tombeau reçut pendant long - temps de pieux pèlerins

anglais.

Sorti de cette pe'nible lutte , Henri H en eut deux autres non moins diflîciles à soutenir : la première , contre Tlrlande j l'autre , contre ses propres enfants.

L'Irlande , empreinte dès son origine d'idées religieuses et catholiques , re'sista cependant au pouvoir des papes jusqu'au douzième siècle. Adrien IV, d'accord avec Henri II, la soumirent, l'un au joug de rAnglcterre, Tautre au denier de saint Pierre. Henri profita des fréquentes incursions et des conquêtes de ses grands vassaux , et , par un seul édit, sans combat, se fit livrer Dublin. Saxons , Normands et Gallois avaient été attirés en Irlande par la division des «liefs de ce

pays.

Après celle conquête, le jeune Henri, associé h la couronne et se croyant, par son sacre, le droit de n-gner du vivant de son père, le traita avec liauleur, prétendant (suivant les principes de la noblesse du douzième siècle) <]u'un lils de

comte ne valait pas un fils de roi... 5. Soutenu par la France, il se révolta ainsi que ses frères Richard Cœur-de-Lion et Geoffroy. Le roi obtint du pape leur excommunication ," soudoya une armée d'aventuriers nommés Brabançons ou Routiers^ marcha contre ses enfants rebelles, leur fit de vaines offres d'accommodement , les vainquit sans les soumettre, et finit par mourir de chagrin à la nouvelle d'une troisième rébellion. Triste fin, après trente-quatre ans d'un règne qui n'avait pas été sans gloire! Ambitieux, vindicatif et emporté, mais juste, brave et législateur éclairé, Henri réforma les lois anglaises , et les réforma à lui tout seul. Protecteur du peuple, il défendit de saisir les biens d'un vassal pour dettes de son seigneur y et , pour son propre compte , il donna à ses vassaux la faculté de lui payer en argent le service militaire féodal. C'est avec cet impôt qu'il soudoyait les Routiers. Une taxe universelle le suivit , mais elle fut temporaire et à l'occasion des Croisades.

Il arriva à Richard ce qui arrive à tout conquérant, à tout homme qui a vivement désiré d'atteindre un but quelconque : il pleura, lorsqu'il l'eut atteint;, sur les crimes qu'il lui avait fait commettre et sur le néant qui suit la possession.

A peine roi, Richard s'accusa d'être le meur- IV. 6

trier de son prre, et se proinil de racheter sa conduite passe'e par sa conduite à venir ; mais la violence de son caractère l'emporta bientôt sur sa re'solution. Après avoir puni ses complices , il se livra à des actions aussi blâmables, et qui toutes provenaient d'un caractère ardent, irascible, impe'ricux et obstine'. Paladin couronné, il rêva la Terre-Sainte non par piété, mais par amour pour les aventures et les hauts faits d'armes; il épuisa l'Angleterre et partit avec son or, laissant les Juifs, torturés^ massacrés dans ses états, et le désordre partout ''.

Son expédition terminée ( et nous connaissons déjà ses chevaleresques prouesses sous les murs d'Acre), il tomba dans les embûches d un prince d'Allemagne, son ennemi, qui le retint prisonnier. Miraculeusement porvcnu à échapper au coup (|ui le menaçait, il revint dans ses états sous un détruisèment , remonta, sans être plus sage , sur le Irone d'Angleterre, et s'en fut mourir, peu de temps après, devant le château d'un vassal qu'il assiégeait en personne pour avoir sa part d'un trésor trouvé par le chillelain. Ce dernier ollVait de se rendre ; Richard répondit u qu'ayant pris la peine d'attaquer, il voulait aller jusqu'au bout et avoir l'honneur de son fait d'armes, et le plaisir de les faire tous pendre... » De tels exenq^lcs peignent à

eux seuls le caractère d'un homme. Il prit le château, reçut un coup de flèche en montant à l'assaut, fit pendre la garnison et mourut... Richard e'tait appelé par les Anglais Cœur- de- Lion ^ de pareils traits lui eussent plutôt me'rité celui de Cœur-de-Tigre. Son règne fut un long enchaînement de malheurs pour TAngleterre, livrée en son absence à la basse tyrannie du prince Jean. Des impôts nouveaux et excessifs étaient levés à chaque instant : le clergé n'ayant pas voulu payer les plus exorbitants , il fit défendre aux tribunaux de rendre aucune sentence contre les débiteurs du clergé. Il ne mérite guère d éloge que pour avoir établi dans ses états un poids et une mesure uniformes : règlement utile qui subsista peu. Londres était sans police ; les meurtres , les vols s'y commettaient en plein jour ; il y avait des sociétés de scélérats que rien ne pouvait réprimer. Un de ces brigands ayant été pris dans une église et exécuté, la populace qui l'aimait , comme l'ennemi des riches , l'honora quelque temps comme un saint. Les désordres ne firent qu'augmenter sous le règne suivant, qui commença avec le treizième siècle. La guerre entre les souverains de France et d'Angleterre remplit cette dernière période : elle eut toujours lieu en France et principalement sur les côtes, depuis la Normandie jusqu'à la Guienne,

Les dernières tentatives d'insurrection saxonne se bornent aux vols et aux pillages fre'quents de Robin -Hood dans les forets de Bervood, et qui perdirent^ après lui, leur couleur patriotique. William-Longue-Barbe fut la dernière victime de ce patriotisme saxon qu'on ne retrouve plus après la mort de ce de'fenseur des pauvres Anglais de race.

Le roi Jean, qu'on appela /ert/i sans teiTe^ parce que son père Henri II ne lui avait point laisse' d'apanage, avait pour compe'titeur à la couronne le jeune Arthur, duc de Bretagne, son neveu qui, e'tant fils d'un aine, aurait eu des droits incontestables si la représentation et Iheredite eussent e'te' alorsbien établies, mais dansla confusion des droits et des lois, la guerre et l'assassinat devaient tout terminer. Le prince Arthur soutenu par Philippe- Auguste, voulut détrôner Jean, celui-ci le vainquit et le poignarda : le règne de ce dernier fut pire que celui de Bichard ; s il avait la tête un peu moins folle, d avait le cœur plus mauvais. L'un e'tait, comme on le voudra, tigre ou lion, mais avec de la bravoure et de la ge'nërosite' ; l'autre tenait du renard et de la hyène, et sa lâcheté venait encore enlaidir ses vices. La lâcheté étiiit en elfet le j)lus grand contre-sens avec les mcrurs de l'époque : aussi les Anglais du douzième siècle pardonnaient-

- 85 ils plutôt aux folies de Richard qu'à la haineuse^^ froide cruauté' d'un roi lâche et hypocrite. Débarrasse' de son jeune compétiteur, il eut à soutenir contre le pape une lutte plus formidable. Innocent III avait soutenu l'élection de Langton au siège du primat. Jean s'y opposa*, l'interdit fut lancé sur le royaume, les églises fermées et les sacrements refusés aux laïques indisposèrent les Anglais. Jean ne céda pas davantage et fut excommunié lui-même. Le pape offrit alors la couronne d'Angleterre à Philippe- Auguste Ce dernier coup

porta , car Jean connaissait Philippe et s'il eût accepté, il n'était pas assez sûr de son peuple pour se fier à lui du soin de sa défense, il se résigna donc et prosterné aux pieds du légat son ennemi il porta hommage au pape. Innocent satisfait , abandonna Philippe -Auguste qui , dans son empressement avait levé une flotte pour prendre possession de sa nouvelle conquête.

Cependant l'interdit, formidable à cetteépoque, avait porté le coup mortel au pouvoir :1a noblesse et le clergé, fatigués avec raison d\m joug si odieux résolurent de reconquérir et d'agrandir encore le privilèges que leur assurait la charte d'Henri P^ Une puissante conjuration s'organisa , et malgré la résistance de Jean , on lui fit signer de force la grande charte.,. Dans ce nouveau pacte social ,

— soles élections du clergé étaient déclarées libres; les exactions du fisc sur les barons défendues^ les franchises des villes maintenues , les successions exemptées des droits exorbitants; aucun subside ni scutage ( subvention de guerre ) ne seraient levés sans l'autorisation du conseil commun; la personne et les biens des hommes libres et des marchands étaient protégés contre toute vexation,, sous la garantie du jugement de leurs pairs. Une disposition concernait les vilains : on leur accordait la faveur de ne pouvoir être mis à l'amende au point dVtre dépouillés de leurs ustensiles : c'était une grande marque de sollicitude.

Voilà en substance cette i?mgna chanta , qu'on a l'habitude de regarder comme le fondement des libertés anglaises, parce qu'elle fut pendant longtemps l'unique objet des réclamations faites au pouvoir. Mais on voit que ce n'était qu'un acte réglenKMitairc du régime féodal, qui prouve combien ce régime était oppressif

Les barf)n.s, qui ne tendaient (|u'à s'emparer de l'autorité, ét;d)liient de prétendus consffVdteiirs lie libertés, avec pouvoir sans bornes; le roi parut se soumelire : mais il li( aiialhéinatiser la charte par lepapi , ci' dont on ne tint nul compte. Alors il la rétr-icla , et, à la léte (rtiiic armée de Hrabançonsjil ravagea les terres dvs barons. Ceux-ci

prononcèrent sa déchéance et offrirent sa couronne au prince Louis de France, qui arriva en Angleterre avec une armée, fit de rapides conquêtes, puis irrita par des préférences pour les Français. Les Anglais retournaient déjà au parti de Jean, quand ce roi mourut, laissant la couronne à son iils aîné.

Les communes avaient à cette époque assez de force et de richesses. La grande charte n'avait amélioré leur sort qu'en apparence. Elles profitèrent de la faiblesse de Henri III pour prendre une position plus avantageuse. Le fils de Simon de Montfort, Français d'origine, comte de Leicester par sa mère et beau- frère du roi, avait pris sur ce dernier un empire auquel il ne pouvait plus se soustraire. A peu près maître du royaume, il introduisit dans le conseil , qui prit alors le nom de parlement y deux chevaliers choisis dans chaque comté et des députés envoyés par les villes et les bourgs. Telle est la première origine de la chas.bre des communes...

La tyrannie de Leicester finit par lasser la haute noblesse. Glocester se révolta , le prince Edouard suivit son exemple et vainquit Leicester qui mourut dans la bataille, précédant de quelques mois le faible Henri qui n'avait guère eu que le nom de roi. Henri mourut accablé de chagrins et fut peu

— b8 — regretté. Eloigné delà tyrannie par sa piété ^ et par un naturel doux et facile, sa faiblesse produisit souvent l'effet du despotisme.

Le règne d'Henri III avait été de cinquante-six ans, celui d'Edouard eut trente-cinq années mieux remplies et plus glorieuses. Ce prince^ dont le caractère était diamétralement opposé à celui de son père, fut ambitieux et inflexible, mais habile et prudent. Il étudia les divers élémens de troubles, et les divers pouvoirs de son royaume, contint les uns par les autres et les domina tous.

Seul en Angleterre, le pays de Galles avait jusque là résisté. Edouard pénétra dans les montagnes galloises, vainquit le lion dans sa tanière et soumit ces indomptables montagnards. Pour les flatter alors et les rallier définitivement, il donna le titre de prince de Galles à son fils aîné, et ce titre a toujours été conservé par les fils aînés des rois d'Angleterre,

La couronne d'Ecosse était alors vacante ; Edouard se l'adjugea, soutint ses droits les armes à la main et vainquit Robert Bruce dans une première bataille. Mais les Ecossais, montagnards plus opiniâtres encore cpie les Gallois, ne se tinrent pas pour batlus; ils prirent successivement pour clicfs leur brave compatriote AVallacc et le iils de Robert Bruce. Edouard les vainquit en

.1298, 1303 et 1306; cette dernière guerre lui coûta la vie. Une querelle entre deux matelots avait e'té pendant ce règne la source d'une longue guerre entre la France et l'Angleterre. Les Normands, pour venger un compatriote, attaquèrent un vaisseau anglais et pendirent l'équipage. Cette violence en attira d'autres. Des flottes nombreuses furent mises en mer, et plus de trente mille hommes pe'rirent par suite d'une altercation entre deux matelots... Pendant ce temps les Juifs e'taient torture's et massacre's par milliers. Ceux qui survivaient e'taient bannis d'Angleterre.

Si, maigre' tant de guerres et de violences, Edouard est regarde' comme un des bons souverains des trois royaumes , c'est qu'il observa religieusement la grande charte, consulta le parlement, fit rendre la justice et donna de bonnes lois.

Edouard II parut aux grands de l'e'tat n'avoir pas une volonté aussi prononcée en faveur des lois, aussi lui firent-ils jurer, à l'époque de son couronnement, de maintenir les lois et les statuts que le parlement jugerait à propos de faire. Edouard eut la faiblesse de se laisser imposer ce qu'avait légèrement octroyé son père; les communes en profitèrent pour s'introduire et prendre pied dans la puissance législative.

L'irrésolution d'Edouard lui fut bien plus funeste encore sur un autre terrain; il se laissa battre par le comte de Lancastre , révolte' contre son autorité, par Bruce et par d'autres encore, et chaque fois il sacrifiait lâchement le favori qui avait suscité la guerre. Son règne finit par un assassinat.

Son fils Edouard III , doué d'un caractère plus énergique, voulut régner à dix-huit ans, et la France vit ses premiers succès. La ville de Calais fut la première victime de son inquiète an}bition ; le roi Jean devint son prisonnier et promit pour sa rançon plusieurs provinces françaises. Les états de France ayant refusé de ratifier cet abandon, Edouard, suivi de cent mille Routiers f saccagea plusieurs riches contrées de France et ne s'arrêta que devant Pal'is, qu'il tint Idoqué jusqu'au monienL où sa prudence lui dicla la paix de Ihetigny. Par ce traité, Edouard renonçait à ses jirétentions à la couronne, mais il demeurait souverain, sans charge d honmiagc, des provinces voisines de la Guienne, telles que le Poitou, la Saintonge , le Limousin, etc. Jean ratifia le traité qui l'obligeait à payer une somme é<juivalaul à quarante millions (l'.nijourd luii et à livrer quarante otages. Mais l'un d'eux (un de ses fils) s'élant évailé, il

retourna mourir à Londres, sans pouvoir acquitter en entier le montant de sa rançon 3 cette noble conduite fait oublier toutes les fautes de ce malheureux roi.

Duguesclin vengea plus tard les armes françaises, battit le prince Noir, reconquit quelques provinces, et Edouard mourut accablé par le chagrin que lui causaient ces perles successives et la perle plus douloureuse du prince de Galles, le bras droit, le glaive de son règne.

Edouard, despote mais juste i^, avait re'ussi à se faire aimer. Il ne faut au peuple qu'un pre'texte pour pardonner au conque'rant qui reliausse la gloire de son nom.

L'he'rilier d'Edouard, Richard II, était mineur; trois oncles ambitieux, au lieu de gouverner l'état, excitaient des mécontentements que le scolastique AVicief attisait par ses prédications démocratiques. Sur le bruit qu'une taxe extraordinaire allait être levée, cent uiille mécontents ravagèrent Londres et envahirent le palais. La tloucenr du jeune roi calma la populace en furie, et pendant ce temps des troupes se réunirent et réprimèrent la sédition. Richard II livra son pouvoir à ses favoris, et de noml^reiix soulèvements ne tardèrent pas à troubler l'état. Le roi , arrêté et mis en accusation devant le parlement pour

s'être mis au-dessus des lois, fut dépose par la noblesse et les communes et il prrit par le poignard. Henri de Lancaslre posa lui-même la couronne sur sa tête, au détriment de la maison d'Yorck : Lancastre et Yorck! premières tiges de ces maisons puissantes dont la rivalité coûta plus tard tant de sang à l'Angleterre... Ceci se passait dans la dernière anne'e du quatorzième siècle...

Après la France et l'Angleterre, l'importance des événements diminuant, notre résumé devient plus rapide.

Les descentes des Normands en Galice et en Andalousie, les guerres des Maures et des Clu'étiens, desanglantes discussions et le démembrement des provinces d'Espagne qui avaient rempli les neuvième , dixième et onzième siècles , remplissent à peu près aussi les deux siècles suivants.

La lutte ])olitique et religieuse entre les deux nations avait pris un plus grand caractère, et la division récente du kbaliflit de Gordoue donnait dëjà l'avantageaux princes chrétiens. Ces derniers, limitrophes de la France, recevaient le secours de ses guerriers avant même que les croisades eussent tourné contre les Inlldèles le courage de la chevalerie europ('enne. l^es Musulmans, voisins de l'Afrique, avaient sous leur main deux auxiliaires

fonnidables par leur nombre et leur fanatisme, mais plus dangereux pour eux-mêmes que pour les Ghre'tiens. Parmi les e'tats de'membrés du kha- ' lifat, les uns seront absorbés par la conquête et re'unis à l'e'tranger, à la Castille ou au Portugal , les autres subiront la loi des deux nouvelles nations africaines, les Almoravides et les Almohades , dont l'invasion en Espagne doit compromettre l'existence des royaumes chre'tiens et prolonger, dans un coin de la pe'ninsule , la durée de la domination musulmane. Ces événements se prolongent jusqu'au milieu du quatorzième siècle auquel le règne de Pierre-le-Cruel a donné une déplorable célébrité; ses crimes armèrent contre lui son frère Henri de Transtamare que la France soutint. Duguesclin, bientôt maître d'une partie de l'Espagne , fut repoussé par le prince de Galles. Pierre, remonté sur le trône j se livra à de tels excès de vengeance que son protecteur même l'abandonna. Duguesclin ramena la victoire sous ses drapeaux, et le roi consentit à une entrevue avec son frère ; mais au lieu de conclure ce traité de paix, les deux princes se jetèrent Fun sur l'autre et Pierre tomba percé de coups.

Henri H et Jean i^'' succédèrent : ce dernier défit les Anglais et les Portugais, Henri HI battit les Maures, et ce succès lui fit rêver, à seize ans,

la ruine du mahomc'tisme dans ses états : mais sa faible santé ne seconda pas la grandeur de ses vues.

L'Espagne n'avait pas pris part aux croisades mais n'en avait pas e'té plus tranquille. Peut-être, sans les troubles du Portugal, les deux états eussent-ils réussi à chasser les Maures de la péninsule.

La science le'gislative avait fait quelques progrès : Ferdinand II avait promulgué un code en Aragon et enCastilIe; son fds Alphonse l'améliora en le terminant.

Mais nous nous sommes déjà bien arrêtés sur les contrées de l'Occident et du Sud, transportonsnous dans le Nord et l'Orient : voyons ces peuplades sauvages se civiliser par degrés et essayer de prendre rang parmi les nations européennes; nous avons parlé avec quelque détail des giands peuples qui tiennent le premier rang dans la civilisation du monde, et qui, toujours en tête des progrès , ont ouvert la marche aux lois ainsi qu'aux lettres, aux arts et à l'industrie. iNous jeterons un simple coup d'œil sur les régions plus arriérées'.

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