‹ Histoire des progrès de la géologie de 1834 à [1859] (volume 2)Chapitre 21 sur 87 · TKACES ATTRIBUÉES A D* ANCIENS GLACIERS · texte numérisé non relu

TKACES ATTRIBUÉES A D* ANCIENS GLACIERS

nous ne possédons encore que des assertions vagnes. £n Irlande on a vu que le transport des matériaux avait été effectué du N.-O. au S.-E. ; cependant, sur quelques points, il y a des preuves qu*il a eu lieu en sens inverse. Dans la dépression qui sépare TAngleterre proprement dite du pays de Galles, les débris ont été charriés du N. au S. , et dans les comtés de Test on en trouvé qui ont dû venir du N.-E. et du N.

Au sud de la Tamise , excepté dansla falaise de Brighton , tousles détritus sont locaux , et les agents qui ont transporté de si loin les roches anciennes et cristallines du diluvium du Suffolk , du Norfolk et des comtés situés plus au nord , semblent s*être arrêtés devant la faible barrière qu'opposaient les collines des North-Downs du Kent et du Sussex, et celles qui continuent vers l'O. la ligne de partage des eaux. Les stries et les roches polies ne paraissent pas non plus avoir été constatées dans les parties du sud-ouest de TAngleterre où la nature des roches aurait permis de les retrouver si elles y avaient jamais existé.

La ligne de partage très sinueuse des eaux qui se jettent à Të. dans la mer du Nord, et à 1*0. dans la mer d'Irlande et le canal de Bristol, n'aurait pas été non plus sans influence sur la distribution du drift, malgré les mouvements du sol pendant l'époque quaternaire. A l'est, dans le Norfolk, des dislocations très prononcées ont eu lieu après le dépôt des couches meubles ; sans doute il y en a eu aussi à l'ouest , puisque des coquilles d'espèces vivantes ont été portées à plusieurs centaines de mètres au-dessus de la mer; mais dans cette dernière partie leurs effets mécaniques n'ont pas encore été suffisamment étudiés.

L'ensemble des faits observés permet de penser que le plus grand nombre des dépôts coquilliers marins a succédé au phénomène qui a poli et strié les roches , bien que nous ayons vu le till de l'Ecosse formé avant les sables et les graviers coquilliers des bords de la Clyde; puis, viennent les dépôts lacustres avec les nombreux débris de grands mammifères dont quelques uns se montraient déjà dans les couches marines du nord et qui sont fréquents dans celles du sud , peut-être moins anciennes. Si la succession des phénomènes a été régulière , il est difficile de croire que le drift proprement dit , qui ne renferme plus de coquilles marines lorsqu'il est très puissant, comme dans la partie orientale de l'Angleterre , ait été accumulé en entier sous les eaux de la mer, car

CAVERNES A OSSEMENTS ET BHÊCHfiS OSSEUSES. 121

celles-ci auraient donné à l'arrangement des détritus les caractères de stratification qui ne manquent jamais, et y auraient laissé des traces de corps organisés qui manquent si rarement.

Il reste donc à déterminer encore dans les Iles-Britanniques ceux des résultats dont nous avons parlé, qui ont été contemporains, et ceux qui ont été séparés par un laps de temps plus ou moins long ; à retrouver Torigine et le point de départ de chaque bloc, des cailloux et des graviers qui sont étrangers au sol sur lequel on les rencontre, pour tracer la route qu'ils ont parcourue; à s'assurer enfin si les stries et les surfaces polies n'ont pas été produites sur d'autres points que ceux assez restreints où elles ont été reconnues, et si ces stries divergent de certains centres, ou bien sont disposées en lignes droites suivant une ou plusieurs directions générales. Ce n'est que par une étude préalable de ces faits et par des mesures précises et comparées de tous les points des côtes qui ont changé de niveau que l'on pourra remonter ensuite aux causes premières, et en déduire avec probabilité, si les phénomènes ont été simples ou complexes, contemporains ou successifs, faibles ou énergiques, lents ou rapides.

§ 5. Cavernes à ossements et brèches osseuses.

La caverne de Yealm-Bridge , à six milles au sud-est de Plymouth, a été détruite en partie, mais elle laissait encore voir , dit M. Mudge(l), dans ce qui a été conservé, un limon avec ossements et cailloux, une argile blanchâtre dure, du sable et de l'argile rouge , puis un sable argileux. Les os trouvés seulement dans le limon provenaient d'éléphants , de rhinocéros , de chevaux , de bœufs , de moutons, d'hyènes, de chiens, de loups, de renards, d'ours, de lièvres, de rats-d'eau et d'un très grand oiseau. Il y avait en outre des coprolithes. Beaucoup de ces os étaient brisés et rongés. On n'a rencontré que deux dents d'éléphant et un os douteux de rhinocéros , mais les restes d'hyène , surtout les dents, étaient plus nombreux que ceux de tous les autres animaux. Les dents et les ossements de cheval et de bœuf s'y trouvaient aussi en grande quantité. Les cailloux répandus dans le limon ossifère proviennent des limites du district de Dartmoor et diffèrent de ceux que l'on rencontre dans le lit actuel de la Yealm. Une autre caverne , située à I - ■ ■ I

(4) Proceed. gcol. Soc. of Londoti ^ vol. Il, p. 399.

122 CAVBRNKS A OSSKMKNTS BT BRÈCHES OSSBUSES.

pea de distance de la précédente , n*a point présenté de débris de quadrupèdes.

M. R. A. (\. Austen (Ij, qui a décrit plusieurs cavernes à ossements du Devonsbire , a conclu de certaines considérations sur les mœurs des animaux carnassiers, que les cadavres des pacbydermes, des ruminants, etc., avaient dû être entraînés dans ces cavernes par des Felis très forts, et que les byènes rongeaient les os après que les autres carnivores avaient assouvi leur faim et pendant qu'ils étaient absents pour chercher de nouvelles proies. Suivant le même géologue (2), les cavernes à ossements, les brèches osseuses et les fentes remplies n'appartiendraient point à la même époque ni au même genre de phénomène. Les cavernes auraient été habitées par les animaux comme celles de Kent's-Hole, d'Anstie et d'Yealmptoa; toutes les brèches ou réunions superficielles de fragments anguleux associés à des os d'animaux constitueraient une seconde époque ; enfin , de grandes fissures dans les roches calcaires, comme celles de Chudieigh et de Plymouth , occupées jusqu'à leur orifice par des brèches osseuses , mais s'élargissani souvent pour former des cavités remplies de limon , d'os et de débris dont la disposition montre qu'ils ont été introduits par la fente verticale, seraient l'eiïet d'une troisième et dernière époque.

Les cavernes à ossements proprement dites, telles que celle de Torquay , sont du temps où vivaient dans le pays des animaux éteints aujourd'hui , ou qui y sont étrangers. Les accumulations dans les fentes, ou en relation avec elles, sont dues à quelques changements surrenus à la fin de cette même époque. Dans la caverne de Kent's Hole , près Torquay, on trouve, sous une couche épaisse de stalagmite qui oe se forme plus, un lit d'argile reposant sur la roche calcaire qui constitue la |)aroi dans la cavité. On a recueilli dans cette argile non stratifiée , beaucoup d'ossements d'éléphant , de rhinocéros, de bœuf, de daim, de cheval, d'ours, d'hyène, et un très grand carnassier. Sur les divers points de la caverne , comme dans toute l'épaisseur de la couche argileuse, des ossements

(4l Proceed. geoL Soc, of Latidon^ vol. III , p. 286.

\z) On the gcology., etc. Sur la géologie du su^-estdu Devonsbire. ( Tra/isacl. geol. Soc. of Londnn , vol. VI , p. 442. — Voyez aussi : H. T. de La Bêche , Report on the geol. oj Cornwdll , etc. , p. 395 , in-8. <839. — Id.j Manuel géologique , trad. française, p. 206. — Ed. Vivian , Quart, fourn. geoL Soc. of London , n° 12 , p. 353.

humains et de» objets d'industrie, tels que des flèches ou des couteaux en silex , se trouvaient mélangés avec les débris des animaux précédents.

M. Austen pense que ce sont les grands carnassiers qui ont apporté les 06 dans la caverne, et, après avoir discuté toutes les circoostances relatives à la présence des ossements humains, il conclut de leur position constante sous la couche de stalagmite , de leur isolement les uns des autres et de leur association à ceux des animaux , qu'ils sont contemporains du phénomène qui a rempli U caverne et qu'ils y ont été apportés par les mêmes circonstances que tous les autres.

Dans la caverne de Berry-Head , à la pointe sud de la baie de Tor, M. Bartlett (1) a recueilli , dans une couche de limon de l'",20 d'épaisseur, des coquilles terrestres , quelques coquilles marines de la côte, des ossements d'animaux domestiques, des os humains et des débris de poteries. Au-dessous, les débris d'éléphants et d'autrès grands animaux étaient fort abondants. Ainsi dans cette cavité, très voisine do la précédente , il n'y avait point de mélange entre les ossements humains et ceux des mammifères éteints, et l'on peut présumer que celui qu'a observé M. Austen résultait de quelques circonstances particulières qui n'impliqueraient pas nécessairement la contemporanéité des uns et des autres. La couche de stalagmite, quoique ne se formant plus , n'est point prouvée par cela seul être antérieure à l'époque actuelle.

iM. Buckland a également contesté la contemporanéité , invoquée par M. Austen , des débris humains et des objets d'industrie avec les animaux éteints trouvés dans la caverne de Ash-Hole. Diverses remarques ont aussi été publiées par M. Traill sur la caverne à ossements de (iefn dans le Denbigshire (2) .

§ 6. Paléontologie.

Les ossements d'ours , fort nombreux sur le continent , sont très Travaux rares dans la Grande-Bretagne où dominent les débris d'hyène , m. r. owen. tandis que ces derniers sont peu répandus dans les cavernes à os-

[\) Rejj. 12*" Mcrt. brit. Jssoc. at Manchester, 184?. — ^nn. des se. ^éol.., vol. I, p. 784. 1842.

(2) Voyez encore pour l'Irlande, J. Bryce , On some caverns bones , etc. Sur quelques cavernes à ossements humains de la chaussée des Géants. [Rep. 4"' Meet, brit, Assoc, at Edinburgh^ 4^34,

sements de l'Allemagne. M. R. Oweii (1), dans son beau rapport sor les mammifères fossiles d'Angleterre , a indiqué toutes les cavernes dans lesquelles des os d*hyènc avaient été trouvés, et il a feit remarquer que Tespèce à laquelle ils ont appartenu ressemblait plus à r^. crocuta, de l'Afrique méridionale, qu'à celle du nord de ce continent et de l'Asie mineure. La caverne de Kirby- Moorside en a surtout présenté une immense quantité. On la rencontre d'ailleurs dans le drift ou diluvium , aussi bien que dans les cavernes.

Les cétacés appartiennent aux couches de graviers contiguës aux estuaires ou aux grandes rivières, et se rencontrent aussi dans les graviers diluviens et l'argile sous-jacente. Le célèbre zoologiste anglais a fait observer encore (2) que dans toutes les collections de fossiles provenant des tourbières , du lit des rivières, des attérisseroenls modernes, etc., où l'on a trouvé quelques débris de l'espèce humaine et des produits de son industrie , il n'a jamais reconnu de traces évidentes d'une espèce animale éteinte, et que la plupart de celles qu'on y a constatées élaient des ossements de quadrupèdes domestiques. Dans les marais, les tourbières et les étangs, les débris de mammifères indiquent, en général, des espèces récentes, mais qui ont été détruites presque toutes dans l'île, comme le loup. Tours et le castor, ou bien qui y vivent aujourd'hui à l'état sauvage ou à l'état domestique, comme le renard , le sanglier, le bœuf à cornes courtes, le bouc ^ etc.

Les marnes lacustres , placées sous les marais et recouvrant les lits de coquilles marines quaternaires, renferment des espèces éteintes {Cervus megaceros, Unis priscus , etc.), appartenant à des genres qui existent encore en Europe ou même dans les Iles-Britanniques. A cette éqoque et pendant tout le temps que ces lacs mirent à se changer en cours d'eau ou rivières, les dépôts qui se formaient ensevelirent une faune entière de mammifères (3). Le Mastodonte avait alors disparu , mais il y avait le Mammouth ,

p. 658.) — T. Andrews, On somc caves , etc. Sur quelques cavernes dans l'île de Ralhlin et la côte voisine du comté d'Antrim. (Ib., p. 660.)

(1) Rejj. I2"* iVcct. brit. Assoc. at Manchester, 1842. — Ann. des se. géol,, vol., I , p. 784. 1842.

(2) Hep. W^ Meet. id, at Cork, 1843, p. 208.

(3) Sur la distribution géographique des mammifères dont les races sont éteintes (Leçon du professeur Owen , The Athenœum y n« 956. — Llnstititt, 28 oct. 1846).

PALKONTOI.lXilP. 125

rbippopolame, le rhiiioci^ros, riirus, le bisou, le bceuf , le Mf*gaceras , le Slrongyioceros , VUippelvphus , le renne , la chevreiu*, le cbe?al , l*âne et le sanglier ; parmi les carnivores , le lion ou le tigre, le Machairodus, le léopard, le chat, Thyène, Tours, le loup, le renard, le blaireau, la loutre, le putois, la belelte; parmi les insectivores , la chauve-souris , la taupe , le Pcdœospalax ; parmi les rongeurs , le castor , le lièvre , le rat , la souris , le Lagomys^ le TrogorUhère (éteinl) ; parmi les cétacés, le cachalot , le narval , la baleine , etc. Ces débris n'ont point été entraînés à la suite d'une révolution subite et violente, mais les animaux auxquels ikappartenaient ont dû vivre sur les lieux mêmes où on les rencontre, et cela pendant plusieurs générations , comme le prouvent leur abondance dans des dépôts lacustres formés tranquillement , Tintégrité parfaite des ossements qui n*ont été ni frottés ni usés par TactîoD des eaux , la grande quantité de bois de cerfs à diiïérents âges, eo rapport avec les ossements des mêmes animaux , et enûn Texistence de coprolithes semblables à ceux des cavernes de Kirkdale, etc.

Les couches lacustres de Clacton (Essex) , de Mundesley et d'autres localités de la côte de Norfolk , ont offert des mammifères éteints des genres Canis , Lrsus , Felis , PtUorius , Arvicola , Castor, Equus, Bos, Cervusj représentés par des espèces européennes , et d'autres appartenant aux genres Elephas , Hyœna , Rhinocéros , confinés actuellement dans les parties chaudes de TAsie et de l'Afrique. Quelques sous-genres d'insectivores et de rongeurs découverts dans les lignites de Bacton , sur la côte de Norfolk , n'ont plus aujourd'hui de représentants.

Prèsde Gray's-Turrock (Essex) des restes fossiles appartenant ï un quadrupède du genre Macaque ont été trouvés mêlés à des débris d'éléphant , de rhinocéros , de bœuf , etc. Jusqu'alors on ne connaissait de quadrumanes fossiles que dans le terrain tertiaire inférieur et moyen (1); peut-être le grand singe platyrrhinin , découvert par M. Lund,dans une des cavernes du Brésil , se trouverait-il contemporain du Macaque d'Angleterre (2).

(1) La place des couches ossifères des collines Siwalick, de Tîle de Péri m , etc., dans Tlnde, où des ossements de quadrumanes ont été trouvés, n'est pas encore bien déterminée dans la série tertiaire.

(2) Compt, rend,^ vol. XXI , p. 573. i 845. — Voyez aussi : Notice vf the occurrence, etc. Notice sur la présence de débris fossiles du Megaceros hihernicus et du Castor europœits dans les àé^b\s pleistoccneSj à Ilford et Grays-Thurrock , par R. Owen. [Quart. Jourtt.

Le diiaYium oo les graviers et cailloux roulés (drift)^ et l'argile avec blocs {iill) , renferment des espèces dont les genres ont encore des représentants, mais qui ne vivent plus dans la Grande-Bretagne ni en Europe {Elepkasprimigenius, Rhinocéros tichm^hinus, Hippopotamus major y Hyœna spelœa.eic). On a vu que la plupart des coquilles contemporaines de ces mammifères avaient encore leurs analogues vivants, mais elles indiquent une température plus basse quecellede la zone où vivent aujourd'hui les grands pachydermes.

L'association des mammifères fossiles dans les cavernes à ossements de la Grande-Bretagne étant la même que dans les dépôts lacustres et diluviens , on en doit conclure que leur introduction correspond à l'enfouissement des débris précédents dans les couches quaternaires , ou que les uns et les autres étaient contemporains.

En comparant la faune des mammifères quaternaires d'Angleterre avec celle de l'Europe et de l'Asie, M. R. Owen (1) a reconnu entre elles une correspondance remarquable , de même qu'entre la faune des mammifères éteints de cette époque et celle de nos jours. La faune diluvienne des Iles-Britanniques est presque aussi riche dans ses formes spéciûques que celle de l'Europe, et porte à croire que le canal de la Manche n'existant point encore, aucune barrière ne s'opposait à la migration vers l'O. des Mastodontes, éléphants, rhinocéros, hippopotames, bisons, chevaux, tigres, hyènes, ours, etc. , dont les ossements se montrent partout dans les dépôts superûciels. Aujourd'hui le continent asiatico-européeo nourrit des espèces de presque tous les genres qui sont représentés par des mammifères fossiles dans les couches quaternaires du même continent et de l'île de la Grande-Bretagne qui luiestconligué. L'auteur explique leur extinction dans cette dernière , en supposant que les mouvements qui l'ont séparée de la ferre-ferme en ont submergé une partie, et qu'ils ont restreint les moyens d'existence des grands animaux qui y vivaient, leur ont ôté la

grni. Soc. of London, n« «3 , p. 42. Fév. 4848. — H. D. Richardson , Facts coiuvniifii^ , etc. Faits concernant Thistoire naturelle du daim gigantesque d'Irlande, in-8. 4846. — Nolan et Glannon, {Dublin Evcnin^ Post, 14 nov, 1846. — Dublin j armer s' Gazette^ 98 nov. 1846.)

(1) Hrjwrt of thr rxtinct niammais, etc. Rapport sur les mammifi^ros éloinls de l'Australie. [J^fp- 14*'' Mcrt brit. Jssoc. ot York^ 1844 (Londres. 1845), p. 17, 6 planches. — L. Borner, [Jddress driivvrrd ^ l'tc. Quart. Jnurn. f^rof. Soc. of l^ndon , vol. !!, P.21C),

potsibiltté (le rcloiiriKT sur l<* rontiiu'iii , ont fait diminuer le nombre de certains d'entre eux ei ont ani^anii les autres. I^ nianqae de nourriture végétale suffisante a dû contribuer aussi à Textinctlon des quadrupèdes herbivores et en même temps à celle dos camiTores dont ils étaient la proie , de manière qu'ils avaient tous cessé de fifre lorsque l'homme arriva dans le pays.

Noos avions déjà essayé d'établir, il y a quelques années (1), que la formation du canal de la Manche avait eu lieu après le dépôt des caîiloax roulés diluviens et avant celui de l'alluvion ancienne : or, les considérations de M. Owen , de même que la présence de nombreux débris d'éléphants dans les anfractuosilés du sol sous-marin du Pas-de-Calais, semblent confirmer cette manière de voir; mais rien ne nous prouve une extinction graduelle des pachydermes et des carnassiers , telle que la snpiwse le savant zoologiste, après la finmation du détroit. Nous pensons, au contraire, que la destruction de la faune quaternaire a eu lieu dans les Iles-Britanniques en même temps que dans l'ouest de l'Europe, par une action du même genre, et dont la rupture de l'isthme, qni existait entre Calais et Douvres, est encore une conséquence, ainsi que l'émersion et non l'immersion d'une partie des côtes d'Angleterre, d'Ecosse et d'Irlande. Nous aurons d'ailleurs souvent occasion de signaler par la suite de nombreux anachronismes dans les relations établies entre les faits et les causes, lorsqu'on s'est occu|>é des phénomènes de l'époque quaternaire.

D'après M. Owen, sur environ 50 espèces de mammifères fossiles appartenant à cette époque en Angleterre, 17 étaient éteintes avant les tem|)s historiques; 5 ont été détruites de mémoire d'homme, ce sont le Canis lupus (loup), le Casto?' eurojxBus (castor), le Cervus tarandus (renne), le Bison priscus (aurochs) et le Bo8 primigenius ou grand ih^us (]ui est aussi éteint sur le continent. 26 espèces dont les débris fossiles prouvent ({u'elles étaient contemporaines du Mammouth (Elephas primigenius) vivent à la fois en Angleterre et sur le continent européen (2 espèces de chauvessouris, taupe, blaireau, loutre, renard, chat sauvage, souris, lièvre, cheval, cerf rouge, chevrellc), et de ce côté du détroit on trouve le renne, le castor, le loup, le Lagoniys et l'aurochs de Russie identique avec l'aurochs fossile d'Angleterre. On ne connaît point jusqu'à présent de reptiles dans les dépôts diluviens de ce dernier pays.

(4) DArchiac, Bull., vol. X, p. 222. 1839.

Travaux M. Edwdrcls Foibcs , dont nous avons déjà eu occasion de rap-

M. Ed.'^Fuihes. pcier les recherches iinporiautes sur la distribution des animaux dans les profondeurs de la mer {antè, voL I, p. 397) , a considéré la flore d'Angleterre sous un point de vue qui se rattache à la géologie et plus particulièrement à Tépoque quaternaire. Ce travail considérable (1) , qui a vivement intéressé les botanistes par l'originalité des aperçus qu'on y trouve , doit aussi fixer un instant notre attention. Nous suivrons dans son analyse la marche que l'auteur a adoptée , et en distinguant avec soin des résultats de l'observation directe que nous sommes tout disposé à admettre quelques explications qui nous paraissent de nature à soulever des objections sérieuses.

£n supposant la diffusion des êtres de certains centres primitife, iM. £d. Forbes pense que les agents ordinaires de transport tels que les cours d'eau terrestres et les courants marins, les vents, les animaux, et en dernier lieu l'influence de l'homme, ne suffisent pas pour rendre compte, dans le plus grand nombre des cas, de la ressemblance de certaines flores locales très éloignées aujourd'hui les unes des autres; aussi s'est-il proposé de démontrer qu'il y avait eu autrefois, entre ces diverses régions, des communications successivement établies par des oscillations du sol , puis rompues ensuite, ce qui n'est d'ailleurs que le développement de l'idée déjà formulée par M. Wilson.

Les végétaux des Iles-Britanniques se groupent en cinq flores distinctes, dont quatre sont concentrées dans des provinces déterminées , et la cinquième , qui occupe exclusivement une grande surface, s'étend aussi plus loin en se mêlant avec les quatre autres. La premièie de ces flores est la plus restreinte et se trouve confinée dans les districts montagneux de l'ouest et du sud-ouest de l'Irlande. Elle est caractérisée par des espèces peu fécondes , et le point le plus rapproché de l'Europe , d'où elle semble provenir, serait le nord de l'Espagne. Il ne paraît pas y avoir de faune ou d'association d'animaux correspondant à cette flore.

(1) On the connexion betwen distribution , etc. Sur la connexion entre la distribution de la faune et de la flore actuelles des Iles- Britanniques et les changements géologiques qui ont affecté leur surface, particulièrement pendant l'époque du r/////^ du Nord. [Rep. \^^^' Meet. brit. Assoc. at Cambridge, 1845 (Londres, 1846), p. 67 des Notices. — Mcm. of the geolooïcàl Survcy of great Britain, p. 336, in-8. Londres, 1846.)

PALÉONTOUMilE. 1 09

La seconde flore, celle du sud-est de rirlaiidc et du sud-ouest de r Angleterre, comprend un certain nombre d'espèces qn*on ne troQve point ailleurs dans les Iles-Britanniques ; mais elle est dans un rapport intime avec celle des iles de la Manche et des parties voisines de la France. Quelques coquilles terrestres aiïeclent une distribution correspondante.

Dans le sud-est de l'Angleterre , où la craie est particulièrement développée , les végétaux de la troisième flore montrent un grand nombre d'espèces communes à ce district et aux côtes opposées de la France. Les caractères de la faune entomologique sont en rapport a\'ec l'existence de cette flore , et il en est de même des coquilles terrestres confinées à ce district, ou s'éiendant très rarement audelà.

Les plantes des montagnes d'Ecosse qui composent la quatrième flore sont peu nombreuses au sud, dans le Norihumberland et le pays de Galles, mais elles sont toutes identiques avec celles des chaînes du nord, telles que les Alpes Scandinaves, où l'on trouve en outre associées avec elles des espèces qui ne se montrent point dans les Iles-Britanniques. Les formes alpines diminuent progressivement du nord au sud, et la même distribution paraît exister pour la faune de la région montagneuse.

Enfin la cinquième flore , soit seule, soit associée aux autres, est identique à celle de l'Europe centrale et occidentale ou flore ger^ manique, et la faune qui l'accompagne diminue en s'avançant vers le nord et vers l'ouest.

Ce n'est qu'après le dépôt de l'argile de Londres ou du terrain tertiaire inférieur que les migrations des plantes et des animaux dont on vient de parler peuvent avoir commencé , la température ayant auparavant favorisé le développement d'êtres organisés très différents. Ces migrations doivent aussi avoir eu lieu avant l'apparition de l'homme, car les tourbières, composées de débris des vastes forêts, qui pendant les temps historiques les plus reculés occupaient une grande partie de la surface actuelle des Iles-Britanniques, recouvrent les marnes d'eau douce avec Cervus megaceros, etc., lesquelles surmontent à leur tour les dépôts tertiaires pleistocènes formant le lit soulevé de la mer lors de la période glaciale (1). Pendant l'époque quaternaire {post-pliocene ) , la plus grande

(4) Dans toutson travail , M. E. Forbes* regarde comme démontrée l'existence d'une pôriodc de g/arrs.

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