‹ Histoire des progrès de la civilisation en Europe depuis l'ère chrétienne jusqu'au XIXe siècle (volume 3)Chapitre 13 sur 44 · CHAPITRE ItfËtJVtÊMe · texte numérisé non relu

CHAPITRE ItfËtJVtÊMe

Ce ne sont pas aujourd'hui les mœurs des grands hommes de l'ëpoque qui serviront de type pour peindre les mœurs du temps; dans cette nouvelle période, bien qu'elle contienne aussi trois siècles» de grandes figures pareilles à celles deCharlemagne et d'Alfred ne viendront pas donner au crayon des centi^s autour desquels les mœurs populaires pourront plus aisément se grouper. Il faut les prendre au contraire dans toutes les classes de cette turbulente société du moyen âge, il faut les chercher dans la commune nouvellement formée, chez ces bourgeois émancipés, revêtus de la cotte de maille et brandissant la forte lance que nous avons vue si habilement maniée par les preux chevaliers des siècles précédents; il faut les chercher dans les chftteaux forts et les cloftres répandus sur toute la surface de FEurope. Le château, FËglise et la commune , voilà en effet les trois grands centrea IV. 16

entour<fefl d'une doubla et triple oebtaro de mari épùisf ^levëdy en regard des couvents et des chà«' teaux fortifies aussi^ et parfois au centre même de la ville quMls dominaient; à Blois par exemple.

D'abord ce furent des entraves sans fin , de nombreux statuts qui liaient les gens de métier^ de nombreux règlements qui empêchaient de vendre et acheter qu^après la pesëe de Fofficier de la ville; de souper, de couvrir son feu, de dormir même qu'après le signal donne par la cloche.

Dans certaines villes, les municipalités exer* çaient exclusivement les fonctions de notaire, passaient les actes , les obligations , les contrats entre les particuliers ^. Dans d'autres, s'il faut en croire une chronique bordelaise^ les bourgeois depuis leur émancipation avaient sur leur famille et leurs serviteurs un droit exhorbitant: le père pouvait vendre ou tuer son fils, son valet, et chutier une populace insolente '.

SiTancien seigneur avait quelque velléité den* trer dans la ville cédée par lui , les bourgeois lui faisaient signer la confirmation de la charte, et il n'entrait qu'après cette formalité, que Taspect intérieur de la ville lui eût d'ailleurs enlevé le désir de violer.

Partout méfiance de l'ancienne autorité , désir

jaloux de copserv^r les nouvelles prérogatives , partout enfance » tâtonnements dans Padministra* lion j partout cependant éducation et progrès.

Que fait-on , pendant ce temps , dans le château dépouillé de ses prérogatives et de son prestige ? Les murs sont encore remplis d'ëcujers , de piqueurs et de pages ; les damoiseaux assaillent ou défendent , pendant des lieures entières , la lance au poing, un petit carré de fumier , une butte de terre^ aux applaudissements des dames qui garnis-» sent les croisées *.

Après le dîner^ les barres y les quilles , le palet, les papegais et les singes , les fous et les nains , le conte de Faumônier , les récits des anciens jours , les concerts de trompes , de trompettes ^ de chalamels , de tambours , de harpes , de luths , de cimbales , de sonnettes et de rebecs ^

Parfois encore , mais ces cas déjà rares au treizième siècle le sont plus encore au quatorzième, au moment où Ton s^ attend le moins , pendant le repas, au liiiiieu du sommeil , le guet sonne la cloche^ on crie ; aussitôt tout est eu mouvement ; les ponts sont levés , les herses tombent , les portes se ferment {tout le monde quitte précipitamment la table , le Ut i court aux créneaux, aux mâche*

DouHaf aux meurtrières ^ m% bdrbuwnesMi On

ne «e couche plus , on se bat , et la toUrmiente passée , on reprend gaiment les jeux et les Teillëes paisibles autour de T&tre immense du foyer. Les journées qui ne sont pas consacrées à Tactivité se passent presque en entier dans la vaste salle à manger : « Toujours, dit le frère J^ban ^ ea parlant du château de M ontbason , toujours on j voit le dressoir tout chargé d'aiguières, de hanaps d'argent et de coupes d'or.

Les longues tables couvertes de cent brocs de vin j de fournées de plus de cent pains , d^omelettes de plusieurs centaines d^œufs^ mais où tout se distribue par pesée, par mesure , par portions et à des heures réglées , n'offrent que l'id^ des gi*andes quantités. C'est ici que régne l'abondance sans discontinuer; les caves , les celliers, leshu* ches , les laiteries^ les fiiiiteries s'emplissent et se désemplissent ; y prend qui veut , quand il veut , et tant qu'il veut. Les provisions de tout genre j sont amoncelées avec une profuâon qui annonce la magnificence en même temps que la richesse. Pour les consoumser , ce grand nombre de nobles, d'écuyers, de meneurs , de fauconniers, de pages, de gens de roffice, de la sommellerie, de la boulangerie , ce grand nombre de serviteurs, de valets, d'ouvriers, de jardiniers, de fourriers, de coucierges , de portiers , de soudoyers , de gardes ne

fiuRisetit pas. &ô tot)s côlés accourent deê parens 9 desalli^, des voisins, desâmis^ des pèlerins , des voyageurs ^ qui tous séjournent plus ou moins ^ qui tous s*en reviennent rassasiés comme au leti^ demain d^une noce ou d'une 0He patronale.

Dans les cuî^nes , les cheminées n'ont pas moins de douce pieds de large. Ni vous, ni moi ne serions ass^ (bits pour bien manier lira pincettds (0«| tenaUles , It^s pelles ou treye-feu ; les cbentis ou contre- hA tiers ne pèsent pas moins de cent livres ^ les tf^ieds moins de quaratate livres, les pots de cttîvre de trente livres y sont des pots ordinaires ; il en est de même des broches de on^e , douée liiTes. f^y ai vu rôtir à !a fois , imtre le gibier , la venaison et la volaille , un , deux trois veaux , trois , quatre moutons ; le bouil-^ lonnement des maitnites , la fumée des graisses rendent l'atmosphère tellement grasse , tellement épaisse^ quSl suffit d'y respirer pour se nourri^*.»

Outre ces ehMeaux fort» , propriétés des anc^ienis seignéuns , il y ôvait des ftrteresses isolées appartenant y soit au roi , soit aux communes , sofi même mx puissants seigneurs qui ne s^en ser-^ valent qu'en temps de guerre. Elles avaietit è rextërieitf At Ibrte» palissades , des échtiagaites et des cbalUs pour les rondes extérieures 1 puiè des vcÊHoê tit vuB eiTiêff)*lnsës j pttii des nerses ^

— îhs —

des ponts-levis et des barrières gnXlées ; puia des murs garnis de créneaux , de mâchecoulis et de ineurlrières pour tirer à couvert , des poternes poui' sortir à Timproviste dans les fossés» des donjons bâtis en retraite que les assaillants sont obligés de prendre étage par étage.

Ces forteresses ont diverses salles y les unes pleines de femmes, occupées à empenner des yiretons , des carreaux d'arbalète , à préparer des traits , des lances , des flécbes à feu ; les autres remplies d'ouvriers polissant des piques dentées , des fauchons , des haches d'armes , des massues , des maillets, des boulons» des épées de toutes les longueurs , des lances de frêne » de pin ou de tremble » à banderoUes , à poignée , des arbalètes de bois ou de corne » qu'on tend avec un seul pied , ou avec les deux pieds ; des casques à visière , à mentonnière , hausse-cols , des cuirasses ou corcelets j des cuissarts , des genouillères, des grèves ou jambières , des chaussures ou souliers; des boucliers 9 des écus, des targes, des paiTois , des rondelles ; enfin » toute sorte d'armes , d'armures de fer , de cuivre , de corne ou de cuir ?.

Que Ion se figure après cela , le choc de deux troupes ennemies : ce sont deux murailles d'ai^ r^in qui se heurtent i à peine aux prises, les coup»

de lance .y d^ëpëe , de hache, de marteaux tombent à plomb sur les casques et les cuirasses ; que Ton y ajoute les cris d'armes généraux et particulier» à chaque bannière , et les cris des blesses, et Ton croim sans peine que Feffet d'une bataille devait être plus terrible encore que de nos jours. Le bruit est plus fort si Ton veut ; mais celui du canon absorbe tous les autres. Le fi*acas et la fumée de l'artillerie et la mousqueterie enlèvent tout le dramatique à ces grands spectacles , aussi ne s^en amuse-t«on plus et n'est-ce plus un passe* temps comme aux douzième et treizième siècles. Le quatorzième commençait déjà à voiries effets de cette importante découverte sur laquelle nous reviendrons plus tard.

Quand les guerres se faisaient tix>p attendi^e , les chasses en tenaient lieu ; les rois en donnaient l'exemple : Philippe-Auguste fit clore de murs le bois de Yincennes , dans le dessein de le peu* pler de bétes fauves. Henri , roi d'Ângletei^re , pom* donner au monarque français une preuve de son attachement, ordonna de rassembler, dans ses états de Normandie et d'Aquitaine , les jeunes cerfs , les daims et les chevreuils. Quand ils furent en assez grand nombre, il les fit tous embarquer sur un grand bateau , avec les provisions néceâ** ssiires pour leur nourriture , et les envoya par U

ékine au rot de France èon saxorain. On en peu-» pla 1q bois de Yinoeoiies , et daa gardes perpétuels furent prëpoftéa pour VeUler à leur eonserv^ation.

Nous avons tu ^ d^ hé premiers temps de la nomf cbiiâ ^ la passion de la chasse se naturaliser en France : panni les plus goûtées était la fauconnerie inconnue aus Gaulois et qui est venue des peuples du nord» Ce divertissement était i^éservéà la noblesse , et les dames le partageaient avec les gentilshommes^ Chacun s*empi*essaît de témoigner ocmibien il était jaloux de plsire à sa dame^ par les soins et les attentiolis quHl avait pour son oiseau ; il fallait saroir le Iftcher à propos ^ il allait le suivre à toutes jambes | ne le jamais perdre de vue , lanimer de la voix ^ aller promptement détacher de ses serres la proie dont il s'était saisi, le présenter ^ lé faire revenir au leurre > le rap^ porter triomphant 9 renchaperonuet* , et enfin le replacer avec dextérité sur le poingde sa maîtresse.

Les éroisàdes amenèrent plus tard la chasse aux lions » que Loids IX aifectionnait particuliè* rement* Cette chasse terrible e^qposait aux plus grands dangers { il fallait» de toute nécassit» ^ terrasser ranimai ou périr. On attaquait k lion » à cheval , en lui tirant un coup de flèehe ou en lui lançant un javelot» L'animal ^ Uetté , se natour« nait av«p fuivur contre celm 4a %m il avait roçu

le cou{)) mata le cavalim* l'ëcartâit éti lui jètâtit quelque pièce d'étoflFe sur laquelle Tanimal furifeux se précipitait. Ua autre oaralie^ suryetiait, frappait l^ liotii et, pour lui ëdhapper, usait du méa^e $tratag^ç* Les attaques et cette tnattoaovrë

se répartaient pendant quelques temps; alors les chasseurs) aprèsaxrotr essayé leurs forces et teur adresse ûontre lé U^n ^ se réunissaient tous pour Taccablelr s»

Les obasseurs soikt aussi redeTsbles h saitit Louis à'nm décourerté fort utils à leure goûts t c^est une raee de chiens qui subsista long-^tèmps et qui reaforça eonsidérablement les liieutès de nos 1*01^, lesquelles n'avaient été jusqu'alors conf^t^sées qu^ de diieos noirs et blail%s« C'est un fait que le h)i Charles IX nous apprend dans sèH dtécours ^\it la chasse; nous ne pi»uvonS mi^H Mt^ qiré d'employer ses propres el^pt^ssi&nÉ : *

« Le roi saint Louis étant allé , dit-il ^ à la coti«^ quête deU Twre*i$aintev fUt fett prisonnier; et comme ^ entre autres bohnes choses ^ il eimait le plaisir de la efaasse ^ étant sur le point de sa libtsrté, ayant su qu'il y avait une race de eh(ens eh Tar*" tarÂs qui étaient fort excellents pour la ebasse du cerf 9 il fît tant qu'à son retour il en amena~ uœ meute en Franoe» Cette race de (shiens sMU: ceux qu'on Sf^le pis 4 k vMlte 6t éii6i«irin^

race de cette couronne , est , dit«OD ^ que la rage ne les accueille jamais ^« »

Les rois et les grands seigneurs notaient pas les seuls à jouir du plaisir des grandes chasses. Le clergë de cette ëpoque , ainsi que nous Favons vu dans presque tous les conciles tenus en Europe, s'en donnait Fagrëment, et ce n'était pas les ëvéques qui y mettaient ;le moins d'ëclat et de magnificence; véritables seigneurs féodaux, ils savaient allier les plaisirs du château aux fonctions sacerdotales. Un archevêque dTorck j si Ton en croit Fhistorien Whitaker io, menait avec lui , en 1321, une suite de deux cents personnes, entretenues à la charge des abbayes qui se trouvaient sur son passage , et allait de paroisse en paroisse y chassant avec une meute de chiens. Le troisième concile de Latran , tenu en 1180, avait interdit cet amusement pendant les visites de diocèse, et limité, comme nous Tavons vu, la suite desévéques à quarante ou cinquante chevaux. ••

Quoique le plaisir et le besoin de mouvement fussent les principaux buts de la chasse au moyen &ge, ils n'étaient cependant pas les seuls : ce passe-temps de la noblesse ofirait encore une res- 80ui*ce de laquelle dépendait Tabondance ainsi que le luxe de la table. Avant qu'on eût amélioré lea pàturagQS naturels et découvert de nouveaux

fourraget pour lei beatiaax^ il i^tait Imponiblê de conserver le fonds de btoil de Vêlé pendant la froide saison; aussi ëtait-il d^usage d'en tuer et d'en saler une partie pour Thiver. Nous pouvons prësumer qu*à défaut d'autre alternative que celle de ces viandes salées , on devait savourer avec dâice la moindre pièce de venaison. Ainsi, la sévérité avec laquelle les seigneurs des forêts et des manoirs conservaient le gibier, est, sous un certain rapport, plus excusable que s*il eût été considéré comme un simple objet d'agrément. Dans tous les pays, les lois relatives & la conser* vation du gibier étaient d'une rigueur excessive : elles forment en Angleterre cet odieux système de lois forestières {fores t^laws)^ qui signala la tyrannie de nos rois normands. La peine capitale, pour le meurtre d*un cerf ou d'un sanglier, fat fréquemment infligée et peut-être autorisée par la loi, jusqu'à Pépoque de la charte de Jean. Le code de France était moins sévère ; mais Henri Y lui-même porta la peine de mort contre quiconque serait pris deux fois chassant le daim dans les forêts royales. Le privilège de la chasse fut réservé à la noblesse, jusqu'au règne de Louis IX ^ qui retendit aux personnes de la classe inférieure. Ce goût désordonné de la chasse produisit les maux qui en sont le résultat ordinaire : une paresse

active qui dédaigaa foutes les occnpatîoiu utiles, et l'esprit d'oppression à Végstd du paysan. Les ravages commis sous prétexte de détruire des bétes sauvages , qu'on avait protégées dans toute leurs d^rédations^ ont fixé TfAtention de quel* ques auteurs graves et fait )e anjet de plo^eun ballades populaires. Oo conçoitfadletnentqiieldât être l'effet de ces abus sur lagrictikure» Abattre les forêts, désécber les marais ef détruire les animaux malfaisants qui les babitent t tels sont les premiers objets qui réclament les travaux de l'hoimne, lorsqu'il veut soumettre la terre à ses besoins ; et tous ces travaux étaient interdits par une aristocratie territoriale qui comprimait i son gré les progrès de la culture , et qui n'avait pas encore appris à sacrifier ses plaisirs à son avarice ^^.

Tel était Tétat de la commune et du ch&tean, du bourgeois et du noble comme les avait laissés la féodalité, comme les avait faits la croisade et raSranchissement^ Si quelque chose manque en* core à ce tableau j bien imparlait sans doute, nous le retrouverons dans la peinture de YéUt matëriel des peuples, dans Tétude des costumes ^ des lob somptuaires et de l'industrie européenne. Occupons-nous maintenant des mœurs générales, des usages divers de Tépoque et de la législation sur la sorcellerie, mr le^ Juifs et les lépreux, véri-

mmâ ■

tofalM parm dwi TSurop* an quatotsième s)èôlé. Aucun onlre ^ eueune méthode n'e^l possible daiii l'analyse da tableau qui nom Fene maintefnan^ )t déronler. Il fnut jeter péle^méle les docxfmmli à mÉttan quila ae prëaenteM i il fi^j avtilt aveuM «nîirf dans lea mœurs de cette époque, pleiae isepeiidant dfinfaér^t et de v4e) neus ne devcuM paa oherehe» à en metlre dans le récit. Gontenloiifi^iittia da la voit de ploa haut dans le mmtvementgënrfral qui entraînait la soeiétë europ^epnû rare un per£sotionnement éloigne.

Pendant que la mettié de TEurope entreppenaft, aana peine ^ le royage de l'Asie ^ Pautre moitié, plua faible et abandonnée «ux brigandages des déf atiaeuM de {frandes routes , n^osatt hasarder une oourae d'nti monastère à Pautre. Occupés à ' dëfandi'o leurs droits et fortifiés dans leurs cités , ce qni reatidt de bourgeois actifs laissaient le monde aller comme il pourait i l'univers*^ pour eux^ e^était la eoaanaune ; et pendant ce temps des geatilahommes ruinés, ne oonserraiit plus que leur lanee^ s'embusquaient sur les chemins ek pîllaieot Ita bonnéfies laeroliands qu'ils ne pouyakmt plus opprimer. *— Des ynoinea erranls , cheminant è pied j prêchaient ooiitre les seandales et vivaient de l'auqsône des fidèles ; ils se disaient brûler rifà pat les papes auxqucia ik MpMfhfiiant

lenni désordres , et noyer par les princes dont ils attaquaient la tj^rannie. — - Des troubadoura^ des ménestrels se présentaient à la porte des ch&teauX| et^ en retour d*une hospitalité dëdaigneuseï louaient la béautë des nobles dames et les prouesses des hardis chevaliers. Les cours d'amour les rete* naient plus long-temps; ils y rivalisaient de po^ie, de chant et surtout de science amoureuse. Uamour, dans cette heureuse ëpoqùe^ était plus qu'un sentiment, c^ëtait une science; il fallait pour le bien comprendre un cours de droit complet, car il avait une jurisprudence complète. Les cours d'amour avaient, comme les cours judiciaires, leurs présidents, leurs conseillei^, leurs rapporteurs, leur maître des requêtes, leur secrétaire et leur greffier, leurs procureursgénéraux et leurs substituts. Tous les cas d'amour s'y décidaient par le code, par le Digeste. Martial d'Auvergne en a recueilli les arrêts , et fienott de Cour les commente, les annota. Une dame se plaint que son amant lui a offert plusieurs dons et bagues qu'elle n'a voulu prendre pour doute de simonie en amour^ qui est défendue. Le cornmentateur répond qu'elle a agi légalement , attendu que la loi III, Digeste, de Donadone hUer virum et uxoi^em^ porte que le mariage est quelque chose de divin ; que dés lors Tamour est

une chose sainte qu'on ne peut obtenir avec prient qu'en commettant la simonie. Un ëcuyer accuse une dame de Favoir blesse en le baisant trop rudement; la cour d'amour condamne la dame à laver chaque jour avec ses lèvres de rose la blessure qu'elle a faîte. « Ce qui est bien juge , répond le jurisconsulte^ suivant le titre des Décrëtales, de reliquiis ac venefxitionesanctorum. » Un amant se plaint qu'il j a usure dans ses conventions avec sa dame, car il est oblige de lui faire plusieurs dons, honneurs et services, le tout pour un baiser ; Tarrét déclare que le contrat n'est point usuraire. Mais Benoît de Goiu* s'indigne d'une telle décision , et il invoque le Digeste qui définit Tusure, et les conciles qui la défendent^... En général, les hommes de loi de l'époque^ portaient partout une manie d'érudition poussée à l'excès» mais cette manie elle-même, bien que ridicule, donna une plus haute importance au droit public, aux coutumes judiciaires, à un système de lois et de politique. Jusqu'alors peu de coutumes avaient été écrites ; elles étaient conservées dans la mémoire des vieillards, et lorsque le bailli tenait des assises , il lui était facile de substituer ses propres passions et ses intérêts à la vieille législation locale. Quelques cités du midi, quelques-unes de ces républiques maritimes avaient IV. 1T

des statuts écAïs , des consulaU , des lois de la mer^ qui réglaient tous les cas Bûavitimes, le jet, la contribution, les droits d'entrée, Wlectioa municipale des magistrats et des prud'hommes. Dans d'autres cités, les lois romaines, les codes Théodosien et Justînien décidaient toutes les contestations sur le mariage, la dot, le testament, la aciccession ; mais dans les provinces du nord et du centre de la France, c'était par enquête de bons hommes et de vieux clievaliers que se réglaient les différends. Dans le quatorzième siècle les coutimies fto-ent écrites. Le roi Charles VII ordonna une enquête générale sur tous les eas de législation^ et voulut que les coutumes fussent déposées dans les bailliages. Cette ordonnance se liait à une pensée d'uniformîlé législative pour laquelle les populations de la France n'étai^it pas mûres encore; car la première condition d'uniformité, c'est que les peuples composent un corps donation, ee qui alors n'esistait point. Une fois les coutumes écrites , la volonté du juge devint moins arbitraire ; il y savait sans doute bien des ab\i9 dans ces coutumiers ; ici le droit tout féodal de l'aînesse, le (Xipel de rose pour toute dot de la fille} là le vol de chapon, le retrait ligDjager, la servitude , les redevances du fief; mais pai' cela seul que les coutumes élaient écrites, les abus eu

étaient rëglë^y Vaction du temps et des lumières devait successivement les e£facer des codes pro-

vinciaux ^^

Des universités^ des moi^a^tères, nous n'en parlonspas 'j les premières trouveront leur place dans l'histoire de la litteVature, et quant aux autres ils sont tellement hors de ce monde, qu'ils sortent de notre domaînecomme deceluî des vivants: «Voyezvous cette cellule murée où le jour descend à travers une grille? G'estun tombeau. Dans ce tombeau il y a un hommcé Passez vite et parlez bas; Vhomme qui est là s'entoure d'ombre et d'oubli ^ son lit est une bière, sa lampe brûle, pâle et livide comme celle des sépulcres. Jamais squelette ayant vingt pieds de terre sur la poitrine ne resta plus ignoré, plus silencieux, plus ens3veli ; jamais monument au Ton a écrit ci-git ne fut plus fidèle à retenir sa proie. Cest la science qui a la clé de ce tombeau; c^est elle qui , courbant sur un livre le chef ridé et les cheveux blancs de cet homme ^ lui crie : Travaille! ^-Pourtant le ciel est bleu; pourtant les fleurs renaissent au soleil de mai ; pourtant les quais serpentent couronnés de verdure, — Travaille! travaille!... Le monde bouillonne à Fentûur; ses flots montent quelquefois jusqu'à la lucarne du savant, puis ils retombent effrayés. Le vieillard est déplorable à voir^ tant il a les

mains osseuses, les tempes nues et caves. Un jour il se fait plus de silence encore au fond de sa cellule, et la foule, qui ne juge que sur les apparences I qui ne sait pas que Thonmie est souvent cadavre avant d^étre froid, voyant des yeux fixes, des lèvres bleues, des membres raides et glaces, dit : Il est mort...^S

Plusieurs caractères particu1iei*s, dit aveci*aison un des historiens de la France , distinguent la civilisation du quatorzième siècle: c'est chose à remarquer, à mesure qu'on s'ëloigne de Tëpoque centrale du moyen âge, que Tesprit singulier de la période interniëdiaire avant d'arriver à notre grande civilisation. Tout s'améliore, principes, di*oit public, législation, science; et pourtant, au milieu de cette brûlante activité de l'intelligence, une plus vive empreinte de superstition se répand dans les idées, une espèce de démonologie sombre, avec son système, ses pratiques, domine ces deux générations : la confiance dans les saints, les patrons, les évéques et les clercs s'éteint gi*aduellement; Tadoration de la Vierge n'a plus les mêmes prestiges. ..• Alors commence le régne de Belzâ>utb, d'Astarotfa, des esprits cubes et incubée; ces sabbats où, au clair de la lune ensanglantée , arrive ia vieille soi*cière, à la main desséchée, au teiot

Mafard) au nez crochu; on cherche Ta venir dans les astres, dans les lignes courhes et droites, dans les mjst^es de la génération i dans le grand œuvre. Cet esprit bizarre et mystique , s*explique pourtant. Ce fut une époque de recherches et de grands résultats. Des savants isolés, obtenant, par la mécanique , par l'analyse des métaux , des résultats prodigieux, passaient facilement aux yeux d'une génération ignorante, pour des élres supérieurs en rapport ayec les démons ; et eux-mêmes, vivant dans l'isolement, à travers de longues veilles de la nuit^ contractaient les superstitions delà solitude; ils éprouvaient ces émotions vives et puissantes capables d'ébranler même les ftmes fortement trem- I pées en présence des mystères de la nature <'.

Cette tendance , jointe à la passion de la jurisprudence que nous avons déjà signalée, amena a faire contre les animaux, des procès qui rivalisent de superstition et d'absurdité. Parmi les exemples qui se présentent en foule à notre plume, nous ne citerons que les trois suivants, qui appartiennent aux treizième et quatorzième siècles.

i266. Par sentence des officiers de la justice des moines de Sainte-Geneviève, à Paris : pourceau brûlé pour avoir mangé un enfant, ayant été reconnu que son auge était bien garnie de nourriture.

1394. Sentence du bailliage de Morlagne, qui condamne une trnié à être pendue pour le même fait que ci-dessus. — La truie fut exécutée sur la place de la ville, en habît d'homme; Vexeculion coûta 28 fr. (valeur actuelle), plus une paire de gants neufs donnée à l'exécuteur.

Bœuf exécuté pour ses dcmérites. Jugement dubailliage deGisors,quisurenquéte, informations, après avocat entendu, condamne à la potence un bœuf, pour avoir par furiosité, occis un jeune gars de l'âge de quinze ans^^.

La persécution contre la sorcellerie n'était pas moins active ; les accusations de maléfice se multipliaient, et elles étaient toutes accueillies par les tribunaux. La foi dans les sortilèges était affcrnfiîe par ces condamnations mêmes, et ceux qui persécutaient les magiciens^ essayaient souvent ensuite d'avoir recours 5 In niagîC;, quand ils éprouvaient quelque embarras ou que quelque passion leur faisait désirer une aide surnaturelle. Des cris qu'on avait entendus sousten e à Cbâteau-Landon, y firent découvrir un cli.'.t noir, qu'on y avait enterré dans une cassctlo. La France entière en fut alarmée; un grand nombre de malheureux furent incarcérés, et traduits dcvr.nt les inquisiteurs l\ Parîs^ pour donner quebjuc explication sur ce chat; on découvrit eniin qu'un abbé de Cîteaux

et quelques-uns de 3^s clianaines, Favaient enferma dans cette cassette^ avec des vivres pour trois jours j qu'ils devaient l'en tirer ensuite pour l'employer dans une opération magique^ par laquelle ils comptaient découvrir des effets qui leur avaient été volés. Les angoisses du chat noir furent cruellement vengées: deux religieux furent brâlés vifs ; d'auti'es furent dégradés et condamnés à une prison perpétuelle. Dans la même année, d autres accusations de sorcellerie fuirent portées au tribunal de Finquisition à Paris, contre un moine de Morigny^ près d'Étampes, et contre le sire de Parthenay, puissant gentilhomme du t^oitou, que Charles IV fit arrêter^ en saisissant tous ses biens» mais qui éch£q)pa au supplice.

Jean XXII , loin de protéger les ecclésiastiques aoupçonnés de se livrer à la magie , les poursuivit avec une rigueur excessive. Il publia , en 1322 , une bulle dans laquelle il disait : « quelques fils de perdition 9 nourrissons d'iniquité, s'appliquant damnablement aux opérations coupables de leurs détestables maléfices , ont fabriqué quelques imafges de plomb » ou même de pierre , sous la figure oti le type royal ^ pour exercer sur elles par des arts magiques, leurs horribles maléfices, leurs enchantements, leurs évocations des démons, et leurs autres œuvres exécrables et prohibées. » Il

^ set» -

ajoutait que , comme parmi lea prëvenua de ces crimes se trouvaient des ecclésiastiques qui avaient décliné la juridiction des tribunaux français , il chargeait trois cardinaux de les examiner , pour les dégrader et les renvoyer ensuite aux juges seculiers. Dans une seconde bulle do la même année, il sMtonnait des progi*ès que faisaient Jes sciences occultes : « Nous nous apercevons avec douleur , disait-il y et nous en sommes troublés jusque dans nos entrailles , que plusieurs qui ne sont chrétiens que de nom, ont laissé la lumière de la vérité, et qu'ils sont tellement couverts des nuages de Terreur 9 qu'ils ont fait une alliance avec la mort, et un pacte avec Tenfer; car ils immolent aux démons, ils les adorent, ils fabriquent ou font fabriquer des images, des anneaux, des miroirs, des fioles ou tout autre objet auquel ils puissent lier magiquement les démons. Ils leur demandent des réponses et en reçoivent d'eux ; ils implorent leur secours pour accomplir leurs désirs dépravés y et en retour de la plus honteuse assistance i ils offrent une honteuse servitude. O douleur ! cette maladie pestilentielle se répandant plus que de coutume dans le monde , infecte toujom^s plus gravement le troupeau du Christ.... ^' »

Les Juifs et les lépreux partageaient , les malheureux! les supplices infligés h la supersti-

ticm^ et leur état n'ëtait pas meilleur dans un royaume que dans Fautre. En Espagne , en France 9 en Angleterre, on les massacrait , on les torturait sans pi tië j y ojons4es d'abord dans ce dernier pays. Au quatorzième siècle^ il n'existait pas sur la terre dans les airs ou sous les eaux une race qui fût, comme les Juifs à cette époque, l'objet d'une persécution si générale , si constante et si cruelle. Sous les prétextes les plus légers et les plus déraisonnables, aussi bien que sur. les accusations les plus absurdes et les plus mal fondées, leurs personnes et leurs biens étaient exposés à tous les caprices de la fureur populaire ; car Normands, Saxons, Danois et Bretons, quoique ennemis les uns des autres , rivalisaient dans leur acharnement contre un peuple que leur fanatisme leur ordonnait de haïr, d'outrager, de mépriser, de piller et de persécuter. Les rois de la race normande^ les nobles indépendants qui les imitaient dans tous leurs actes de tyrannie , exerçaient contre le peuple réprouvé une persécution plus régulière dont le motif secret était une insatiable cupiditél Nous citerons à ce sujet un trait bien connu de la vie du roi Jean. Il tenait enfermé dans un de ses châteaux un Juif opulent, etchaquejourillui faisait arracher une dent; le malheureux Israélite, voyant sa mâchoire entièrement dégarnie » con-

sentît eliiin à {Miyer au roi une somme immense i prëciâtfment celle que le tyran aVait eu intention àé lui extorqueri Le peu d'argent nxAinayé qui M tit)UTait dans le pays était presque entièrement entre les mains de ce peuple peie^utë) et la no* Uesse n'hësitait pas à suivre l'exemple du soutc» rain en le lui arrachant par toute espèce d'oppres* eions et diéme au moyen de tortures oorporelle^i Gtîpendant bne sorte de courage passif ittspiN psr Tamour du gain portait les Juifs à braver tous les maux auqueki ils étaient exposés {)Our obtenir les profils immenses qh'ils pouvaient faire dans un pays naturellement riche comme F Angle* terre.

Leur état n*élait pas plu3 toléitible en France : poursuivis par les pastoureaux partout où ees dei^ ttiets purent les atteindre » ils les livrèrent à dés supplices èflTroyables. Les Juifs du diocèse de Toulouse s'étanti en léSO, réfhgiés au nombre de cinq cents, dans le chfttoau royal de Verdun sur la Garonne. Ils y fbrent bientôt assiégés , et comme les officiers royaux ne pouvaient engager auetm chrétien à prendre leur défense, les pastoureaux les poursuivant dans la haute tour qui leur a tait été assignée pour retraite , et mettant le fé\x aux étsigcs inférieurs, les réduisirent, avant de 8*égorger tous, les uns les autres» î^ jeter leurs enfants

aux assaiUftDte , dans Tespbir^ hmûtâb ttbmpê^ qu'ils prendraient pitië de lear inndcenwi

Les Juifs furent tous massacres ^ et leurs biens furent pillés par les pastoureaux ^ à Âudh i 6i* mont^ Castd'iSarratdn , Toulouse i fiabastensi GailkC) et dans plusieurs autres villes du Languedoc.

Les officiera du roi avaient vengé les Juife sur les pastoureaux^ niais il n'avaient pas su ou paË voulu les défendre ; et Jean XXII j dans le mo^ ooent même ou les Juifs étaient poursuivis pat la foreur populaire » lança contre eu!x de liouvelies bnlles qui semblaient destinées à enflammer too^ jours plus ce zèle fanatique. Le 22 août 1330 ^ il appela tous les évéques du midi à tarir la source des détestables blasphèmes et de la perfidie des Juifs ^ en leur enlevant et faisant brûler tous les exemplaires du Talmud ^'.

Si les Juifs eussent été traités en Europe d'une manière constamment barbare^ il est à croire qu'ils se seraient réfugiés en Asie ^ ou dans le monde nouvellement découvert , plutôt que de souffrir sans compensation les horribles traitements dont on les accablait ; mais les princes obérés les flat^ taient parfois pour obtenir d'eux For qu'ils ùe pouvaient avoir par la force ; dans quelques époques leurs usures ont été tolérées , d'autrefois un

clergë plus humain dëtoumait les fureurs populaires : sous le règne de Louis-le-Jeune des rassemblements de croisés veulent les exterminer ; saint Bernard les arrache de leurs mains et les sauye. Philippe- Auguste les fait sortir du royaume, et ensuite il leur permet d'y rentrer. Louis VIIl leur défend de prêter à intérêt, leur ôte leur sceau. Le conseil de saint Louis les chasse , et bientôt après les rappelle. Philippe-le-Bel a d'abord pour eux une espèce de prédilection ; ensuite il les bannit. Louis-le-Lutin révoque cet ordre : ils reviennent en France, mais le peuple à plusieurs reprises s'élève contre eux A Tours , OD les brûle ; à Chinon , une grande fosse est creusée et remplie de combustibles ; on y met ensemble cent soixante Juifs et des charbons ardents... Leur existence a été plus tranquille pendant de longs intervalles, mais elle n'a jamais été douce, ni tranquille, ni honorable.

Dans les campagnes, il y en avait un grand nombre de serfs , et dans les villes (quand les boui^eois voulaient bien consentir qu'ils y demeurassent), ils étaient obligés d'habiter des quartiers séparés et de porter sur leurs habits deux roues de feutre ou d'étoffe jaune , une pardevant, l'autre par-derrière.

Ils ne pouvaient faire allaiter leurs enfants par

des nourrices chrétiennes ; ^ il suffisait de Fautorite du plus petit moine pour les faire mettre en prison. Bien qu'ils fussent tous marchands oa courtiers, ils étaient obliges de se battre en duel. S'ils étaient condamnés à mort 9 on les pendait entre deux chiens; et c'est à cette espèce d'animaux que sont comparées les femmes juives 9 lorsque la loi punit du feu lés chrétiens qui se sont abandonnés à elles. Mais voici qui pour eux était encore plus terrible ; l'intérêt de leurs prêts de la semaine avait été. réduit à deux deniers pour livre ; et ce qui annonce leur coupable avarice , il leur était défendu de recevoir en gage des vases ou des ornements d'église , des socs de chai^ rue et des hehitsmouHlés ou ensoFiglantes. Enfin, on confisquait souvent leurs biens après leurmort, souvent même pendant leur vie.

Les lois, celles mêmes qui les rappelaient 9 leur parlaient avec un mépris auquel ils se sont montrés insensibles : Les dictes douze années pass^j dit l'ordonnance de Louis-le-Hutin y nous les pourrons chassier arrière hors de notre royaume ^^.

Les lépreux^ plus malheureux et moins eoupà*blés y moins méprisables que les Juifs , étaient plus maltraités encore par Fignorante superstition du temps. Les croisés avaient rapporté du levant cette affreuse maladie : la saleté et la pauvreté

l^i^ieat rendue ëpîdëmiqtte. Tous ceux qui en dtaient atteints étaient i^lëgués dens des maladreriet ou laaarets , bfttis aux portes de presque toutes les villes. Il ne fallait rien moins que Tétat de déraison et de tendeur dans lequel les autoritëa oîyiles et religieuses avaient entretenu Tesprit du peuple y pour que le vulgaire lui<-méme pût croire que des malheureux qui sentaient à toute heure leur dépendance et leur faiblesse , songeraient à conspirer contre la partie saine et vigoureuse du genre humain. Il était absurde de supposer que leur soufirancc commune leur donnât on esprit de corps ^ qu ils eussent des assemblées; que f comme on le racontait , ils eussent tenu ^atre conciles généraux , où toutes les maladrerna de la chrétienté j à la réserve de deux situi^s en AngleleiTC y avaient cnvojé des députés. Mais le chef de Tétat était lui-même aussi ignorant que ■ee sujets : il était accessible h toutes les superstitions y, à toutes les tendeurs , à toutes les fureurs de la populace ; il crut fenuoment à la conjuration des lépreux y et il donna Tordre aux magistrats dejxmrsuiyre. Cettx«>ci y rivalisant de zèle avec les juges qui avaient servi Philippe-le-Bel y n'hésitèrent point à trouver digues de mille morts ceux qui causaient la terreur du monarque. Bientôt « a^exaltanl» s*enivrant pr la vue des supplices,

ib s'aeliaf nèfent à obtenir parla tourture b preuve légale des plus grandes ahsurditëa ^ et ils mir^t «in^ leur oonscience en repos.

On arracha aux lëpreux la ceofesaion qu^ls avaient été séduits par les Juifs pour ^mpoison^ ner les fontaines et les rivières ; qu'ils oompoeaient leur poison avec du sang humain , de l'urine et trois sortes d'herbe qu'ils ne savaient point nommm ) qu'ik y joiga^ent ensuite une hostie oonsaerée ; qu^après avoir séché ces ingrédients et les' avoir réduits en poudre » ils en faisaient des aat» diets. % qu'ils attachaient à une pierre , pour les jeter au fond des rivières. Une autre foia, on ramassa un sachet qu'on assura qu'une fenune lépreuse avait jeté » quand elle vit qu'on la poui^ suivait; Ton y trouva « la tête d'une conlenvre^ ka pieds d'un crapaud , et des cheveux de femoDoe imprégnés d'une liqueur noire et fétide , qui fiiisait horreur à voir et à seii^. i^ On n'essaya point l'effet que eea substances pourraient produire sur des animaux^ mais on les jeta snr un brasia- ar* dent ; et comme elles ne flambèrent point , on en Qonclut que c'était un poison très violent. Am teste y loin de tenter s'il était po^ible d'»Bpahaptâner une fontaine ou une rivière 9 0^ ne cona- Mt9 pas même le fait qu'il y eût eu un senl ]|^PIII(ne empoisonné , qu'il y eût eu une teole

rivière ou une seule fontaine dont les eaux eussent cause un seul malaise.

Les juges seigneuriaux, les juges royaux ^ les juges ecclësiastiques » et le roi 9 qui s'ëtaient retires précipitamment à Paris, procédèrent à Tenvi Tun de Tautrè 9 comme si une démence uniyer» selle les avait frappés contre ces malheureux , auparavant l'objet de la compassion publique. Un premier coule absurde fut appuyé par d'autres contes non moins absurdes : Le roi de Grenade fut dénoncé comme premier auteur du complot. Pour détruire la chrétienté} il avait gagné les Juifs ; et ceux-ci n'osant exécuter eux-mêmes la commission qu'il leur avait donnée, s'étaient adi*es8és aux lépreux, leur avaient donné de Tar* gcnt, et en avaient promis davantage encoi*e. Sur ces promesses les lépreux s'étaient partagés entre eux les royaumes , les contrées et tous les biens tempoiMsIs, eu sorte qu'on en brûla un à Tours 9 pendant les fêtes de saint Jean-Baptiste , qui prenait le titre d'abbé de Mont-Mayeur.

De tous les côtés on arrêtait les lépreux; tous ceux qui avaient quelques signes de maladie de la peau étaient , par cela seul , regarda conmie conjurés. Lem*s souffrances habituelles semblaient un motif suffisant pour leur en infliger de plus aiguës ; tous les juges s'arrogeaient le droit de

leur feire ëprouver d'horribles tortures et de les livi-er ensuite aux flammes *». . .

Mais laissons ces horribles scènes pour reporter nos yeux sur des objets plus riants; parlons de quelques usages singuliers du temps.

On lit dans la Topographie historique de TroyeSj que pendant le carême treize femmes doivent venir tous les jours verser un flacon d'eau rose sur les mains des chanoines. — Dans le Journal de Paris, sous Charles Ml et Charles VII, que les chartes de Bourgogne enjoignent aux chanoines de Dijon d'embrasser une fois Fan y sur l'une et l'autre joue , la souveraine du pays. — - Dans V Histoire ecclésiastique de la Cour, qa'au milieu des mets les plus délicats, le roi^le jour où il délivre des prisonniers pour dettes , ne mange qu'un potage aux herbes. *— Dans le Car^ tulaire de Notre-Dame de Conde\ que les moutons viennent bêler dans les temples : tous les ans, pendant une fête solennelle , les portes de Notre-Dame s'ouvrent et l'on Voit entrer un mouton, cornu, lainu et denùL de quatre dents, qae les laboureurs des neuf héritages doivent pr^nter au chœur de l'église, «—Dans V Histoire de TÊgUse éC Orléans , que le seigneur est tenu de faire hommage au chapitre ^ tous les ans au joar de rÂscension^ d'un b^ier portaiit; pendue IV. . 18

à 868 coraes doréep, une bourse cpii reofenne 5 fiols. On y lit de plus que l'éyéqua d'Orlégns, IcNnsqu'il est introuisé , ya coucher à l'abbaye de iSaînt-Ëuverte, où il soi^ avec un oeuf, un petit pain et une chopine de yiu. Le lendemain il se rend à la coll^ale de Saint-Agnan ; deux chanoines se présentent , lui attachent les mains et le conduisent à la porte de la cathédrale , où U jure de maintenir les priyil^es de TEglise et déclare aux chanoines qu'il n'a aucun pouyoir sur eux. Alors on le délie. «— Dans la Chricmùfue de Champagne j que les éyéques se font traîner, k leur entrée y par les barpns comme par leurs cheyaux; que leyêque de Troyes, lorsqu^il fait son entrée, ya descendre à la Grande- Abbaye. L'abbesae prend son cheyalpar la bride et Tamène ; il lui appartient. En rey anche , Féyéque a droit de çîte., et le lendemain il emporte le lit dans lequel il a couché». « Cela se fait ordinairement la yeille du saint jour de Pâques ] le [our même, après None 9 Tévéque joue solennellen^ent ayec les clianoines à la toupie et puis à la paume^ — Enfin ^ dans YHistoii^ de t Église de Bouen, que 1^ clercs, aux jours solennels, lâchent^ pendant le Gloria in excelsis^ des oiseaux » aux jattes desquels sont attachées des pâtiaserica léjères...

Page 1