CHAPITRE QUATRlÈKE
Le Caractère de Tëpoque qui nom ocetipe e^t daii5 le âord^ comme dans le reste de rËarope^ la lutte des chefs contre les soldats , des barons contre les vassaux^ la lutte du despotisme contre Fesprtt de liberté; partout on yoit les eiSbrts des cit^ pour conquérir quelques privilèges et fonder un premier principe de liberté étouffi^ par la tyrannie en armes , par les seigneurs bardés dé fer qui lançaient la vengeance et les tortures du haut de leurs châteaux impénétrables. Seulement cette lutte était plus arriérée che2 les peuples plus jeunes : en Sttède j par exemple ^ ce ne fut qu'à la fin du douzième siècle que la nation eoûh mença à fixer les formes de son gouvernement^ et la féodalité y naissait quahd elle mourait pal^ tout ailleurs. ••
L'industrie, qui suivait la première étincelfe de Hiberté^ se fit plutôt jour chee ks pénates
moins belliqueux comme la Hollande ^ Mais cependant , en général , la croisade nivela assez les peuples d'Europe ; car il n'est pas de peuple en Europe chez qui n'ait retenti, aux douzième et treizième siècles , le nom des croisades ; il n^en est pas qui n'ait combattu en ce temps-là pour la foi. Tandis que les nations occidentales allaient incessamment d'Europe en Asie pour y détruire rislamisme et que TEspagne, à peine secourue, recevait presque seule et repoussait le choc des Maures, la Russie, la Pologne, la Hongrie arrêtaient les Mongols; quelques ëvéques de F Allemagne, des chevaliers formés en Terre-Sainte, les Danois donnaient le christianisme aux sauvages de la Livonie, de la Prusse,. de la Pomëranie; la Suède convertissait les peuples de la mer Glaciale. L*absence des seigneurs, Thabitude d'être seuls à régir leurs affaires , le besoin que ces mêmes seigneurs eurent de la tête et des bras de ceux qui restaient presque malgré eux dans les terres, .tout concourut à l'émancipation des peuples du Nord, comme de ceux du Sud et de TOo cideot. En Allemagne, la liberté des villes sortit d'une lutte, entre les bourgeois et les familles nobles qui s'arrogeaient le droit de commander la milice et de nonouner les magistrats. Ces familles patriciennes virent peu à peu leur autorite
décroître après les privilèges octrojës par les empereurs de la race de Gonrad-le-Salique, qui assuraient Thëritage des citoyens à leurs enfants et Torganisation des jurandes et des corporations destructives du joug fëodal. Les plus fières entre ces familles , celles qui ne voulurent pas s^accommoder d'un état de choses si contraire à leur pouvoir arbitraire, furent chassées. Cette lutte en Allemagne ne date que du douzième siècle; au quatorzième cette vaste contrée , après une autre lutte , non moins terrible , qui a porté à la postérité les noms célèbres de Guelfe et do Gibelin *, vit le pouvoir impérial succomber sous celui de FEglise; son histoire n*est plus celle d'un seul corps politique, mais celle d'une fbule d'états indépendants de fait et unis par un lien plutôt nominal que réel '.
L'Italie, à cette époque, suivait en quelque sorte Fimpulsion donnée par TAUemagne et se liait à son histoire. Le succès du parti guelfe avait en effet constitué au nord de Tltalie un grand nombre de petites républiques. Tandis que Tempereur déclarait tenir pour alliées Pavie, Crémone, Côme, Tortone, Asti, Alexandrie, Gènes et Albi , et désignait ainsi les forces du parti gibelin ; les villes de Novare, Verceil , Milan, Lodi, IV. 7
Hçirgame^ Brescia, Mantoue, Vérone, Vîcence, ipadoue , Trévise , Bologne, Faenza, Modène, Reggîo, Parme et Plaisance prenaient le nqro dç confédérées ; elles modifiaient leur goiivernemeot dans rintérét de la liberté. Les Milanais, par exemple, ôtèrent aux consuls le pouvoir jvidiciaire , pour le transporter à un étranger , élu chaque année et qui s'appela podestat. Ce poi^i^oir de sang ^ ce glaive nu qu'il faisait porter devant lui, semblait peu redoutable dans la m^iq ^'\m homme du dehors, qui n^avait pas d'appui clans lu ville. On lui confia donc encore le çpÎQ 4f faire la guerre aux ennemis de l'ordre public, ^archevêque, ancien comte de la viUe, ga^dfiit If droit de battre monnaie et ^e faire percevoir ^b p^ge aux portes de Milap. Les consuls ^ au ppmr bre de douze , formaient le conseil de confiance^ ils avaient la nomination aux charges et l'admi— O^^tration des finances. Le peuple chargea de leur élection cept électeurs choisis parix^^ les artisans , ç^ j comme pour réuqir tqus les partis , dé- $igq9 les nqbles au choix dea électeurs, A Bol9j;qe, trois conseils , des consuls et un podestat. La ville était divisée en quatre tribus; dix élec— teurs de chaque tribu y élisaient annuellement les membres des conseils, parmi les citoyens ^i ayaient plus de dix-huit ans : les bas artisans
étaient «euk excites. Le podestat ^ étnnget comme k Milan, dtait désigné par quarante ëlec^ teurs : quelquefois les conseils leur indiquaient dans quelle ville il fallait le prendre. Des lois pa* railles fUreat portées dans presque toutes les^illes» A Gènes , un podestat étranger remplaça les oon^ suis, et quelques années après tous les citoyens furent exclus des magistratures. Une ville fait exception à cette ardeur démocratique , c'est Venise^ qui^ après avoir commencé par la démo*cratiOy arrivait déjà à cette aristocratie odieuse qui a fait sa force et sa servitude. Le peuple ëli«> sait Je doge, et Ton n'aperçoit pas, jusqu'à la fia du douzième siècle, de famille puissante^ qui ait réclamé ou retenu Tinfluence et l'autorité. Un tribunal de quarante membres, la quarcmtie^ avait le droit de rendre la justice, sans exercer d autre pouvoir. Tout-à-coup ce tribunal prit une attitude imposante. Le doge Michaeli venait d'être tué dans une sédition populaire : la qua-* rantie osa décider que dorénavant six électeur», représentants des six quartiers; choisiraient quatre cent septante citoyens pour former un grand con* seil et remplacer les assemblées; que ce grand conseil nommerait tous les ans six hommes, an pw quartier, qui seraient les conseillers intimes
da doge, et sans lesquels il ne pourrait rien faire;
Le doge avait encore un autre conseil ^ celui des pregadi ou priés, qu'il invitait à venir délibérer ' avec lui. La quarantie. décida, que les quatre cent septante choisiraient parmi eux chaque année soixante pregadi. Sebastiano Ziani ^ élu doge , confirma ces fèglemens; le grand conseil arriva en un siècle à être la seule noblesse et la seule puissance dans Venise.
Enfin j le chef de la liberté italienne , le pape j recouvrait son autorité dans Rome. Clément III transigea avec la république romaine , replaça sous sa main le sénat, la ville, la basilique de Saint-Pierre, les autres églises et tous les droits régaliens ; il n'abandonna que le tiers du produit de la monnaie, et le péage dW pont : la dignité de patrice fut abolie , et les sénateurs , nonamës tous les ans, devaient prêter au pape serment de fidélité^. Plus tard Innocent III exigea Fhonimage-lige du préfet de Rome nommé par Fempereur et lui donna Finvestitm'e par le manteau , se réservant le droit de le révoquer quand il le voudrait. Grégoire IX, à l'âge de quatre-vingtcinq ans^ excommunia Frédéric II et le poursuivit au-delà des mers d'un anathéme qui fut entendu des Chrétiens d'Orient ^.
Nous avons déjà parlé de Texécution de Gonradin et de Frédéric qui se rattache à lliistoire
de France «. Rieu ne semblait plus s'opposer au triomphe des Guelfes dans Tltalie , ainsi que dans TAUemagne; Tempire, affaibli par ses propres désordres, s'estimait presque heureux de s'incliner devant l'Église et d'être rëgi par elle; les rois de la maison de Souabe avaient ruine Tancienne constitution germanique et détruit le pouvoir royal. Dieu n'en ordonna cependant pas ainsi. Grëgoire X avait voulu réconcilier les partis et n'avait pas réussi. Après sa mort, l'archevêque Yisconti , le soutien des nobles et des Gibelins , 8 approcha de Milan , chassa les Toiricmi et fiit proclame seigneur perpétuel. Milan cessa d'être libre ; la famille gibeline des Yisconti , entourée de la noblesse mercenaire qu'elle ramenait, r^na sans peine sur un peuple fatigué de tant de guerres et corrompu par la prospérité. Le parti guelfe reçut un coup plus terrible en 1282. Ces divisions mesquines et tracassières , indignes du caractère d'un empereur d'Allemagne, plus indignes encore de la sainteté de la tiare, et qui semblaient devoir se perpétuer, s'éteignirent avec les progrès de la raison et de la civilisation. Cependant nous en retrouverons encore quelques derniers vestiges dans la période qui nous occupera après celle-ci.
Là Suisse procédait alors à U con<[iiéte de k liberté d'une faoon jius promple et plos dfcîsÎTC. Bien que Finiportânce respective de ce petit pa js Mit peu de chose, le récit de don ëmancipcitioa Mt trop populaire pour être passe sous silence. Nous didoos populaire à dessein, car rkistoire aAwuse n'admet plus ia fable de la pomme et de Tenfiint si chère au cœur des Suisses* Nous la donnerons cependant telle que Ta consacrée Toi^eil national, bien qu'elle n'existe plus pour nous q[ue comme légende.
Ayant le treiEiome siècle la fëodalitë pesait sur \m Alpes comme sur le reste de TËurope* Quelqoe sentiment de liberté qu'eussent ses sauTages habitants, ils étaient forces de plier sous les Iniile nbftteaux qui doniinaieiit leurs vallëes et les entararaient d'une chaîne de servitude, L^ëléTation de la maison d'Autriclie donna les premières lifteurs de liberté, non par lamour qu^elle en avait elle-même, mais par Texcès contraire* En 1S98 des oris d In dépendance avaient déjà retenti dans Ici gorges des montagnes , et voici dans quels termes i « Qu'il soit connu de tous ^ que les habitattts de la vallée d'Uri, des pâturages de SchwilE et (les monts d'Underwald, considérant les përils présents, se sont réunis dans leur mutuelle con« fiance; crt que, conformément à 1 alliance qui les
lie depuis beaucoup de siècles , ils ont engage leur ferment de ne point s'abandonner les uns les autres ; de donner tous leurs biens et tous leurs guerriers pour repousser au dehors et au dedans les actes de violence que Ton voudrait commettre contre eux tous ou contre Pun d^eux. (jue ceux qui Relèvent d'un seigneur remplissent leurs ooligatîons envers lui ; mais entre nous , il a été contenu que nous ne reconnaîtrions pout arbitres que des hommes nës dans nos vallées. On ne peut acheter ailleurs le droit de vider nos différends; les plus sages d entre nous seront chargés de cet bffice. Ainsi, unis envers et contre tous, corps et biens, individus et familles, nous forcerons à Pobéissance quiconque d'entre nous refuserait de se soumettre aux sentences de nos juges. Que le meurtrier périsse ; que Tincendiaire soit banni ; (Juë le voleur rende l'objet volé, qu'on obéisse aux juges , et , s'il est des réJTractaires , qu'ils soient punis par nous tous. Ces conventions, si c'est le bôii plaisir dé Dieu , dureront éternellement pour l'àVàntâgé cdmmun. »
Peu de temps après, l'armée autrichienne ravageait lé pays de Constance, mais Tempiereur Viiit échouer devant Berne, à peine fondée; les montagnards enlevèrent la bannière impériale. Détait une fois , il campe au sommet d'une col-
line d'où ses regards plongent dans les rues de Zurich. Les femmes mêmes et les filles s'arment. n voit cette multitude dévouëe et prête à le repousser ou à përîr; il recule devant elle et va écraser Glaris, petit village^ qui bientôt est couvert de morts.
Mais le moment de la délivrance n'était pas encore arrivé; de nouvelles troupes succédèrent aux troupes vaincues et un joug de fer pesa sur les Suisses. En 1300 , le despotisme des gouverneurs ou baillis impériaux était devenu intolérable; depuis long-temps le peuple pasteur souffrait en silence; Tinsolence^ plus dure que la tj^rannie, se joignait à Tarbitraire. Un jour enfin y l'un de ces baillis fait saisir une paire de bœufs qui appartenait à Arnold de Melchtal, et son valet les amène en disant : « Tu n'as pas besoin d'attelage^ paysan , traîne ta charrue 1 » Arnold donne un coup de bâton à cet homme et prend la fuite ; on saisit son père^ on crève les jeux au vieillard... Une jeune fille d'Arlh avait été séduite et abandonnée par le châtelain du bailli; ce châtelain périt assommé par les frères de la jeune fille. Un des guerriers du gouverneur insulte la femme de Conrad; le mari revient des champs et tue le gentilhomme. Plus de justice, plus de lois; ceux que le; désespoir emportait se vengeaient et mou*
raieot. Une femme, celle de Werner Stauffacheri du village de Steinem, dit à son mari : « Je ne veux plus nourrir des fils mendiants et des filles qae déshonorent les étrangers. Si nos montagnes ne sont plus habitées par des hommes, mais par des lâches, Werner, donne-moi la mort! » Werner la quitte en silence, descend y ers Brounnen , passe le lac, va trouver Walter Furst d'Âttingliausen, chez qui Arnold de Melchtal, poursuivi par Landenberg, avait cherché un refuge. Ge^ trois hommes méditent ensemble sur les malheurs de leur pays : leurs droits violés, l'inutilité dç leurs réclamations, leur désespoir, la justice de leur cause se retracent à leurs esprits vivement émus. Ils se résolvent à sonder les intentions d'un peuple si mallieureux , à chercher dans la nation des hommes de cœur et de bonne foi, ef; se séparent. C'était au commencement de novembre 1307.
Sur les bords de ce beau lac placé au centre dea Walsdstcetten, près du petit village de Grutli, sous Tobscurité solennelle des pins et des hêtres, ils se réunirent encore les jours suivants ; tous y apportèrent la nouvelle que le peuple entier se vouait à la mort plutôt que de souffrir Tesda* vage. Enfin, le 17 du même mois, au milieu de la nuit, chacun des conjurés amène avec lui dix
Sommes dévonés. ï>es premiers, Werhfei^, Arnold et StauËTacher jurent à Dieu, devant qui les pfetiples et les rois sont égaux, de venger leulr pays où de tUbtirir, d'entreprendre et de souttHren commun, d'être justes et de punir toute injustice, de respecter les ph)priétés du comte d'Habsbourg, mais dé gal^iitii- leurs droits, d'éviter dt répandre fe ^em^ dés baillis y de leurs familles et de leuri of- Jiéièi^, leur seul désir étant de s^assurerà éajofHéhies et de ttrûtsmetths à leurs enfants ta Bbèrté ^utts tiValënt héritée de leurs pères. Ce séhihént ë§t tëpété par tbus, aii riom de Dieu et des Sâintà, tû élevant aîi ciel des mains pures de tout crime et un cœur rempli de confiance en la bohtë de lëixt CËtisfe. La huit du premier janvier est Pitisffcnt choisi; chacun retourne à sa vallée, à sa 6tibàne et âu soin de ses troupeaux.
Gételër et Landettberg connaissaient tdiite la haine du peuple; Gessler voulut l'hurhiliefr èritUtit. Il fit plaber son chapeau^ pedt-étfe le chafliàii dWàl d'Autriche^ âtir une përchë âefallt lUqUëlle 11 obligeait les habitants à d'ihblihtfr ëëniide devait un symbole dû pouvoi?; Ufl des homiUed de Grtltli, Wilhèlm Tell de BùrgheiH, délèbrb par ^on adressé à tirer de l'ait; et l^un A&È conspirateurs^ passe devant et ne s^incUne pns. On renbhallié, On Failiène devant Qessler qui
dit à]\lt*btlMu*iëi< : ti Tëlliët*ail*e, Tare dbfattttëfeit fltir te Aertirà de Auppli^O) plëbéUUëpoMttlé dUt* li létë de ton âlâi viâe^k^ et ^ârdé-toi de Mâhqiief ie but. ft Oti lie Ténfaiit, le tirait pûtty la pOtUtUe éM ^«ttfée! Le pduple Jette dés ëtis de joie^ii. « Pouf^ quoi belte autre flèDhë) » dit lé bailli. Tell fë» potidit 9 « Si Tune aVait oiaiiqué la pomme) Tautrë n 'aurait pas thënqtié ton coeur f »
Tell est arrête i port^ sur ud bateau et Mil»
diiil par Geislfar laî^métnei il deVaii: être BHk^
ferme dans le fort de Kussnàbht^ dhàteatt-ré^;
eher, coînine disehi les Helvëtiens^ situe à l'autre
eitrrfmitd du laci Déjà il rojrait la platae ds
Omili où la cdujuratidn avait pris naissaufcé) ttM
de ces eoups de Vent, fréquents siit* ee lad eM^
leuté de rbohers à pio qui s'élàvënt ters le etel
oomine des indutagbes , met la barque en dadger t
Untdt elle descend dans l^abîme^ tantôt les vagues
k recduvrent. Lés secours de Tell Sont devenus
nécessaires ; Gessier connaissait sa force et son
Adresse) on détache ses fers ^ il conduit la barque
eè la dirige vers le flanc nu de TArenbergy où le
roc a aVance yet*s le lac et y forme un plateau de
dix«>huti pieds carrée. Il à^élancè^ repousse la
barqtae) Tell est à Tabri du danger, Geasler i la
me>ci dea flotsi
Tell grayik fa montaghe ) armd d'une arbiléte
et d'une flèche; il yole ensuite à Kursnacht^ s'y cache dans un chemin creux, attend le gouverneur qui f échappe aux përiljs du lac , passe bientôt et est frappe d'un coup mortel. Les conjures blâmèrent Faction de Tell : le premier janvier n'était pas venu.. • Mais la postérité jugea autrement 1 action de ce paysan plein de courage. L'assemblée générale fit construire, en 1858, une chapelle sur le rocher de Tell, chapelle consacrée par le patriotisme^ et où chaque année une multitude de peu* pie se rend en pèlerinage.
Enfin commence l'année 1808 : voici ce premier janvier où les conjurés ont résolu de rompre leurs fers. Les paysans, sous prétexte de porter dans les châteaux leurs présents accoutumés , s'y introduisent et s'en rendent maîtres. Le château de Rotzby est pris par un autre stratagème : un jeune conjuré, nommé Ânneli, aimait une jeune fille qui y logeait; il entra la veille dans la chambre de sa maîtresse par le moyen d'une corde qu'elle lui tendit; vingt autres le suivirent et se rendirent maîtres de la garnison , mais ne donnèrent aucune alarme. Landenberg fut pris avec ses châtelains et conduit aux frontières ; on se contenta de lui faire jurer de ne jamais remettre le pied dans les Waldstœtten , et des feux de joie, signaux de la liberté conquise sans une
gontte de sang répandu, brillèrent au loin sur les Alpes.
Les hommes de Schvritz, conduits par Stauffâcher, démolissent le château de Landenbergj Walther-Furst et Tell s'emparent de la forteresse de Gessler.
De nouveaux feux de joie éclairent toutes les sommités des Alpes; le nouvel an est celui de la liberté. Ces hommes libres s'assemblent le 7 janvier pour jurer une alliance perpétuelle *•
L'empereur accourt la vengeance dans le coeurs on Tassassine en face de son château ; ses gardes prennent la fuite et le chef de Fempire meurt dans les bras d'une pauvre fenune qui se trouvait sur le chemin.
La liberté était conquise , il s'agissait de la défendre : ces hommes fiers et sauvages s'en firent une sainte loi ; ils combattirent pom* elle pendant huit ans , au bout desquels un nouveau pacte fér déral fut rédigé. Ce pacte , sage et énergique , établit que le consentement unanime de toutes les conununes des treize cantons peut seul décider le choix d'un protecteur étranger ; que les juges et les arbitres des différends particuliers ou publics ne peuvent éti'e choisis que dans le sein des cantons. Ces hommes simples, mais doués d'un gi^nd sena . assurèrent par d'autres clauses la stabilité
des tribunaux , 1q s^rit^ des personnes rt de$ |)roprîétés et l'indépendance dansFadministration de la justice. La peine de moit et la confiscation des biens furent prononcées contre les infracteuri de ces lois de Y Union.
Ainsi s'élève la Suisse. Les hommes de Sckivits (Seh^wizer ou Schweizer) donnent leup nom à IVnoienne Helvëtie ; et , au n^lieu du quatorzième sièplc, TËurope voit des bergeni élever leur rëpoblique é( légal den rëpuhligues Ica plu^ sages dcmt Tantiquitë fasse mention,
Le^ yillea de la Suisse avaient aoqim i» haut d^rë d^importapce i rindustrie avait accra les richea^es de Zuric]i ^ de SaiQt-GftU y de Genève. Les bourgeois gouvernaient en maîtres dans leurs Ijilëa toiyoura m progrèa; Us y décidaient la paix
«t ta guarre, le prix des denrées, les poids et les mewres^ consultant , seulement dans les oooasions gfavea, un clergé plus éclairé qu^ils ne pouvaient rétro. Un assassin ne pouvait être saisi chea un licmrf eois , et c'était au peint que , malgré leur |t«Spugi:iance hautaine > les nobles^ lorsqu'ils craignaiept la vengeanc? d'un de leurs ennemis ou le pbMmeut de Venipire^ se faisaient recevoir bourgeois d'uue viile.
Vers U fiq du onzième siècle la Russie aviitl été divisée eu principautés , et cette divisiop Tavititl liyrë^ aux agressions de sea ennemis. Swiatopplk essaya de rétablir lunion e( prit la crpix pow signe de concoi^de ; Tarmëe jeûi^a , pria et v^iQrr qWt; k t^Pl ppiut , dit! JtîWi^msip ®, quç l'ange Wifflf? niiafitefir semblait ab^ttr^t dV^^ invisible VfVkifi le^fél^s enne(^ie$ coqimç liss épis ^e$ ç;|iampa.„ l^ reROwpaéç annonça cette y^ctqire en (jràpq, cfl P(4(^gne I en Bohême , dfwa la Hongrie çt }u/^
que dima Rome,
WlftdiwiT maintint la paix \ quelqn» profflr^ s'ç)^i4v^^^t, mais après lui 1^ guerrea cfvU^
rtjçpfljmençèr^nt. Di3f grands princes ^^ c^ WPQ^ dè(V&t dfins ^u espace de t^i'^t^euii «m, tom^ WW^? par }pws gi-apd* Yï^ssaux , par la gu©F|« ei^fieiirp çu Ipa affaires de l'Églisp, En 14&7 éclata un schisme politique io^rtant : dea tro^r b\e^ iqtérie^rs le suivirent et laissèrent, les ^(iussea s^um d^fensç çpntrç \^ t^rrij^le iayasipn des Taip-r tafçp Qiopgpls, ainsi racontée dans les annaUv^ ruseies } « Ë.n i22k une bataille $Anglante sur \fi ICoU^ KP^fiptit Varmée r^sse ; les Mopgola s'avait cèrecit jusqu'au Dniepr i ravageant et maa^crant... ï^ief fut ^nvahiç : la mère des yiUw russes yit tomber ses monastères et s'évanowr p splendeur ; td qu'une béte féroce 9 Batpw^ I9 bu*
droit de Gengîskhan, dëclnrait avec ses griffes les roisërables provinces et les dévorait; les princes russes les plus vaillants avaient perdu la vie; les autres erraient sur la terre étrangère ; les mères pleuraient leurs enfants écrases sous leurs jeux par les chevaux des Tartares. Les femmes des boyards , qui n'avaient jamais connu le travail, qui se paraient de riches vêtements , de colliers dW, au milieu de leurs nombreux esclaves , devenaient les servantes des vainqueurs. Elles portaient de Feau , tournaient la meule j brûlaient leurs mains délicates à apprêter la nourriture des infidèles. Les vivants enviaient aux morts la tranquillité des tombeaux., • » Une armée suédoise survint : elle fut heureusement vaincue sur la Neva par Alexandre^ prince de Nowogorod, qui gagna par ce succès le surnom de Newski. Les Mongols s'étaient jetés sur la Pologne.
Affaiblie par ses guerres^ ses discordes et ses démembrements 9 la Pologne ne pouvait résister aux Tartares; Tarmée polonaise fut vaincue à Ghmielniki, dans le palatinat de Sandomir; Gracovie fut brûlée ; Boleslas V s'enfuit en Moravie. Les Mongols, poursuivant leurs succès, entrèrent dans la Silésie et gagnèrent la bataille deLiegnitz; ils avaient si bien ravagé le pays , qu'ils n'y trouvaient plus de vivres : ils envahirent la Hongrie.
Sous prt-lexte d'amener du secours , le duc d'Autriche y entra , et , faisant cause commune avec les barbares, cent mille Hongrois surpris pendant leur sommeil furent exterminés ; la Hongrie fut rayagëe en tous sens. Dans les yilles prises, les habitants rassemblés sur la place étaient dépouillés Fun après Fautre, puis égorge; les enfants mongols cassaient à coups de marteau la tête aiix enfants hongrois ; les femme mongoles tuaient les femmes hongroises qui leur paraissaient belles, et leurs maris en mangeaient la chair. Les plus robustes prisonniers réduits au métiqr d'esclaves , avaient d'abord le i^ez et les oreilles coupés. Les femmes qui n'étaient pas belles subissaient la servitude. Mais tout-à-coup les vainqueurs apprirent la mort du grand khan OkUû. Gaiouk retourna vers FÂsie pour lui succéder, et les Mongols le suivirent , après avoir égorgé le plus grand nombre de leurs captifs.
En 1287, ces barbares revinrent suivis des Russes qu'ils traînaient avec eux comme leurs sujets. Une horrible dévastation déchira la Pologne : vingt mille jeunes filles faisaient partie du butin.
Entre l'Esthonie et la Poméranie vivait un peuple sauvage et idolâtre , chez qui le prédicateur chrétien saint AdeJbert avait trouvé le mar- IV. 8
lyre au dixième siècle t (î*Aaîent les Prussiens, tenttetnîs de la Pologne. Un moine d'Oliva , nommé Christian, se hasarda à essayer encore leur con- ^t«tôtt. îl parut y réussir, alla à Home, fut nbnim^ ^réque de Prusse , et à son retotkr fut repoussé pâï bétix quHl avait convertis. Le pays de Cultii ravagé , vît tomber ses deux cent cinquante églîSés. Christian , qtii sMtâît fait autoriser à prêcher une croisade , rassembla des forces , rebâtit Cûlm> et, dé nouveau poursuivi après le départ deîï Croisés , il fonda un ordre religieux , fe^ Jrèfes àe là milice du Christ en Prusse. Es périrent tous , à T'excéption de Cinq , dans une bataillé qui dura deuîc jours. Parmi ces nations du Nord éhèôre si reculées aux treizième et quatorzième siècles , la Suède était celle qui avait le plus Sroâté du christianisme : saint Eric IX lui avait oi^n(é tie bonnes lois qui s^appelèrent , depuis ce temps, lois de DieU et dé saint Éric *^
Nous en avons fini avec ïés peuples iu Nord , du moins avec ceux qui ont une nationalité , car il était impossible de parler de tous. Terminons maintenant ce rapide aperçu par un aperçu plus rapide encore de l'histoire du Bas-Empire. Les annales de cette partie de PEurope n'offriront pas ptus d^intérét que par le passé , à moins qu'on ne
«'int^reiM aux erimes les plus hideux lorsqu'ils ont une teinte romanesque. Â ce titre le règne de Mâiittelt qQJi4aiii^ à m çwir Yewmph d^me cor-ruptioa i^ouje^ celui de Timp^ratrice Marie, qui^ aprài la mwfc de Manuel , oublia dan« U» bra9 d'un «mant an devoirs de r^^eiite et de ipèrei celui d^A^dronic^ qui assaasii^e la régente et son jéane fik pour régner è leur place ^ et qui ^criBa parente et amis comme il avait sacrifia le devoir et la recoonaîssance , pour conserver un aceptre souillé de aang; à ce titre ^ Tbistoine du BasrËm^ pire offre qiselque intérêt , oar dile n'est que lî^a d'un bout ii Feutre; civilisation 9 letUiea» bien pUb- Uic j élHt aoeial 9 liberté , sont des n^ots vides de eensà GoDSlantiBople. La populace de Mttegr^aftd^ cité 9 imitant ees souverains , asaaseîhaît ftt piUMJt sans enôndre le glaive vengeur des lois,. Lea Croisés allemanda (étaient eui?tout en Iwtte à fies foreurs t ils pendaient les uns » Aoyai^^ lea autres et dlMent brûler daw leurs li^ les «^^aUdbs pçsfb^s en ainière. iGiee hoit'eurs animâr^^ dut^ j^ste iadi^Alâon lesMuvemins de lX)Gcid,eiit^ ilis coi^* mesoèpent k œediier eérûetisemeiit la 4:o!ii(|i^éte de GonatantiQOpJe, dont le iiége ti'aifiôjt iHÀ ^qt^^n eouit (épisode âe la pseaifcère croîeade* Rient^tlea fautes de iange et de ses «ofanilis^ilèa «Scèa 4e ^n peaphe et le dâire.dn diecgé » kMrifiMurMra^nec-^
casion et le prétexte de couronner leur vengeance.
Dans les premières années du treizième siècle, les Croises français , indignes à la vue d'une mosquëe élevée par un empereur grec , y mirent le feu , et Tincendie consuma tout un quartier. Cette catastrophe amena une reVolution. Les Latins y aidés par le pape , assiégèrent Constantin nople ; après un siëge de trois mois, les murs ébranles cédèrent et la ville de Constantin , abandonnée à la fureur des soldats , subit tous les maux que peuvent accumuler la guerre , la haine et le &natisme. Les vainqueurs se partagèrent le butin immense qu'ils avaient fait dans la ville la plus riche du monde ^ et le peuple de Constantinople disparut au 'milieu des troubles qui suivirent sa •défaite. Yille-Hardouin , qui nous a laissé des mémoires curieux sur cette époque, eut en partage la principauté d'Achaïe , et le marquis de Mont-Ferrat échangea sa souveraineté in partibus contre le royaume de Thessalonique , qui était tout acquis. Ces divisions territoriales affaiblirent Tempire et excitèrent de sanglantes querelles parmi les seigneurs. Baudouin ne put modérer ni Favidité de ses chevaliers , ni l'ambition de ses rivaux. La domination des Latins ne put s'établir 4'une manière fixe. Elle était miiiée par l'ambition
inquiète des anciens princes grecs autant que par des troubles intérieurs. Michel Paléologue, issu de l'une des plus illustres familles de Gonstantinople , brûlait d'arracher cette capitale aux Latins, et , après bien des combats et des défections, il parvint au but de ses désirs. Il s'était écoulé soixante ans depuis Fincendie de la mosquée. Paléologue n'avait pas vaincu sans être aidé par ' ' une grande âme , un esprit supérieur et un noble caractère. Il travailla à consolider son empire, à la réunion des églises; il repeupla Gonstantino* pie , devenue presque déserte sous la domination étrangère; il essaya de lui rendre sa splendeur et ses manufactures; mais les Vénitiens, les Génois, les Pisans et les Florentins s'étaient emparés de la fabrication des étoffes de soie, et cette branche d'industrie , qui était pour la ville impériale une source inépuisable de richesses , lui fut ravie pour toujours. Paléologue tourna ses armes contre les seigneuries ou fiefs érigés par les conquérants français; il récupéra la Macédoine, la Morée et les plus belles îles de rÂrchipel... Mais cette splendeur passagère de Gonstantinople ne survécut pas au grand homme : les. désastres au dehors , les troubles et les infamies au dedans , succédèrent à la paix et à la gloire. Un demî-sîècle de bonheur avait brillé comme un météore fugitif
- MB ^
dans 1« lMirribl«s anoalcs du peuple p%c«i; Rim de plus afliigeâht que le tableau de cet empn^ sous les deux soecesseurs de Michel Palëologue i Jean et Manuel» Le premier vit Amurat-le^Fa^ roucke » khan des Tures » établir le siège de son klnpife aux portes de sa eapitale^ à Andrinopld^ après avoir envahi la Romanie ^ la Servie et la Bulgarie } le second vit les Génois et les. l^ébitiens débattre jusque sous les murs de Gonstan»-' ' tinople leurs querelles de commeroe , Sans req)ect pour le faible souverain qui Thabitait. Des aven** turitt*s de toutes les nations oooupaient les fles de la mer Egée , ou Marc Sanudo » Y âiitien ^ avait pris le titre de duc de TÂrchipeli Gorfou et les six autres îles nommées depuis Vénitiennes » obéissaient à Venise , aima que la Grète ^ Négrepont , partie de TAttique, de TÉpire et de TËtolie. Il n'y avait plus de revenus y plus de domaines ni pour Tempire » ni poiu* Tempereur. Le territoire des Grecs était borné sti*ictement à Tenceinte de leur capitale , et le sultan ne leur permettait pas même d'en réparer ou d'en agrandir les ouvrages de défense. Alors, tandis que tout était perdu sans retom* , et que l'énergie de lem^ ancêtres n'aurait peut-être pas suffi pour les sauver , les misérables habitants de Coastantinople s'occupaient de ^controverse : ils se disputaient y s'égo^
gaient entre eux , et , dans leur funeste dëlire , ils s'accordaient tous à implorer le joug des Turcs comme une grâce, si les Latins exigaient la réunion des éjglises pour prix de leurs secours
Ces tristes ann^s étaient les dernières du qua torzième siècle et précédaient de bien peu la chute définitive de l'empire grec ^*.
Tel était l'état politique de l'Europe pendant cette période de trois siècles. Mai^tenanf que nous en avons fini avec les faits, recherchons avec plus de soin et de sollicitude encore quel était son état religieux et social , son état moral et matériel , car c'est là la partie importa^ite de notre qeuvre.
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