‹ Histoire des progrès de la civilisation en Europe depuis l'ère chrétienne jusqu'au XIXe siècle (volume 3)Chapitre 23 sur 44 · CHAPITRE DOUZIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE DOUZIÈME

Nous sommes arrives à l'une dés époques les plus intéressantes de l'histoire monumentale: Togiye va triompher du cintre. A dater de ca jour les monuments ont plus d'air » de aokil y dm fantaisie et de majesté. L'église n'enibnce phia sous terre ses cryptes , ses galeries sombres , secrètes , mystérieuses , payées de tombeaux. L'idée religieuse , jusque là concentrée dans le silence et l'initiation du cloître , jaillit tout-à-coup 'libre f joyeuse et fière ; de toutes parts la ligne courbe se redresse 0t s'élance. L'église romane était encore vide et muette } à peine ses piliers nMaâife se couroanaient-ils de feuillages de chêne ; ces feuil^ lages paraissent désormais tristes et nuâ : on j perche de beaux oiseaux venus d'Orient y on les égaie du chant de l'orgue. Les rosaces s'ouyrent diaphanes et flamboyantes au grand jour comme des queues de 'paons qui font la roue. Le soleil ,

à travers les vitraux ronges et bleus , rëpand sur les grandes dalles une flamme fantastique quis'ëteint tour-à-tour et se rallume. LV'glise au-dehow présente Timage d'une volière , d'une ménagerie riche d'animaux indigènes et exotiques , tels que le singe , le perroquet ^ le crocodile , le taureau ou le dragon. La croisade y avait jctë tous ses trésors.

Alors j le monument chrétien , jusque là si austère, si sérieux, se permet des licences et des gaités inouïes : voici venir à lui les grotesques et les parodies ; Tesprit du temps y aiguise sa pointe avec le burin ou le ciseau , et Dieu sait s^il la fait acérée. Plus d'un évéque, d'un roi, d*un grand seigneur y déchire son blason. C'est la presse, avec son sarcasme, ses lazzis amers , son persiflage ; une ironie sanglante et mortelle commence à monter aux lèvres de l'édifice i.

Jusqu'au quinzième siècle , toutes les idées ne parlent guère quavec le marbre et le granit; Tarchitecture est l'art sQuverain , l'art universel parlant aux yeux , à l'esprit , au cœur et à l'imagination.

Il faudrait être tout-à-fait dépourvu de sensibi* lité pour contempler sans émotion , sans enthousiasme l'effet magique de nos belles églises du treizième siècle : les heureuses proportions ob-

servëes par les arcbitectes dans la forme det arcades et des fenclres , la vaste étendue des iiefii« ces murs aériens sur lesquels on a semé les découpures et les élégantes brodei^ies ; toutes ces mer-** Teilles d'une hardie sculpture , rehaussées par la clarté mystérieuse d'un jour passant au travers des vitraux aux mille couleurs , impriment à Tàme un sentiment éminemment religieux.

Et lorsque placé sous le portique d'une cathédrale y Toeil saisit tout l'espace du temple , parw court la nef centrale , glisse avec étonnement sous ces voûtes, à la fois légères et gigantesques « pour venir se perdre dans le lointain où apparaît le rond» point y on ne peut se défendre d'une vive exaltation, d'une sorte de tressaillement ^ Taspect d'une basilique frappe les sens comme le ferait une poésie sublime ou une belle mélodie*

Si de l'intérieur , on passe à l'extérieur , on n'est par moins charmé des proportions à la fois vastes et gracieuses du vaisseau, de l'éUgance des tours, de la profusion des clochetons , des arcs-boutanto et des contre-forts.

L'examen le plus superficiel suffit pour con-vaincre qu'une pensée prédomine dans les monuments du treizième siècle ; l'élancement, la direction vers le ciel. Cette forme pyramidale , qui se reproduit dins toutes lei paitiei domt-

Hantes des édifices , non seulement dans les frontonêj les tours eties clochers , mais encore dans les fenêtres en lancettes , contribue beaucoup à donn^ aux basiliques une apparence de hauteur qii^eUes n'cmt pas toujours en réalité. C'est aussi de cet accord dans les formes que natt rbarnionie •t Tunité qui distinguent si heureusement les monuments de la première époque ogiyale,

La forme ^ dit M. de Caumont, au savant ouvrage duquel nous empruntons quelques-unes dé ces données , sans y puiser toutefois des diétaîls que ne comporte pas notre œuyre, la forme est tout dans l'architecture antique ; dans Tarchitecture ogivale il j a la forme et la pen aée { car dans cet élancement des parties yen le C&el et dans la plupart des combinaisons usitées au treizième siècle , on ne peut méconnaître Vex* pcession dWe idée mystique; qui sait même si la Sanae triangulaire de Togive n'était point un qrmbole aux yeux des architectes ? Mais , sans insister sur ces considérations qui intéressent à un très haut degré la philosophie de Thistoire de Tart, bornons-nous à poser en principe : que si Tarchitecture des anciens est plus pure comme art, celle des modernes est plus touchante et plus rdigieuse*.

Il suffit ^ en effet , d'obseryer sans prërention

l'aspect magniiiqtte è» grandes ^ises életëes par ks architectes da moyea ftgie , poar se cDOTsinere que le stjrle ogival convient plus particalièrement à nos temples , anxq[uels il imprime un earaeCAie solennel , que n'offrent point en ce genre les imi* talions plus ou moins heureuses de Tarcbiteeture antique. Les basiliques de Saint* Pierre de Rome, de Saint-Paul de Londres , de Sainte*Geneviève de Paris 9 diefs*d'œuvre de Tëcole moderne , sont loin^ malgré leur grandiose ^ et leur somptuosité^ d'exciter en nous ce sentiment involontaire de vénération et de grandeur ^ cette ëmotion indéfini*eable quis 'empare de notre Ame quand nons OMh templdns , même avec des dispositions indittrentes, Vintërieur des édifices étonnants 9 bèlis dans les douzième, treizième et quatorziine «iècles»

Mais quels trésors pouvaient payer ces gigantesques oeuvres. Le clergé, la noUesse, le roi^^^oos y contrU>uaient , et ce que ne pouvait pas S/àte le roi 9 la noblesse ou le clergé; le peuple^ la charité ^ Taumône le faisaient. La chiélieDié relevait à frais communs ces cathédrales àomt chaque état en particulier n'était pas asses riche pour payer la main d'ceuvre, et dont aocnne n'est achevée. Dans ces vastes et mjrstérieas éds» fioes se gravaient en relief on en creux^

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avec un emporte-pièce , les parures de Fatttel , les monogrammes sacres , les vêtements à Fusage des ministres : les bannières » les croix de divers agencements , les calices, les ostensoirs , les dais, les chapes , les capuchons ^ les crosses , les mitres, dont les formes se retrouvent dans le gothique , conservaient les symboles du culte en produisant des effets d'arts inattendus..... Veut-on savoir à quel point la France ëtait couverte de ces monuments? Les treize volumes de la GralUa chrislmiaj qui n est pas achevée , donnent mille cinq cents abbayes ou fondations monastiques. Le pouillé général fournit un total de trente mille quatre cent dix-neuf cures, dix-huit mille cinq cent trentesept chapelles , quatre cent vingt chapitres , ajrant église , deux mille huit cent soixante-douze prieurés , neuf cent trente-une maladreries j et le pouillé est fort.incomplet. Jacques Cœur comptait dix-sept cent mille clochers en France, et la Satire MérUppée reproduit le même calcul.

Lorsqu^il fallait recourir à l'assistance des fidèles , alors on trouvait dans le zèle extraordinaire , dans Tenthousiasme inconcevable qui ani^ maitles esprits, de telles ressources de tout genre, qu^au lieu de se borner à construire de nouvelles églises et à réparer les anciennes, on en renversait quelquefois de très solides pour les réédifier

diaprés ks règles du style ogival. Non contents de contribuer par des oflâ:andes à la construction des basiliques y les fidèles se rendaient en foule dans les lieux où on en élevait pour prendre part aux travaux les plus pénibles. CTétait une sorte de pèlerinage qu'on entreprenait, pour rachetejr ses fautes et pour obtenir des grâces spiritueUes.,

Dans une lettre écrite , en ii&S, aux religieux : de Fabbaye de Tutteberg , en Angleterre^ Haimon, abbé de Saînt-Pierre-sur-Di ve , peint Fempressement avec lequel on se livrait à cet acte de dévotion.

« C'est un prodige, inouï, dit-il , que de voir des hommes puissants , fiers de letu* naissance et de leurs richesses I accoutumés à une vie voluptueuse, s'attacher à un char avec des traits^ et voiturer les pierres , la chaux , le bois et tous les matériaux nécessaires pour la construction de l'édifice sacré. Quelquefois mille personnes ^ honmies et femfues, sont attelées au même char, tant la chai*ge est considérable ! et cependant il règne un si grand silence qu^on n^entend pas le moindre murmure. Quand on s'arrête dans les chemins , on parle , mais seulement de ses péchés dont on fait confession avec des larmes et des prières ; alors les prêtres engagent à étouâfer les haines ,' à remettre

les dettes, et s'il se trouve quelqu'un asMB endurci IV. »6

— ftw — ^\Ar nie ()âs vouloir pardonner à des fennemis, Vt refuser de se soumettre à ces pieuses exhortal!ôtek^ ftbsritôt il est dëtachë du chat *, et diàssë de tàtatnte teoibpagnie. *

Hatmoû ktipporte ensuite que pendant la nuit \M bllùmait des cierges sur les chariots ^ autoor iSé VéjgliSe eik e^onstruction, et qu'on veillait en tlhàiitàntdes hjmines...

lift peinture et là sculpture , jusqu'à la fin du treizième siècle , s'étaient bornées à suivre les \^VIces 'de Tardiitectùre , pour la décoration des l^ltsés; aussi tout le talent des peintres dé tette f jpUiqùe do'ùsistait-il à tracer quelques âiauches ^iSkiB j[)ropôil5ons , qïi'ils recouvraient souvent de ^iU^leth^ d\ii!Ke seule teinte , et l\>n tivait le couîFàgSè d^àdiùii'^ tes pifoyablies ouvt'agés en prél^cè des ba^liqriès gothiques.

Ija i^ûfire de Ûrer là ^éîntut^e de cet ëtM de dé- ^^datiofA étâSt réservée au Gîm^ué \ le ipremier Vés ^'^i^'trës de lltalie, qui florissaît Vers 1260. n 'eut le boù e^rit de sentir qu^en étudiant la Vïattire , on pourrait parvenir à i*endre quelqneslinS de ses effets, que Ton ne suivait pas là marche ^tfe Vdn devait tenir, et il essaya de sortir de la ^tltèîiéviletiient jpfàf courue par ses ptédëcesseurs.

Il mérita le titre de restaurateur de la ^inture i éH detoiâatit correctement^ è& ûmat p«ii dèl xmbtea et de la dilgradatioii des tonsi L'ëntli6U<^ aiffinne que ses ouvrages exdtèrent à Florence % lui attira les plus gratids honnears ; ^ses tableaux b'ëtaient portes de sa maison dans les lieux où ils devaient être places, qu'avee une pompe eixtraor* dinaire, etjamais peintre n'a reçu des ténoigiiages d'admiration aussi nombreux et aussi flatteurs. Cependant ces essais étaient encore bien faibles ^ et pour s'en foimer une idëe , il ms£Rm de eavoir que ne pouvant donner à ses figures, aoit par le je^ des muscles du visage , soit par le geste, toute 1 expression quHl désirait » il imagina die kur fiiire ëortir de la bouche des rouleaux wst lesqueb il écrivait les paroles que ses personnages étaîettt ^nsés prononcer.

Ange Oaddo-Gaddi fut des premiers k fnhiier le Glhnabaé ^ ainsi que Farcfaitecte Margeritone , t{ui è^occupait de peinture) André TÉfli^ en a»*- ^iânt aus^ sa manière , 6>attac&a iau geitf^ àiè la hKMMtjae^ dont les Grecs avaient ^ipporté l«s pm- *tnie^ éléttieutis*

Le <3riottO) abandonnant la manière ewâore «èche die Cimabué , copia la nature avec, plias d'exactitude et s'attacha à donner à ses poitrejfes des poses aisées et gracieuses. Simon Memmi se

rendit célèbre par les portraits de Laure et de Pëtratrque, dont il inonda la France et l'Italie. « Ce fut lui, dit Yasari, qui, ayant à peindre Tinutilitë des tentations du Diable sur. saint Régnier, représenta le prince des ténèbres la tête baissée , le visage couvert de ses mains , avec un rouleau sortant de sa bouche , sur lequel étaient écrites ces paroles : Ohhnè ! non posso pià! »

Orgagna di Lione peignit un jugement dernier, où il plaça plusieurs portraits de personnages célèbres ou puissants de cette époque ; il les mettait au rang dés élus ou des répi*ouvés , selon qu'il voulait honorer ses amis ou se Venger de ses ennemis. Spinello d*Arrezzo, ayant représenté le Diable avec des traits épouvantables , mourut de la fi*ayeur que sa conception hideuse lui causa à lui-même. Paolo Gucello observa, le premier, les règles de la perspective. Massolino donna quelque majesté à ses figures , et les vêtit avec élégance. Slâssaccio eut des connaissances dans Fart des raccourcis. Pietro délia Francesca sut mettre dans ses tableaux de la vie et du mouvement ^. Tels étaient les essais encore faibles du quatorzième siècle, qui préludaient à une rénovation complète de la peinture; nous la retrouverons dans le siècle suivant. .

La musique , comme tant d'autres choses , doit presque tout aux Arabes, ils en faisaient leurs délices i en connaissant les artifices et les finesses, lorsque TEurope chrétienne ne connaissait que le chant grégorien. Le grand Almanzor , Harounal-Baschid , Taimèrent et en favorisèrent les d^ veloppements. Sous le règne de ce dernier prince, Ishak, célèbre joueur de flûte^ s'acquit une gloire immortelle , et Alfarabius, l'Orphée des Arabes, obtint les plus merveilleux effets d'un instrument de sa composition. Ces peuples attribuaient à la musique un pouvoir surnaturel ; mais on ne connaît ni le genre de leur mélodie , ni les règles de leur chant. On sait seulement qu'ils avaient quatre modes principaux ou phrases harmoniques, qu'ils nommaient racines, et auxquels ils donnaient les noms de diverses contrées. Ces modes recevaient un certain nombre de dérivés adaptés chacun à une espèce de poésie particulière ^ ou à l'expression' d'une passion distincte. Le mode Ishak, par exemple, était celui de l'amour, et le Doughiak , celui de la douleur. La science des accords leur était inconnue , et leurs plus savants accompagnements consistaient à jouer à l'octave ; leur gaoune cependant a des rapports étonnants avec la gamme italienne , et elles semblent cal^ quées Tune sur Vautre. Il a pu arriver que Tltallç

en ait en Tobligàtion à T Arabie , par ka Maures d'Espagne. lia ont invente le luth , quHla regar daient comme le plus beau des inslmmenta j ik ont légaé le tambour de basque aux Esps^ds, et ils se servaient de Forgue, de la flAte^ de la barpe et de la mandoline.

Les découvertes que Guy d'Arrezzo j bënëdiotln du monastère de Pomposie, près Bavennes, fit dans la musique, vers la fin du onzième siècle, furent le signal de la renaissance de Tart. Il substitua aux six lettres de TAlpbabet romain dont on se servait dans le plain-diant grégorien , A% notes qu'il tira de l'hymne de saint Jean.

UT queant Iaxis txsùnarejfibris mra gestonmi vAmuli tuonon, soLpe polluti -Lkhii reatum j Sancte Joannes!

Ciette découverte simplifia beaucoup l'ëtude de la musSque^ que Guy d'Arrezzo réduisit d'ailleurs en système raisonne par l'invention de l'ëçhelle et les développements des principes du contrepoint.

Mais s! l'art musical progressait d'un côt^, d*un auls^e il déclinait sensiblraient. L'époque qui nous becope, ^ ime éjpoque de déeadenee pour la mu-

ziâme §îèclç , la majesté et h i^implialté 4u p1&^4:

c^ai|t avaieol disparu ; vers iSi^^ i^n graad pspfii

né en France, Jeao XXII repren49 dans uue bullft^

iCettp foule de aptes apcumulëes qui ne lai^^tmi

plus distinguer rintervalle des tons* Yoiqî ip{

propres paroles : ^Jdeo ut ùiterdum Jnt^Aoiumi

eê Graduaris Jundamenta despwiaat , ipiovffiit

super quo œdificant , t(mos nesçitmt, gms i|pi|

discemunt uno conjundunt : quutn ex earwu W^h

titudine notarum asçmfiorms pu^çm dç^seemio-

nesqu^temperatœ pUmi cantus^ quihus ioni ipsi

secemuntur aàinvicem j ohfuscentur. »

l\ y ^yait ^nx Q^ims ^ cçUe d^cgd^npe fl§ la mnsiqup Iwératiqup au qi^a^f yiè»»p ? i^lp } \» ppi; ppèi'p et la princîpajp ^ gjie p§ p'^Jfttpnt |^g, PPWPe 9m be^Hf SH^cleg 4.e J>r* feMpal^q^fi i )^ ëy^qjjps, le^ abbés, le;; ^ç^jpm à^9\m^t^ i i« f^mb^es; eq |j^ iijq|: , Ips pl»§ ppiï8i4jJ|?»lîte8 4#| pjijryppus auj^pfpflwèreisdigPÎt^S!» mmi^ dî«l» .4-jr mnmv I g»»î /f?Qçcupaîe»t4p ^a pqqippsît^

.4iiçhai^. pp ^pîft ^taittpijabé e^j^rp Ips imm à»

4p)^ ppu inçfr ïîits , pt ppwt-jifrp PPtjrp ppjjp? 4p Ifj^ue^ qui pp possédsieiît pluç î# tr?di.ti«p ÏWÉ-^ rit^. i$pcQfl4ç^pnt ) e^ ponwp un^ ^ï^ér ip^^p 4^ ^ ppen^ipre dép^4pi}ce , pff xje çqmii»sfit pFPsqjuye plu3 de ch^njU; pngjip^mix. Qn i^t

toat-à-fait tombé dans l'imitation , et même éam le plagiat. On prenait y dit Tabbë Lebœuf ^ dans les offices de Saint-Nicolas ou de la Trinité , qui passaient alors pour les plus mélodieux , les phrases musicales dont on avait besoin, et presque toutes ces transpositions étaient trâs maladroites et souvent à contre -sens. C'est à ce degré qu'était descendu Fart musical hiératique , auparavant simple et nu, mais si grave et si sévère *.

Nous avons tout dit sur les arts.

Les croisades et la philosophie scôlastique n^eurent pas sur les sciences physiques et naturelles rinfluehce qu'avaient eue les Arabes. Au douzième siècle encore Averrhoës de Gordoue brillait comme philosophe ^ conune médecin^ jurisconsulte et poète , et était , pour ainsi dire 9 la seule lumière de TEurope , lumière empruntée^ il est vrai y à Aristote qu'il reflétait complètement. Au treizième siècle les écoles de Saleme et de McHitpellier étaient seules en honneur et toutes deux encore filles des Arabes. Celle de Paris était avilie parles empiriques qui s'en étaient emparés^. Pans le reste de l'Europe plusieurs circonstances heureuses favorisèrent Tétude des sciences : lés

— norois de France et d'Angleterre , les empereurs romains et les papes protégeaient avec ardeur rinstniction publique et rivalisaient, soit dans rétablissement d'institutions savantes , soit dans Fappni q[u'ils accordaient aux savants eux-mêmes. L^empereur Frëdëric II influa surtout d'une manière immédiate sur les destinées de Thistoire na-* tureUe et de la médecine. Il attira à sa cour tous les savants du monde chrétien , ou les plaça dans les universités qu'il avait établies. Ce prince fut bien secondé par son chancelier Pierre des Vignes y mais un peu de superstition se mêlait à ses bienfaits. Frédéric, par exemple , confondait^ dans son amùur pour les sciences , l'astronomie et rastro* Ic^e; et presque toujours , avant de rien entreprendre y il faisait consulter les astres par le ce-lèbre Scot qui vivait à sa cour ^.

En Angleterre , les sciences exactes et naturelles fleurirent par les efforts d'un homme auquel la postérité a assigné Tune des premières places parmi les philosophes , mais qui fut persécuté par ses contemporains trop barbares pour apprécier son vaste génie : cet homme est Roger Bacon, n combattit des préjugés enracina ^ et voulait sur^ tout qu'on se livrât à Tétude des anciens et à la cidtare des sciences exactes ; mais il était trop hardi pour son siècle et il prêcha dans le désert,

Les voyages fn^quents eptrq>ris au treizième siècle dans les pa js les plus éloignes coatribuèreot à répandre les lumières et à faire connaître les productions de la nature dans tout le naonde copnu. La science géographique gagna aussi beaucoup à ces excursions lointaines.

Mais attac)ions-nous à Tétat de la médecine et de la chirurgie.

Pendant le cours du treizième siéele , la théorie de o^tte science reçut là forme qu'oq devait s'^t* ^pndre à lui voir prendre sous le règne de Tastrologie et de la scolastique : au lieu de souipettir^ les opinions au creuset de Texpérience 9 on se pj9rd9it dans m dédale de subtilités , sfin« pQttYMF éviter une fp^le de contradictions mapifi^tesi paFPe qu'^istote , Averrhoës ^ (Sallien et Avicenue étaient regardés qonune des juges infaillible^. Qn écrivait des volunies entiers pour résoudre des questions oiseuses ^ qui n'avaient aucune influence sur le fond de la science. Au lieu d'exposer simplement les résultats de Tobservation , on accumulait doutes sur doutes y on parlait toujours d'idées abstraites , et on sVttacbait à scruter comment il peut se faire qu'une chose soit teUe quelle est..,.. Nous ne pouvons aujourd'hui nous faire une idée des subtilités scolastiques qu^oo étalait alors dans toutes les écoles et dans tous

lea ouvrages de médecine^ et qu^on apjdiquail même à la pratique , et , par exemple , en exa^ minant si la tisane d'orge convient aux personne^ atteintes de la fièvre ^ on concluait que cette boî»' son ne saurait leur être utile parce qu'elle est une substance! tandis que la fièvre est un aocid&m Joignons encore à cela Tidëe généralement admise qa'il existe une liaison des plus intimes entre le corps humain etl'univers, mais surtout les planètes^ et que par conséquent le médecin ne doit pas y opëvec le moindre changement sans avoir préalablement égard à Tinfiiuence des constellations. On ne saignait ou n'administrait jamais un purgatif, ou un vomitif, sans consulter les astres... •

Gilbert d'Angleterre est un des premiers icmr vains savants de son siècle, mais si savant, en efifet , qu'il est parfois difficile de compFendre ou d'employer ses renièdes ; nous n'en citerons que trois rapportés par Kurtli-Sprengel : t II guérissait la léthargie en attachant une truie dans le lit du malade. Dans l'apoplraie, il provoquait la fièvre avec un mélange d'œufs de fourmis, d'huile de scorpion et delà chair de lion Enfin, il prétendait forcer l'expulsion des calculs vésicau-x €n faisant boire au malade le sang d'un jeune boue , nourri avec des herbes diurétiques....»

Quant à la superstition ^ il en avait aussi sa

part, à en juger par le traitement suivant : «Pour guérir rimpuissance , il faut s^attacher au coa un papier sur lequel on a écrit avec le suc de grande consoude : fDiœUDominus : Crescite \ Uihihoth *)* Et mukiplicamini -f Tabechajr -f et rq>lete teoanotamath *.-}*»•

Après Gilbert d^Ângleterre vient , sur la même ligne 9 Pierre d'Âbano , zélé partisan d'Averroes et protecteur de l'astrologie. Il jouissait , en Italie aurtout, de la plus grande célébrité. On lit dans son principal ouvrage ^ que la saignée n'est dans aucun temps plus salutaire que dans le seoond quartier de lune; que pour guérir les douleurs néphrétiques, il faut, au moment où le soleil passe dans le méridien , avec le cœur de lion , tracer la figure d*un lion sur une plaque d'or que Ton attache au cou du malade. Les instruments

de fer sont préférables pour la cautérisation à ceux d*or ^ parce que Mars exerce une grande influence sur la chirurgie... d.

Après ces noms nous pourrions en citer un grand nombre d'autres moins célèbres : ainsi Tétude d'Hippocrale trouva un ardent protecteur dans Thaddeus de Florence; le dominicain ^ Vincent de Beauvab, mérita le surnom de PUne dumojren âge; Simon de Gordo» de Génes^ rendit de grands aervices à la médecine et aux scieiices

natm*elles. Pierre d*£spagkie , cardinal , et puis pape sous lé nom de Jean XXI , fut aussi un excellent médecin pour son siècle. Enfin j Jean Saint-Âmand > chanoine de Tourna j , composa un tfaërapeutique excellent pour Tëpoque.

Un assez grand nombre de chirurgiens italiens se firent connaître dans le cours de ce siècle par leurs écrits qui nous fournissent quelques données pour baser notre jugement sur Pétat dans lequel se trouvait la chirurgie. Ils ne formèrent, à proprement parler , que deux écoles, qui différaient en ce que Tune, pensant, avec GaUen , que le rel&chement et l'humidité sont un état plus naturdi que la sécheresse , traitait toutes les plaies par les cataplasmes ^ les humectants ; tandis que Tautre, suivant une méthode directement opposée, employait seulement les dessicatifs, parce que Galien avait dit , dans un autre endroit, que le sec se rapproche plus de Tétat natm*el que Fhumide. C'est ainsi que , pendant ce siècle , on trouvait, dans un seul et même auteur, des raisons suflisautes pour autoriser des métliodes curatives entièrement contraires... •

On cite paimi les chirurgiens les plus célèbres de cette époque , Roger de Parme , chancelier de Funiversité de Montpellier , Roland de Parme , Guillaume de Salicet, Lanfranc de Milan; Ovm-

tries de Padoue , Thëodoric de Bologne , etc, «o.

Le quatorzième siècle fit de grands eSbrts pour sortir la raison de ses langes , et y réussit en ^partie.

On voit bien encore la danse de saint Guy, maladie rfpidëmique qui rëgna en Allemagne, guëriepar la lecture de quelques versets de la Bible ^' , et d'autres exemples semblables ; mais ils sont isolés, et d*nn autre côté se fait remarquer le rétablissement de Fanatomie qui eut la plus puissante influence sur la marche que prit Pétude de la ttiédebine. En 1315^ Mondini de Luzzi) professeur de Bologne , disséqua^ pourla première fois, deux cadavres de femmes , et publia bientôt après ttn^ description du corps humain qui avait sur tous les ouvrages anatomiqucs écrits depuis Ga- !îeta , l'avantage immense d'avoir été faite d'après nature. Depuis cette époque , l'usage s'introduisit dans toutes les universités d'ouvrir publiquement une ou deux fois chaque année des cadavres humains. Un garçon barbier était toujours diargé 'die là direction, qu'il exécutait d'une manière grossière avec un rasoir, et le professeur démontrait les diverses parties d après l'ouvrage de Mondini , ou \ouV^\itre compendium généralement estimé parti les médecins du quatorzième siècle, qui, depuis Mondini , se sont fait connaître par leurs tra-

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Vûuk eh anaiomie : on distingue surtout Ni^diite fteltrucci , fieUti dé Hermonda ville et Piëitë tië la GerktA ^\

La dbiihié fut aussi mieux cultivëe pendant Ib cours dn quatorzième siècle. Au moins trouve-t-on idusieurs médecins qui enseignaient à préparer, d'après les principes de cette science , les mëdîv càments tirés du règne minéral ; mais cette bran^ tîhe importante de l'histoire naturelle était encore tsonfinée entre les mains des alchioaistes. . L'un des plus célèbres alchimistes de ce siècle est Raimond Lulle , qui ne se rendit pas moiiiè immortel ^ar son charlatanisme philosophique et «es eflbrt» pour convertir les païens.

Parmi les médecins et chirurgiens célèbres de ce siècle 9 on peut citer surtout Arnaud de VillettéuVè (près d'Avignon), qui fut professeur 4 Barcelonne, à Montpellier, ^ Bologne , à Rome, 'et II Naples ; Torrigîani , qui se fit chartreux , laprès avoir laissé d*excellents ouvrages 5 Gaddes-den d'Oxfôrd , le juif Varignana de Bologne^ %Stvi deCauliacduGévaudan , et quelques auti^eh moins célèbres ou célèbres à moins juste titre, et que la postérité à mis à leur place ^s.

ïlièn n'est encore changé dans Tétat de la botalilqae et de Tagricuiture. L'Italie et la Fraticte fToé^érèrent plus que les autres hatioUs de îïtr-

rope et prospérèrent peu. Les esprits n^^taient pas tourBÀ de ce côté. Les méthodes de la cour en France ëtaient à peu près au quatorzième âède ce qu'elles étaient aux temps de Caton et de Golumelle, renouvelées par Pierre de Grescentes ^^.

La charrue était à peu de chose près Taraire des Romains; on laissait reposer les terres^ un an sur trois, sur quatre ou sur cinq, suivant leur fertilité ; oniiennaissait cependant les engrais artificiels depub Albert-le-6rand ^^, mais on semait, on Juchait, on sarclait, on moissonnait commeaux temps d'Hésiode et de Virgile. ...

Le setier de froment valait alors en France , quinze ou seize sols , et celui de seigle sept sols , une charretée de foin se vendait deux à trois livres. Un boeuf environ neuf livres, un porc deux livres et demie ^ et la livre de beurre huit sois* ...

La journée des moissonneurs était de deux sols nx deniers , les faucheurs se louaient à quatre sols par arpent de pré. Les gages d W garçon de charrue étaient de sept livres par an , et ceux d'un berger de trois livres dix sols ^^.

Les sciences exactes et les sciences naturelles, étaient, on le voit, bien peu en progrès aux treizième et quatorzième siècles . et cependant les

champs d'observation ne manquaient pas aux dernières, car FEurope fut bouleversée par les ëpidëmies, les tremblements de terre, et les rëvo- Jations de tout genre ^ qui s'étendirent d'Asie en Europe 17. En était-il ainsi du commerce^ deTindustrie et de rëconomie politique leur première base? *

A en croire un grand nombre d'auteurs, Téconomie politique n'existait pas , ou n'existait qu'en germe avant le dix-huitième siècle... • Nous TavoDscru nous-mêmes sur la foi des autres ; mais, en examinant de plus près, nous nous sommes convaincus que c'est la théorie , ou peut-être le nom seul qui n'était pas connu. Les républiques de l'antiquité , dit-on encore , n'ont pu la connaître, car elles se fondaient sur l'esclavage des masses , et vivaient de despotisme.... soit ; mais c'ëtâit là leur économie , c'était ainsi qu'elles rentendaîent y il ne s'ensuit pas qu'elles n^en eussent point : l'esclavage dans les beaux siècles de Sparte et d'Athènes , la centralisation sous Charlemagne, le morcellement et l'isolement dans les siècles féodaux, le fisc et la coi*vée au dix^huitième siècle, et dans le nôtre le christianisme , la liberté et le bien de tous qui en découlent.... voilà les bases de chaque grande période , que les peuples européens s'en soient ou non renda raison. Il est IV. >T

vrai que nous ayons des historiens que n oat pas eu les siècles antérieurs , que nous nous r^odons compte de tout^ grâces à Adam Smith , Quesnaji Fiiangieri, Garnie, Sajr | Hufeland, Godwin, Ganilh , Sismondi, KrauSi Graig, Mill^ Malthus, Blanqui^ Pages ^ Bargemont^ etc. , mais c'est là la seule différence.

Jetons donc un rspide coup-d'œil en arrière ; foyons les t&toonements , les pas de chaque peuple ayant d arriver à ce dix*huitièiiie siècle i^uquel seul on accorde la gloire d^avoir découvert le secret de la science sociale.

Oui certes » Athènes , Sparte et Rome ont eu leur économie^ conune la France et TAngleterre, #^ qela se v(nt assez aux efforts qu'elles ont faits pour se débarrasser du paupérisme , de Tusarei dçn tarifs j et des impôts exagérés , vieilles plaies qi|i ont affligé les anciennes sociétés comme les liouvelles.

Leiirs gouvernements ne veillaient-ils pasconune les nôtres sur les relations internationales , sur If régime de la navigation , les encouragements ii 4Q!^er à l'agriculture , et les impôts à Içver sur iç commerce et l'industrie? Ne trouve-t-on pas 4ans Platon une analyse de la division du travail; ^Lans Xéaophon des apei^ças économiques clainj 9^ JHdicteox ; df^ois Aristpte ua^e e^odlei^te d^

nitîoa de la monnaie ? Stajs tpii$ cm fiffwta par^ tiels étaient aut^i^t d'étinc?Ues ^piin^as qvà mm pouvaient encore coijatituer x» l^yeTf

Athènes avait ses ilotes , le mojen &ge 9e^ serfa^ comme nos colonies ont leurs esclaves, ce ^i m veut pas dire qae nous n'ayons pasavaçbcé 1 4Q9ir l'esclavage , qui était la pierre angulaire de; réopuMsâe politique des Grecs, est la plaie ^onteu^ de Ii| nôtre ; plaie qui tend à disparaître ^ ^i 4if|^-r raitra certainement*

Athènes avait ses ilotes , et sa science. ^ boiv nait à savoir eu user. Elle les ^ccapar^ lav9^U'ik étaient en baisse , les livrait lorsque U m^ti^ était rare ; et gardait toujours les pli^s ^igOiu^MK qu'elle marquait au front et louaiit ^ tant li( jq^Ih née pour les travaux les plus durs : on Iça V<^y4)| par troupes aller boire à la rivière ay^ lea c^iie-

yaux.... 18. Un esclave se ca3$^t-il i^ie y^ia^r c^était un accident évalué à tant,.^»« çonu^e 9^ évaluait à Londres le brisemeiSit d'elle maçhiqç |^ vapeur , et c'était certainement Ufi malheur 149^ moindre^

Mais, à part ce défaut d'hnmanil^^ c^t-a^viU^i sèment d^ l'homme , on ne peut s'empêcher de reconnaître de l'habileté dans leurs, rouage ad^mir nistratifs.

Partout où le peuple ooni^ut «a force^ U pa^a^

sîr.

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mai$ il voulut être nourri et amuse aux frais da trésor public; il y eut des festins publics ^ des fêtes ruineuses dont les ordonnateurs cherchaient la popularité aux dépens de la prospëritë rëeUe du pays.

Outre cette exigence le peuple républicain d'Athènes en avait une autre : il avait pour principe qu^aucun citoyen ne devait être dans le besoin 9 et il fallait accorder des secours à ceux que leurs infirmités corporelles rendaient incapables de pourvoir à leur subsistance. Cette libéralité, éten* due outre mesure , tarissant au bout d'un certain temps la source de l'impôt , la misère se montra dans toute son horreur. Alors l'esprit public se réveilla et lutta avec énergie contre la détresse du trésor.

Les produits de leurs mines étaient la ressource à laquelle ils attachaient le plus d'importance et d'avenir; cependant elles s'épuisèrent , et d'autant plus vite qu'elles étaient imparfaitement exploitées. Alors le désespoir fut affreux , car ils se virent réduits , les malheureux ! à chercher dans le travail un refuge contre la misère. Alors naquit aussi l'impôt sur les importations, l'octroi et avec l'octroi la fraude.

L'importance exagérée que les économistes athéniens attachaient à la monnaie d'or et d'ar-

;ent doopa naissance à plusieurs institutions inancières assez remarquables , mais dont nous ne x>aYons parler ici.

La profession de banquier devint fort lucrative^ k en juger par le taux de Tinterét qui était de dix ktrente-six pour cent. L'usure prit cette épouvantable extension en raison des profits qu'on pouvait tirer des capitaux à l'aide des esclaves ^ et surtout, k cause du peu de sécurité des préteurs.

Passons d'Athènes à Lacédémone : bien autre était l'économie publique chez les Spartiates; elle, suivait les mœurs, qu'elle n'avait pas la prétention de changer, malgré les beaux écrits de Platon, d'Arîstote et de Xénophon; mais ces mœurs sont elles-mêmes filles des lois de Ljcurgue qui a ^ autant que possible , réalisé l'irréalisable utopie, da partage égal des terres. Ces lois renfermaient à la fois un système économique y un catéchisme religieux et un manuel industriel ; elles relaient Tordre de succession au trône, et celui des mets dans les repas.

Là 9 il n'y avait ni impôt , ni trésor public , et cependant , à en croire Aristote ^ ce peuple ^ unique au monde , trouvait encore le moyen de prêter de l'argent. Les députés de Samos ayant fait un appel à sa libéralité , rassemblée générale ordonna un jeune universel de vingt-qiiatre

-tu-

heiireB f hcmmiet et animaux compris , pour obtimir one petite économie et en gratifier les alliés... Là I tous les enfants appartenaient à Fétat , on les élevait en commun^ etprésquesurlaplacepubliqne; le fouet est décrété Tinstitution par excellence; les ckeveux et les souliers sont déclarés hors la loi èdtnme recelant des saleté ; ils couchent en toute maison sur des roseaux , ils sont obligés à voler des fruits pour leurs repas, et le fouet punit le voleur maladroit. Adolescents ils font entre eux Tapprentissage de la guerre et le sang ruisselle à ces innoeents exercices.

Là j les femmes n'ont point la prétention d^étre les compagnes de Fhomme ; on ne les estime qu'en raison de la vigueur de leur tempérament , elles tourent presque nues dans Farèhe et y lancent le

javelot

Là enfin, les meubles ne sont travaillés qu'à la scie, et les planches à la cognée ; les poutres sont des tronds d'arbres , et le potage du brouet noir. La science pour les Spartiates est synonyme de vice; les arts leurs sont inconnus, et les boxeurs sont préférés aux poètes. Honorant siûlout la nattire inculte et brutale , ils prétendaient, et en cela Platon est de leur avis ^^, qu'elle n'a fait ni cordonniers, ni forgerons ; que de pareilles occupations dégradent les gens qui les exercent, vils

mercenaires^ misérables sans nom, qui sont excKu) par leur ëtat même des di*oits politiques . Jje cito/eH qui sera, disent les lois, avili parle commerce de boutique, sera poursuivi pour ce délit ^ et condamne à un an de prison.

Les arts manuels, dit ailleurs Xënophon , soilt inf&mes et indignes d*un citoyen^ ils dëformédi le corps et obligent Thomme Aê^énévé de s'assedof à l'ombre ou près du feu ; ils ne laissent da temp^ ni pour la république ni pour les amis. . •

C'est là dira-t-on une singulière économie po» litique ! Soit, elle est singulière , mais enfin c'eii est une. On est forcé d*y reconnaître ce principe que la richesse n'a de prix que autant qu'elle contribue au bien général ; le principe est bon^ Fap^ plication seule est fausse et exagérée.

Les Grecs s'occupent exclusivement des massée et négligent Findividu ; leur grande plaie c'csÉ Fesclavage qui s'étendait jusqu'aux possessions! utiles , et qui était la base de tout régime économique.

Entre les Spartiates et les Athéniens^ la difiTé^ rence n'est que dans les mœurs, le principe est fe même : les uns excellent à conduire un char , i ergoter sur le style , à chanter , à danser volup-* tueusement. Les autres boxent, volent, se couchciil an soleil^ et vivent à la façon des brutes; lesétran-

— ïttï* — gers trafiquent, les esclaves travaillent, . ; C'est le premier principe économique *°.

A Rome , jusqu'à Tavènement d'Auguste ^ les conquérants, absorbés par la guerre, ne surent guère que broyer du grain et des hommes^ et comme en Grèce, les étrangers trafiquaient, les peuples vaincus travaillaient pour ces maîtres superbes: les nations commerçantes, disaient* ils, doivent travailler pour nous, notre métier est de les vaincre et de les rançonner.

L'esclavage apparaît toujours comme élément social dans la constitution de Pétat, mais avec des modifications nécessairement apportées par rim-* mense étendue de l'empire. Il fallait que le peuple et l'armée elle-même missent la main à Toeuvre. L'absence de la science sociale contribua à la mine du colosse rontiain : habitué à consommer sans produire, il voulut continuer toujours ainsi, et cette erreur fondamentale amena l'exportation de tout le numéraire pillé chez les nations étrangères; de plus, aucun moyen de secourir le pauvre n'existait. Les Romains étaient donc, sur plusieurs points de la science sociale^ en arrière des Grecs; et ils n'avaient guère fait de progrès que dans Tart de lever des taxes fii, lorsque le christianisme vint modifier les idées industrielles et commerciales , comme les idées religieuses. « On a beau n*étrç

pas un chrétien bien austère^ dit un ëcdnomiste peu orthodoxe, la majesté de ce bel édifice étonne et commande le respect. On ne peut voir sans une vive admiration cette organisation vigoureuse et luxuriante se former et se répandre sur le monde , partout semblable à elle-même comme le flot paisible sur la surface de la grève ^. » Qu'est-ce en effet que la liberté civile i religieuse et commer« ciale d'aujourd'hui, si ce n'est le développement de la pensée fondamentale chrétienne? Sans le principe nouveau de l'égalité devant Dieu, Tesclave grec et romain infesterait encore le monde, la faiblesse serait toujours à la merci de la forcei et la richesse serait encore produite par les uns pour être consommée par les autres, sans dédommagement ^. Le pauvre périrait malheureux et sans secours, car on ne connaîtrait ni hôpitaux, ni aumônes, ni la divine charité elle-même^ fille du Christ et mère de tout progrès social.

Avec l'élément chrétien arrivent les barbares^ élément nouveau qui produit encore de nouvelles modifications que régularise le génie de Gharlemagne. On voit dans les Capittdaires peu de traces d'anciens systèmes d'impôt, mais le revenu des amendes y suppléait. C'est au règne de Chartemagne qu'il faut atti*ibuer le germe des progrès qui eurent lieu depuis lors dans la science écono*

inique. Les Gapitulaires renferment une foule de di0|X)sitions plus libérales et mieux entendues que celles des empereurs romains. Quant à Fesclavage, 8^11 ne put le déraciner complètement, au moins il le modifia : les esclaves ne sont plus traités en bâtes de somme, ils peuvent se marier^ avoir une famille, et, suivant la maxime de mvangile: Quod Deus conjunxit homo non separetj on ne peut plus séparer le mari de sa moitié.

Le grand défaut de Gliarlemagne en économie, c'est quMl crut n'avoir dans son vaste empire que des prêtres et des guerriers. La classe bourgeoise n'existait pas encore, et son génie ne la découvrit pas dans la nation. la féodalité ne Vy vît pa9 mieux, mais plus grande et plus forte au douzième siècle, elle sortit de ses langes , et se fit émanciper de force. Nous sommes arrivés àTépoque que nous explorons dans ce volume.

L'influence des croisades fut immense sur le commerce et Tindustrie de l'Europe, comme sur son économie. 11 semblait que tous les navigateurs se fussent donné rendez- vou s da nslesmers d^Orient. Des flottes immenses étaient nécessaires pour transporter les armées qui s'y rendaient, et qui payaient leur passage à un très haut prix ; les communica-* tions avec l'Asie devinrent fréquentes, une émulation née de Tappât du gain naquit entre les villes

maritimes d'Italie^ que Venise dominait, wAis sans paryenir toutefois à les écarter du partage: Gènes, et Pîse surtout lui faisaient une concurrence redoutable. Marseille paraît être la seule ville de France qui eût assez de moyens pouf rivaliser avec ces grandes cités italiennes, et tirer parti des croisades. Avant ces expéditions guerrières, les négociants européens ne se hasardaient qu'avec réserve; un siècle après ils avaient sur ces plages lointaines des établissements fixes, des communautés formées de leurs concitoyens , les mêmes lois, les mêmes mœurs, et presque une seconde patrie ^*. L'architecture navale modifiai agrandit la forme des vaisseaux pour la facilité du transport des pèlerins, et peu de temps aptes la troisième croisade , on vit sortir des grande ports de l'Europe , des flottes redoutables telleè que la Méditerranée n'en avait jamais porté. Des lois maritimes furent faites, et des navigateurs de Barcelonne publièrent le premier recueil de ce genre qui ait fait autorité. La piraterie fut réprimée, et le commerce put se faire avec quelque sécurité ^^.

L'industrie ne profitait pas moins que le commerce de rimpulsion donnée aux idées par les nombreuses expéditions en Terre-Sainte. Les découvertes se multipliaient et se mettaient à profit.

Nos grossiers aïeux voyaient sans cesse leurs dësirs ojàtés par des objets nouveaux. Le goût des arts et des commodités de la vie se rëpandit parmi eux; ils attirèrent les étrangers, et .profitèrent de leurs lumières. Dans la foule des pëlerins, il s'en était trouve qui^ plus instruits ou plus curieux que leurs compagnons, avaient remarque des machines ingënieusesi des produits meilleurs ou plus beaux que ceux quHls avaient Thabitude devoir, et ils s*en étaient empares. Celui qui rapporta le dessin des moulins à vent est bien digne de notre reconnaissance, Thistoire cependant n*en parle pas.

La canne à sucre a été cultivée en Arabie y en Nubie, enÉgjpte, avant d^étre connue de la Sicile, qui la transmit plus tard au Portugal , d'oii elle sortit pour faire rapidement le tour du globe.... ^^.

Les Croisés enrôlaient de préférence les hommes qui avaient un métier ou qui exerçaient une profession mécanique; ces industrieux pèlerins ne faisaient pas toujours un voyage inutile pour leur pays, et tandis que leurs compagnons marchaient à la conquête des lieux saints , l'industrie avait aussi sa croisade et dérobait aux Sarrazins et aux Grecs des secrets et des procédés plus précieux que des victoires S7.

Oq somme , les croisades ont relevé la puis*

sance des princes , et apporta de graves modifications au régime féodal. Les nobles devenus sujets. les bourgeois devenus commerçants^ les villes devenues riches ont assure aux revenus publics dé nouvelles sources fécondes et régulières, qui ont consolidé le pouvoir des souverains. Dès ce moment le tiers-état put être opposé à la noblesse et devint peu à peu , sous les auspices de la rojauté , une classe puissante et respectée. Ces résultats ne se sont point développés au même point et de la même manière dans toutes les contrées de TEurope ; mais ils n^ont pas eu de causes plus influentes que les croisades. Les rois de Jérusalem, qui avaient besoin de ces hardis commerçants, leur accordèrent de nouveaux privilèges et même des possessions territoriales. Ainsi naquit Fesprit colonial en Europe , et avec lui les rivalités sanglantes , les entreprises industrielles et les combinaisons financières, dans lesquelles les Juifs, ces économistes rusés du moyen âge , ont joué un rôle important. Ce serait en effet un spectacle curieux , mais que nous ne pouvons développer ici , que Taçcroissement rapide de la richesse au milieu des troubles de l'Europe dû en partie à l'imagination féconde d'une caste qui semblait n'avoir de vie que pour subir les persécutions et les plus cruelles avanies 2« , et qui au milieu de ,

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