‹ Histoire des progrès de la civilisation en Europe depuis l'ére chrétienne jusqu'aù XIXe siècleChapitre 4 sur 28 · IG · texte numérisé non relu

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impossibles. Sans les bonnes mœurs les meilleures lois n'exercent qu'une faible influence, et souvent leur action est nulle ou fâcheuse; sans de bonnes mœurs ou sans de bonnes lois , il n'est point de vie pour les nations; la corruption des unes et des autres est la cause la plus active de la ruine des Empires. »

Ces réflexions m'ont peut-être entraîné trop loin; mais elles ne peuvent être inutiles dans le sujet que nous traitons. INotre course est d'ailleurs de trop longue haleine pour ne pas saisir l'occasion de nous reposer en route quand nous pouvons utiliser ce repos. Et, certes, digression fut-elle jamais plus douce et plus fructueuse? Les académies, en proposant des questions pareilles à celle qui a valu à M. Matter un beau prix et à nous un bon ouvrage , font plus de bien à la civilisation et à l'humanité que l'or des souverains répandu à pleines mains, souvent si aveuglément.

Dans notre prochaine séance, entrant dans la partie historique de notre sujet, nous parlerons des mœurs du Bas-Empire , de celle* des nations d'Occident et des divers peuples barbares qui ont envahi nos riches contrées du cinquième au neuvième siècle. Nous aurons souvent occasion dans cet exposé de mettre à profit les réflexions qu'a fait naître la leçon d'aujourd'hui.

VINGTIEME LEÇON

Des réflexions auxquelles a été consacrée notre dernière séance est née surtout une idée fondamentale pour le sujet qui doit nous occuper aujourd'hui. C'est que, soit que les mœurs influent sur les lois, soit que ces dernières modifient les mœurs, elles tendent toujours à se rapprocher, à se mettre en harmonie ensemble; de telle sorte que les lois d'une époque peuvent , jusqu'à un certain point, nous faire connaître ses mœurs. Cela établi, ma tâche devient plus facile, car je n'aurai qu'à mettre sous vos yeux les parties générales et saillantes de chaque code romain ou barbare pour vous faire connaître les mœurs de la nation ou de la peuplade qu'il régissait. Toutefois je ne bornerai pas là mes recherches ; les faits et la religion , aussi bien que les lois , aideront nos investigations.

Un des penseurs les plus profonds du dix-huitième siècle, Pascal , n considéré toute la suite des

îiommesdepmslacréationcommeun même homme qui subsiste toujours et qui apprend sans cesse. Et, en effet, nous voyons chaque nation naissante profiter, ou sciemment ou à son insu, de l'expérience de la nation qui meurt *. L'invasion des Barbares dans l'empire romain en offre un exemple moins frappant que bien d'autres à cause de l'ignorance totale des races qui se pressaient sur des terres inconnues; cependant encore chez eux tout ne fut pas à faire : les Gaulois civilisèrent les Francs, les Italiens civilisèrent les Goths; les Espagnols et [es autres peuples d'Occident transmirent aussi leurs lumières à leurs vainqueurs. Cet échange, cette transition , font de l'époque qui nous occupe une des périodes les plus intéressantes de l'histoire du monde.

Tant que des invasions continuelles avaient ravagé l'Europe, l'Europe avait été comme nous voyons nos campagnes pendant un effrayant ouragan ; les guerres incessantes, les ravages, les incendies, les massacres, et plus tard encore le souvenir de tant de désastres, le défaut de stabilité et de sécurité, empêchaient les peuples d'Occident de songer à rien qu'à la conservation d'une existence éphémère et toujours menacée 2.

Au sixième siècle cependant, lorsque les peuples commenceront à s'asseoir et à respirer, un speefa-

cle tout nouveau, et nouveau pour tous, apparut au monde. 11 restait à peine sur la terre quelques vestiges de la politique , de la jurisprudence, des arts et de la littérature des Romains ; partout il s'était introduit de nouvelles formes de gouvernement et de nouvelles lois , de nouvelles mœurs , de nouveaux habillemens , de nouvelles langues et de nouveaux noms d'hommes et de pays.

Il y avait alors homogénéité dans les mœurs, car elles tenaient toutes de l'état d'ignorance de guerre et de barbarie commun à tous. Ce n'est que plus tard, lorsque le climat, les anciens usages des peuples vaincus, la différence des races conquérantes et la diversité du sol eurent modifié les goûts, les habitudes, les lumières et la situation matérielle de ces peuples, que les mœurs se diversifièrent à l'infini.

Nous avons longuement parlé dans nos premières séances des mœurs des contrées du midi et de l'occident de l'Europe, avant et pendant la domination romaine ; nous avons vu quels élémens y avait ajoutés cette domination ; il ne nous reste plus qu'à examiner les mœurs des peuples qui s'y sont établis du cinquième au neuvièmesiècle. Elles sont, comme je l'ai dit, presque homogènes, et les Germains en offrent le type le plus complet. Ce seront donc les Germains qui nous occuperont d'abord.

Vous n'ignorez pas que, sous ce nom commun de Germains, on comprend les peuples barbares d'Europe, tels que les Francs, les Allemands, les Goths subdivisés en Visigoths, Ostrogoths et Gépides; les Lombards, les Bourguignons, lesVandales, lesSuèves,les Hérules, lesQuades, les Marcomans, les Angles, les Saxons, les Danois et les Normands 3. Et vousvoussouvenezdece que nous avons souvent répété , que l'Espagne reçut , pendant la période qui nous occupe, les Visigolhs , les Suèves et les Alain s; la Gaule, les Bourguignons et les Francs; l'Italie, les Lombards, les Ostrogoths, les Visigoths, les Gépides et d'autres encore; la Grande-Bretagne., les Angles et les Saxons; la Germanie enfin, des fragmens ( si je puis ainsi m 'exprimer ) de tous les Barbares d'Asie et du Nord de l'Europe qui la traversèrent pour courir à l'Occident dont le climat et le sol leur oflraient plus d'attraits et de richesses. Revenons à notre sujet spécial , aux mœurs des nombreuses peuplades du Nord de l'Europe connues sous le nom de Germains 4.

La religion est la partie la plus importante des mœurs d'une nation, llien n'influe autant sur la moralité que la croyance à une autre vie, surtout si les lumières ne sont pas venues mettre le raisonnement à la place des impressions premières, des idées encore vierges.

La religion ou plutôt les religions des peuples hyperboréens tiennent de leur caractère guerrier et poétique ; quelques-uns adoraient simplement une épée nue fixée dans la terre 5, d'autres le soleil et le feu , d'autres un ivodan ou woddlia auquel ils sacrifiaient les plus beaux coursiers blancs pour se le rendre favorable; en général les forêts leur servaient de temples et le druidisme était le culte de plusieurs d'entre eux. La religion des Scandinaves ( vous savez qu'on nomme ainsi les anciens peuples de la Suède, de la INorwège, du Danemark et de l'Islande ) se sépara de toutes les autres par sa poésie souvent sublime et sa mythologie compliquée. La cosmogonie, lathéologieetlamoraledes Scandinaves étaient renfermées dans YEdda, livre sacré, vraisemblablement composépar un poète.

On v voit d'abord le dos:me de l'existence d'un être infini , tout-puissant , éternel ; il a douze noms, dont le plus connu est Alfadcr, c'est-à-dire le père de tout. Des divinités inférieures, qui doivent périr un jour, et à la tête desquelles est Odin , gouvernent le monde sous ses ordres.

D'après YEdda il existait au sud un foyer ardent ou un monde embrasé, séjour des mauvais génies. Ce feu devait un jour consumer notre globe.

Le jour et la nuit font alternativement le tour du monde dans un char; lorsqu'il y a éclipse de lune.

c'est que cette planète est dévorée par un géant qui a pris la forme d'une bête féroce. Ce phénomène donna lieu à un usage général : le peuple s'efforçait à crier et à faire du bruit pour épouvanter et mettre en fuile le monstre qui venait leur ravir cette lumière si précieuse pour leshabitans des zones polaires.

L'immortalité de l'ame et l'espoir d'une autre vie étaient deux points capitaux de la religion des Scandinaves. Passionnés pour la guerre, ils avaient un Elysée réservé à ceux qui avaient péri les armes à la main, et un enfer pour ceux qui n'étaient pas morts en combattant; mais ces récompenses et ces peines n'étaient que provisoires; les morts restaient dans l'un ou dans l'autre de ces deux endroits jusqu'au jugement définitif qui devait être rendu d'après d'autres principes; alors on ne tenait plus aucun compte de la valeur guerrière ; la vertu seule était désormais un titre d'admission dans le séjour de la béatitude éternelle.

Dans YEdda il est fait mention de vingt déesses; les unes sont attachées, en diverses qualités, à la personne de Frlgga ou la Terre, fille ou femme d'Odin; les autres remplissaient différentes fonctions, soit auprès des dieux ou des héros, soit auprès des hommes. Par une singularité toul-à-fait analogue aux usages des peuples de l'Europe sep-

leutiïonale , la déesse Eyra exerce l'emploi de médecin des dieux, c'est-à-dire qu'elle les guérit par des conjurations et autres pratiques de magie. Les dieux des Scandinaves, sujets aux maladies, ne sont pas plus exempts de la caducité attachée à la vieiilesse. Lorsqu'ils se sentent appesantis par l'âge, ils ont recours aux pommes qu'une Iduna, femme de Brage , dieu de l'éloquence, garde dans une boîte; c'est ainsi qu'ils prolongent leur existence jusqu'à la ruine du monde.

Lorsque le crépuscule des dieux, si long-temps attendu, viendra justifier la frayeur des mortels, la plus grande confusion régnera par toute la terre : l'ordre des saisons sera interverti; quatre hivers d'une rigueur excessive se succéderont sans interruption ; les hommes, ceux mêmes que les liens du sang unissent le plus étroitement, se déclareront une guerre cruelle; les mauvais génies et les monstres que les dieux tenaient enchaînés recouvreront leur liberté , et leur acharnement n'aura plus de frein. Loke se liguera contre les dieux avec les génies du feu , le géant Rymer et les autres géans. Le loup Fenris } dont la gueule béante peut en même temps toucher le ciel et la terre, et qui jette le feu par les yeux et par les naseaux, dévorera le soleil; vainement Odin, le chef des dieux, consultera la fontaine de Mimis. se coalisera avec les

guerriers du Valkalla^ s'armera d'une épée, d'un casque d'or et d'une cuirasse resplendissante ; il sera , comme l'astre du jour, englouti par ce monstre. La lune disparaîtra de même ; une nuit affreuse couvrira la surface de la terre; les montagnes , violemment agitées , s'écrouleront ; la mer franchira ses limites, et viendra joindre à ce désastre les horreurs d'une inondation ; l'univers entier sera dans un tumulte épouvantable.

Alors le chef des génies du feu, Surtur, fera de l'univers un vaste incendie. Le monde , dévoré ou plutôt purifié par les flammes, renaîtra plus parfait et plus beau. Après cette conflagration générale , un séjour de délices, Gimle ( ou le ciel ), sera ouvert aux hommes vertueux , qui y seront à l'abri du froid et y trouveront toutes sortes de boissons délicieuses. Pour les méchans, ils iront vers Héla ( la mort ) ; de là au Nastrand ( rivage des morts ), et seront renfermés dans le Nifllieim ( séjour des scélérats ) , où ils subiront la peine due à leurs crimes. Le Niflheim, bâtiment spacieux ouvert du côté du Nord , afin que les damnés endurent le supplice d'un froid excessif, est construit de serpens morts qui font couler au dedans un fleuve de venin.

Mais tandis que la terre sera suhmergée et deviendra la proie des flammes, deux individus de

l'espèce humaine échapperont à cette catastrophe en se réfugiant dans le creux d'une montagne ; un homme et une femme, Lif et Listhraser , seront seuls épargnés et couvriront de nouveaux habitans la terre, qui produira sans culture d'abondantes moissons. Alors le triomphe du bon principe est assuré ; il se réunit au dieu suprême dont il est émané , et le Père universel remplit de son esprit le monde régénéré 6.

h'Edda , dont je n'offre qu'une bien faible portion, contient dans son ensemble des passages d'une désespérante obscurité et d'autres dont rien ne peut égaler la poésie naïve et forte. Le caractère qu'on y remarque le. plus est une mélancolie sombre comme le ciel de ces tristes contrées.

Entre les Germains sauvages du Nord de l'Europe et les Germains du centre et du Midi, une grande différence existait. Dès que ces derniers connurent le christianisme , leurs mœurs s'épurèrent et s'adoucirent progressivement.

La vie future des premiers était au contraire la continuation des brigandages qu'ils avaient exercés dans ce monde. « Les héros , dit l'Edda , qui sont reçus dans le palais d'Odin ont tous les jours le plaisir de s'armer, de se ranger eu bataille et de se tailler en pièces les uns les autres ; mais dès que

l'heure du repas est arrivée , ils retournent à cheval , tous sains et saufs , dans la salle d'Odin , et se mettent à boire et à manger. Leur boisson est la bière et l'hydromel; leurs coupes sont les crânes des ennemis qu'ils ont tués. Une foule de vierges servent les héros à table et remplissent les coupes à mesure qu'ils les vident. »

La religion Scandinave, comme toutes les religions celtiques , ordonnait quelquefois des sacrifices humains; Haquin , roi de Suède, sacrifia son enfant à Odin pour obtenir la victoire sur Harald. Au reste , l'homme du Nord n'avait au fond d'autre Dieu que ses passions sans frein.

Mais en voilà assez sur ces peuples dont l'existence poétique m'a paru devoir vous intéresser. Disons, pour en finir sur la religion des diverses peuplades barbares, que quelques-unes, les Celtes, par exemple, tenant encore au clruidisme, avaient pour dieux Hcsus , Téranès et Cumulus; d'autres, tenant à la religion grecque dégénérée, adoraient encore Mercure , Jupiter et Mars. Les Francs rendaient un culte à Teutatès et H ermansul.

En général la religion des Germains, comme celle des peuples sans lumières, était basée sur leurs besoins , sur une ignorance craintive et superstitieuse. 11 est difficile de savoir au juste la croyance

de chaque peuplade; car ces croyances se subdivisaient à l'infini, et les auteurs ont souvent pris dans leurs recherches la partie pour le tout; c'est ainsi qu'à en croire Adelung les Germains adoraient des idoles; selon Muller, le soleil, la lune, la terre et le feu ; d'après Tacite , quelques-unes des divinités grecques et romaines. Il est probable que leur religion , informe comme leur état social , comportait toutes ces croyances et de plus superstitieuses encore 7.

Le christianisme, mêlé de l'hérésie d'Arius, occupa toujours un plus grand espace jusqu'au moment où il fut partout connu, apprécié et adopté ; et toujours et partout il apporta sa bienfaisante influence sur la moralité des peuples.

Vous auriez tort aussi de croire que le christianisme eût fait disparaître tout à coup cette superstition, fdle de l'ignorance, et que la lumière arriva spontanément avec la vraie religion. Je ne veux pour preuve du contraire que les nombreuses légendes qui encombrent la littérature religieuse de cette époque. Pour vous en faire juges j'extrais celle qui suit d'un nouvel ouvrage de M. Saint- Marc-Girardin. Elle fait partie de la vie de Chrodegang, saint évêque du huitième siècle.

Chrodegang était petit-fils de Charles-Martel et sa mère était sœur du roi Pépin. Certes voilà bien

une haute famille et ce n'est pas là qu'on eût trouvé une crédulité superstitieuse, si, à cette époque, elle n'eût été partout. Chrodegang passa son enfance dans le monastère de Saint-Trudon, et ses progrès furent si rapides qu'on l'en retira bientôt pour le confiera Siiibald, évêque de Metz, homme révéré entre tous par ses lumières et sa piété. Sigibald ouvrit à son élève tous les trésors de son érudition et de sa sagesse. Il l'instruisit surtout dans la crainte de Dieu et dans l'amour des hommes, et le jeune Chrodegang profita si bien de ses leçons qu'au bout de peu de temps il acquit une grande renommée dans le pays. On disait partout que le doigt de Dieu l'avait marqué pour être un saint. On s'empressait autour de lui, et on baisait ses vêtemens, honneur qu'on ne rendait qu'aux vieillards. Cependant, dès que Pépin apprit la célébrité de son neveu, il le fit venir à la cour et Chrodegang fut enlevé à sa vie religieuse pour être référendaire du palais...

Mais je passe sur une grande partie de cette existence pleine de faits pour ne m'occuper que de celui qui a rapport à notre sujet : Chrodegang bien jeune encore était déjà archevêque métropolitain! 1! sacrait les évêques par toute la Gaule et on portait devant lui la croix du Seigneur. Cependant il était accablé par la plus sombre mélancolie;

— 17S — il était pâle et maigre , il se macérait le corps jour et nuit, il vivait dans la prière et dans les larmes. On ne connut que long-temps après la cause de ces austérités et de cette douleur. Chrodegang aimait les moines; il était leur père, il les défendait contre la tyrannie des évêques. La vie monastique lui semblait la perfection de la conduite chrétienne. Il voulait fonder un couvent et suivre les traces de saint Benoît ; mais on ne fondait un couvent qu'avec l'inspiration de Dieu. Point de monastère qui ne dût son origine à quelque événement extraordinaire qui avait frappé l'imagination des hommes. Une origine mystérieuse était une garantie de destinées brillantes. Voilà ce que sollicitait Chrodegang par ses prières et par ses pleurs. Il aitendait un miracle , une vision , une manifestation frappante de la volonté divine pour fonder son couvent.

Or , un jour que le roi Pépin chassait dans les environs de Metz , un cerf lancé par les chiens alla se réfugier dans une chapelle que cachait l'épaisseur du bois. Le roi et sa suite , accourus sur les traces des chiens , virent qu'aucun d'eux n'avait osé pénétrer dans cet asile. Les uns s'étaient arrêtés haletant sur le seuil , les autres rôdaient autour des murailles; tous semblaient comprendre que cette maison appartenait au Seigneur. Pépin mit pied à

terre, entra dans la chapelle que personne ne connaissait, et vit, à son grand étonnement, le cerf couché aux pieds d'un solitaire qui adorait Dieu et récitait à voix basse ses oraisons. Toute la troupe s'agenouilla autour de lui et se mit en prières. Après cette cérémonie le roi voulut être béni par le saint homme, et, laissant le cerf à ses côtés, il continua la chasse.

Dès que Chrodegang fut instruit de cette aventure , il se rendit sur les lieux. L'endroit portait le nom de Gurgiten. C'était un désert où se trouvaient d'anciennes constructions romaines, cachées par les landes et les bruyères. La légende ne dit plus rien du pieux anachorète et de son cerf. Il semble que , troublé dans sa solitude , il ait déserté sa chapelle pour la laisser à Chrodegang. Celui-ci s'en empara ; mais il la fit abattre et résolut d'élever en place le plus beau monastère qu'on eût encore vu dans le royaume des Francs. Tous les ouvriers vinrent de dix lieues à la ronde, et Chrodegang dirigea lui-même leurs travaux. En peu de temps l'édifice fut achevé , et le chant des moines retentit au milieu des bois. 11 parait même que Dieu prêta son assistance à ceux qui construisaient la demeure de ses élus. Un samedi , tous les ouvriers étaient réunis autour d'une pierre énorme, qu'ils cherchaient à soulever de terre pour la transporter sur

les fondations du bâtiment, lorsque tout à coup la cloche d'une église lointaine sonna neuf heures. Chrodegang , rigide observateur des statuts de l'Église, ordonna aux ouvriers de suspendre leur travail et d'aller fêter la nuit et le jour du dimanche parle repos et les prières. La troupe se sépara; mais quel fut son étonnement quand, le lundi suivant , elle vit que la pierre avait fait d'elle-même le trajet de vingt pas, et s'était fixée dans l'angle du bâtiment , à la place qu'on lui réservait ! Cette pierre miraculeuse fut long-temps l'objet de la vénération du peuple, et tous ceux qui, le dimanche, venaient entendre la messe des moines, ne manquaient jamais de s'agenouiller devant elle et de la toucher de leurs lèvres.

A un monastère si hautement favorisé du ciel il fallait un saint, non pas un saint vulgaire et de petite renommée, un saint du pays, par exemple, mais un saint qui eût la vogue dans le monde , qui fît de grands miracles, et qui vînt de haut lieu, un saint de l'aristocratie des saints, un saint de Rome enfin. Chrodegang partit donc pour Rome et demanda au pape un de ses saints ; il demanda saint Gorgone, qui guérissait toutes les fièvres, . toutes les plaies, qui faisait marcher les paralytiques, qui rendait la vue aux aveugles, l'ouïe aux sourds et la parole aux muets. Saint Gorgone jouis- II. 13

sait du plus grand crédit dans l'Italie. On accourait: de toutes parts pour visiter sa tombe , pour baiser ses reliques. Donner saint Gorgone ! c'était exciter une révolution dans Rome ; aussi le pape le refusa. Seulement, pour ne pas mécontenter Chrodegang et se ménager la protection de Pépin , il proposa au digne archevêque deux saints de moindre valeur , mais qui cependant avaient aussi leur prix : c'étaient saint Nazaire et saint Nabor. Chrodegang accepta; mais, avant de quitter Rome , il alla au temple où étaient renfermées les reliques de saint Gorgone, corrompit les gardiens et obtint de passer lanuiten prières près de la tombe du martyr. La nuit venue, il rompit le sceau qui fermait le sépulcre, brisa le coffre , en retira les ossemens et les cendres , courut aux portes de la ville , où l'attendaient les gens de sa suite , et prit gaîment la route de France.

Le lendemain matin la rumeur fut grande dans Rome, dès qu'on s'aperçut de l'enlèvement de saint Gorgone; toute la ville fut en pleurs.

« Qu'allons-nous devenir! s'écriait-on de toutes parts. Cet archevêque que nous avons reçu dans nos murs, ce Franc auquel nous avons donné saint Nazaire et saint Nabor, il nous a volé saint Gorgone!» Peu s'en fallut qu'on ne «lapidât les gardiens du temple. Enfin on résolut de poursuivre

Chrodegang et on l'atteignit bientôt à quelques lieues de la ville. Mais Chrodegang ne se laissa pas intimider par cette foule de peuple qui se précipitait en armes contre lui. Il lit volte-face, et plaçant ses glorieux martyrs en tête de son cortège, il s'écria : « Saint Gorgone, dis-nous qui tu veux suivre des Romains ou des Francs. » Saint Gorgone

n'hésita pas un instant. Le ciel, qui était d'un bleu d'azur, s'obscurcit aussitôt du côté des Romains, et la foudre tomba sur les soldats du Pape, pendant que le cortège de Chrodegang resplendissait de lumière et poursuivait sa marche dans un air pur et serein.

Ce ne fut pas le dernier miracle qui signala le retour des voleurs de saint Gorgone ; toutes les populations s'empressaient sur leur passage, et saint Gorgone faisait tout ce qu'on exigeait de lui. Cependant les dangers de la route n'étaient pas terminés. Arrivé au pied des Alpes, Chrodegang se sépara de sa troupe pour prendre les devans et préparera Metz la réception de saint Gorgone. 11 confia les reliques à l'archidiacre et lui recommanda d'user de prudence , de ne faire un long séjour nulle part, et de vivre en paix avec ses frères pour ne pas exciter la colère des saints. Tout alla bien le premier jour; mais le soir du second on s'arrêta dans un couvent qui n'avait pas bonne renommée

t3t dont les moines menaient une vie licencieuse et impie. La nuit, pendant que leurs hôtes dormaient, ils allèrent visiter les châsses qui avaient été déposées sur l'autel de saint Maurice, et parvinrent à soustraire les reliques de saint Gorgone, sans briser le coffre qui les contenait; puis, le lendemain après la messe, ils donnèrent le baiser de paix aux voyageurs, qui se remirent en chemin.

La caravane fut bientôt suivie d'une foule de gueux et de mendians qui demandèrent l'aumône. Les frères vidèrent leurs poches; mais comme ils avaient peu, ils ne donnèrent qu'à un petit nombre, et la foule murmura. Puis vinrent des estropiés, des infirmes, des gens qui se plaignaient des misères de ce monde, des orphelins, des veuves, des criminels chargés de remords et qui cherchaient à croire en Dieu; les frères offrirent leurs consolations et leurs prières. Puis le ciel se couvrit de nuages et le tonnerre gronda. Alors l'archidiacre dit à ses clercs qui le suivaient mornes et tristes : « Mes frères, il faut que l'un de nous ait mérité la colère divine; nos saints nous abandonnent et ne font plus de miracles. Je vous le dis, quelqu'un de nous est dans le péché. Prions et purifions-nous devant Dieu. » La troupe s'arrêta et pria; mais la foule continua de murmurer autour d'elle et le tonnerre de gronder. Enfin l'archidiacre se douta

de la méchanceté des moines; il visita ses trois martyrs et reconnut qu'on avait enlevé saint Gorgone. Aussitôt les frères, suivis de tout le peuple qui riait de leur mésaventure, retournèrent au couvent et redemandèrent leur saint; mais on les insulta et on les chassa avec mépris.

Le crime des moines ne resta pas long-temps impuni. Dès que Chrodegang apprit ce qui était arrivé, il entra dans une ardente colère et envova demander au roi Pépin un secours d'armes et de soldats; il invoqua le Dieu des batailles et se mit lui-même à la tête de ses clercs et d'une troupe de Francs pour aller reconquérir saint Gorgone. La résistance des moines fut courte ; quand on les somma de restituer ce qu'ils avaient volé, ils recoururent au mensonge; mais quand ils virent une armée dans leur couvent, et Chrodegang, la hache en main, brisant l'autel de saint Maurice, ils rendirent les précieuses reliques, et saint Gorgone fit bientôt son entrée au monastère de Gurgiten, où il célébra sa bienvenue par une foule de miracles.

Là s'arrête la légende. Je pense qu'après cette expédition guerrière Chrodegang vécut en homme de paix et respecta le bien d'autrui. Que pouvaitil désirer de plus? Il était fondateur d'un beau couvent et possesseur de saint Gorgone! Sa fortune

n'alla pas plus loin, il ne fut ni pape ni roi, mais après sa mort on en fit un saint.

On aurait tort de croire que ces légendes, ces nouvelles monastiques, ces contes à dormir debout, soient d'un intérêt tout-à-fait nul pour l'histoire. Le fond de ces fables est vrai : elles ne disent point les faits; mais elles reflètent la couleur du temps. C'est une histoire morale des peuples chrétiens du moyen -âge. Ces produits de l'imagination des moines sont à peu près les seuls guides à suivre si l'on veut connaître l'état des âmes, la vie intérieure, l'esprit général de cette époque.

C'est dans cette idée que je vous ai lu ce fragment.

Ici nous nous arrêterons un instant, car j'ai besoin de vous donner quelques explications. En vous parlant des religions de la Germanie j'ai confondu tous les temps; j'ai parlé des siècles qui ont précédé la conquête, de ceux qui l'ont vue et de ceux qui l'ont suivie, et j'ai dû le faire pour vous donner une idée complète de la religion de ces peuples dont l'existence nomade ne se trouve fixe ni pour les lieux, ni pour les époques.

Je ne procéderai pas ainsi en ce qui concerne les mœurs. Laissant de côté et César et Tacite et les auteurs allemands qui n'ont considéré que l'état des Germains antérieur à l'invasion, je ne

prendrai ces peuples qu'au moment où ils sont assis et mêlés aux nations vaincues. Les codes barbares des Visigoths, des Francs, des Bourguignons, la loi salique , etc. , deviendront alors des documens certains et authentiques dans lesquels je ne craindrai pas de puiser. Cet état primitif des Germains, je vous en ai donné un aperçu dans ma dixième leçon, je n'ai plus à m'en occuper aujourd'hui. C'est donc dans les codes promulgués du cinquième au neuvième siècle que je dois puiser, comme je puiserai plus tard, pour le même objet, dans les capitulaires de CharJemagne.

Mais avant d'entreprendre cette recherche qui nous entraînerait trop loin aujourd'hui, je vous rappellerai quels sont les élémens apportés à la civilisation moderne par les Barbares du Nord et par les peuples civilisés du Midi, et pour cela je laisserai parler M. Guizot ; c'est, je crois, ce que je puis faire de mieux.

« Au début de la civilisation moderne, les Germains y ont influé beaucoup moins par les institutions qu'ils ont apportées de Germanie que par leur situation même au milieu du monde romain. Us l'avaient conquis ; ils étaient, sur les points du moins où ils s'établissaient, maîtres de la population et des terres. La société qui s'est formée après cette conquête a eu son origine, bien plutôt dans

cette situation, dans la vie nouvelle des conquérans, dans leurs rapports avec les vaincus, que dans les anciennes coutumes germaniques.

« Ce que les Germains ont surtout apporté dans le monde romain, c'est l'esprit de liberté individuelle, le besoin, la passion de l'indépendance, de l'individualité. Aucune puissance publique, aucune puissance religieuse n'existait, à vrai dire, dans l'ancienne Germanie ; la seule puissance réelle de cette société, ce qui y était fort et actif, c'était la volonté de l'homme; chacun faisait ce qu'il voulait, à ses risques et périls. Le régime de la force , c'est-à-dire delà liberté personnelle, c'était là le fond de l'état social des Germains; c'est par-là qu'ils ont puissamment agi sur le monde moderne. Les expressions très générales sont toujours si près de l'inexactitude que jv n'aime guère à les hasarder. Cependant, s'il fallait absolument exprimer en quelques mots les caractères dominans des élémens divers de notre civilisation , je dirais que l'esprit de légalité, d'association régulière , nous est venu du monde romain , des municipalités et des lois romaines. C'est au christianisme , à la société religieuse , que nous devons l'esprit de moralité, le sentiment et l'empire d'une règle , d'une loi morale , des devoirs mutuels des hommes. Les Germains nous ont donné

l'esprit de liberté, de la liberté telle que nous la concevons et la connaissons aujourd'hui , comme le droit et le bien de chaque individu, maître de lui-même, de ses actions, et de son sort, tant qu'il ne nuit à aucun autre. Fait immense, messieurs, car il était étranger à toutes les civilisations antérieures. Dans les républiques anciennes, la puissance publique disposait de tout; l'individu était sacrifié au citoyen. Dans les sociétés où dominait le principe religieux , le croyant appartenait à son Dieu, non à lui-même. Ainsi l'homme avait toujours été absorbé dans l'Église ou dans l'Etat. Dans notre Europe seule, il a vécu, il s'est développé pour son compte , à sa guise , chargé sans doute, disons mieux, de plus en plus chargé de travaux et de devoirs, mais trouvant en lui-même son but et son droit. C'est aux mœurs germaines que remonte ce caractère distinctif de notre civilisation. L'idée fondamentale de la liberté, dans l'Europe moderne, lui vient de ses conquérans 8. »

Des élémens bien différens lui viennent de la civilisation romaine.

En se fixant , en devenant propriétaires , les Barbares contractèrent, soit entre eux, soit avec les Romains , des relations beaucoup plus variées et plus durables que celles qu'ils avaient connues jusqu'alors ; leur existence civile prit plus d'éJen-

■due et de permanence. La loi romaine pouvait seule la régler; elle seule était en mesure de suffire à tant de rapports. Les Barbares, tout en conservant leurs coutumes, tout en demeurant les maîtres du pays, se trouvèrent pris, pour ainsi dire, dans les filets de cette législation savante , et obligés de lui soumettre, en grande partie, non sans doute sous le point de vue politique , mais en matière civile, le nouvel ordre social.

Le spectacle seul de la civilisation romaine exerçait d'ailleurs sur leur imagination un grand empire. Ce qui émeut aujourd'hui notre imagination , ce qu'elle cherche avec avidité dans l'histoire , les poèmes, les voyages, les romans, c'est le spectacle d'une société étrangère à la régularité de la nôtre ; c'est la vie sauvage , son indépendance , sa nouveauté, ses aventures. Autres étaient les impressions des Barbares ; c'est la civilisation qui les frappait, qui leur semblait grande et merveilleuse. Les monumens de l'activité romaine, ces cités, ces routes, ces aqueducs, ces amphithéâtres, toute cette société si régulière , si prévoyante , si variée dans sa fixité, c'était là le sujet de leur étonnement, de leur admiration. Vainqueurs, ils se sentaient inférieurs aux vaincus ; le Barbare pouvait mépriser individuellement le Romain; mais le monde romain , dans son ensemble , lui appa

raissait comme quelque chose de supérieur; et tous les grands hommes de l'âge de la conquête , les Alaric , les Ataulphe , les Théodoric , et tant d'autres, en détruisant et foulant aux pieds la société romaine , faisaient tous leurs efforts pour l'imiter 9. Messieurs, ces considérations pleines d'intérêt, et le résumé de quelques parties de l'Edda, nous ont pris trop de temps aujourd'hui pour songer à entreprendre l'étude des lois barbares. Cette étude et les réflexions qu'elle fera naître formeront le sujet de notre prochaine réunion.

VINGT-UNIEME LEÇON

Les diverses religions des Barbares ont été le principal sujet de notre dernière séance ; nous nous occuperons aujourd'hui des mœurs civiles, religieuses et domestiques ; et pour cela nous consulterons d'abord les codes qui furent faits pour les nouveaux peuples mêlés de conquérans et de vaincus, d'étrangers et de nationaux.

Ces codes, en tête desquels nous autres Français plaçons la loi salique , ont été à la fois antérieurs et postérieurs à l'invasion , rédigés d'abord par les Barbares, perfectionnés plus tard par les Romains en vertu de leurs connaissances plus avancées. C'est du moins ce qui est arrivé à la loi salique dont on a trouvé plusieurs manuscrits portant, les uns le titre de Loi salique antique, très antique 4j les autres Loi salique plus récente, amendée, réformée 2. Cela se retrouve dans d'autres lois et nous adopterons ces preuves avec satisfaction..

car il nous importe de savoir d'une manière positive que ces lois sont bien celles des temps qui nous occupent , celles qui régissaient à cette époque vainqueurs et vaincus.

Quelques savans pensent que la loi salique n'était point réellement un code , un recueil de lois, mais une simple énumération de coutumes et de décisions judiciaires. Je ne mettrai pas beaucoup d'importance à éclaircir ces doutes; car, dans le sujet que nous avons à traiter (les mœurs) , il nous importe peu de savoir si ce sont des lois rédigées et promulguées par une autorité légale, ou des coutumes écrites et passées en lois. Cette dernière croyance nous serait encore plus favorable , car la coutume émane, bien plus que la loi, des mœurs réelles d'un peuple. Commençons donc à parcourir la loi salique.

En tête de la plupart de ces lois barbares, il y avait une sorte de préface et un prologue placés comme historique, sommaire ou commentaire de la loi; je vous donnerai ici quelques lignes de l'un et de l'autre. Je les emprunte à l'énergique et fidèle traduction de M. Thierry.

« La nation des Franks, illustre, ayant Dieu pour fondateur, forte sous les armes, ferme dans les traités de paix, profonde en conseil, noble et saine de corps, d'une blancheur et d'une beauté singu-

— îuo —

Hères, hardie, agile et rude au combat, depuis peu convertie à la loi catholique , libre d'hérésie ; lorsqu'elle étaitencore sous une croyance barbare, avec l'inspiration de Dieu, recherchant la clef de la science; selon la nature de ses qualités, désirant la justice, gardant sa piété; la loi salique fut dictée par les chefs de cette nation , qui , en ce temps , commandaient chez elle...

« Vive le Christ qui aime les Franks ! qu'il regarde leur royaume..... Cette nation est celle qui , petite en nombre, mais brave et forte, secouera de sa tête le dur joug des Romains. »

Voici le prologue :

« Les Francs et les chefs de la nation , voulant maintenir la concorde au milieu d'eux, convinrent de tarir dans leurs sources les rixes qui pouvaient s'élever; et comme ils l'emportaient par la force des armes sur les nations voisines, ils voulurent exceller également par l'autorité de leurs lois, et établir une législation dans laquelle l'intensité des peines fût en harmonie avec la grandeur des crimes. Ils choisirent donc quatre d'entre eux, nommés Wisogast, Bodagast, Sologast et Widogast, habitant les pays de Salehaim, Bodohaim et Widohaim, situés au-delà du Rhin, qui se réunirent pendant la durée de trois assises, discutèrent avec soin la source de toutes les difficultés, traitèrent de cha-

cune en particulier, et rédigèrent le code des lois que nous allons lire :

« L'an de grâce 798, à la sixième indiction , moi, Charles, roi des Français, ai ordonné d'écrire ce livre de la loi salique. »

Ces lignes vous donnent la preuve irrécusable que les Barbares furent les premiers à faire leurs lois, et que plus tard, mêlés aux vaincus, ils les refondirent, les écrivirent et les promulguèrent» Maintenant avançons-nous dans la loi pas à pas et voyons-en les principales dispositions. Laissant de côté celles qui nous sont inutiles, nous nous attacherons de préférence aux plus caractéristiques 3.

a Quiconque refusera de comparaître en justice, après avoir été assigné dans les formes légales , sera condamné à payer 600 deniers, ou i5 sous d'or*, à moins qu'il n'ait été retenu par un empêchement légitime 5.

Quiconque sera convaincu d'avoir volé un cochon de la première ou deuxième portée sera condamné à payer 120 deniers, ou 5 sous d'or, sans préjudice de la valeur de l'animal volé et des frais de poursuite.

Si le cochon de lait a été volé dans une étable fermant à clef, le voleur sera condamné à payer 800 deniers, outre la valeur de l'animal volé et les frais de poursuite.

Quiconque aura dérobé un verrat sera condamné à payer 700 deniers, outre la valeur de l'animal volé et les frais de poursuite.

Si l'animal volé est un porc châtré, destiné au sacrifice, auquel on donne le nom de porc votif, et que le propriétaire puisse prouver par témoins que l'animal est consacré, le volenrsera condamné à payer 700 deniers outre la valeur de l'animal et les frais de poursuite 6.

Quiconque aura dérobé une vache et son veau sera condamné à payer i4oo deniers, ou 35 sous d'or, outre la valeur des animaux volés et les frais de poursuite.

S'il a dérobé une vache accoutumée au joug, il sera condamné à payer i4oo deniers, outre la valeur de l'animal volé et les frais de poursuite.

Quiconque aura dérobé un taureau appartenant au roi, sera condamné à payer 5, 600 deniers, outre la valeur du taureau et les frais de poursuite 7.

Celui qui aura dérobé un mouton d'un an ou de deux ans sera condamné à payer 120 deniers outre la valeur de l'animal et les frais de poursuite 8.

Quiconque aura dérobé un chevreau ou une chèvre , ou môme deux ou trois chèvres , sera condamné à payer 120 deniers, outre la valeur des bêtes volées et les frais de poursuite °.

Quiconque aura dérobé ou tué un grand chien,

conducteur de meute, sera condamné à payer 1 ,800 deniers, outre la valeur de l'animal et les frais de poursuite.

Celui qui aura dérobé ou tué un chien de berger sera condamné à payer 120 deniers, outre la valeur de l'animal et les frais de poursuite 10.

Celui qui aura dérobé un faucon fermé sous clef sera condamné à payer 1,800 deniers outre la valeur de l'oiseau et les frais de poursuite.

Celui qui aura dérobé un coq ou une poule , un cygne ou une grue domestique, sera condamné à payer 120 deniers, outre la valeur de l'animal et les frais de poursuite 41.

Quiconque aura coupé ou dérobé, hors d'une enceinte close , un arbre fruitier ou un autre arbre de la classe de ceux qu'on cultive, sera condamné à payer 1 20 deniers , outre la valeur de l'arbre et les frais de poursuite 12.

Quiconque aura dérobé une ruche, placée sous un toit ou dans une enceinte fermée à clef, sera condamné à payer 1,800 deniers, outre la valeur de l'objet volé et les frais de poursuite 13.

Celui qui, par vengeance ou par méchauceté, a fait une trouée dans une haie appartenant à autrui, ou qui a fait entrer du bétail dans un champ de blé, un pré, une vigne, ou une autre culture quelconque, devra, si le fait est prouvé par té- II. 13

moins, payer l'estimation du dommage au propriétaire du fonds, et en outre une somme de 120 deniers 14.

Quiconque aura dérobé ou vendu un esclave mâle ou femelle, de la valeur de i5 ou 20 sous d'or, ou un esclave préposé à la garde des pourceaux, à la manutention des métaux, à la fabrication du vin ou de la farine, aux ouvrages de charpente , à la classe ou aux soins à donner aux chevaux, ou tout autre esclave exerçant un métier quelconque, sera condamné à payer 2,800 deniers, outre la valeur de l'esclave et les frais de poursuite 15.

Tout ingénu qui aura dérobé, hors d'une habitation , un objet de la valeur de 2 deniers, sera condamné à payer 600 deniers, outre la valeur de l'objet volé et les frais de poursuite 16.

L'esclav© qui sera convaincu d'avoir dérobé, hors d'une habitation, un objet valant 2 deniers, sera condamné à recevoir 120 coups de fouet, à moins qu'il ne préfère se racheter de ce supplice en payant 120 deniers 17.

Si trois hommes ont enlevé une jeune fille de condition libre , de sa maison ou d'une de ses habitations souterraines qu'on nomme êcreignes , chacun dTeuxsera condamné à payer 1 ,200 deniers.

Si, avec ces trois hommes, il s'en est trouvé

d'autres qui ont assisté à l'enlèvement, chacun de ceux-ci sera condamné à payer 200 deniers.

Quant au ravisseur lui-même, il sera condamné à payer 2,5oo deniers.

Si la jeune fille enlevée avait été placée sous ia protection spéciale du roi , le ravisseur sera condamné à payer, à titre de fred, 2,5oo deniers.

Si un affranchi du roi ou un lète a enlevé une femme de condition libre, il paiera de sa vie cet attentat.

Si une femme de condition libre a suivi volontairement un de ceux dont nous venons de parler, elle perdra sa liberté.

Si un ingénu a épousé l'esclave d'un autre homme, il descendra à la condition de celte esclave, pour servir avec elle.

Quiconque aura enlevé une femme mariée pendant la vie du mari sera condamné à payer 8,000 deniers.

Quiconque aura abusé par violence d'une jeune fille de condition libre sera condamné à payer 3,5oo deniers.

Celui qui, sans violence, aura joui des faveurs secrètes d'une jeune fille de condition libre fiancée à un autre, sera condamné à paver 1,800 deniers.

Quiconque se sera uni, par un mariage abominable . à sa sœur ou à la fille de son frère , ou à une

cousine à un degré rapproché , ou à l'épouse de son frère ou de son oncle , devra subir la peine de voir rompre un pareil lien; leurs enfans , s'ils en ont eu, ne seront point considérés comme légitimes et seront au contraire notés d'infamie 18.

Celui qui, à l'improviste, aura dévalisé un ingénu, sera condamné à payer 2,5oo deniers.

Si un Romain a dévalisé un Franc, il sera condamné à payer 2,5oo deniers.

Si un Franc a dévalisé un Romain , il sera condamné à payer 1,200 deniers.

Quiconque aura entravé l'exécution des volontés royales, en attaquant un homme porteur des dépêches du roi, ou en l'arrêtant dans sa marche, sera condamné à payer 8,000 deniers l9.

Quiconque aura dépouillé un cadavre, après l'avoir arraché du sein de la terre, sera condamné à payer 8,000 deniers. Puis les païens du mort devront demander au juge que l'auteur de ce crime soit rejeté de la société des hommes, et que celui qui lui aura donné l'hospitalité , avant qu'il ait payé la composition auxparens, soit condamné à payer 600 deniers 20.

Celui qui aura mis le feu à une maison quelconque, pendant le sommeil de ses habilans, paiera au propriétaire de la maison 2,5oo'deniers, outre la valeur du dommage et les frais de poursuite.

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