‹ Histoire des progrès de la civilisation en Europe depuis l'ère chrétienne jusqu'au XIXe siècle (volume 3)Chapitre 17 sur 44 · BIS · texte numérisé non relu

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ff QuHi n* y a de pëchë que dans le consentement « an péché. »

Saint Bernard , avant de s'engager dans une latte avec Abëlard ^ alla le voir ; nuus ces deux illustres rivaux étaient trop fixes sur leurs dootrines^ trop entiers dans leurs opinions pour pou* voir s'entendre, La lutte eût lieu , elle fut longue et terrible et se termina par la condamnation d'Àbélard.Sansen entreprendre le récit, qui nous mènerait trop loin , nous citerons comme monuments littéraires quelques fragments des lettres de saint Bernard au pape Innocent IL La suivante est signée par les évéques d'Arras, de Ghftlons^ de Swsona et par Tarchevéque de Reims :

ft Nous faisons à vos oreilles^ occupées de beancdqpdMbires^ le récit d'autaBt plus abrégé de celle fui nous a loaf»tenpi où» cupés nous*méme ^ que les détails en sont plus ampliment caor tenus dans les dépêches de rarchevÀpie de Sens»

a PierM Abéhrd s'efforce de Fenvener le méiitê de la lii durétienne et se vante de pouvoir oompreadie» par la raisM humaine , tout ce qui est en Dieu . Il iteale jusqu'au eid et dt»» cend dans les abîmes de la terre. Il n'est rien qu'il pense hà être caché dans les profondeurs de l'enfiNr, et dans les luMitiurs du firmament. C'est un homme gi'and devant ses yeus y dispa* tant de la foi ^ contre la foi; qui est ambuiaitt dans les gradks choses et dans les merveilles qui sont aunlessusde lui| c'est «■ scrutateur de la majesté divine , un iabricateuf d'hérëiies.

« n avait déjà composé un livras de 4A Trinité (Vtrum à$

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sud DrinùaU); mais devant un Icgat de l'Église romaine, ce livre a e'të examiné par le feu {igné examinatus est) , parce cpi'oo y a reconnu l'iniquité. Maudit soit celui qui relèvera les ruines de Jéricho ! Ce livre est ressuscité des morts ; avec lui se sont réveillées beaucoup d'hérésies qui s'étaient endormies , et grand nombre de fidèles ont chancelé en voyant leur nouvelle apparition. D^à ce livre étendses rameaux jusqu'à la mer et ses racines jusqu'à Rome...

« Les mauvais livres sont partout lus et répandus ; ils volent jusque dans les carrefours. Les ténèbres viennent remplacer la lumière dans les villes et dans les châteaux. Ce n'est plus du m\A, c'est du poison; ou plutôt c'est du poison dans le miel qui est offert à tout le monde. On prêche un nouvel évangile aux peuples j on propose aux nations une foi nouvelle. On dispute des vertus et des vices , non moralement ; des sacrements de l'Église y non fidèlement ; du mystère de la Sainte-Trinité , non simplement et avec réserve. Tout est perverti.

«GoIiath(c'e8t Abdard), fortdesataille et de son armure, s'avance précédé de son écuyer (c'est Arnaud de Bresce, son disciple, que saint Bernard avait déjà combattu); ils joignent leurs armes et les croient impénétrables. La mouche ou l'abeille qui était en France (c'est encore Abelard) a sifflé , et la mouche ou l'abeille d'Italie (c'est encore Arnaud de Bresce) a répondu à ce sifflement. Elles sont venues ensemble contre le Seigneur et son Christ. »

« Mais afin que je vous parle plus librement avec mon Dieu , considérez i ô mon père bicn-aimé^ ce que vous devez à vousmême , et voyez la grâce qui est en vous. N'est-ce pas lorsque vous étiez petit à vos yeux^ que le Seigneur vous a établi sur les nations et sur les royaumes? Et pourquoi le Seigneur vous «•t'il ainsi élevé , si ce n'est pour arracher, et pour détruire , et

pour édifier^ et pour planter?.,» Dieu a suscité , dans votre temps, la fureur des schismatiqucs, afin que par votre puissanoe, les sclusmatiques fussent écrases. « J'ai vu Timpie deyë au* « dessus des cèdres du Liban : je suis passé , et déjà il n'était « plus. » C'est dans le schisme que Dieu a voulu vous éprouver et vous connaître. Mais afin que rien ne manque & la gloire de votrç couronne , voilà les hérésies qui sont ressuscitées. • • Voyez^ ô mon père bien-aimé! voyez les renards qui arrachent la vigne du Seigneur ! Si vous les laissez croître et multiplier, ce que TOUS n'aurez point exterminé fera le désespoir impuissant de vos successeurs. . • Et ces renards ne sont ni petits , ni peu nombreux, mais ils sont déjà grands , en force et en nombre; et ils ne seront extermina que par une forte main, ou par nous-mêmes. »

On peut maintenant juger du style des trois auteurs les plus célèbres de Tëpoque. Saint Bernard nous offre un modèle de Torateur du douzième siècle. Sa parole est puissante, parce quMl ne vise pas à se faire applaudir, mais à persuader, et que sa vie est irréprochable. Ce n'est pas cependant que cette éloquence soit sans défauts ; elle a tous ceux de son siècle. Saint Bernard imite plutôt Sénèque que Gicéron, et cite plus volontiers Ovide et Perse que Virgile ou Horace ; mais son défaut capital y nous Payons vu, c'est l'abus de , Tesprit , Fabondance des images , c'est lantitlièse des pensées avec la similitude des mots.' Cette lettre , que nous ayons citée entre cent autres du même genre, complète le tableau que nous avons

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vûulu présenter de la philosophie scoliistique des mœurs et de la littâature sérieuse et savante de l'époque. Quelques mots cependant encore sur la fin des deux illustres amants que nous ne pouT(ms abandonnei* ainsi , après les avoir soiyis dans toutes les périodes de leur vie.

Abélard condamné s'humilie devant la sen^ tence du Saint-Siège et se réconcilie avec isaint Btf nard ^' ; retiré à Gluny il y écrit sa confession de foi j se justifie sur toutes les propositions (ja'on faii a imputées par malice , dit-il , ou par ignorance et qu'il nie se trouver dans ses ouvrages. « Il avait vécu quelque temps à Gluny, modèle de simplicité et d'humilité, dit Pierre-le-Yëaé' rable, lorsque, voyant que ses infirmités augmentaient I je renvoyai respirer un air plus salubre dans la plus agréable situation de la Bourgogne j au prieuré de Saint-Marcel, près de Gliâlons-sur- Saône. U y continuait ses lectures et ses exercices pieux, lorsqu'il fut attaqué d'une maladie qui ne laissa bientôt aucune espérance de le conserver. Tous les reb'gieux de ce monastère ont é\é témoins avec quelle grande piété il a fait sa confession de foi, puis celle de ses fautes, avec quelle sainte aspiration vers le ciel il a reçu k viatique des mourants. C^est ainsi que le docteur Pierre a fini ses jours* •

Vsibhé deduny joignit, à oette lettre > une ëpitaphe qu'il avait faite ponr Abëlardy et qni marque sa mort au 31 avril il&â.

Dans cette ëpitaphe , qui eit en ven^ Pierm» le-Vëaérable appelle celui qui fut Famant d'Hë» loïse 9 le Socraie des Gaules , le grand Platon de lX)ccident , notre Aristote ; il le dit 4gal | on su^ përîeur, aux logiciens de tous les temps} et il ^ute : connu dans l'univers cosune le prince des écoles ; gënie yariëi subtil et pënëtrant | qui pouvait tout surmonter par la force du raisonnement et par Tart de la parole : td ëlait Ab^ard ^*l

hm açrivains çontemporaina ne bou» fimt pas connaître qudle fut la doulenr d'GUloiie à oM^ nouvelle^ mais on peut juger de la disposition de son esjprit par Içs demandes qu'idle adre»a à Piare^e* Vënërable ^ le plus constant prctfoeteur de son Abëlard. Elle réclame de lui I9 corps de son ami et son /ibsolutiQn éaritej en voiei h traduction Utténde :

« Moi^ Pierre, abbé de Gluny, qui ai reçu 8 Pierre Abélanl ponr moine de Gluny , et qui ai M acoQffdé à l'abbesse Hékifse , et aux religieuses c du Paradet 9 son corps , que je leur ai envoyé f dandestinemait , je l'absous selon mon devoir, « par Tautorité de Dieu et de tons les saints^ de f tous ses pédbés» d ^

Hëloïse vécut long-temps encore après cette époque; elle fut en correspondance avec deux papes et plusieurs é véques, s'entreteoant de sujets théologiques et rappelant souvent la mémoire de son illustre ami : elle fit une constitution pour le P&raclet; nous y avons remarqué les statuts suivants qui peignent les mœurs monacales da temps :

« Nos vêtements sont humbles et simples » faits de peaux d*agneaux , de laine et de lin.

< Notre nourriture consiste en légumes^ sans viande* Nous mangeons plus rarement du lait, des oeufs , du fromage , et du poisson quand on nous en donne* Notre dfner se compose de deux potages; le repas du soir, d'herbes » de fruits , ou de quelque chose de semblable ^ si on peut se le procurer; et quand ces aliments nous manquent^ nous en supportons la privation sans murmure.

a Après none, nous prions pour les morts; nous entrons au réfectoire, et nous buvons de l'eau.

« Si une sœur converse est trouvée causantavec une laïque, elle ne pourra plus devenir religieuse professe , et restera dans son premier état.

« Si une sœur est surprise dans les faiblesses de la chair, elle doit être aussitôt chassée du monastère. Et si elle obtient miséricorde et rentre

dans le doître, elle ne peut jamais reprendre le yoile; mais, revétae d'habits grossiers^ elle sert comme servante. SUl y a de sa part rechute, son exclusion sera irrëvocable. '

« Si une sœur sort de Tenclos du monastère ^ elle sera mise au pain et à l'eau, le sixième jour dé chaque semaine, pendant toute une année. •• i»

Enfin la nouvelle Magdelaine mourut après quarante ans de pënitçnce au même âge qu'Abëlard dont elle avait pleure vingt ans Tabsence et vingt ans la mort ^'. • • • Et il n'est plus resté des deux amants que cette ëpitaphe qu'on lit encore dans un vieux calendrier du Paraclet :

HÊLOÏSE , MÈRE fiT PREMIÈRE ABBESSE DE GÊANS ,

de doctrine et db religion tres resplendissais te, trespassa le 17 may mil cent soixante-quatre , a agee de lxhi ans.

Maistre Pierre âbêlard, fondateur de ce lieu,

ET instituteur DE SAINTE RELIGION, TRESPASSA LE 21 AVRIL MIL CENT QUARANTE-DEUX , AAGÊ DE LXIII ANS.

On trouve dans de vieilles chroniques « qu'Héloïse^ sentant sa fin approcher, ordonna que son corps fut enseveli avec celui de son ëpoux; que le cercueil d'A^x-^l^rd f»t ouvert ^ çt que le mort

ékevêut les bnsi regut la morte, Tembraflia et U

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Ce prodige est rapporte ptr le trapbte àom Gervaise. En 1630, après plus de quatre œats ans, les os des deux ^poux furent trouvés entiers. « Il maiAe, ajoute la chronique du trapûrte^ que rÉterad e&t gnyé fortement dans le coBur teamnaiflsant des «Uiesses du Paradet ces paroles do eoB évangile : Que im hommes m soiust pas ai HàarnsQUE os sfcrÀSsa es ^ua Dieu a 0tfi^^*.. »

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