‹ Histoire des progrès de la civilisation en Europe depuis l'ère chrétienne jusqu'au XIXe siècle (volume 3)Chapitre 10 sur 44 · CHAPITRE HUITIÈHE · texte numérisé non relu

CHAPITRE HUITIÈHE

Dans chacune des grandes périodes que nous sommes appelé à parcourir, Tordre social a, comme les évënementSy son fait principal^ d'où découlent tous les faits particuliers. Le système féodal a été le plus grand fait social des neuvième , dixième et onzième siècles. L'afiranchissement et le gouvernement des communes est celui des trois siècles sui* vants, non seulement en France^ mais en Europe.

Dans les dernières périodes que nous venons de parcourir, les villes n'étaient pasdans un étatde servitude; elles n^étaient pas non plus dans un état de liberté ; elles souflfraient tous les maux inséparables de la faiblesse : la violence , les déprédations des seigneurs ; et cependant, malgré leur appauvrissement , leur dépopulation 9 malgré le désordre qui y régnait , elles conservaient un certain genre dlmportance. Dans la plupart il y avait un clergé, un évéque, qui exerçait un grand pouvoir, qui servait de médiateur et de lien entre

-sosie châfeau fort et la ville' quil couvrit du bouclier de la religion jusqu'au jour où^ seigneur lui-même , il entra dans le cadre féodal. Mais la Providence voulut qu'au moment même où tout semblait abandonner la population moyenne des villes et des campagnes > les villes reprissent une importance toujours croissante qui ne diminua plus jusqu'à leur complet affranchissement. Voici les principales causes de cette révolution lente , mais continue et toujours progressive. Il en est, comme le fait si judicieusement observer notre grand historien , il en est de l'activitë humaine comme de la fécondité de la terre : tiés que le bouleversement cesse, elle reparaît^ elle fait tout germer et fleurir. Qu'il y ait la moindre lueur d ordre et de paix, Thomme revient à Tespérance, et avec Tespérance au travail. C'est ce qui arriva dans les villes. Dès que le régime féodal se fût un peu assis , il se forma parmi les possesseurs de fiefs de nouveaux besoins , un certain goût de progrès , d'amélioration ; pour y satisfaire , un peu de commerce et d'industrie reparut dans les villes de leurs domaines ; la richesse^ la population y revenaient, lentement il est vrai , cependant elles y revenaient. Parmi les circonstances qui ont pu y contribuer» il y en aune trop peu remarquée, c^estle droit d*asile des églises. Avant que les communes

se fbssent conslUuées , avant que par leur force , leurs renaparts , elles pussent offrir un asile & la population désolde des campagnes , quand il n*y avait encore de sûreté que dans l'église , cela suffisait pour attirer dans les villes beaucoup de malheureux , de fbgitifs. Ils venaient se réfugier, soit dans Véglise même , soit autour ; et c^étaieut non seulement des hommes de la classe inférieure , des serfs , des colons qui cherchaient un peu de sûreté, mais souvent des hommes considérables, des proscrits riches. Les chroniques du temps sont pleines de tels exemples. On voit des hommes , naguère puissants , poursuivis par un voisin plus puissant , ou par le rot lui-même , qui abandonnent leurs domaines , emportent tout ce qu^ peuvent emporter , et vont B\enfermer dans une ville et se mettre sous la protection dhine église; ils deviennent des bourgeois. Les réfugiés de cette sorte n*ont pas été sans influence sur le progris des villes : ils y ont introduit quelques richesses et quelques éléments d^une population supérieure à la masse de leurs habitants. Qui ne sait , d^ailleurs , que quand une fois un rassemblement un peu considérable s'est formé quelque part , les hommes j affluent , soit parce qu'ils y trouvent plus de sûreté , soit par le seul effet de cette socia* bilité qui ne les abandonne jamais ?

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iPftr le côlicours de toutes ces causes , aussitôt que le régime féodal se fût régularise , les cit& reprirent de la force , mais la sécurité manquait encore , et comme rien n'irrite plus l'homme que d'être ainsi troublé dans son travail et dépouillé du bénéfice amassé par tant de peines et de sueurs, les plaintes de la bourgeoisie sur le défaut de sécurité du .commerce se firent entendre partout avec violence. Des plaintes, cette portion de la société passa aux menaces, et dès menaces à l'insurrection. Les faits seraient trop nombreux pour les citer ici y on les trouvera rassembles dans beaucoup d'historiens recommandales j et spécialement dans les œuvres de MM. Guizot, HuUmann, MeycF) Hallam , Dufey de l'Yonne, fiarante, Sismondi , Thierry , Savigny , Raynouard , etc. Mais I le premier qu'on rencontre toujours , c'est la levée des bourgeois exaspérés qui s'arment de tout ce qui se trouve sous leurs mains , c'est l'expulsion des gens du seigneur qui venaient exercer quelque extorsion , c'est une entreprise contre le château ; toujours les caractères de la guerre. Si l'insurrection échoue , que fait à Hnstant le vain* queur ? tl ordonne la destruction des fortifications élevëes par les bourgeois , non seulement autour de leur ville, mais autour de chaque maison. On voit qu'au moment de h confédération, après

s^étre promis d'agir en commun j après avoir jure ensemble la commune, le premier acte de chaque bourgeois ëtait de se mettre chez lui en état de résistance. Des communes ^ dont le nom est aujourd'hui tout-à-fait obscur ^ par exemple ^ la petite commune de Yézelai , dans le Nivernais , soutiennent , contre leur seigneur , une lutte très longue et très énergique. La victoire échoit à Tabbé de Yézelai ; sur-le-champ il enjoint la démolition des fortifications des maisons des bourgeois; on a conservé les noms de plusieurs de ceux dont les maisons fortifiées furent ainsi immédiate ment détruites ^.

Mais I en général , ce dernier cas fut rare : partout où se trouvait une population assez nombreuse pour oser entrer en lutte avec la puissance féodale, les habitants se réunissaient dans la grande église , ou sur la place du marché , et là prêtaient, sur les livres saints , le serment de se soutenir les uns les autres j de ne point permettre que qui ce fût fît tort à l'un d'entre eux ou le traitât désormais en serf. C'était ce serment , ou cette conjuration , comme s'expriment les anciens docuncàents, qui donnait naissance à la conunune. Tous ceux qui s'étaient liés de cette manière prenaient dès lors le nom de communiers ou de jurés j et pour eux ces titres nouveaux comprennent les idées de

demr , de fidélité et de dëvouement k^pfoques, exfNrimëes , dans l'antiquitë , par le mot de ci* tojreii.

Pour garantie de leurs associations, les membres de la commune constituaient , d'abord tumultuai* rement, et ensuite d^une manière régulière» un gouvernement électif , ressemblant, sous quelques rapports , à l'ancien gouvernement municipal dès Romains , et s'en éloignant sous d'autres. Au lieu des noms de curie et de décwion , tombés en désuétude , les communes du midi adoptèrent celui de consul y qui rappelait encore de grandes idées , et les communes du nord ceux de juré et à^écfieifin^ j quoique ce dernier titre , à cause de son origine teutonique, fût entaché pour elles d'un souvenir de servitude.

Chargés de la tâche pénible d'être sans cesse & la tète du peuple dans la lutte qu'il entreprenait contre ses anciens seigneurs , les nouveaux magistrats avaient-mission d'assembler les bourgeois au son de la cloche , et de les conduire en armes sous la bannière delà commune. Dans ce passage de l'ancienne civilisation abâtardie à une civilisation neuve et originale , les restes des vieux monuments de la splendeur romaine servirent quelquefois de matériaux pour la construction des

murailles et des tours qui devaient garantir les IV. U

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nombre de pierres couvertes de sculptures., f)ro» ir^wt 4^ h ^ùémolition d'mn ikédi^^ iMgiiifique, x|)^J94^<3nuiDMti|^|)»r le i^ajo^geni^Dt ^ies mosun

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JI4 «i^ÈMJiMÂoa .d^s fiomm^n^ était partout à peu pTfès J^ xo4m^ y ^u^i y^i-^n 1m chartes taiUëes i peu piès t^yirt^ $pr k XQ^niiis modMe ^ non qu'dies ^e sjodeiM^ iPiopii^ « mais parce .^Mje souffisaot des n^mes y^s^atiow^ ^p^ow^iDi Ifis mém^ basoîas, eUes jjk^tfcUwiaieiaLt dep 4i.alto {)ar/9ils^

Sj^ .(Q^s ^^hjB^rtas cjifingb'eirt lîwauooup la pcâtion 4^ ^aB9^i^De9 jf ^ka fiis Mrtireiit pas pour cela de LeuiT âphèi^ { tout devmi^fu. loeal iocm^ne par le passé , seulement un li§m tottt nouveau a^âabiit finlivs le# jbpu^igeois ^ li^ jtqî , «t avec œ ^eo des iifSJUtÂMV (séqae^eii^m^W^JB^ itroitea. Par ces re* J^AOïS, )^ Gwwur^ «f» prAppi^idbuèreot piau ii ff^^ 4»^ jçwtr? 4^ t^l»km $^&Énd^ , et commea- ^,ei^t ^ y pi^odre pa<:(; ; #p wi wot la fbrmatioa 4'fèM 8I^q4^ .cl8|9^ IWM^laU, 4$ la boaiig^iiîe imVv^ <9PP^ pl^9 )<9#:4 ikrSr^étaf fiit le résultat ^(^)J^ë 4^ r^l&BQiGtiis^cmaBi, il jie £wdrak pas •SfippjEMser i^v/e oa^le (^msi»^ ^i est aujourd'hui la Mtioo eutiérei futatuulouzième et treizième siècles xse ^'i#^ 9 été de(^ ; /eonposéejdana le principe

de nuMktiiuk broicaDteiu:» ou ffo(poir|;aqv9 » d^ négooiaiito faisqint un trèf petit commerce 9 dp pe^ts pFGpriétêivèa de Urres où de maisons , ellç s'augmenta plus tard d'avocata j de mrfdecioa , de lettres de tout ^enre et de mâgi^Hrata pris dans la sein de la oitc^ ; mais cet rftift de chqses n'existait pas encore au oanimencemiéntda dûuaûème siècle , yà^itable ëpoque du premier affranehissement r^el des communes 5 c'est pe qui explique un fait dont 41 est difficile de n'^e pas frappé en i^tudiant les rapports de la lumrgeoisie de cette ^>oque avec les autres classes de l'état et l'ëtat lui^^néme: la timidité d'esprit des bourgeois, leuir humilité extrême 9 leurs modestes prétentions sur le gouvernement du pays. Ils ne pouvaient «ien par euxmêmes; ils avaient besoin de toifs, et avaient constamment devant les yeux la puissance brillante, belliqueuse et tracassière des seigneurs. D^où vient que cet état changea spontanément? C'est d'abord qu'on les vexait dans ce qu'ils avaient de plus cher au monde : leur industrie et leur liberté) ensuite ils furent séduits et entraînés par l'exemple et le succès des premières communes révoltées^. Une fois sortis de leurs haj^itudes casanières et mercantiles pour défendre des intiérets locaux qui leur étaient aussi cliers que la vie, car à eux seraltachait leur existence epèlère , ils

déployèrent dans la lutte Unetënadtë , ttIleéDe^ gie dont on ne les eut pas crus capables. £d ginéral , ks difficultés de la lutte étaient telles qu'il leur fallut un merveilleux courage pour la mener à bonne fin. Ce qu'il y a de remarquable dans ces révolutions , c'est que sans s'être entendus , la nature des hommes et des choses remportant toujours , ces bourgeois émancipés allaient droit à la république , et que. la réaction du pouvoir établi , ou les difficultés de l'exécution les ramenaient bientôt en arrière ; ils eurent alors recours aux rois , et les rois consultant leurs vrais intérêts confirmèrent le» chartes des villes par leur sanction.

Les ordonnances du Loui^rc , précieux recueil de cette époque ^ contiennent un grand nomKre de ces chartes approuvées. Dans la plupart, le souverain apprxfu^e les motifs qui ont déterminé les villes à provoquer un affirancliissement qu'il avait vu avec plaisir sans oser Taider -^. Ainsi , dans ce grand mouvement d'où sortirent les communes du douzième siècle , pensée et exécution , tout fut l'ouvrage des marchands et artisans qui formaient la population des villes : on aurait tort , quoi qu'en disent la plupart des historiens, d'attribuer aux rois autre chose que le protocole , la signature et le grand sceau. Tout, jusqu'aux dépositions

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