‹ Histoire des progrès de la géologie de 1834 à [1859] (volume 2)Chapitre 28 sur 87 · CAVERNKS A OSSEMENTS DE LA BELGIQUE · texte numérisé non relu

CAVERNKS A OSSEMENTS DE LA BELGIQUE

important pour la science a été terminé. A la suite d'une note sur la caverne de Villers-Sainie-Gerlrude, dans la province de Luxembourg, le mémo zoologiste a exprimé l'opinion que les ours , les lions , les loups, elc, n'avaient point habité les cavernes où se trouvent leurs débris, mais que ceux-ci y avaient été introduits déjà dépouillés de leur chair et en même temps que le limon et tout ce qu'il enveloppe (1).

On n'avait encore trouvé aucune trace d'éléphant fossile dans le Luxembourg , lorsqu'en iS[\0 M, River (2) recueillit deux défenses enfouies dans le dépôt diluvien d'Ëttelbruck. La province de Namur n'en a point offert non plus, suivant M. iMorren (3), et celle de Liège n'en a présenté que très rarement dans quelques grottes. Dans le Hainaut , les ossements de ces pachydermes sont plus communs; mais c'est dans le Brabant, la province d'Anvers et les deux Flandres , qu'ils sont le plus répandus. Ils ne le sont pas moins en Hollande, et l'on a retiré de la mer, à 15 milles du Texel, une grande défense semblable 5 celles que l'on a trouvées sur la côte opposée d'Angleterre. Ainsi , la crête des Ardennes , dont la hauteur moyenne est de 550 mètres entre Neufchâteau et Suerbrodl , et la partie supérieure de ses deux versants , ne paraissent point renfermer de débris de mammifères quaternaires ; ce n'est qu'à 160 mètres d'altitude que l'on commence à en trouver dans quelques cavernes (Chokier); à 100 mètres et au-dessous, ils deviennent communs. La ligne de faîte avait alors le relief que nous lui voyons aujour-

ia constitution géol. delà province de Liège ^ p. 324, in-4. Bruxelles^

(1) Jcad. de Bruxelles^ 8 août 1835. — L'Institut y %^ sept.

(2) BulL de l'Acad, de Bruxelles ^ vol. VU, 1" partie, p. 64.

(3) Mémoire sur les ossements fossiles d*éléphant trouves en Belgique, in-4 , Gand , 1834. — Bull, de rAcad, de Bruxelles ^ vol. 1, p. 153. \%'àk'^&. -^ Rapport de M. d'Owalius d'Halloy, 7 juin 1 834. — Voyez aussi : Schmerling, Sur des débris (F éléphant et de rhinocéros \E. primigenius , R. tichorhinus) dans le dépôt diluvien des environs de Chokier. ( Bull, de r Acad, de Bruxelles , vol. III , p. 82. 1836.) — Id,, Sur des fragments d'os façonnés et des ossements humains dans la caverne d'Engis. [Bull.^ vol. VI, p. 70. 1835.) — Id.y Ossements fossiles à l'état pathologique des cavernes de la province de Liège. (Ib., vol. VII , p. 51 . 1836.) -^ Geoffroy Saint- Hilaire , Sur les ossements humains provenant delà caverne de Liège. (Compt. rend., vol. VII , p. 13. 1838.)

ET PALÉONTOLCMilE. 149

d*hui , et c*est sur la partie inférieure du plan incliné qui en descend au N.-O., entre les côtes de la Flandre occidentale et de la Zélande, que les ossemenls de grands pachydermes furent entraînés par des débâcles qui , d'après M. Morren , auraient été successives et répétées.

Le même savant s'est attaché à démontrer la contemporanéité du castor et de Thomme dans les Flandres, où des débris d'aurochs ont aussi été trouvés dans des tourbières, près d'Auxy-le-Châtean (1).

(4) Àcad. de Bruxelles, 4 avr. 1835. — L'Institut, 4 3 juin et 4 S août 4 835.

GBAPITIIE IV.

TEURAÏN QUATEUNAIRE DE LA FRANCE.

$ 1. Batsin de 1a Seine.

Le bassin de la Seine , limité au nord par la ligne de partage de TArtoiset le prolongement occidental de celle de TArdenne, k Test par la crête de l'Argonne, le plateau de Langres, la chaîne de la Côte-d*Or. le massif du IMorvan au sud et au sud ouest , par la ligne de partage du Mellerault, et an nord-ouest par la mer, peut être regardé comme une dépression elliptique, tronquée à son extrémité nord-ouest et dans laquelle le phénomène erratique s'est produit des bords vers le centre, ou mieux, vers le grand axe, en inclinant constamment au S.-O., à 1*0. ou au N.-E., suivant la partie du périmètre que Ton considère. Au nord-ouest, cependant, une ligne de partage, qui de Landrecies se dirige vers Forges-les-Eaux et Ivetot , en formant une courbe dont la concavité est tournée an N.-O. , isole du bassin de la Seine un système de cours d*eau qui se rendent directement dans la Manche, et que Ton peut désigner sous le nom de bassin de la Somme.

Dans rétendue de ces limites on reconnaît presque toujours le terrain diluvien ou quaternaire, composé, à la base, de sable, de cailloux roulés, de gravier et de blocs erratiques, mais sans aucun débris de roches étrangères au pourtour ou à l'intérieur du bassin, et , vers le haut par le dépôt argilo-sablcux ou alluvion ancienne avec les mêmes caractères qu'en Belgique. C'est à ce limon que les plaines de la Flandre, de l'Artois et de la Picardie doivent leurs richesses agricoles , et nous allons le suivre en même temps que le dépôt de cailloux roulés , de l'ouest à l'est , puis au sud , dans les départements où l'un et l'autre ont été étudiés.

Un sondage exécuté à Calais a traversé, avant d'atteindre les cou- côiet ches tertiaires, 23 mètres de dépôts coquilliers modernes et de cail- i» Mauche. loux roulés appartenant au terrain qualernaiie (l),el sur cette

(1) Des divers projets pour donner de l'eau à la ville de Calais , par M. Legros Dévot. Calais, 1845.

pente noi d de l'axe de I*Arîois, nous avons fait voir que les dunes récentes reposaient sur un dépôt de transport composé de sable plus ou moins coloré, de vase argileuse empâtant des cailloux roulés de diverses grosseurs, de silex , de grès ferrugineux et de calcaire crayeux (1). Ce dépôt passe à un poudingue incohérent très chargé d'oxyde de fer. Il est séparé de la craie, entre Sangatte et le cap Blanc-Nez, par une couche d'argile sableuse jaunâtre et un banc de sable vert foncé , et de plus il est identique avec celui qui recouvre la craie sur la côte opposée du détroit, entre Douvres et Folkstone.

Dans le Haut-Boulonnais, la surface de la craie est occupée par des silex pyromaques, la plupart intacts et ne paraissant pas avoir été roulés. Ils sont empâtés dans une marne brune, souvent roiigeâtre, dont l'épaisseur n'est jamais bien considérable et qui remplit des crevasses assez profondes de la craie. Le même dépôt, dans le Bas -Boulonnais, s'étend sur les diverses roches jurassiques ou de transition qui le rendent plus ou moins sablonneux , argileux ou calcarifèie. La grosseur des silex et leur nombre diminuent d'ailleurs à mesure qu'on s'éloigne de la ceinture crayeuse de ce petit bassin (2).

A l'ouest de Montreuil-sur-Mer, les cailloux roulés forment des lambeaux très considérables (3), et à Saint- Valery-sur-Somme le château et la partie haute de la ville sont bâtis sur un promontoire qui semble annoncer une élévation du sol , contemporaine de ces plages soulevées que nous avons vues si fréquentes de l'autre côté du détroit {U) et dont les falaises de Dieppe à Fécamp et surtout à Saint- Valery-en-Caux (5), de même que le rivage de Sainte-Adresse près du Havre, offrent probablement aussi quelques exemples moins prononcés. A Sainte-Marguerite, au sud de Dieppe, le terrain tertiaire inférieur est surmonté par un amas de sable et de cailloux roulés semblables en tout à ceux de Newhaven (Sussex), de Barton (Hampshire), etc. (6).

(1) D'Archiac, Mém, sur le groupe moyen de la formation crétacée. [Méin. delà Soc. géol. de France, vol. Ill, p. 263. 1839).

(2) Rozet , Description géngnnstifjue du bassin du Bas-Boulonnais, p. 26, in -8. Paris, 1828.

(3) D'Archiac, Bull., vol. X, p. 220. 1839.

(4) Id, ib., 2« sér., vol. l. p. 59, 60. 1843.

(5) Eug. Robert et C. Prévost, ib., p. 56.

(6) D'Archiac, Bull., vol. X, p. 220. 1839,

En s*éloignaiit de la côte, les plateaux crayeux uc sont plus re- népaitemenu couTerts que de silex de la craie, peu ou point roulés , entourés ' et"*^' d'une argile sableuse brune ou jaunâtre. C'est ainsi que se présen- **" c«iv«dM. tent les dépôts diluviens dans le département de la Seine-Inférieure et dans les parties de ceux d'Eure-et-Loir, de l'Eure et du Calvados qui sont occupées par la craie. Souvent ils sont formés de deux assises se mêlant au contact. L'assise supérieure, quelquefois de 25 mètres de hauteur, est une argile assez compacte, jaunâtre, renfermant de petits fragments de silex, disposés par bandes ou lits discontinus de quelques décimètres d'épaisseur ; l'assise inférieure, qui repose sur la craie, est un mélange d'argile plastique, souvent rouge, et de débris anguleux de silex qui n'ont subi aucune altéralion , et qui évidemment n'ont point été transportés (1).

D'après M. de Caumont(2) les éléments du dépôt diluvien se modifient selon la nature des couches solides qui les supportent, et les fragments de ces dernières sont toujours plus nombreux que ceux des roches éloignées. Ainsi , sur les formations jurassique et crétacée, c'est une argile de teinte variable suivant la roche d'où elle provient, enveloppant des silex analogues à ceux des couches en place, sous-jacentes, et quelques fragments de quartz; sur le terrain de transition , ce sont des argiles de diverses couleurs, des sables jaunes, plus ou moins fms, des galets quartzeux, et accidentellement de petits silex. Un fait assez remarquable est la présence de gros blocs de quartz grenu , épars à la surface du forest marble dans les coranmnes de Lébisay, de Saint-Aubin-d'Arquenay, etc., et éloignés de plus de 6 lieues des roches d'où ils ont été détachés.

La formation erratique du bassin de la Somme se compose de Bassin liis de sable et de gravier siliceux , de silex plus ou moins roulés , u somm«. blonds , gris , noirs ou blanchâtres ; de fragments de grès ; de fossiles siliceux provenant de la craie et de Nummulites tertiaires. Parmi les cailloux on en remarque qui sont plus roulés , verts à l'extérieur et répandus surtout dans les arrondissements de iMontdidier et de Péronne. Ces silex verts , dont nous avions signalé l'origine

(1) A. Passy, Dcscript.géoL du dép. de la Srinc-lnférieurc^ p. 84 et 95, in-4. Rouon, 1832.

(2) Topographie géognostifjuc du Calvados^ p. 43, 81 et 107, in-8. Caen , 1825.

tertiaire (1), ont été aussi parfaitement distingués par M. Buteux(2), qui fait remarquer leur abondance précisément sur les points où les sables inférieurs forment encore de nombreux lambeaux à la surface de la craie et ont été moins dénudés. L'alluvion ancienne sablonneuse qui recouvre les graviers et les cailloux , s*étendant sur tous les plateaux crayeux , prend , lorsqu'elle repose immédiatement sur la craie, les caractères d'une argile tenace , brune, ferrugineuse avec des silex non roulés. Elle est alors connue dans le pays sous le nom de bief, et , lorsqu'elle est mélangée d'une grande quantité de petits fragments de craie plus ou moins arrondis , elle constitue le thuin. On y trouve des coquilles terrestres et d'eau douce d'espèces vivantes dans le pays.

A Ménechecourt , près d'Abbeville, on a recueilli dans l'assise inférieure , composée de bancs de sable marneux avec des lits obliques de sable blanc et des veines d'argile, des ossements d'éléphant, de rhinocéros, de cerf, de bœuf, d'aurochs, d'ours , de chien , de chat , de tigre et de cheval , mélangés avec une grande quantité de coquilles fluviatiles et terrestres qui vivent encore aux environs, et des coquilles marines identiques à celles qui habitent la côte , mais moins nombreuses que les précédentes, suivant les observations de IWM. Ravin et Bâillon (3). M. Buteux ajoute qu'il y a aussi quelques coquilles tertiaires et beaucoup de fossiles de la craie , particulièrement des Échinides. Le diluvium des environs d'Amiens est également riche en débris de grands mammifères [k),

M. Ravin (5) a décrit des tourbières rapportées par lui à l'époque diluvienne et qui occupent le fond des vallées et le bord de la mer où elles reposent sur une glaise marneuse , bleue , grise ou noirâtre. Le long de la plage , la tourbe est recouverte par des sables modernes, et dans les marais elle l'est par une tourbe plus récente. Ces couches de tourbe ancienne , où l'on trouve beaucoup d'arbres aplatis , renversés en tous sens ( ifs , sapins , chênes , coudriers ) , sont exploitées à l'embouchure de la Canche et sur d'autres points du rivage. Elles se montrent depuis le pied des collines qui for-

iA) D'Archiac, Bull., vol. X, p. 173 et 221. 1839.

(2) Esquissa géologique du département de la Somme , p. 61 et 123, in-8. Amiens, 1843.

(3) Mém. géoL sur le bassin d* Amiens , p. 49, in-8. Abbeville,

[jk\ Ann. générales des se. physiques ^ vol. IV, p. 12. (5) Loc, cit.

maient autrefois la côte jnsqii'au-delà des limites de la basse mer. en passant sons les dunes actuelles. Leur épaisseur est rarement de plus d'un mètre, et Ton y trouve aussi des ossements de mammifères. M. Rozet (1) avait également signalé les tourbes du même âge exploitées dans le Bas-Boulonnais , depuis Equihen jusqu'à Saint-Frieux.

M. Buteux (p. 415), qui comprend les deux assises quaternaires sous le nom dediluvium, explique à peu près , comme nous le ferons plus loin , la disposition relative des cailloux au fond ou sur les flancs des vallées et celle de l'alluvion ancienne sur les plateaux. Il les attribue à la différence des pouvoirs de transport des courants , et c'est par la même raison que les ossements de grands quadrupèdes se rencontrent avec les cailloux , le sable et le gravier vers le fond des vallées , et non dans Talluvion ancienne des plateaux.

Nous avons fait voir (2) que l'examen des dépôts diluviens dans "^XTlïïu?*" la vallée de l'Oise et sur les plaines environnantes , depuis la source "!:.

' ' de rOiie.

de celte rivière , à la frontière de Belgique , jusqu'à son confluent avec la Seine, était très propre à démontrer la relation des cailloux roulés mélangés de sable et de blocs erratiques avec l'alluvion ancienne qui les recouvre , et à tracer la direction N.-E. , S.-O. , suivie par le courant qui a charrié et déposé les premiers. Ainsi, de Maqnenoise à Hirson, la vallée ne présente que des fragments plus on moins roulés des roches de transition que traverse le conrs de la rivière. En descendant à Etr<^aupont , on y trouve des calcaires jurassiques et des silex de la craie , formations qui ont succédé aux roches anciennes. A Guise, le dépôt erratique s'élève à 56 mètres au-dessus de l'Oise, et, à une distance de 2 kilomètres dans les terres, son épaisseur est encore de 8 mètres. Il est composé de quartzites et de schistes de transition , de quelques grès plus récents , de silex de la craie, et surtout de quartz laiteux , dont le volume varie depuis celui de la tête jusqu'à celui de grain de sable , le tout sans apparence de stratification , et mélangé de sable verdâtre et d'argile grise.

Au-delà , les fragments de roches anciennes diminuent graduel-

(1) Descript. géol. du bassin du Bas-Boulonnais , p. 32, in-8. Paris, 1828.

(2) D'Archiac, Essai sur la coordination des terrains tertiaires^ etc. [Bull. , vol. X , p. 221 . 1 839.) — Descript. géoL du dép. de V Aisne, [Mém de la Soc. géol. de France y \o\. V, p. 173-195. 1843

lemenl en volume el eu nombre, et les cailloux de quartz persistent presque seuls aux environs de La Fère et de Noyon , où le dépôt ne quitte plus le fond de la vallée. Les silex à demi roulés de la craie y dominent alors avec des fragments de diverses roches tertiaires des environs , du sable , des fossiles tertiaires et des os de cheval , de bœuf, d'éléphant et de cerf. De Maquenoise à Noyon , sur une étendue de 23 lieues , la superposition de Talluvion ancienne aux cailloux roulés avec sable el gravier est toujours très nette , et Ton n*obscrve aucun mélange entre les deux assises , ni au fond des vallées , ni sur le bord des plateaux.

En s'éloignant de la vallée principale , et lorsque Falluvion ancienne recouvre la craie blanche avec silex, elle renferme, à sa partie inférieure, beaucoup de silex brisés, mais nullement roulés (arrondissement de Vervins ). On y trouve parfois des veines ou des amas irréguliers de sable glauconieux , et , dans ce cas , on rencontre , avec les silex précédents encore enveloppés de leur gangue crayeuse , d'autres silex roulés, à surface verte et rugueuse , semblables à ceux que Ton observe à la base de la glauconie tertiaire inférieure (Le Nouvioii , la Capelle). Si , au contraire , le dépôt surmonte la craie blanche sans silex , les couches tertiaires ou même urassiques , on le voit souvent mélangé d'une multitude de petits fragments de ces diverses roches (départements de l'Aisne, de la Marne , de la Meuse) , et il constitue le thuin du département de la Somme. Les parties les plus argileuses et brunes, analogues au bief à^ la Picardie et de l'Artois, forment le sol des forêts du Nouvion, du Regnaval, d'Aubenton , etc. Sur les points où le dépôt atteint une certaine épaisseur, on voit toujours les silex non roulés et l'argile prédominant vers le bas diminuer à mesure que l'on s'élève dans la masse , puis manquer tout à fait vers le haut, où le sédiment limoneux prend son caractère uniforme , si constant sur de très grandes étendues de pays.

De Noyon à Creil , les dépôts dont nous nous occupons n'offrent rien de particulier ; mais nous ferons remarquer que , si dans la plupart des cas les caractères généraux du diluvium de cailloux roulés et l'état des matériaux qui le composent empêchent de le confondre avec les silex de la base de l'alluvion ancienne , lesquels ne sont alors jamais roulés ni associés à des fragments de roches d'une époque antérieure ou étrangère au sous-sol crayeux , dans quelques uns, au contraire, on peut reconnaître que les causes qui ont produit les deux dépôts ont eu des relations assez intimes.

Ainsi nous avons démontré, M, do Verneuii el nous (1) , « la cou- » tinuité du dépôt argilo- sableux des plateaux de craie des environs » de Tartigny et de Breteuil (Oise) avec celui du fond de la vallée » de la Brèche, entre Creil et Clerinont, sur une hauteur verticale » de 100 mètres et une étendue horizontale de 46 kilomètres.

» Le diluvium de cailloux roulés mélangés de sable qui occupe » le fond des vallées et s'élève plus ou moins sur leurs pentes , ainsi » que Talluvion ancienne qui le recouvre dans toutes les positions » seraient le résultat de deux phases du même phénomène. Leurs » différences, lorsqu'on les compare sur divers points , ont eu pour » cause des différences corresponilantes dans la vitesse , la profon« » deur et la direction des eaux. Ainsi là où la section du courant » était la plus grande et surtout la plus profonde, c'est-à-dire vers » le débouché de chaque vallée secondaire dans la vallée principale, » le dépôt de cailloux est plus épais , les cailloux sont plus arrondis, » et , si ios collines environnantes appartiennent au terrain tertiaire, » on y trouve des fragments de roches , des coquilles et du sable de » ce terrain mélangés avec les silex provenant de la craie. L'alluvion » ancienne , qui surmonte alors le tout , est plus sablonneuse et cal- » carifère , et les coquilles fluviatiles et terrestres qui ont été en- » traînées des étangs , des marais ou des cours d'eau voisins y » sont plus ou moins abondantes.

a Au fur et à mesure que l'on remonte les vallées du second 9 ordre, et que l'on s'éloigne du terrain tertiaire, le diluvium est » moins sableux, moins épais, renferme moins de coquilles et de ^> roches tertiaires. L'alluvion ancienne est aussi moins sablonneuse , » moins calcarifère ; l'alumine tend à y prédominer , et les coquilles » fluviatiles et terrestres ne s'y montrent plus que rarement. EnGn , A sur les plateaux crayeux de la Picardie , la couche de silex est » souvent très réduite ; ou bien ceux-ci sont peu ou point roulés , » excepté les cailloux verts d'une origine plus ancienne. «

M. Graves , dans son excellent Essai sur la topographie géognostique du département de l'Oise (2) , a décrit sous le nom de diluvium des vallées le dépôt erratique proprement dit , et sous celui de diluvium des plaines l'alluvion ancienne. Tous les détails dans lesquels il est entré à ce sujet s'accordent d'ailleurs parfaitement avec ce qui vient d'être dit. De plus, il fait remarquer (p. 530) ,

1) BulL, 2«sér., vol. II, p. .342. 1845.

2) P. 529, in-8. Beauvais, 1847.

quant à Tassise de cailloux roulés, que l'épaisseur des amas qu'elle constitue et le volume de ses principaux éléments semblent être en raison directe de la grandeur drs dépressions dans lesquelles ces matériaux ont été déposés. Tous les débris transportés montrent des traces irrécusables de l'altération que le charriage leur a fait subir, mais il en est très peu dont les formes soient tout à fait sphéroïdes ou ovalaires, comme celles des galets de la glauconie tertiaire inférieure ou des sables moyens.

C'est dans ce dépôt seul, continue Tauteor, que Ton rencontre des restes d'éléphant, de rhinocéros, de cheval , de cerf et d'autres mammifères dont les espèces sont éteintes. Les os , toujours disjoints, sont fréquemment brisés et ordinairement rassemblés sur certains points plus ou moins éloignés les uns des autres , et dans les intervalles desquels on en trouve à peine quelques débris isolés. On les observe aussi plutôt sur les bords de l'ancien rivage du dépôt, là où le mouvement des eaux paraît les avoir poussés, que vers le centre on au fond de la masse ; par la même raison , ils ne sont presque jamais associés aux blocs de roches ou autres gros fragments que leur pesanteur a fait rester au milieu et vers le bas des vallées.

M. Graves pense que les éléments principaux de l'alluvion ancienne ont été pris sur place et n'ont subi qu'un faible remaniement, et, à cet égard , il fait voir quelles sont ses modifications à la surface de telle ou telle couche tertiaire ou crétacée; car elle paraît manquer sur la formation jurassique du pays de Bray. Cependant, malgré l'influence locale très probable du sous-sol sur la composition de ce grand dépôt , ses caractères généraux , lorsqu'on le considère sur une certaine étendue , ne permettent guère d'admettre qu'il soit exclusivement dû aux roches qu'il recouvre actuellement, car nous avons toujours pu le reconnaître , quelles que sbient la nature et l'ancienneté de ces roches, depuis les schistes de transition jusqu'aux divers étages tertiaires. Sa puissance est très variable, et paraît dépendre du degré d'inclinaison de la surface sur laquelle il a été déposé. Elle est de 8 à 10 mètres sur les plateaux de calcaire lacustre moyen , dont l'horizontalité est presque parfaite, et moindre sur ceux de la craie et du calcaire grossier, où ses caractères sont plus uniformes dans toute sa hauteur. Des Succinées, des Hélices, des Cyclostomes élégants et d'autres coquilles fluviatileset terrestres, vivant dans le pays , y sont assez répandues (p. 5^9).

Nous avons aussi décrit les dépôts diluviens d'une partie des

eàssin de la skine. 159

vallées parcourues par la Marne, TAisne el leurs affluents (1) , et DOQs avons fait voir que les cailloux roulas de qu; rtz de la vallée de la Serre située plus au nord avaient exigé pour y ôlre amenés un cours d'eau qui s'élevât d'au moins 123 mètres au-dessus du niveau actuel de celte rivière à Rozoy, et cela à une distance de moins de U lieues en ligne droite , au nord-est de cette ville.

D'après MM. Sauvage et Buvignier (2), « les produits de l'époque Département » diluvienne seraient lies intimement les uns aux autres , et il n'y a Ard'/nnes. » point eu de transition brus(]ue entre les aliuvions anciennes et » celles de notre époque ; » mais nous ne pouvons admettre cette coDciusion, qui est d'ailleurs réfutée dans le même ouvrage (p. 56), où les auteurs disent que ce dépôt d'ailuvion jaune est antérieur au creusement des vallées et ne se trouve que sur les plateaux. Or , comme le creusement des vallées n'est point un phénomène de l'époque actuelle , il ne peut y avoir de liaison entre cette même alluvion et les dépôts qui se forment encore. On conçoit seulement que, par la nature meuble de ces sédiments, il a pu y avoir sur quelques points des remaniements peu anciens , dus à des causes locales et accidentelles; mais cela n'implique pas la liaison générale des sédiments de l'une et de l'autre époque. La coupe donnée (pi. lli, fig. ^1) fait très bien voir aussi que les aliuvions modernes se distinguent par leur horizontalité , tandis que les autres se raccordent toujours plus ou moins avec les pentes, ainsi que les auteurs l'ont fait remarquer eux-mêmes (p. 68).

Dans le département des Ârdennes, comme dans les précédents , l'alluvion ancienne avec silex s'étend sur les lambeaux de craie qui s'avancent au nord de Chaumont-Porcien , et au-delà elle recouvre le grès vert de Bumigny, mais ne renferme plus dc^ silex. Plus à l'est , on y trouve encore des fragments de roches crétacées sous-jacentes, el elle alimente les briqueteries de Vouziers, Beaurepaire, Novion, Rocquigny et Blanchefosse.

MM. Sauvage et Buvignier ont décrit avec beaucoup de soin les produits de l'époque diluvienne qui remplissent les dépressions, les cavités, les feules elles boyaux du groupe jurassique inférieur, et qui méritaient une atteniion spéciale par la variété de leurs carac-

(1) Méfti. (le la Soc. geol. de France, vol. V. p. 4 88 et i9r

(2) Statistifjue minera logique et écologique du dêp, des .ârdennes , in-8 avec carte et coupes. Mézières, 4 842.

lères et par les ressources métallurgiques qu'ils renferment. Ou y trouve , en effet , 1° du fer oxydé hydraté en grains, en concrétions tuberculeuses, en stalagmites et en stalactites, au milieu d'argiles rougeâtres avec cailloux roulés de quartz blanc; 2° des argiles blanches , bleues ou rouges ; 3° du sable blanc et jaune , et du gravier siliceux ; U° des argiles pyriteuses.

On distingue deux variétés principales dans les minerais de fer de ces cavités. La première , qui appartient à celles de la grande oolithe, est un oxyde de fer compacte, de structure bacillaire, composé de tubes allongés , d'un très petit diamètre, accolés les uns aux autres. Chaque tube est formé de couches concentriques. Ce minerai , dit en clous , est le plus pur de tous ceux de cette époque et a été formé à la manière des stalactites. La seconde variété est un minerai en grains luisants, irréguliers, de la grosseur d'un pois à celle d'une noix. On la rencontre particulièrement dans les dépressions de Toolithc inférieure et dans le voisinage des marnes du lias , au milieu d'une argile ocreuse avec des cailloux de quartz blanc , semblables à ceux qui forment l'alluvion de la vallée de la Meuse. D'autres minerais sont exploités à ciel ouvert. Les cavités et les boyaux sont tous dans l'oolithe inférieure ou la grande oolithe, mais les divers amas ne se lient point entre eux ; ils sont disséminés sans ordre apparent sur l'affleurement des roches, et il est probable que plusieurs de ces minerais sont analogues à ceux que M. Dumont a signalés dans le Luxembourg {antè, p. l/i5).

Des argiles blanches , des sables de verrerie et de l'halloysite se trouvent encore dans des gisements analogues et sont contemporains. Dans le boisd'Enelle, une argile noire ou brun foncé, bitumineuse et sulfureuse , repose sur une marne jaune ou rouge et est recouverte par 3 ou /i mètres de détritus. Des minerais de fer existent également dans le terrain de transition, et quelques uns, assez importants , se trouvent près de la limite des schistes ardoisiers et du lias, avec des fossiles peu déterminables, provenant de l'une ou de l'autre de ces roches. Tels sont les gisements d'Éteignères, de Signy-le-Petit et de Tremblois.

Lediluvium des vallées de l'Aisne et de l'Aire ne renferme que les débris plus ou moins roulés des terrains que ces rivières coupent dans leur cours en traversant les départements de la Meuse et des Ardennes. M. Michelin (1) a signalé l'abondance des fossiles de la

(1) ^w//.,vol. Yll, p. 83. 1836.

craie dans un gravier diluvien qui cntouro Sainte-. Menehould ; mais à Touest de ce point Tabsence de i'allnvion ancienne dans la zonv* de craie blanche comprise entre les vallées de ]* Aisne et de la Marne est canse de la stérilité qui a valu à cette partie de la Champagne )a triste épitbète sous laquelle elle est généralement connue.

Quoiqu*en s'avançant vers le sud et vers Test le limon jaune argi- Deraiiemeni lo-sableux soit moins constant qu*au nord et à Touest , nous ne lais- Hantc^Mume. sons pas cependant que d'en trouver encore des traces assez nom* brenses pour constater que la cause qui Ta produit s*est étendue dans cette partie du bassin , et que , s'il y est moins continu et moins nettement séparé des graviers et des cailloux roulés, cela doit tenir à ce que, son épaisseur y étant moindre dès Torigine, les actions pluviales en auront plus facilement dénudé de grandes étendues.

Dans l'arrondissement de Vassy, M. Cornuel (1) a décrit le diluviam qui recouvre les groupes inférieurs de la formation crétacée, comme composé de matériaux provenant des roches environnantes, tels que les argiles et les sables, dont la désagrégation était la plus facile ; mais l'uniformité des caractères de la couche argilo-sabieuse supérieure ne permet pasd'y méconnaitreralluvion du Nord. Il existe aussi quelques lambeaux de gravier sur des buttes isolées, et le fond des vallées de la Marne et de la Biaise est occupé par un sable jau* nâtre ou grisâtre enveloppant de petits cailloux plats de calcaire compacte. L'auteur y mentionne quelques fragments de roches anciennes (quartzite, grès lustré, syénite, granité, diorite) , dont il est à regretter que l'origine n'ait pas été déterminée; car ce sont les seules roches cristallines qui aient été signalées jusqu'à présent dans le bassin de la Seine et qui ne paraissent pas provenir directement du massif du Morvan, leur présence n'ayant point été constatée dans les vallées du département' de l'Aube, qui en sont plus rapprochées. Peut-être proviendraient-elles de la chaîne des Vosges, le plateau jurassique de la Bourgogne présentant, comme nous Ta fait remarquer M. de Roys , une dépression sensible h l'est du point où ces fragments ont été trouvés , dépression par laquelle ils auraient pu passer du bassin de la Meuse dans celui de la Seine. Des os d'éléphant ont aussi été recueillis dans la vallée de la Voire.

On doit à M. Leymerie (2) la description des accumulations dilu- wp«rt«m«ot viennes des vallées de la Seine , de l'Aube et de l'Aumance, dans t'Aobe.

(4) Mém. sur les terrains de l* arrondissent eut de Vassy. [Aient, de la Soc. géol. de France, vol IV, p. 270. 1841.)

(2) Buli., vol. XIII, p. 63. 1841. — Mém. de la Soc, d'agric, II. II

162 BASSIN DK L\ SEINE.

leuf étendue à travers le département de TAube. Ce géologoe a fait voir que leurs caractères n'étaient bien prononcés qu'à une certaine distance de l'origine de ces vallées et dans les parties où elles présentent de grands élargissements. Les dépôts s'observent alors sur une largeur de U lieues environ et atteignent 60 mètres au-dessus du niveau moyen des eaux actuelles. Ils sont composés de gravierd'origine jurassique ou néocomienne etde veines sablonneuses mélangées de terre jaunâtre ou rougeâtreargilo-calcaire, ou argilosableuse, qui, lorsqu'elle est bien développée, occupe en général la partie supérieure. La plus grande épaisseur des sédiments quaternaires est de 10 à 15 mètres. La nature de leurs éléments est en rapport avec celle des roches qui bordent les rivières du côté de leurs sources, ou qui en sont peu éloignées dans celle direction, de sorte que, dit l'auteur, les choses se présentent comme si ces matériaux avaient été transportés par l'action de courants, quiav* raient suivi la direction et le sens des rivières d'aujourd'hui, mais dont le volume des eaux aurait été bien plus considérable. Le courant, ou^ les courants ont dû venir du S.-E., et les détritus ne se seraient point accumulés en un instant, mais pendant uii temps assez long; en outre, des moments de violence ont été séparés par des moments de calme et de tranquillité. Des débris d'éléphant, particulièrement des dents , ont été rencontrés sur quelques points (environs de Troyes) dans le gravier, et , dans la terre jaune représentant l'alluvion ancienne, des Hélices, des Succinées analogues aux espèces vivantes dans le pays et des dents de cheval ne sont point rares.

M. Leymerie rapporte encoie ^ cette époque le tuf deResson qu'il avait décrit précédemment, et qui est composé, vers le bas, de travertin assez pur renfermant des Hélices, des Lymnées et des llyclostomes, souvent ornés de leurs couleurs, des plantes aquatiques et terrestres, enfin , des dents d'éléphant et de castor; puis, vers le haut, d'une sorte de dépôt de remplissage agglutiné par du carbonate de chaux, le tout ayant une épaisseur de 8 h 10 mètres. M. Clément Mullet (1) s'est occupé de la formation de ce tuf, qu'il attribue, non à des eaux calcarifères qui seraient venues peu à peu

se. et arts de CJubr, vol. IX, p. 89. 4 838. - Statistique géol. et miner, du départ, de l'Aube, p. 85, in-8, avec atlas de coupes, fossiles et carte. Troyes, 4 846.

(4) Bull., vol. XIV, p. 54 5. 4843.

BASSIN DE LA SRINK. Ki^

eofablr an marais , comme le suppose M. Leymerie , mais au ruis> seaoqoi coule au fond de la \ allée, où il dépose encore des incrustations calcaires et qui , à une époque ancienne , ayant été beaucoup plus considérable qu'il ne IVst anjonrd'hni, aurait formé un dépôt plus étendu.

On sait depuis longtemps que le diiuvinm de sable , de gravier et de cailloux roulés de la vallée de la Seine aux environs de Paris, renferme des fragments de granité dont l'origine doit être cherchée dans le massif du Morvan , d*où ils ont été apportés par la vallée de TYonne; Fexamen du gravier fm et du sable montre en outre que le quartz hyalin et le feldspath rose entrent pour une partie notable dans sa composition , quoique les détritus de diverses roches jurassiques , crétacées et tertiaires en constituent la masse principale. M. Clément Mullet (1) a fait remarquer avec justesse que la différence que présente à cet égard le diluvium de la vallée de la Seine, à Paris et dans le département de l'Aube , tient à ce que les débris de roches cristallines, charriés seulement par l'Yonne et ses affluents, qui prennent leur source dans le îVlorvan, ne peuvent arriver dans la Seine qu'à Montereau. Ce fait, qui semble confirmer ce que nous avons dit des roches anciennes recueillies par M. Cornue], dans l'arrondissement de Vassy, prouve également que les courants diluviens ne venaient point d'une direction unicfue , mais qu'ils convergeaient des bords du bassin vers son centre , suivant les dépressions préexistantes, et que leur élévation ou leur force de ^ transport ne suffisait pas pour faire passer les débris qu'ils charriaient d'une de ces vallées dans l'autre.

A Ponl-Aubert, près d'Avallon , la Société géologique, lors de oëparument sa réunion extraordinaire en 18'j5 (2), reconnut que le monticule vyÎIub. de sable et de cailloux roulés de 20 mètres d'épaisseur, qu'on avait soupçonné pouvoir être une ancienne moraine, présentait tous les caractères d'un amas diluvien placé au débouché d'une vallée granitique fort étroite.

Autour d^Auxerre, le dépôt de cailloux roulés acquiert une certaine épaisseur sur les pentes inférieures et moyennes des collines où il recouvre les calcaires marneux compactes de l'étage de Port-

^a//., vol. XIV. p. 515. 1843.

ht., 2*sér., vol. II, p. 683. 1846. — Voyez aussi Cotteau , Aperçu géologique du dép. dis l'Yonne, in- 8. Aux erre, 1847. — Les débris de Mastodonte et de Dlnotheriuni cités par Tauteur dans le diluvium lui appartiennent -ils réellement?

1G4 BASSIN l)E LA SEINE.

iaiul. Plus au suiL, eiilre Tuiicy et Sainl-Fargeau, les plai eaux sont occupés par un sal)!o rougeàlre avec des silex bruns, jaunes ou gris, assez volumineux ; et, en remontanl au nord-ouest, le long de Taxe du Mellcrault, on trouve les plaines uniformes de Montargis, de TOrléanais et de la Beauce , recouvertes par des sables, des graviers et des cailloux , qui if ont pas encore été assez étudiés pour qu*on ait pu déterminer la limite , à cette époque, des bassins de la Loire et de la Seine. Ainsi, do Montargis à Briare, la craie est masquée par des sables jaunâtres, plus ou moins épais, renfermant des silex en général peu volumineux, et tout ce pays d'un aspect triste, plat et stérile, où végè* tcnt des sapins et des bruyères, dénote un sol aride , sec et sans profondeur. Si d'ailleurs ce dépôt meuble était le prolongement de ceux de la forêt d'Orléans et des communes de Chevilly, des Barres, des Aydes, de Saint-Paravay-la-(]olombe, de Bacon, etc. , où tant d'ossements do mammifères de l'époque des faluns ont été recueillis , il devrait être rapporté à la formation tertiaire moyenne. Les plaines de l'Orléanais et de la Beauce n'ont point de diluvium proprement dit. La terre végétale y est d'une très faible épaisseur, et sa fertilité proverbiale pour les céréales tient à certaines circonstances que nous avons déjà indiquées (1). Mais il est digne de remarque , et cela s'accorde avec l'absence de diluvium comme avec la convergence de tous les détritus vers l'axe du bassin , que bien que la ligne de partage des eaux de la Loire et de la Seine, entre Saint-Amand (Nièvre) et Artenay, au nord d'Orléans, soit à peine sensible, aucun débris de rocbes venant du centre de la France par la vallée de la Loire n'est passé dans le bassin de la Seine, épartements Autour do Paris, daus les départements de la Seine, de Seined«u Seine gj^j^i^j-no et dc Seine-et-Oise , où viennent converger, comme en un vaste faisceau , les principaux affluents de la Seine , l'étude des dépôts quaternaires a peu ajouté à ce que l'on devait déjà aux recherches de G. Cuvier et d'Alex. Brongniart. M. de Roys (2) , en s'occupant d'une manière toute spéciale des couches tertiaires qui bordent les vallées de l'Yonne et du Loing , n'a point négligé l'examen des dépôts pi us récents; mais les seuls cailloux qu'il ait reconnus pour être étrangers aux roches du pays sont des silex roses, que l'on retrouve aussi dans les poudingues inférieurs, entre Nemours et Château-Landon , et dont l'origine première paraît devoir être

eine-et-Oise.

(4) D'Archiac, Descrijjt. géol. du dépt. de C Aisne. {Mcm, de la Soc.'géoL, vol. V, p. 462. 1843.) (2) Bull., vol. XII, p. 254. 4844.

cherchée dans la craie de Blois ei de Chaumoiit. Si ces cailloux provenaient de certains calcaires lacustres du Berry, et non des poudingues précédents, on devrait s*étonnor de ne pas les voir accompagnés d'autres roches du même pays. Dans le déparlement de Seineet-Oise, qui entoure complètement celui de la Seine, >]. de Sénarmont (1) a établi un grand nombre de divisions parmi les sédiments diluviens , qu'il dislingue d'abord en diluvium des plateaux et terrain de transport des vallées; mais nous pensons que ces subdivisions, très bonnes pour une description locale, disparaissent lorsqu'on embrasse un plus grand horizon , et doivent rentrer dans les deux assises que nous avons constatées sur tant de points.

Par suite des travaux entrq)ris pour les fortifications de Paris , M. Le Blanc (2) a communiqué plusieurs observations intéressantes sur les cailloux rouies et sur l'alluvion ancienne. Au sud de la capitale, celle-ci recouvre ordinairement une couche de sable argileux ronge avec des silex roulés , des fragments de grès et de meulière. Ce sable remplit de nombreuses cavités ou puits naturels qui ont été suivis jusqu'à une profondeur de 16 mètres dans le calcaire grossier sous-jacent , et il pénètre même au-delà par des conduits horizontaux entre les plans iWs couches. Les cailloux enveloppés dans le sable ont leur grand axe vertical et le centre de gravité tournés vers le bas. Les parois des puits sont tapissées d'une argile fine, rouge, analogue à celle qui accompagne le sable. Quant à l'origine de ces puits naturels , par lesquels le savant auteur suppose que les éléments constituants de certaines couches ont pu être rejetés, nous aurons occasion d'y revenir en détail et de faire voir que s'il y a quelques circonstances dont l'explication reste incomplète, elles ne justifient cependant pas sulïisamment l'hypothèse de couches sédimentaires d'une certaine étendue , formées par éjection.

M. Duval (3) a fait connaître l'existence , à une époque reculée , d'un petit lac situé entre Bicêtre et la barrière d'Italie. D'après le dépôt de cailloux qui en occupe le fond et le sable fin , pur ou argileux, qui garnit ses bords et qui est rempli de graines de Chara et de coquilles fluviatilcs et terrestres , dont les espèces vivent encore, cç lac aurait élc contemporain de l'alluvion ancienne et

(1) Essai dune dcscript, gcoL du dtp. de Schie^ct-Ohe, p. 77, in-8. Paris, 1844. — Id. dudcp. de Seine-et-Marne , in-8. 1844.

(2) Bull. , vol. XIU, p. 350 et 360. 18i2. — Id. ib. , p. 149. — Id, Diluvium entre Nagent et Ilncenncs j ib.^ vol. XIV, p. 360.

(3) /?«//., vol. Xî, p. 302. 1840.

i66 BASSIN DE LA SEINE.

postérieure au dépôt de cailloux roulés du fond de la vallée. L'auteur a découvert dans le sable grossier et les cailloux du fond qui proviennent sans doute du dépôt erratique remanié des ossements d'éléphanl, de cerf, de IwBuf , de rhinocéros, de chevrotin, de blaireau , de cochon , de sanglier , de tigre ou de lion , de cheval , de plusieurs rongeurs , d'oiseaux , de batraciens , de lézards et de serpents , et parmi les coquilles , des Hélices , des Paludines , des Bulimes , des Cyclostonies , des Lymnées et des Cyclades (1). On sait que des débris de Rhinocéros tichorhinus ont été recueillis en 1838, à ô^.SO de profondeur, lorsqu'on a posé les fondations des nouvelles conslruclions de Thôtel de ville de Paris (2) , et que des ossements (VElephas primigenius furent trouvés enfouis dans le diluvium , sous le jardin de l'hôpital Mecker (3).

M. Ëug. Robert {U) a observé , sur le plateau de Meudon , du fer hydraté pisolilhique et du fer hydraté formant le ciment d'une brèche composée de fragments de meulière, et qui seraient tous deux de l'époque diluvienne. Le manganèse , en veines horizontales , existe aussi dans les argiles qui accompagnent les minerais de fer et les meulières. i>l. Boucher de Perthes (5) signale dans le diluvium de la vallée de la Seine , comme dans celui de la vallée de la Somme, des objets de l'industrie humaine, mais aucun détail ne prouve leur contemporanéité avec la formation du dépôt. Traces L'actiou de courants diluviens aurait produit, suivant M. Duro-

à cher (6), des surfaces polies sur les grès de la vallée de Franchart,

diluviens'! dans la foret de Fontainebleau , ainsi que des sillons semblables à ceux que l'on voit dans les Alpes et dans la Scandinavie , mais la nature de la pierre n'aurait pas permis la formation des stries fines et délicates, observées sur les roches anciennes. M. E. Robert (7) a objecté que ces traces n'étaient que les canaux d'écoulement des eaux pluviales à la surface des blocs de grès , opinion que partage M. Martins(8).

U) Bull., vol. XIII, p. 297, 1842.

(2J Compt. rend., vol. VII, p. 978. 4838. — ^a//., vol. X, p. 29. 1838.

(3) Ibffi,, vol. VII, p. 1051. — Ib., vol. VIII, p. 131, 1839.

(4) Bull., vol. XII, p. 374. 1841. — Co/??p. rend., vol. XVI , p. 1154. 1843. — Histoire de Meudn/i , p. 286.

(5) Compt. rend., vol XXV, p. 127. 1847.

(6) Compt. rend., vol. XIII, p. 69. 1841.

h\ Bull., vol. XIV, p. 394. 1843.

(8) Ib., p. 395. — Bibl. univ. de Genève, sept. 1842. — f^erh. d. Schweitz Ces. zu Àltdorf , 1842, p. 93.

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BASSIN DE LA aKINK. 16"

Nous ne pouvons mieux terminer ce que nous avions à dire du oëDèi alités terrain quaternaire du bassin de la Seine , qu*en rapportant les le wiu principales considérations que M. Élie de Beaumont a émises sur la forme des profils des vallées (1), et sur les preuves de la grande étendue qu'ont embrassée les courants diluviens (2 .

Le célèbre professeur a d*abord fait voir, par la comparaison des profils d*un grand nombre de vallées ou par Tinclinaison de leurs flancs qui donne Fangle d'ouverture vers le ciel , et en prenant aussi cet angle aux points les plus resserrés , de manière h avoir Tangle le plus petit possible (3) , que les vallées sont des sillons généralement très évasés, et que celles qui doivent leur origine à des fentes ont été fort élargies ensuite dans leur partie supérieure. Cependant il y a des exceptions qui montrent qu'il n'est nullement esseptiel à un torrent, quelque impétueux qu'il soit, et quelque facilement désagrégea blés que soient les roches au milieu desquelles il coule, d'élargir sa vallée au point de la changer en un sillon très évasé. Cet évasement si général dans la nature est donc l'effet d'ac^ tions différentes de celles qui s'exercent aujourd'hui.

La faible profondeur des vallées, comparée à leur largeur, donné à leurs profils une grande ressemblance avec ceux du lit des rivières, et leurs sinuosités , souvent très rapprochées, sont une analogie de plus; ainsi l'on peut penser que ces sillons tracés ou excavés à la surface des divers terrains, lors même (|u'ils ont eu pour origine des fentes ou des systèmes de fentes, ont été façonnés ensuite par des courants d'eau. Or les traces du passage de ces courants sont les dépôts de transport qui occupent ordinairement le fond des vallées et s'élèvent plus ou moins sur leurs flancs. La force de ces courants est à la fois prouvée par le volume des matériaux charriés et par la hauteur à laquelle on les observe aujourd'hui. « Ainsi , dit » M. Élie de Beaumont , un courant aussi profond ne pouvait man-

(1) Ejctr. des proct's-verbaujc de la Soc. p/iilomatique ^ 29 juillet 1843, p. 90.

(2) Ib., 26 août 1843, p. 105.

(3) L'angle d'ouverture vers le ciel de la vallée de la Seine audessus de Corbeil, entre Seine-Port et Morsang est de 172** 50', la largeur de la vallée étant de 1500 mètres et sa profondeur de 47 ; à Montmeillan , en face de Fontainebleau , l'angle est de 169" 38', la largeur de la vallée étant de 1700 mètres et sa profondeur de 77; à Bar-sur-Seine , l'angle est de 168" 50', la largeur de la vallée étant de 2600 mètres et sa profondeur de 127 mètres.

1G8 BA8fel.N Dli LA SEINE.

» quer d'être 1res rapide, et un courant assez rapide pour transpor- » ter de gros blocs sur une faible pente devait être très profond , » denx données qui se confirment réciproquement. »

£n cherchant h rétablir une des principales circonstances du régime du grand cours d*eau auquel est due la formation erratique do bassin de la Seine , l'auteur, en ne comprenant que le dépôt de sable avec cailloux roulés et blocs erratiques , fait remarquer d'abord que CCS détritus se trouvent h la fois dans les divers rameaux cl dans le tronc de cette espèce de grand arbre que forme la Seine et ses affluents , et qu'ils s'y présentent avec les mêmes circonstances. <c Ainsi , en suivant la vallée du (Cousin , puis celle de la Cure, » puis celle de l'Yonne, et enfin celle de la Seine, depuis Pont- » Aubcrt, à l'issue des montagnes du JVlorvan, jusqu'à la mer, on » voit , de Pont'Aubert à Rouen , le terrain erratique toujpurs » semblable a lui-même. Si dans d'autres rameaux il présente quel- » ques différences , elles s'expliquent d'elles-mêmes par les diverses » natures de roche que ces rameaux traversent. »

Pour déterminer si ces divers rameaux ont été parcourus simultanément ou successivement , on doit observer que leur pente va généralement en diminuani, depuis leur origine jusqu'à la mer, et que si l'on supposait, par abstraction, qu'un seul de ces cours d'eau, dont !e volume serait constant , pût arriver isolément jusqu'à Rouen, par exemple, comme il parcourrait des pentes progressivement décroissantes , il arriverait à la hauteur de cette ville avec une vitesse beaucoup moindre que celle qu'il avait près de sa source. Mais tel n'est pas le régime des rameaux réunis de la Seine , qui se combinent successivement et forment des cours d'eau dont le volume augmente à mesure que leur pente diminue ; et de la sorte il s'établit une compensation , par suite de laquelle les changements de vitesse, qui devraient résulter des modifications des pentes, se trouvent fortement atténués et même rendus peu sensibles par l'augmentation du volume des eaux.

Or la disposition des cailloux roulés et des blocs erratiques dans les vallées secondaires qui débouchent dans celle de la Seine prouve (jue le régime des eaux torrentielles qui les ont charriés et déposés était absolument le même que celui des rivières actuelles. Ces courants ont donc aussi augmenté de volume en descendant, ce qui suppose qu'ils étaient simultanés dans les divers rameaux et qu'ils étaient confluents comme le sont les divers rameaux de la Seine : conclusion qui entraîne l'existence d'une cause assez générale pour

embrasser à la fois tout son bassin , car des causes locales ou partielles eussent produit des effets tout contraires , cl)a manière d*dlre uniforme des détritus erratiques , de Pont-Auberl à Rouen, sur des pentes qui varient dans la ))roportion de un à dix et môme davantage , serait inexplicable dans cette dernière hypothèse.

Ainsi, par cette manière ingénieuse de traiter .le même sujet, M. ÉliedeBcaumonta obtenu des résultats identiques à ceux que nous avait offerts Texamen direct de chaque vallée prise isolément, et que nous avons exprimés en disant que Tassi.^c de cailloux roulés du bassin de la Seine était duc au transport, le long des vallées actuelles, des détritus des roches qui constituent ce bassin , détritus dont la nature , le nombre et le volume sont en rapport avec les couches que ces vallées traversent, avec leur plus ou moins de résistance au frottement et avec L* plus ou moins d*éloignement de leur point de départ.

Maïs il n'en est pas de même de Talluvion ancienne, dont les caractères sont différents et dont la répartition est également différente. En effet, ce n*est pas seulement au fond ni sur les flancs des vallées que nous Tobservons, mais encore dans les plaines et sur des plateaux à plus de 200 mètres d'altitude (entre les vallées du Pttit-Morin et delà Marne), plateaux qu'elle recouvre d'une nappe uniforme, lorsque des circonstances particulières ue sont pas venues irrégulariser sa distribution. Quoique éprouvant quelques modifications locales dont il est facile de se rendre compte , elle conserve un aspect très uniforme. Si, sur les bords des vallées et vers les limites orientales et méridionales du bassin , elle semble se mêler aux débris erratiques caillouteux , ce sont des exceptions qui peuvent tenir h des remaniements subséquents, ou à un amincissement dans ces directions; mais au nord de la France et en Belgique, Ih où elle acquiert son plus grand développement , sa superposition nette et tranchée au dépôt de sable et de gravier à ossements oblige de l'en distinguer. L'alluvion ancienne fait donc naître l'idée d'un phénomène plus général et plus indépendant des circonstances locales , mais comparativement très calme , quoique les eaux aient dû être plus profondes, puisqu'elles ont couvert des plateaux que les torrents diluviens ne paraissent pas avoir atteints.

Kn tenant compte, d'une part, de Tamincissement du limon argilo-sableux vers le sud et vers l'est , et de l'autre de sa puissance, de sa continuité et de sa séparation du diluvium de cailloux roulés,

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