‹ Histoire des progrès de la civilisation en Europe depuis l'ère chrétienne jusqu'au XIXe siècle (volume 3)Chapitre 6 sur 44 · CHAPITRE CINQUIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE CINQUIÈME

« La civilisation chrëtienne , nous ont dit quelques critiques, fait beaucoup de pas en arrière, et ceux qu'elle fait en ayant sont bien peu sûrs ; si Dieu la guidait en eflfet et que la religion fut la base de cette marche ascendante , elle irait au but d'un pas plus uniforme, plus prompt et plus assuré, semblable en cela à Tordre gënëral et sublime de Tunivers... »

Les raisons se pressent en foule pour répondre à cette objection qui n'est spécieuse qu'au premier aperçu. Et d'abord , ayant d'en venir à la civilisation née du christianisme, voyons quel spectacle nous offrent les nations anciennes : une marche complètement rétrogade, si ce n'est du côté des lumières , au moins du côté des mœm^s et de la religion. Avant l'ère chrétienne, l'humanité allait s'enfonçant de plus en plus dans les ténèbres du polythéisme et dans les excès des

passions ; quelques lueurs de vérité semblent ëclairer le berceau des peuples; mais à mesure quMIs grandissent et marchent dans toutes les yoies de la civilisation , ils reculent , comme par une loi fatale, dans la recherche des questions religieuses. L'Egypte ëtait plus grossièrement idolâtre aux temps d'Alexandre que sous les plus anciens de ses Pharaons; les habitants de la Perse et de la haute Asie avaient perdu le peu de notions saines et ëlevéés qui se trouvaient dans la religion de Zoroastre ; les Grecs qui vivaient au siècle de Périclès ou BVh siècle de Plutarque avaient des doctrines religieuses beaucoup moins pures que celles d'Orphëe et de ses contemporains; la Rome d*Hëliogabale professait un pol)i;hëisme plus extravagant que la Rome de Numa Pompilius. Même observation pour les mœurs : l'espèce humaine était incomparablement plus corrompue sous les empereurs que dans les premiers siècles historiques.

Cette marche rétrograde de Thumanitë y en matière de religion et de morale » est une des preuves qui montrent le mieux combien la révélation chrétienne était nécessaire ^ .

Mettons-nous , pour un instant , sur le terrain de la théologie que nous avons évité jusqu'ici, mais qu'il eût été peut-être mieux d'aborder fran-

chemeat » et voyons les livres saints en regard des fait8. Que nous disenNils? Que rhumamté dëchue par le péché du presoier homme ne sera réconoUiëe avec son Dieu et réhabilitée que par la venue du Christ sur la terre et la moit <piftl a soufferte pour nou9| que la loi du progrès s'aooûmplira dfitiM toute sdO étendue depuis cette en de régénërotion*.. Dieu n'en a limité ni la dunée, ni Tuniformité^ car c'eût été détruii^ la liberté de rbonune , base pi*emière de la vraie religion ; do* minant seulement les grandes phases de k vie de cette hnmàaité régénérée , il a permis à chaque génération de venir poser sa pierre à Tédifioe de la eivilisation'cbrétienne, etune marche complet tment rétrograde est désomsaie in^iossibleen &it, cottime elle est impossible en la considérant aous le point de vue théologique^ Ainsi ^ aaalgvé les passions humaines > le monde n'en marohe pas moins d'un pas continu, mais knft et pNaQ[ue inappréciable, à sa destinée finale 2.

Maintenant rentrons dans nos étadea spéetalcs et voyons la marche de TEgKse et la part qn*éUe a prise 9 dans les doncième, treiinènie et qoator^ zième siècles , au grand couvre de la régënâraCion religieuse et sociale*

Lorsque les barbares , vainqueurs dans l'Orient, eurent envahi l'Europe, l'Eglise essaya de renouer

a?ee hmê ahofii les i«ktfoti5 qu^lto ttVAlt Mi€9 avec les deMiçn en^ereurs ralnaioi «t d'<|xercèt ftur eux la même inflnen» qu'elle avilit exero^ sur Tfaéôdosa. G^t là le ttavâil politique déê otnquîèHie et eixîème siàole» ; mab par cet edêat elle rïi»miBça telleineat dam lémeiMdyrâ qu'ail* devint dle*tBêiae barbare, et il ^teft difficile qu'il en fût autreMBeat » oar d'une pai^ lea barbaMe entraient datia le$ ovd^ea, f| de l'autre les préireé pi^enaiedt la ootle de maillca et la masse d^'aniMii A cette époque ) eependant, le principe de sëpa^ ration de^ pottiroiva B{^ituiria et lempiM^ sa faiisit aperaevote*; lIÈgliie) qUi avait redA^ûlé nette adparatipai la vil amver «ans peitiii pour te sDiuferaire fiuv riolenmi de pes nouveaux alliA <|u'dle ne pouvait complètement rtfgiiv

Glierlfimagne evak rakyié la puissanne dt V& glise qui servait ata desseins gigantaeques» maia à sa mort l'empire croula et la papauté survécut^; elle avait aidé à k puissance du grand empereur; cette puissance fut sen héritage ^ car cet liérïtage ^eseule pouvait le prendiHB. Bientôt après grandit ta féodidité avec laquelle tout devient local et partiel malgré les efforts du clergé pour rendre à ia sod^étté cette unité qui lui donnait un pouvoir réel } la discipline même en souffrit , le désordre dqp préu^s 'était si grand que le peuple le vit et

le . condamna. Il ne voyait pas son propre état, sa propre immoralité, celle de ses prêtres le blessait,.. Gr^oire Vil parvint le premier à reconstruire l'Eglise et à refaire son pouvoir; il travailla à une œuvre immense «t son gënie fit beaucoup pour le monde en rétablissant la tbëocratie et l*unitë. Mais un autre élément se &isait sentir alors dans la société européenne , édairée par les lointains pèlerinages des peuples et les travaux monastiques ; des idées de liberté germaient partout et la raison individuelle réclamait» par Forg^ne d'Ërigène , de Roscelin et d'Âbélard, précurseurs de Luther et de Calvin. C'est là le vrai caractère des époques dont nous avons déjà parcouru rhistoire et de ceUe que nous allons parcourir. La lutte du pouvoir spirituel contre le pouvoir temporel, contre la féodalité mourante et la science qui renaît, la science raisonneuse qui a le sentiment de ses forces et veut les essayer ; tel est le fond de Thistoire ecclésiastique du onzième au quatorzième siècle, et partout se découvre ce fait. Le pouvoir de TEglise eût été seulement bienfaisant sans les passions humaines; la puissance papale , considérée comme unité dans des siècles de désordre, d'ignorance et d'individualité dissolvante , eût constamment été le meilleur guide , le plus fort soutien de la société européenne, si

un esprit de domination despotique et souvent mesquine et tracassière n'était parfois venu dé* truire ses bons effets , si la nature humaine n^était Tenue se mêler à ce qu'apportait d'excellent et de sublime sa divine mission. Ainsi , dans le tableau qui va se dérouler^ nous resterons dans le vrai si nous donnons ]e bon grain au vicaire du Christ et à l'homme l'ivraie; k l'homme le despotisme» le fanatique entêtement, les haines anti^cbrëtiennes; au successeur des apôtresi l'unité^ l'amour^ la charitë , le pouvoir paternel 9 la science , la civilisation. •• Après cet aperçu des temps écoulés , nous devrions parcourir les incidents les plus re* marquables de Thistoire ecclésiastique du douzième au quinzième siècle , mais les grands évé^ nements de TÉglise , les collisions funestes de la tiare et du pouvoir impérial nous ayant déjà occupés dans l'histoire partielle des divers états européens ', nous nous contenterons de peindre Tesprit de cette époque dont nos lecteurs retrouveront avec plaisir les particularités pleines d'intérêt dans Fleurjr, Beraut-Bercastel et les écrivains contemporains.

La longue querelle des investitures avait été à peu près terminée par Grégoire "VU <, ou du moins était oubliée , avec tant d*autres , pour la grande idée des croisades qui absorbait tout.

MoM »v6n9 TU l*fitiropB chrfti^ne se lever en nasM poar porter en ÀiHqne et en Aisie une ^erre<|ue^ dans la période prëoédente, le maho* mbetisme avait portëe en Europe . A la suitB de eeMe lutte amimëe^ eherftleraflqiie ^ dmiMtiqiie > ^i Èé pMloBgB pendant plaMcmm siéela», le dirlstiaaisae^ trien^dttnt, ae propage dans le Smi el FOrient dn monde) à lYloaMteiit ttiéme il eipuba les Afamres et ràgBe ^pMoqne exekttivement en Burope« Mm eas ilBBtinrfiw eaténmvet, et en qudqae sorte AMtërieUes^ août pen de <eboie eomparees ami destmeas iatërienreft qui foraMQt rhittoire veligiettae tie ces ibms «ièQkis«

Crrëgoîm VU avait oiivett la voie à k aaprafsalie ponUfioale et rende plus &ctle le goufe]v nettievt Je i'Ei^ise. Se» Buoeenenrs , «odes par celte mwe ii\ni liMiQie'de génie etfAus encore |s0at«4âln par les rooisade», eonservèrent et aotÉmtmH la puiaeanoe itempar^e et spirituelle \ ils firent rentrer tam leur suprématie les patriarcats de Jérusalem et d'AortMciie, et eesserrèrent les liens de la kiérardiie. Les croisades lewr «dcmnèrent des prétextes pour éloigner les raopereiftrs cA ÊàWt diversion awfc entreprises de oes princes eomtae le pouvw temporel 4u Saint-Siège. Direotam*^ suprêmes des eic|>éditions dWtre-miur , . Isa sottimakis poatiles m trovuràreut placés à la

tète dé la oonfiMldraUon chrdtiennf^, et lcftgn(^rrt^M religieuses créèrent des principeutës nouvelles dont ile devinrent les suzerains. Las désordres étaient grands et universels : la querella des peuples contre leurs seigneurs et leurs rois » pendant l'àbsenM èssquets ils s'étaient habitués h vivM et è respirer plus librement ^ était européenne. Les papes s'opposaient à ces désoixlres^ ils onlmaieht ilrritMkm fénérale et furent sou vont forcés de s^ttttritmer la puissance temporelle pour pnrvenit* à ce but ; ce qu'en reproche souvent à leur sm^ bition n^ost que to résultat fbrcé de leui* position et de la mission eonciliatrioe qulls avaient h oQSur d'ftceomplir. lient puissahc^f, élevée & be degré I devint l'objet de Tenvif), de k oabmnfe et de Pintrigue; aussi vît-on fréqiramment dans le dousième siècle des antipapes ^ protégés par des souverains qtiHls protégeaient plus tard , causer éM schismes 9 lancer les fbudres de rËglise sur les fidèles et Faire de tout ce quHl y a de saint €t de sacré un n^rche^ted k leur ambition sacrilège. Il fallait , pour dominer et réduire au silence tant de basses passions , tant d'éléments do trouble I un génie puissant comme l'avait élé celui do Grégoif*e Vit. Innocent III montait alors sur le siège pontifical^ et ce que l'Église avait rêvé fut accompli. Comme cette grande

figure domine tout le siècle qu'il avait inauguré, on nous pardonnera quelques-uns de ces détails dont nous sommes d'ordinaire et forcément si avares... Gracieux et bienveillant dans ses manières, doué d'une beauté physique peu commime, plein de confiance et de tendresse dans ses amitiés , généreux à Texcès dans ses aumônes et ses fondations , orateur éloquent et fécond, écrivain ascétique et savant, poète même, comme le démontre cette belle prose : F^eni sancte SpirituSj et cette sublime élégie : Stabat McUer^ dont il fut Fauteur ; grand et profond jurisconsulte, comme il convenait de Tétre au juge en dernier ressort de toute la chrétienté ; protecteur zélé des sciences et des études religieuses, veillant avec sévérité au maintien des lois de FEglise et de sa discipline ; il avait ainsi toutes les qualités qui eussent pu illustrer sa mémoire ^ s'il avait été chargé du gouvernement de TEglise dans une époque paisible et facile, ou si le gouvernement s'était alors borné au soin des choses spirituelles. Mais une autre mission lui était réservée; avant de monter sur le trône sacerdotal , il avait compris et même publié dans ses œuvres le but et la destinée du pontificat suprême , non pas seulement pour le salut des âmes et la conservation de la vérité catholique , mais pour le bon gouver-

nement de la sooiëtë chrétienne. Toutefois , plein de défiance en luî-méme , à peine est-il élu (Ju'il demande avec instance, à tous les prêtres de Tûniyers catholique , des prières spéciales pour que Dieu réclaire et le fortifie , et Dieu exauce cette prière unÎYerselle en lui donnant la force de poursuivre et d'accomplir la grande œuvre de Grégoire Vlï. Jeune encore, et pendant qu'il étudiait à l'Université de Paris , il avait été en pèlerinage à Gantorbéry et avait puisé auprès des reliques de Farchevéque-martjnr un vif désir de voir TËglise libre. Mais en défendant cette liberté suprême, la constitution de UEurope, à cette époque, lui conférait la glorieuse fonction de veiller en même temps à tous les intérêts des peuples, au maintien de tous leurs droits, à l'accomplissement de tous leurs devoirs. Il fut, pendant son règne de dix -huit années, à la hauteur de cette colossale mission ; quoique sans cesse menacé et attaqué par ses propres sujets, les turbulents habitants de Rome , il planait sur rÉglise et le monde chrétien avec une sollicitude permanente et minutieuse, portant partout un regard de père et de juge. De Tlrlande à la Sicile, du Portugal jusqu'en Arménie , pas une loi de rÉglise n'est transgressée qu'il ne la relève ,

pas une injure n'est infligée au faible qu*il. n'en IV. 9

demande réparfition, pas une garantie légitime n'e«t attaquée qu'il ne la protège. Pour lui, la chrétienté tout entière n'était qu'une majestueuse unité , qu'un seul royaume sans frontières intérieures, sans distinctioa de races, dont il était le défenseur au dehors et le juge inébranlable 8(U dedans.

11 ramèmç à cette unité catholique, par la seule foroe de la persuasion et l'autorité de son grand çaf^ctère, les royaumes les plus éloignés , comme TArménie et la Bulgarie, qui , victorieuses des armées latine , n'hésitent pas à s'incliner devant la seule parole d'Inuocent. A un zèle exalté» in&tigable pour la vérité , il savait joindre la plus haute tolérance pour les personnes ; il protégeait Iw Juifs contre les exactions de leurs princes et les aveugles fureurs de leurs concitoyens, comme les vivtnts témoins de la vérité chrétienne. Il correspondait mâme avee les princes musulmans, dms Tiatérét de la paix et de leur salut; tout en luttant avec constance contre les innombrables héréiies qui éclataient dès lors et menaçaient les fondements de tout Tordre social et moral de FuBivers, il ne cessait de prêcher aux catholiques vainqueurs et irrités^ aux évéques méme^ la modération et la clémence, 11 chercha long* temps k réunir VÈgVi/ie séparée d'Orient à celle

d'Occident par des voies de douceur et de conciliation j et lorsque le succès inespërd de la quatrième croisade , en renversant l'empire de Byzance^ eut soumis de force à son autorité cette moitié égarée du monde chrétien, et doublé ainsi sa puissance , il recommande la douceur envers rÉglise vaincue y et loin d'exprimer un seul sentiment de joie ou d^orgueil en apprenant cette conquête, il refuse de s'associer à la gloire et au triomphe des vainqueurs ; il repousse toutes leurs excmeSj tous leurs prétextes religieux , parce qu'ils avaient méconnu dans leur entreprise les lois de la justice et oublié le tombeau du Christ! C'est que pour lui la religion et la justice étaient tout; qu'aucune acception de personnes , aucun obstacle y aucun échec ne pouvait en diminuer ni en arrêter le cours. Doux et miséricordieux envers les faibles et les vaincus, inflexible pouf les puissants et les orgueilleux , il défend la sainteté du lien conjugal contre Philippe- Auguste et protège les orphelins royaux; il ofEre un asile au pied de son trdne au vieux Raymond ^ comte de Toulouse y Tancien et opiniâtre ennemi du catholicisme; il plaide sa cause contre les Croisa . victorieux et assigne à son fils deux grandes provinces ^ pour que le fils innocent du coupable

déponiUtf ne soit pas sans patrimoine. Gomment

dres chrëtiens: les Dominicains » les Franciscains et les Carmes. Grégoire IX continua la lutte d^Honorius contre Frëdëric. Octogénaire au moment où il ceignit la tiare , il montra pendant quinze ans de règne la plus indomptable énergie ^ comme s'il avait rajeuni en devenant dépositaire de cette puissance déléguée par rËtcrnel. Àmi de la vraie science , il fonda l'université de Toulouse et aida saint Louis à rétablir celle de Paris. Presque centenaire, vaincu et abandonné des siens, assiégé dans Rome par Frédéric ligué contre lui avec les Romains eux-mêmes , il retrouva dans ce moment terrible et au sein de la faiblesse humaine y cette force qui n'appartient qu'aux clioaes divines : il fait tirer les reliques des saints apôtres, les promène en procession à travers la ville, et demande aux Romains s'ils veulent voir périr ce sacré dépôt qu'il ne peut plus défendre sans eux : aussitôt ils jurent de mourir pour lui ; l'empereur est repoussé et l'Ëglisc délivrée.

Après lui, Innocent lY, jusqu'à son élection ami et paitisan de Frédéric , à peine élu sacrifie ses liaisons antérieures à l'auguste mission qui lui est confiée et à cette admirable \:nité de vues qui avait pénétré tous ses prédécesseurs depuis deux siècles. Poursuivi et menaces enfemé entre les serres impériales qui , du nord

— m — et dû midi , et d^Àllemagne et de Sicile , font poiir lui de Rome une prison , il faut bien qu'il is^^chappe: où trouvera-t'il un asile? Tous les rèiff, même saint Louis , lé lui refusent ; mais heureusement Lyon est libre et n'appartient qii^à un archevêque indépendant. Innocent y t'àsseinhlë autour de lui en concile général tous lès evéqùës qui peuvent échapper au tyran , et ses frérès lés cardinaux ; îl donne à céiix-ci le chapeau rouge pour lettf tdttiitrèr qu*îls doivent toujours étfé prêts à ter âëî^ léiir sang pour l'Église : el puis , du sein de ce trîhunai suprême que Frëdéric avait lui-même inVoquë et reconnu , et devant lequel ses avocats vinrent plaider solennellement sa cause , le pontife fugitif fulmine , cohtre le plus puisant souverain du monde ^ là sentence de dëpositloh , comme oppresseur de la liberté religieuse , spoliateur de l^Égli^ , hër^tîque et tyran.

La même lutte se continue entre les héritiers de Frëdérîc et Alexandre IV. Elle se continue encore sous tJrbain IV, ce fils de cordonnier, qui , loin de rougir de son origine , fit peindre sur les vitraux de Troyès son père exerçant son métier, et qui , inébranlable au milieu des plus grands dangers , meurt sans savoir où reposer sa tête , mais en léguant à l'église la protection du firére

de saint Louis et une royauté française dans la

Sicile.

n ne faut pas oublier que pendant que ces grands pontifes livraient cette guerre à outrance , loin d'être absorbes par elle , ils donnaient à lorganisation intérieure de TEglise et de la société tous les soins qu'auraient pu comporter un état de paix profonde. Ils continuaient Fun après l'autre avec une invincible persévérance l'œuvre gigantesque dont ils étaient chargés depuis la chute de l'empire romain , l'œuvre de mouler et de pétrir tous les divers éléments de ces races germa— niques et septentrionales qui avaient conquis et ravivé l'Europe, d'y distinguer tout ce qui était bon , pur et salutaire pour le sanctifier et le civiliser , et de rejeter tout ce qui était vraiment barbare. En même temps et avec la même constance f ils propageaient la science et les études; ils les mettaient à Ièi portée de tous; ils consacraient l'égalité actuelle de la race hu-^ maine, en appelant aux plus hautes dignités de l'Eglise des hommes nés dans les dernières classes , pour peu qu'ils eussent la vertu et le savoir ; ils élaboraient et promulguaient le magnifique ensemble de la législation ecclésiastique j et enracinaient cette juridiction cléricale dont les bienfaits étaieo ^ d'autant mieux senUs , que seule

alors elle né connaissait ni la torture, ni aucune peine cruelle , et que seule elle ne faiàait aucune acception de personnes parmi les Ghrëtiens.

Assurément, dans le sein de TEglise qui avait de pareils chefs, bien des misères humaines se trouvaient mélëes à tant de grandeur et de sain* tetë : il en sera toujours ainsi tant que les choses divines seront déposées entre les mains des hom« mes ; mais on peut , ce nous semble , douter si à aucune autre époque il y en eut moins , et si jamais les droits de Dieu et ceux de Thumanité furent défendus avec un plus noble courage et par de plus illustres champions s.

La fin du treizième siècle ne fut pas aussi glorieuse pour Rome et le Saint-Siège : Boniface VIII avait bien hérité du despotisme hardi de Grégoire VII et dlnnocent III , mais outre que les dispositions des souverains et des peuples lui étaient moins favorables ; - il ne possédait pas comme ses - illustres devanciers une réputation sans tache. Il était soupçonné d'avoir obtenu par la fraude l'abdication de son prédécesseur Gélestin V^ et la dureté avec laquelle il traita par la suite ce digne pontife semble justifier ce reproche» Boniface Vni avait institué le jubilé , et le 1/* janvier lâOO il j parut faisant porter devant lui

deux épéesj emblèmes de sa domination spirituelle

et temporelle ^.

. Nous avons vu ailleurs le rëcit de la longue et scandaleuse querelle de ce pontife avec Philîppele-Bel 9 nous n^y reviendrons pas ; le quatordème siècle appelle notre attention d'une manière plus pressante* Ce siècle vit en effet des événements et des intérêts nouveaux ^ une politique nouvelle. Les homs de Guelfe et de Gibelin remplissent les longues pages de ses annales. La translation du siège pontifical à Avignon et le grand schisme d'Occident ne donnèrent pas moins d'intérêt à Cette période de Thistoire de TEglise. Nous avons déjà raconté les Sanglantes divisions entre les partisans des papes et les partisans non moins fanatiques des empereurs ^ nous parlerons brièvement de deux antres événements pour ne pas prolonger outre mesure un simple résumé»

Après la mort violente et déplorable de Boniface VIII et lapostolat de son successeur Benoit XI, le plus doux des hommes y Tbabileté du parti français fixa Tindécision du condare. L^ai^ chevâque de Bordeaux fut éitt sous le nom de Clément Y; mais ce pontife avait promis de résider en France j et les cardinaux durent Vy Suivre. Ap^ès avoir essayé successivement des résidences dt Poitou et de la Gascogne , Clé-

ment Y s'établit à Avignon ^ qui a ëftë près dé quatre-vingts ans la métropole de la chrëtientë. Avignon est située dans la plus, belle plaine dé France ; la seule peut-4tre qui puisse rivaliser ritalie ; le pape et les <)ardinaux y bâtirent des palais et les trésors de TÉgiise y attirèrent bientôt les arts du luxe. A Tombre de la mdnarobia française, et au milieu d'un peuple obéissant ^ leè papes trouvèrent une existence tranquille et digne; mais 1 Italie déplorait leur absence^ et Rotne> solitaire et pauvre^ se repentit bientôt de cet indomptable esprit de liberté qui avait ohassé da Vatican le successeur de saint Pierre. Les Ro-^ mains ne nomment det abandon que là captivité de Babylone ^ Fopprôbre du siège apostolique et le scandale du monde chrétien ^j.i

Lorsque le sacré Collège eut perdu ses viebK membres , il se remplit de cardinaux français qui perpétuèrent une suite de papes pris dans la na^ tion et attachés à leur patrie par des liens indis«* solubles *4

Pendant ce temps des légats apostoliques, rési'dant à Pérouse^ gouvernaient les États de TËglise, mais n'exerçaient sur la capitale du monde chré^ tien qu'une autorité indirecte* Rome avait conservé quelques institutions républicaines, et des magistrats élus par leé citoyens ^> tek qu'un géntf-

teur annuel , des capitaines du peuple et le conseil municipal des Caporiùni; elle flottait entre rdigarchie et la démocratie , entre les Gibelins et les Guelfes. Du milieu de cette anarchie et des derniers rangs du peuple sortit un tribun audacieux qui prétendit faire revivre l'ancienne république et rendre aux Romains Tempire du monde chrétien- Nicolas de Rienzi s'empare du gouvernement de Rome et annonce le rétablissement de la république , sous le nom de Bon État ; il en fait jui*er l'observation aux nobles romains et en propose l'adoption aux villes d'Italie et aux princes de la chrétienté. Il ose citer à son tribunal le pape Clément YI, l'empereur Charles IV ^ la reine Jeanne de Naples, etc.^ et s'érige en médiateur des rois. Mais, arrivé au comble du pouvoir, le tribun se rend odieux à tous les partis ; aux grands , par son inflexible rigueur; au peuple, par une vanité puérile. Au moment du danger il s'évade du Gapitole et se réfugie en Hongrie , puis à la cour de Tempereur. Charles IV le livre au pape, qui le fait enfermer dans les prisons d'Avignon.

Après la fuite de Rienzi^ les Romains s*étaient laissés séduire par d'autres démagogues ; le pape Innocent VI entreprend de les ramener par Fin-

fluence du proscrit qui avait été leur idoles et renvoie Rienzi en Italie avec le lëgat Albomoz. Le peuple reçoit avec enthousiasme le tribun du Bon État et le massacre bientôt après, à Tinstigadon des Colonnes. Âlbornoz , habile général et grand politique , comprime les factions , réduit les vassaux et les villes rebelles de la Romagne , et, parle rétablissement de la puissance pontificale, aplanit la voie au retour des papes, qui eut lieu en 1377 ^

Pétrarque ne fut pas étranger à cette nouvelle translatioli : le grand poète , après avoir rêvé long-temps en vain le rétablissement de la liberté et celui de Tempire , entreprit de réconcilier le pasteur et le troupeau et de ramener l'évéque de Rome dans sa primitive église. Son zèle sur ce point ne se ralentit jamais ; on le vit dans son âge mûr, comme dans la ferveur de la jeunesse, adresser successivement ses exhortations à cinq papes , et son éloquence fut toujours animée du sentiment d'une noble liberté ^^. De ces cinq pontifes , les trois premiers , Jean XXII , Benoît XII et Clément YI, ne virent dans cette hardiesse qu'une importunité , un rêve de poète ; mais enfin Urbain Y tenta ce changement qu'acheva Grégoire XL Ils rencontrèrent des obstades puissants} le roi de France ne voulait pomt

àdTranehir les papes de la d<!pendance où les tenait leur séjour dans le centre de ses états. La plupart des cardinaux étaient Français, l'Italie leur paraissait une terre ennemie et ils s'embarquèrent à Marseille avec autant de répugnance que sHb eussent été bannis en terre iuQdèle.

Après la mort de ûrégoire XI , douze cardinaux français, formant les deux tiers du suffrage, se trouvaient maîtres de Téleotion ; mais les Romains 9 naturellement portés à la licence et à la sédition, craignant une seconde émigration, se réonirent au nombre de trente mille, environnèrent le conclave et Fintimidèrent par leurs cris. Les cloches du Capitole et de Saint-Pierre sonnèrent le tocsin ; la mort ou un pape italien e'toit k on t^iversel. . .

De cette collision funeste sortit un schisme qui divisa TEurope chrétienne : deux papes furent élus. La France, la Savoie, la Sicile^ Tile de Chypre, TAragon, la Castille, la Navarre et rÉcosse se rangèrent du parti de Clément VU, et après sa mort de celui de Benoît XIIL Rome et ritalie, l'Allemagne, le Portugal, l'Angleterre, les Pays-Bas et les royaumes du Nord adhérèrent à l'élection d'Urbain VI» qui eut pour successeurs Boniface IX , Innocent VU et Grégoire XII. Des borda du Tibre et des rives du Rhône les deux

papes se combattirent avec la plume et Fëpëej 1 ordre de la sociëtë fut troublé et les Romains souffrirent une bonne partie de ces maux. Les affaires du sobisme j les armes étrikn||ères et des émeutes populaires remplirent la seconde moitié du quatorzième siècle, qui ne les vit pas finir ^^

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GHAPITBE SIXIÈME.

Les hërësies de cette ëpoque sont nombreuses et \ivacesy et leur histoire est pleine d'intërét.

Le manichéisme dégénère avait produit, à la fin du onzième siècle, une foule de sectes qui n'avaient de commun que leur but , la réformation de la religion catholique^ mais qui différaient toutes dans les moyens. Les deux plus importantes du douzième siècle furent celles des Albigeois et des Yaudois, qui elles-mêmes sont multiples et subdivisées; tant il est vrai que lorsqu'on s'écarte de Tunité , de la vérité , l'esprit s'égare dans d'innombrables routes qui toutes conduisent à un précipice. Si la vérité est une , Terreur est infinie, et c'est là une des meilleures explications des innombrables aberrations de Tesprit humain qu'ont fait naître famour de la nouveauté , l'orgueil et peut«élre aussi les fautes des serviteurs de Die u.

Que disent, en effet, les écrivains ecçlësîajstiques de cette ëpo(]ue? Que maigre les efforts des conciles et des pontifes pour rétablir la discipline et les études sérieuses, Tignorance et le désordre des mœurs étaient extrêmes , en France, surtout; que les fonctions sacerdotales étaient exercées sans science et sans moralité;' que Fusure était commune ; que dans beaucoup d'églises tout était yénal^ sacrements et bénéfices; que les clercs, les prêtres, les chanoines, se mariaient publiquement, etc.^

Les néomanichéens , qui conservaient contre le clergé une haine implacable et un désir ardent dese venger desriguem^squ'onavaitexercées contre eux j profitèrent des dispositions de l'opinion publique pour attaquer les sacrements, les cérémonies de TEglise, les prérogatives du clergé^ et se livrer à des violences coupables qui justifiaient en quelque sorte les rigueurs dont ils se plaignaient. Le peuple du Languedoc, ardent autant quHgnorant et enthousiaste, prêta facilement Toreille aux insinuations des sectaires et passa du mépris des hommes chargés du saint ministère au mépris des choses divines \

Les souverains pontifes envoyèrent des légats dans le midi de la France pour an'éter le progrès de cette erreur. Saint Bernard y alla aussi j il fit IV. 10

tèkucôiip de ôôh vér^îdnâ , niais il rie communiqua point ail clei'gé du Languedoc ses lumières , son zèle conciliant, et après soii départ Thérésiè reprit de riôiivèlles forcés.

iJh synode réuni k Lomnérs , près d^Alby , condamna les dissidents en 1165; dix ans plus tara, les rois de France et d Angleterre , qui se partagéaierit a cèltè époque la terre de France, s^enteridîreht sur lé înôjên de les extirper \ de nouvelles rîgueurâ firé'ûl de liôiivèâùx sectaires, comme cela arrive toujours. La plus grande partie se trouvait sur le territoire d^Alby, et dès lors le nom "général d.'All)îgé6îs leur tut donné. On réîuû, leurs 6'pînîohs dâ'iis "plusieurs ouvrages de côVitrôVérlsé ; ils furent cûnaamnés au concile de Làtran; l'febb^ de Clairvaux dirigea contre eux ùnè 'croisade , rîeri 3ft€ jpùl lés détruire. Nous avons vu àîlieurs Icfe cômlMâts qu'ils eurent à soutenir *, VècHercliô*às èû <]fuèïques ïû'ôts quelle étaîl leur foi. ïl parait, ^ eh croire tjliâssanioh , IW des îiistoriéiïs dés Albigeois, que celte foi se basait sur le principe qù u faut se borner à croire ce qui est enseigné dans les saintes Ecritures, qu'il faut fuir les cérémonies d'un culte pompeux , se séparei^ de Èûhylone corrompue et des Toups qui la gouvernent. D'après Bossuet, les Albigeois sont de vrais manichéens; d'après l^Iuquet, d'Ai^gentré» le père*

Lànglois et quelles autres 9 lefut ûiVinichéittme ûU contràlire h*ét&it pas celui de Manès^ il supposait que Dîeii avait produit Lucifer avec les anges, que Lucifer sMlait rërolté contre Dieu , qu'il avait été chasftié dû ciel et qu*îl <talt venu rëgner sur le mondift visible. Dieu > pour rétablir Tordre , avaSt produit un second fils qui était I^ius«GtrfA.%. Au milieu de tout cela point de coi'ps de doctrine, poiiït de science, de système arrêté; aussi la durée de cette hérésie n'estnelle due qu*k la ^rsécution ; si elle fût née dans uh siècle où il fût possible de la mépriser, sa vie eût été d'un jour.

Les Yaudois au contraire formèKUt tine ^ooiftmunaxAé nombreuse et puissante qui M «Mintint, sans valoir mieut cependant, tpMÊi lia atrtns croulaient autour d'elle , et préciaërnent fmne qu'elle formait corps et aveit vie el umvk

Kene de Vend (PMras Yaiém) nttaçui jrvec énergie iea abus de rÉgKse vera 1170. G'^étufc on conamer^airi; de Lytm qtâ , exalté perla iMit i&6pinée d'un de ses %tnh cpii vînt tomber à «sa pieis eomeoie frappé par le foudre , ae eewceMIni em bàmêÊÊt^ médita rar les voiet inoowwpvablai de la PnMdenee. Ses réHexiena le portèrant iasaaBi- Meataentpl^Bloki. Ilï^p^li<|tta kiaéditar la BiUt, VeatMire dVm f^t ooii^n^ dimditewi^ laven

expliqua le texte et en interpréta le sens. Sa réputation s'agrandît ; le zèle de ses disciples s'échauffa, et plusieurs d'entre eux allèrent au loin enseigner la nouvelle doctrine. Voici quels en étaient les principaux points : les décisions de l'Église , en matière de foi , ne sont d'aucune autorité ; la fiible seule peut décider. Le sacrifice de la messe^ l'adoration des saints, le trafic des indulgences, ne peuvent être tolérés. Le chrétien doit être pauvre , caries biens de ce monde l'éloignent de l'amour de son Dieu. Les cérémonies sont inutiles , ne font qu'embrouiller le culte , et les prêtres ne sauraient avoir le privilège d'admijiistrer les sacrements.

Chassés du territoire de Lyon , qu'ils troublaient par leurs prédications , les Yaudois se retirèrent dans la Picardie ainsi qu'en Lorraine , en Alsace et en Languedoc. Louis VU envoya des missionnaires qui prêchèrent sans succès contre des erreurs déjà enracinées.' Philippe-Auguste fit raser les maisons où ils s'assemblaient; ils opposèrent la force à la force , mais ils furent vaincus et sept mille d'entre eux furent passés au fil de l'épée. D'autres , et c'est le plus grand nombre , furent atteints par ces terribles croisades dirigées contre les Albigeois; ces pei^écutions , loin de les détruire , augmentaient le nombre dçs hérétî—

ques j ils se répandirent en Bohême j en Suisse 9 en Savoie , dans toute PÂllemàgne et furent jusqu'en Italie braver la puissance papale.

Cette puissance eût peut-être mieux fait 9 non de tolérer, mais d'employer tous ses efforts à absorber ces communautés dissidentes, presque toutes empreintes d'un esprit de mysticisme entraîné hors des voies de la vérité par l'exaltation ; de renouveler dans toute la chrétienté cette charité, cette simplicité , cet amour de Dieu , cette pureté de mœurs et cette foi naïve qui avaient

fait la gloire des premiers temps de TËglise

Elle préféra les rigueurs et créa Tinquisition.

Quelques historiens font remonter l'inquisition au concile de Vérone en 1184 *, d'autres en 120ft, d'autres au concile de Latran en 1215, et à celui de Toulouse en 1229. Ce qui est certain , c'est qu'en 1233 Grégoire IX nomma en Languedoc deux dominicains inquisiteurs. Avant cette époque , en 1208 , la France et l'Ëispagne en virent les premiers germes pendant le règne de Phîhppe II , qui employait à les activer toute la force de son esprit violent et haineux. Nous verrons bientôt cette institution anti-chrétienne franchir les Alpes et les Pyrénées , exercer partout une autorité sans bornes et faire trembler les peuples et les rois.

heA fiouttiquea Attogecis ont été l'oI\|et d'une pitié gënàrale qu'ils eussent été loin d^nspirer sans ces odieuses persécutions. Gomment en effet ne pas être ému de pitié en lisant dans les binaires du temps, que des milliers de sectaires égarés furent condamnés à mourir dans les flammes pour le triomphe d'une religion à laquelle son divin fondateur avait surtout imprimé un caractère de douceur» d'amour et de miséricorde l

Sous le pontificat de Grégoire IX i au milieu du trei;sième siècle > Finquisition , jusque là sans rè« glas fixes , fut érigée en tribunal. Les moines dominicains et franciscains furent choisis de préférence comme juges et familiers. Pendant que les inquisiteurs poursuivaient les hérésies en France et en Italie , les légats des papes assemblaient des conciles à Toulouse et à Bésiers dans lesquels ou prenait ou Fon renouvelait les mesures décrétées à Vérone et ailleurs» en y ajoutant de nouveaux moyens de rigueur. Ces nouvelles mesures portaient en substance :

<i Que tous les habitantSi depuis l'Age de qua« torze ans pour les hommes et oelui de douze pour les femmes » promettraient avec serment de pour* wivre les hérétiques ; et que , a'ila s^y refusaient^ ils seraient traités eux-mêmes comme suspects d'hérésie ;

<t Que cepjç (jui ne se pré^^ntcraiçnt pM prffilièrement trois fois par %n au tribunal de 1^ p^pir tencp , seraient é|alemeBt traité^ PQPfigjg gp^p^fij^ d'h^rësie ;

« Que toute yille pi; il sprfiit trojjy^ fjç? Ij^ï^ tiques paierait un marc d'argent pour chaçi)Q| ^ celui qui les aurait dénonces et fpi|; ffffé^ef }

« Que tout^s les maisons qui ajiira^^^l; |9)^ d'asile aux hérétiques seraient rayées j

« Que toutes le9 propriété^ des li^évétiqn^i ^% de leurs complices seraien); saisies , jça^ que l<çur9 enfants pussent avoir le droit ^'^^ T^sUwf ^ moindre parjbie ;

€ Que l^s hérétiques converti^ yo^Qntaîrçpent ne poun^^ient icontinuer d'habiter le méyiç MJ?}

« Qu'ils ser^iept ten^s de port^ si;ir l^eujnp habits deux croi^ iaune^^ une sur la poitrî^n^ ^t l'autre sur le dps ^ ^fin qu'pp put îpji^joufS Jgp distinguer de§ autres catholiques^

«c Enfin qu'aucun laïque ne pouixait j^re ]i*]qlprjiture sainte en gangue vulgaire. »

Non contept d'avoir fait décréter tpul^es ces jftfit sures rigoureuses par les conciles ^^ Grégoire J^ lança , en 1231 ^ une bulle fulminaplte cQpIrç Ifi/A hérétiques , par laquelle il les excommuniait tpu?^ et ordonnait qu'ils fussent livrés au bras sécyilier pour recevoir J^e châtijgf^^BJt ,# k kw «Pine.

L'ignorance et le fanatisme qui ont toujours caractérise l'Espagne semblaient devoir faire de ces belles contrées le siëge principal de l'inquisition. Elle franchit en effet les Pyrénées et s'y établit pour quelques siècles avec ses plus terribles rigueurs.

Elles furent exercées non seulement contre les hâ*étiques , mais contre ceux qui s'adressaient au démon pour parvenir à la connaissance des événements futurs , ou pour en obtenir des faveurs : ce genre de crime était commun au moyen âge'; contre ceux qui restaient plus d'un an excommuniés sans solliciter l'absolution; contre les schismatiques qui admettent tous les articles de foi y sauf le devoir d'obéissance à l'évéque de Rome ; contre les receleurs et adhérents des hérétiques ; contre ceux qui empêchaient les inquisiteurs d'exercer leur ministère; contre les seigneurs qui négligeaient de chasser les hérétiques de leurs domaine, ou refusaient de le promettre par serment ; contre ceux qui auraient donné la sépulture aux hérétiques, etc.. Enfin, il y avait trois classes dans l'hérésie , trois sortes de suspects : les hérétiques avoués , ceux qui en étaient gravement soupçonnés (yehementi) et ceux qui ne l'étaient que légèrement (leui).

Ces règles générales s'appliquaient à tous les

laïques saâs 'distinction , et l'inquisition avait action même sur les souverains ; mais le pape , ses légats et le haut clergé échappaient à sa juridiction.

Lorsqu'un inquisiteur était arrivé dans la ville où il devait entrer en fonctions » il en informait officiellement le magistrat 9 et Finvitait à se rendre auprès de lui aux jour et heure qu'il lui indiquait. Le commandant de la ville se présentait chez rinquisiteur, et prétait serment entre ses mains de faire exécuter toutes les lois contre les hérétiques y et de fournir tous les moyens pour les découvrir et les arrêter. L'inquisiteur avait le droit d'excommunier et de suspendre de ses fonctions tout officier du prince qui aurait osé lui désobéir ; il pouvait même jeter l'interdit sur la ville entière. ^

Si', dans l'intervalle d'un mois 9 des dénondations avaient lieu 9 elles étaient enregistrées; mais elles n'avaient aucun. effet jusqu'à ce que l'on e.ût vu si les dénoncés se présentaient de leur propre volonté.

Après l'expiration du terme accordé, le dénonciateur était mandé.

L'interrogatoire des témoins était fait par l'inquisiteur, assisté du greffier et de deux prêtres.

Lorsque le crime ou le soupçon d'hérésie était

- 4Wprouvë dans T instruction préparatoire , les inqui* siteurs ddcernaient la prise de corps contre Taccusë. Dès cet instant , il n' j avait plus ni privilège ni asile pour lui , quel que fût son rang : on l'arrêtait au milieu de sa famille , de ses amis , 9ans que personne osât opposer la moindre résistance. Du moment qu'il était entre les paains de Tinquisition, il n'était plus permis à personne de communiquer avec lui ; il se trouvait toutràcoup abandonné de tout le monde et privé de toute espèce de consolation. Malheur à Tàme sensible qui aurait osé avoir quelque compassion pour les victimes du Saint-Oflice ! , • . On plongeait l'accusé dans un affreux cachot jusqu'à ce qu'il plût aux inquisiteurs de l'interroger.

En attendant 9 les officiers de l'inquisition se transportaient au domicile de l'accusé , y dressaient un inventaire de tout ce qui s'y trouvait, et procédaient à la saisie de ses biens. Ses créanciers perdaient leurs créances ^ son épouse , ses enfants restaient dans l'abandon.

Lorsque les charges qui s'élevaient contre l'accusé étaient graves ^ et qu'il niait le crime qu'on lui imputait , on le regardait aussitôt coihme hérétique obstiné; en conséquence y on le ramenait en prison, et ce n'était qu'après l'avoir traîné pendant plusieurs apnées de la prison à l'audience

et de rauctionce ik U psisouk qu oo hâ, v^metlsiit une copie du prQcà&^ dan» kqueU^ om omettab les noms du délataur el^ ^ téfiamis^^ ^im quQ toute» lets cir€mi^a«QVi qui smrail^al pm le» W faire découvrirai^ Eu leén»^ temfi» oa lui dooeiaaik un avocat i inai$^ C9 qcnq$(^ était t^talemont îUu^ soire , puisqu'il |ie po^ivait voûr Vaowsé qu'en présence de^ ioquisitcwng^ ^ quHl oe lui éiaâk permis de parW qu« pmr ie presser d'aï 0Ai«r aom crime.

Dè& que Faccu£)é avait prod^dt tiow )e$ iKic^y tns de défense qui ^ieut «u soa pcïuvoi?^ ^ qu'il avait répondu à tquf li^s iiitefrQgati)Â^s , $i ae& réponses Be sati^aisaieut pit3^ \e^ i^qui^itepi?» > cm si le crime u'était pa» suffisa^unQot prouvé !i l^ inquisiteurs! ordoimaieut hi quostiou, OOTUiu^ Wi mo^eu presque toujoui^s sur d'obtenir des aveu3( vrais ou considéré^ coowiae vrais» ;^ ^ ces aveux , arrachés par les plu? crueUes tortures s suffisaient aux juges de rinquisitioa pam* rassurer leur conscience '%

C'était à peu prèa ainsi que se passaieut les clioses vers la fin du treistème siècle. Mais Viuquisition moderue rçdigea uu code plus barbare, et le quinzième vit d^hovriblea aut<Hia^é qui couvrireat uue partie de la chrétienté de £lw(U»e»i de sang et de Idrcae^*^

La rigueur de ces procédures n'arrêtait cepen dant pas le cours des hërësies , elles se multipliaient au contraire avec les persécutions : après les Albigeois et les Yaudois, l'Europe vit surgir de tous les points de son vaste territoire les Stédinguiens , les Flagellans , les Wiclefites , les Hussites et d'autres encore qui rivalisaient d'absurdité, de superstition , de fanatisme , et qui semblaient prendre à tâche de justifier la cruauté des inquisiteurs.

Les hér&ies n'étaient pas seulement une affaire de religion , mais quelquefois aussi d'intérêt. Lorsque les peuples virent que le clergé partageait avec les seigneurs les biens , les rentes , les dîmes , les privilèges et les honneurs, les chasses et les faucons , ces peuples affranchis par le combat et les résultats des croisades , s'attaquèrent aux intérêts temporels comme aux intérêts spirituels de leurs prêtres. Sur les rives du Wéser , par exemple , un petit pays se prit de querelle avec un archevêque au sujet de la dîme. Le peuple, vaincu d^abord , paya ; plus tard , il secoua le joug et ravagea avec une joie féroce les domaines de «es maîtres. L'empereur d'Allemagne et le pape s'unirent dans l'intérêt de l'archevêque. La révolte devient alors universelle ; ils nomment parmi eux des comtes , des évéques , des empereurs , un pape

même ^ et clouent aux mura des églises les ecclésiastiques assez malheureux pour tomber entre leur» mains. Une croisade est préchée contre eux, de nouveaux ravages en résultent et Ton s'égorge encore... Enfin, vers 1257, l'histoire cesse de s'occuper des sanglantes querelles de Stédinguiens et du clergé®, mais pour retrouver les Flagellants pénitents fanatiques qui se fouettaient impitoyablement et qui attribuaient à la flagellation plus de vertu qu'aux sacrements pour eflfacer les péchés.

• L'Italie était plongée dans toutes sortes de crimes^ dit un moine de Sainte-Justine de Padoue, lorsque tout d*un coup une superstition inouïe se répandit dans tout le royaume.

« La crainte du jugement dernier avait tellement saisi les Italiens, que nobles et roturiers de tout état se mettaient tout nus et naarchaient par les rues en procession : chacun avait son fouet à la main et se fustigeait les épaules jusqu'à ce que le sang en sortît. Ils poussaient des plaintes et des soupira et versaient des torrents de larmes 7. »

La longue folie des Flagellans a été présentée coraime l'un des faits les plus extraordinaires et les plus affligeants dans les annales de l'humanité » et Ton a été surpris que le christianisme, cette religion du cœur, ce spiritualisme si pur et si

-«te*-

gwite , ait donn^ lieu k des abeirattehs xfn^k peine on rencontre au ïnéme degré dans les pratiques les plus superstitieuses des païens. Uamour du progrès est tellement înMrenl à la nature humaine, qu'il tt*est guère de génération qui ne s'iraagîne qu'elle perfectionne. La flagellation fut , aux yeux de ses partisans , un retour aux bonnes mœurs et aux pratiques apostoliques t elle avait ëtë dans les premiers temp^ une simple expiation ) elle derint nécessaire , indispensable, et le plus sûr moyen de sanctification. On en avait trouvé des traces dans saint Paul \ comme il est de Tessence de notre nature d* tout détruire en l'exagérant , on TexagAti & tel point que le piape la défendit. Le fanatisme alors s'en mêla. En 1260 tan ennîte de Pérouw somme ses contemporains de foire pénitence s'ils veulent sauver leurs jours ) et toute une population parcourt la ville flagellant , en procession , sa chair nue et sanglante y mêlant les larmes de la douleur à celles du repentir et appelant le peuple à s'amender. La plupart des villes d'Italie , d'Allemagne , de Pologne et de Bohême furent couvertes de Flagellants. Cette forieuse manie tendait cependant à décroître , lorSqu*en 13ft8 une peste affreuse , qui Yavagea la moitié du globe ^ fit éclater de nouveau l^entliouliasme tfes Flafrdlants; wtib des bords

du Rhin , ils parcourureht la F*rance , la Suisse ^ la Hollande et juôqu'à TAngleterre , organisant de nombreuses associations. En 1369 , enfin , des feminés vinrent jpromener leur pénitence épîdémiqiie ÛJs Hongrie en Allemagne; sur ces entrefaites arriva la dernière année à\i siècle et avec a crainte générale de la fin du monde ; c'était ou jamais, le bioment de Texpîation... On vît alors aéis troupes de cent mille individus parcourant, comme des insensés j les villes et les campagnes, sans que les souverains temporels et spirituels et llnquisition elle-tnême pussent le3 arrêter. Mais nous nbus sommes laissés entraîner jusqU^au sêiziènie siècle... Quîttoiis les ï'iagellanfl pour les Wiclefites. Nous n'en avons pas fini avec les aberrations de iWprit Wmain ; chaque époque a eu les siennes , et celle-ci n'est pas la moins féconde.

La forme avait été f)rîse pour le fond et les hommes pour les principes par les ignorants ou malveillants philosopîies réformateurs du douzième siècle : les prêtres se conduisaient mal , il y avait des abus danà les choses de la religion p donc la religion catholique était ïnauvaisô et il fallait la réformer!.... Des membres du clergé même partageaient cette opinion erronée et tendaient à la séparation.

cette longue sdrie en disant un mot du dernier, de ce gentilhomme breton^ qui ayant lu dans la lithurgie ces mots : Per eum qui ventufus est judicare vivos et mortuos , sMmagine de bonne foi quUl est cet eum appelé à juger les vivants et les morts et, se prenant aussitôt pour le fils de Dieu, il publie son extravagance , entraîne une populace ignorante, parcourt avec elle les provinces de France et pille les monastères qui ne le reconnaissent pas en sa qualité de fils do Dieu. Il avait classé ses disciples : les uns étaient des anges, les autres des apôtres; celui-ci s'appelait le jugement, celui-là la sagesse, d*autrcs les dénominations , la science , etc. On envoya des agents pour Tarrêter , il les séduisît avec de Tor ; on publia alors quHl enchantait le monde , que c'était un grand magicien et qu'il était impossible de se saisir de lui... L'archev(^que de Reims parvînt cependant à le faire comparaître au concile de 1148 ; il y vînt , gi*avement appuyé sur un b&ton fourchu , et comme on lui demandait ce que signiQait ce support singulier : « C'est un grand mystère , répondit-îl ; lorsque je tiens ce bâton les deux pointes en Tair , Dieu a en sa puissance les deux tiers du monde et moi l'autre tiers; mais si je renverse ces deux pointes , alors , plus riche que mon père , je commande aux deux tiers

du monde et Dieu n'a plus que l'autre tiers. » Ce fut là à peu près toute sa de'fense... On le reconnut alors comme un vrai fou et il fut enfermé comme tel j maïs sa folie avait été contagieuse, et quçlques-uns de ses partisans furent brûlés. Sans perse'cutîon , le ridicule , le mépris eussent fait justice de cette sect^ comme elles l'ont fait de nos jours du Père Enfantin et de la femme libre. Avec les bûchers , elle sm'vécut et fit encore du mal.

Que conclure de ce qui précède ? Qu'il y avait des vérités à opposer à celle que proclamait TEglise depuis douze siècles? — Non, mais qu'en ces temps , comme dans les temps antérieurs et postérieurs , l'homme a substitué à la vérité sa propre raison dont son orgueil a fait une règle unique et souveraine. De là^ comme l'a dit un éloquent orateur, <( cette guerre déclarée ou couverte contre la papauté , pouvoir régulateur et suprême du catholicisme ; de là , ces haines de tout frein, de toute autorité religieuse et civile qui n'est pas la souveraineté rationnelle de l'individu pensant; de là, et par une suite nécessaire, la liberté de tout penser et de tout dire, cette direction à l'infini de l'esprit humain , ces divergences , ces divagations sans mesure de l'opinion religieuse qui déchire en lambeau}^ la société des

intelligences pour la réduire, ^7/ se pouuait, au néant de toute, religion Mais l'Eglise se soutient par sa seule vertu; pour se maintenir et défendre sa foi elle n'a besoin que de son autorité qui est divine. Instituée par l'Homme-Dieu , sa force, sa durée , comme son origine, sont uniquement l'œuvi'e de la droite du Très-Haut. L'Église parle, elle définit, tout est jugé : Terreur passe /4a foi demeure ^^.. »

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