CHAPITRE III
Si l'on considère le terrain quaternaire ou diluvien de l'Europe, abstraction faiie des contrées du nord et des Iles-Britanniques dont nous venons de nous occuper, on reconnaîtra que les matériaux des dépôts meubles sont distribués ou répartis exclusivement, soit sur les flancs de certaines gibbosités principales et dans les vallées qui y prennent naissance, soit dans de larges dépressions ou bassins hydrc^raphiques qui ne sont limités à leur pourtour par aucun relief bien prononcé. Dans Tun ni dans l'autre cas il n'y a mélange des matériaux transportés. L'extension et l'énergie des phénomènes n'ont point été nécessairement eu rapport avec l'élévation des massifs montagneux d'où ils semblent provenir, ni avec la profondeur et l'étendue des bassins hydrographiques, non plus qu'avec la rapidité de leurs pentes et la longueur des cours d'eau qui les parcourent. Le champ dans lequel chaque phénomène s'est exercé devrait être d'abord exactement limité pour qu'on pût savoir si tous les dépôts meubles ont été formés simultanément , ou bien s'ils l'ont été successivement ; et, dans ce dernier cas, il resterait à établir leur chronologie. IVIais à cet égard il y a encore trop à faire pour que nous puissions essayer autre chose qu'une esquisse grossière dé l'extension géographique ou superficielle de chaque phénomène , en tant qu'elle peut être indiquée par la nature des matériaux incohérents qui ont rayonné d'un massif dans toutes les directions, ou qui ont convergé des bords d'un bassin vers l'une de ses extrémités.
Cette distribution nous démontrera que l'orographie générale était, au commencement de la période diluvienne, à très peu près ce qu'elle est aujourd'hui , et nous reconnaîtrons que des lignes de partage entre certains bassins hydrographiques et dont l'élévation devait être bien faible alors ont pu cependant restreindre les effets du phénomène erratique aux mêmes limites que les eaux qui se rendent actuellement dans chacun d'eux.
§ 1 . Terrain quaternaire de la HoUande et de la Belgique.
L'espace que nous comprenons ici constitue un plateau très foi-
140 TERRAIN QUATERNilRE DE LA HOLLAiNDE
blcnicnt iucJiné au nord vers la mer, et borné au sud par la ligne de partage des eaux de TArlois, laquelle se prolonge à Test par La Capelle et Hirson pour se confondre ensuiie avec celle de TArdenne qui passe par Palézeuil, Neufchâteau, Bastogne, etc., et est coù\yéii en un point par la fente profonde que parcourt la Meuse.
Sur les côtes opposées de la Manche, les dépôts diluviens sont fort différents, et Ton ne rencontre sur le littoral plat, marécageux ou sablonneux de la Hollande et de la Belgique rien qui rappelle les dépôts coquilliers marins, les argiles avec blocs, les couches lacustres et les graviers si puissants qui couronnent la craie ou le crag des falaises du Suffolk et du Norfolk ; peut être jwurrailon y voir le côté abaissé d'une immense faille irrégulière, dont Taffleurement des argiles de Boom serait on accident particulier? Les sédiments modernes y masquent presque partout les sédiments plus anciens, ou bien leur ressemblance est telle qu'on peut rarement les distinguer. Le peu de relief du pays, joint à sa faible élévation au-dessus de la mer, ne permet pas non plus d'apprécier exactement la composition du sol ni l'épaisseur des couches meubles qui le constituent ; aussi est-ce par le creusement des puits que l'on a obtenu les renseignements les plus exacts.
M. Moll (1) a communiqué une note sur un forage exécuté dans la province d'Ulrecht et poussé jusqu'à 135 mètres. L'orifice du puits était à 16 mètres au-dessus de la mer, et jusqu'à 132 mètres la sonde avait traversé des sables et des cailloux roulés qui ne diffèrent en rien de ceux de la surface du sol. Le sable était plus ou moins gros, ou fin et de diverses couleurs. On a rencontré quelques lits d'argile et des fragments de coquilles très rares et indéterminables. Dans cette coupe , il est presque impossible de marquer le point où finit le dépôt quaternaire et où commencent les alluvions modernes. Un puits creusé en 1605 à Amsterdam, jusqu'à 75 mètres, avait traversé 28 mètres de sable et d'argile, 18 mètres de sable alternant avec des lits de coquilles marines, 16 mètres d'argile dure sans coquilles , 4 mètres de sable avec des pierres disséminées , et qui représenterait le sable de la geest suivant M. Élie de Beaumont (2) , enfin 6*", 10 de sable pur. Trois autres puits pratiqués aux environs de Rotterdam, et poussés seulement à 9 et 19 mètres, n'ont fait connaître que des alternances de tourbe argileuse ou sa-
h) Compt. rend., vol. I, p. 38. 1835.
\^) Leçons de ^colffgic pratiqua , vol. I, p. 260. 1845.
ET DE l.\ liEMiKU'E. Hl
blunne^f<;c, des argiles blanchâiros, puis, vers le bas, des argiles lenaces H plus compactes, sans qu'on ail atleint des couches décidément moines ni le niveau de la geest. Dans le forage de Zeist , qui est arrNé à ^85 pieds d*Utrecht, environ 312 pieds ont travei*sé un dépôt de transport décrit par M. Van Breda (1) , et le reste a été rapporté au terrain tertiaire iuférieur.
Au centre de la wllande, entre Leyde et Utrecht, la surface du sd est d'environ 0"*,\û à 0"\70 au-dessous du niveau moyen de la mer, et à un mètre plus bas commence le banc tourbeux ( veen ) dont Tépaisseur est de j mètres, puis vient une couche de glaise. Les nivellements , les sondèges et les fouilles exécutés en 1751, près de la mer de Harlem, ont pi;ésenté des résultats assez semblables aux précédents, et la CQuéiie argileuse s'est rencontrée sous 2*,50 à 3 mètres d'une tourbe raseuse et sablonneuse. Ces dépôts appartiennent sans doute au terrain moderne , et le seul qui , par son étendue et sa continuité »\scmble appartenir à une époque antérieure et être le produit d'une -cause plus générale, est celui que nous avons déjà désigné sous le nom de geest.
« Les parties de l'Allemague et de la Belgique qui avoisinentia » mer du Nord, dit M. Élie de Beaumoàt (2), sont des pays sa- » blonneux, formés d'un sable quartzeux, légèrement argileux, dans » une grande partie duquel se trouvent des mtgments et des blocs » de différentes pierres, par exemple, des silex de la craie, conte- » nant souvent des pétrifications et despien^es primordiales (gra- » nite, etc.). Ces sables, très répandus dans rAllemagne seplen- » trionale, portent le nom de geest, qui, dans le langage vulgaire de » ces contrées, désigne ce terrain qu'on trouve dans le pays de Liège » et de Juliers, dans le Brabant, la Gueldre, l'Over-Yssel, la » Westphaiie et la Basse-Saxe , formant le sol des bruyères et qui , » dans cet espace continu, couvre les montagnes aussi bien que les » plaines; c'est là le sol fondamental de ces contrées, qui partout n arrive jusqu'au bord de la mer ou des Pays-Bas. »
Les collines formées, soit par le sable des Flandres, soit par la geest elle-même, atteignent les rives de l'Escaut. Berg-op-Zoom et Gertruydenberg sont bâties sur ces collines. Celles que constitue la geest se prolongent jusqu'au Zuyderzée ei au bord des basses terres de la Frise. La geest occupe surtout la partie méridionale de la
(\)Neu. Jahih.\ 1837, p. 71.
(2) Loc. cit., p. 25:3.