‹ Histoire des progrès de la géologie de 1834 à [1859] (volume 2)Chapitre 4 sur 87 · FORMATION ERRATIQUE DU NORD DE L*EUROPE. SI · texte numérisé non relu

FORMATION ERRATIQUE DU NORD DE L*EUROPE. SI

ne se rencontrent que dans les dépressions de la grande vallée de la Petschora. On ne les voit point sur les plateaux , ni même dans les vallées des affluents secondaires, aussi Tauteur pense-t-il que ces couches coquiilières ont été formées dans un estuaire de l'océan Glacial qui s'avançait à l'intérieur du continent , dont les contours étaient déjà , sur une grande étendue , tels que nous les voyons aujourd'hui.

Les coquilles atteignent 26 mètres au-dessus de la rivière et ne sont jamais associées au diluvium sableux et argileux avec petits cailloux qui occupe les plateaux et où l'on rencontre des ossements de Mammouth. Peut-être ces grands pachydermes sont-ils contemporains de ces couches coquillières qui sont parallèles à la steppe desséchée d'Astrakan , où les débris des mêmes mammifères furent entraînés des terres émergées environnantes.

S 2. Formation erratique do nord de l'Europe.

Nous serons souvent obligé dans cette section de passer d'un pays à un autre et d'un sujet à un autre, pour y revenir ensuite, les observateurs, traitant les divers sujets compris sous ce titre, tantôt d'une manière générale, tantôt à un point de vue particulier: nous ne pourrons donc mettre dans l'énumération de ces documents tout l'ordre que nous aurions voulu ; mais , comme nous l'avons dit en commençant , l'état actuel de la science ne le permet encore que rarement, et nous devons nous borner à mentionner ici les faits d'après leur date de publication.

M. Kloden , dans son ouvrage sur les fossiles de la Marche de Brandebourg y et particulièrement sur ceux qui se trouvent dans les pierres roulées et les blocs de la plaine , au sud de la Baltique {i), a décrit la formation erratique qui occupe les plateaux, comme étant composée de blocs et de cailloux roulés, de roches

(1) En allemand, in-4 avec 10 planches. Berlin, 1834.

Voyez aussi : K. G. Zimmermann , Sur les cailloux de la plaine du nord de V Allemagne et surtout sur les fossiles du sol diluvien autour de Hambourg^ suivi dun essai sur t origine des cailloux roulés {Neu, Jahrb. , 1 841 , p. 643— 661 ). — Necker, Études géologiques dans les Alpes, vol. I , Paris, 1841. — Haussmann , Mém. des savants de Gœttingen, n"' 151 , 152; et BihL univ. de Genève^ vol. XXXIX, p. 277. —G. Bischof , Neu. Jahrb., 1843 , p. 48t

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de transition, du muscbelkalk , de calcaires et de grès jurassiques, de limonite, de craie , de silex, de grès et d'argile tertiaires, puis de sable et de gravier avec des galets remplis de fossiles et des ossements de quadrupèdes, d'une f'( uche de lehm et d'argile, et enfin d'une marne recouvrant immédiatement les dépôts tertiaires. Des 668 espèces fossiles mentionnées par l'auteur, 61 appartiennent aux roches en place de la Marche , particulièrement au muschelkalk. Les 607 espèces restantes proviennent de débris transportés. De ces dernières, il n'y en a pas un cinquième qui se trouve dans les couches en place de la Suède, et d'une autre part , il n'y a pas la moitié des espèces connues en Suède qui se montrent dans la Marche. Les blocs erratiques de roches ignées proviennent sans doute des provinces suédoises.

Les recherches de l'auteur lui ont fait admettre les conclusions suivantes : 1° les fragments roulés du nord de l'Allemagne sont identiques en grande partie avec les roches , soit cristallines soit sédimentaires , de la Suède et de la Norwège , et il en est de même d'un certain nombre de fossiles de ces roches qui n'ont encore été trouvés que dans la Scandinavie ; mais aussi, comme on vient de le dire, beaucoup de roches du nord de l'Europe avec leurs fossiles les plus caractéristiques, très abondantes en Suède et en Norwège, ne se rencontrent point parmi les blocs de la Marche , ou bien y sont remplacées par d'autres ; 2** certains blocs de roches fossilifères se rapportent par leurs caractères minéralogiques aux roches du nord , mais les fossiles, qui y sont très répandus, n'ont point encore été trouvés dans la Scandinavie ; 3M1 y a des blocs dont les roches analogues paraissent manquer complètement dans le nord , et les fossiles qu'ils renferment sont également étrangers* à la presqu'île Scandinave; 4^ les premiers de ces blocs peuvent seuls être regardés coînme provenant du nord ; pour les seconds, cette origine est peu douteuse ; mais quant aux troisièmes, il n'y a aucune raison de penser qu'ils viennent de la Scandinavie.

Ces conclusions de M. Kloden sont donc à peu près négatives à quelques égards , mais il ne faut pas out)lier que les dépôts erratiques de ce pays ne peuvent être expliqués par un seul événement simple , et qu'ils paraissent résulter, au contraire , de forces et de causes multiples et successives , ou bien simultanées , qui auront coopéré chacune aux résultats que nous avons sous les yeux.

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iM. A. Quenstedl (1), dans sa note sur les cailloux roulés des environs de Berlin , y signale de nombreux fossiles provenant du terrain de transition et des formations jurassique et crétacée ; mais il D'en a pas rencontré du zecbstein, du bet^gkcUk, ni du muscbelkalk de Rudensdorf , localité qui se trouve cependant peu éloignée de la capitale de la Prusse.

M. de Baer (2) a communiqué d'abord quelques observations sur un bloc de granité de l'île d'Hocbland , dans le golfe de Finlande , et sur les sillons , les stries et les surfaces polies des côtes decette province, puis il a conclu, d'autres recherches sur le même sujet, que les îles de ce même golfe, qui sont composées de roches cristallines , offrent des stries , des sillons et des surfaces polies , comme on les observe sur les roches du continent voisin. Le transport des petits blocs par les glaces est assez fréquent ; mais l'auteur pense qu'il est difficile d'attribuer à cette cause le déplacement des plus gros.

M. Sefstrœro (3), l'un des premiers observateurs qui se sont occupés des traces laissées par un phénomène général à la surface des roches de la Scandinavie, a fait connaître que la partie nord-est des montagnes de la Suède est partout arrondie et usée, de la base au sommet ^ et ressemble de loin à des sacs de laine accumulés les uns sur les autres. La partie sud-ouest , au contraire, présente des surfaces presque fraîches et des angles peu ou point émoussés. Entre ces deux pentes opposées, la surface

a)Neu. Jahrb,, 4 838, p. 136—157.

(2] Bull, de VAcad, de Saint-Pétersbourg , vol. II , p. 1 24. 1 837. — Ib. , 31 août 1838. — L'Institut, 17 juin 1839. — Edinb, new philos, Magaz,^ vol. XXIV, p. 439. 1838. — Suppl. au rapport sur les travaux de l'Acad, de Saint-Pétersbourg en 1842. — L'Institut^ 24 août 1843. — JSeu. Jahrb., 1841, p. 599.

(3) Compt. rend,, vol. V, p. 341. 1837. — L'Institut, 22 févr. 1837. --Ann. der Cliem. undPhys. de Poggendorff, vol. XXXVIII, p. 604. — Ib., vol. XLIII, p. 533. 1838. — Recherches sur les blocs erratiques des montagnes de la Scandinavie , leur transport dans des directions constantes , ainsi que sur leur origine probable, Mém. de l'académie de Stockholm (Kongl. vet, Acad, Handling pour 1836 , in-8 avec cartes).

Voyez aussi : T. Scheerer, Beitrage zur Kenntniss , etc. Matériaux

four servir à l'histoire du phénomène des stries décrit par Sefstrœm Ann, der Chem. und Phys. de Poggendorff, 3« sér., vol. VI, p. 269. 1845). — Berzélius, Sur les roches polies de la Suède [Quart, Journ. geol. Soc, ofLondon^ n» 12, p. 76. 1847).

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des montagnes est usée et marquée de rayures rectilignes et parallèles, de largeur et de profondeur variables. Les roches baignées par la mer offrent aussi ce caractère. La direction générale des stries N.-N.-E , S.-S.-0. , devient souvent E., O. sur les flancs des montagnes, tandis qu*au sommet elle demeure constante.

L'auteur attribue ces traces à un courant qui charriait les nombreux débris de roches et les cailloux dont la Suède et TAllemagne sont couvertes. En Allemagne, les cailloux d'origine Scandinave diminuent à mesure que Ton s'avance vers le S. , et lorsqu'une montagne s'est opposée h leur trajet, on remarque que sa partie nord est arrondie , tandis que sa partie sud a conservé toutes ses aspérités. Une traînée de débris roulés , provenant des roches de la montagne même, s'étend alors fort loin au S. et au S.-O., mai^s les rainures sont rares. Autour des îles de la Baltique, la mer est très profonde au N.-N.-E. , et du côté opposé le fond est formé par un amas de cailloux roulés , qui se prolonge assez loin dans cette direction.

D'après Bœhtlingk (1), les stries, à partir des points les plus élevés de la face nord d'un rocher arrondi, divergent en s'abaissant sur les côtés , puis se relèvent pour converger vers le haut sur sa face méridionale. Elles semblent donc avoir été produites par des corps que les rochers détournaient de leur direction, et qui se sont réunis de nouveau , après les avoir dépassés. Ces circonstances, qui s'observent sur tous les écueils aplalis de la Finlande et des monts Scandinaves, indiquent donc que les corps auxquels elles sont dues changeaient facilement de direction , dès qu'un obstacle se présentait. Derrière ces écueils se trouvent souvent des excavations cylindriques que nous avons déjà décrites {antc\ vol. I, p. 314), sous le nom dépôts ou marmites de géants [lUesentopfe , pot-holes) , et qui sont en partie remplis de pierres arrondies. On voit un trou de ce genre près d'Helsingfors, sur la côte méridionale de la Finlande , et un autre dans le golfe de Kolaer. Sur les bords de la mer Glaciale , près de Tschanaja- Pachta , une trentaine de ces trous sont situés du côté opposé au

(4) Acad. de Saint-Pétersbourg, 18 déc. 4 840. — Bull, de id,, vol. V, p. 273, et VI, p. 187. — Id.,yo\. VII, p. 107, 191. — Id., vol. VIII, p. 162. 1840. — Jnn. der Chem. und Phys. de Poggendorff, 1841. — Compt, rend., vol. XII, p. 1224. 1841. — Ann. des se. géoL, vol. I , p. 240. 1842. — VÉcho^ 22 mai 1842. — Edinb. newphil Journ., vol. XXXI, p. 253.

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choc {Lee-seité). Le poli des roches ne s*ohserve que du côté du choc (StosS'Seite), et jusqu'à 400 mètres au-dessus des plahies. Ce côté correspond à la direction des stries. L*auteur ajoute que la surface des rochers, dans les endroits où elle a été recouverte de sable et d'argile, est usée et rayée jusqu'à une élévation de plus de 1000 mètres, comme au niveau et même au-dessous de la mer.

De Saint-Pétersbourg à Helsingfors , toutes les éminences rocheuses sont plus ou moins polies et montrent des stries et des sillons distincts , comme M. Sefstrœm Ta remarqué dans le sud et le centre de la Suède. Cependant Bœhllingk n'admet pas que le courant dirigé N.-S. , sur toute cette partie de la terre , puisse en être la cause ; car, bien que leur direction soit N. - O. , et que les surfaces polies des monticules soient aussi tournées de ce côté , le phénomène opposé se voit sur les côtes de la mer Blanche et de la mer Glaciale, où les stries, comme les surfaces polies, sont dirigées du S.-0. au N.-E.

La disposition des stries qui semblent rayonner d'un centre , celle des surfaces polies et la dispersion des blocs, sont des effets que l'auteur attribue au dernier soulèvement des roches primaires de la Scandinavie. Il les regarde comme incompatibles avec l'hypothèse d'anciens glaciers, et rejette Topinion émise par M. £. Robert, que les sillons sont dans la direction des feuillets des roches , en faisant voir qu'ils existent aussi bien sur les roches massives que sur les roches schisteuses, et qu'ils passent sans interruption des unes sur les autres.

Le soulèvement en masse de toute la presqu'île Scandinave aurait commencé sous une grande profondeur d'eau; car dans cette péninsule, comme dans la Finlande, la Laponie et les contrées environnantes, on trouve jusqu'à 240 mètres les traces les plus certaines d'un retrait continuel de la mer produit par l'exhaussement du sol. Les montagnes de la Scandinavie formaient une grande île pendant la première moitié de la période diluvienne, de même que la partie la plus élevée de la Laponie russe. Les glaçons de la chaîne Scandinave et de la Laponie pouvaient arriver sans éprouver aucun choc jusque dans les plaines, alors immergées aussi, du nord de l'Allemagne et de la Russie centrale , laissant des blocs erratiques pour preuve de leur voyage , comme le font encore chaque printemps les glaçons des plus grands lacs de la Finlande (1).

(1) Quoique Swedenborg ait fait quelques observations dès 1719,

En résumant les idées et les obscrvaiions de MiM. Sefstrœm et Bcehtlingk, M. Murchison (1) a démoniré combien était peu fondée Topinion qui faisait venir du nord le dépôt de transport de l'Autriche et des Alpes bavaroises , et il a insisté sur ce rapprochement que» considérées dans leur ensemble, les montagnes Scandinaves ont produit exactement le même résidtat, quant aux accumulations détritiques» que les Alpes elles-mêmes, ayant épars leurs fragments dans toutes les directions comme d*un centre commun ; mais la chaîne du nord de r£urope digère de celle du centre , par l'espace beaucoup plus grand sur lequel les blocs et les graviers ont été transportés.

M. Nordenskiœld (2) a constaté aussi l'existence de stries sur presque toutes les montagnes de la Laponie russe et de la Finlande. Ces stries sont en général dirigées N.-N.-O., S.-S.-E. et N., S, Des sillons peu profonds ont de 1 à 2 mètres de large, sur les terrasses de sable , en forme de plateaux allongés du N. au S. , qui séparent les divers bassins hydrographiques du pays. Ces sillons ont la même direction que ceux des montagnes. Des stries semblables à celles des parties élevées du continent ont été reconnues à 7 mètres audessous des eaux du golfe de Finlande. L'auteur croit que les pots de géants sont antérieurs à la formation de stries.

Suivant les remarques de M. £. Robert (3), les blocs erratiques

sont très nombreux sur la rive gauche de la Neva et sur le bord

méridional du lac Ladoga , tandis qu'ils sont fort rares au nord.

Ces blocs sont à peine roulés, ce qui fait supposer à ce géologue

^ qu'ils ont été transportés par les glaces, lorsque la mer occupait en-

et que du temps de Tilas et de Bergman (<775 à 1778) les mineurs suédois aient remarqué que les côtés des montagnes étaient couverts de sillons, ce fut de Lasteyrie [a) qui donna les premières idées nettes des surfaces polies de la Finlande et de la Laponie , et qui fit la distinction du côté préservé et du côté choqué. Bernhardi [b) a reven diqué aussi l'explication du transport des blocs erratiques par les glaces polaires et par les glaciers, comme layant émise en 1832, mais c'était à tort , car M. Peter Dobson l'avait proposée six ans auparavant {Amer, Journ,, 1826).

(1) Address delivered ^ etc. at the geol. Soc. of London^ 18 fév.

(2) Proceed. geol. Soc, ofLondon, vol. III , p. 410.

(3) Bull., vol. XI, p. 310. 1840. —if«//. de l'Jcad. de Saint- Pétersbourg, vol. V, p. 209. 1839.

(a) Voyage en Suède et en Norwège en 1799 et «800. \b) Neu, Jahrb,, 1S33, p. 257. - M, 1841 , p. 4S6.

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core noe grande partie de la Russie et laissait floller des champs de glace , comme cela a lieu aujourd'hui autour de la Nouvelle- Zemble. Les blocs couronaent le plus ordinairement des collines de sable mélangé par places de cailloux roulés. Quelquefois il y en a dans Tintérieur même de la masse sablonneuse qui constitue des battes très rapprochées , surtout entre les lacs Ladoga et Onega. Celles-ci sont alignées dans le même sens que les collines du calcaire de Bourkowa, les seules montagnes que Ton rencontre entre Saint- Pétersbourg et Archangel , ce qui permettrait de penser que leurs formes et leurs dispositions sont dues aux mêmes courants.

Les ossements d'éléphant que renferme le dépôt erratique sont d'autant plus nombreux qu'on se rapproche davantage de l'Oural. Les défenses et les fémvrs sont placés debout ou obliquement , mais jamais horizontalement. On les trouve dans un dépôt argilosableux et près des rivières, telles que la Cara et la Yitchegda. Quelques unes de ces défenses ont jusqu'à 3<",60 de longueur et sont contournées en forme d'S. La cause qui a détruit ces grands pachydermes de la Russie aurait agi , d'après M. £. Robert, du S. au N. , parce que leurs débris sont d'autant plus complets et mieux conservés qu'on se rapproche davantage de l'embouchure des rivières; mais ce motif, s'il était seul, nous semblerait peu concluant Entre Nijny-Novogorod et Moscou, les blocs erratiques deviennent très rares et sur tout le pays règne un dépôt sablonneux avec cailloux roulés.

L'auteur a reconnu , comme M. de Baer, le polissage des îlots qui bordent la côte méridionale de la Finlande et celui des rochers de la côte elle-même , jusqu'à une grande distance dans les terres. Il insiste de nouveau sur le parallélisme des sillons du gneiss avec les feuillets de cette roche qui courent N.-O, S.-E., direction qui est encore celle des chaînes de montagnes, des rivières et des nombreux lacs de la Finlande. Ces sillons qui, d'après M. £. Robert, ne se présenteraient que sur les gneiss et correspondraient à ses parties les moins dures , sont d'autant plus prononcés que la roche est plus exposée à l'action désagrégeante de l'air et de l'eau. Cette opinion a d'ailleurs été combattue par la plupart des géologues qui ont observé les mêmes lieux.

Plus tard , M. £. Robert (1) a résumé comme il suit sa manière de voir sur les divers points de la question : 1° les collines de sable ou oesars ont été formées sous les eaux de la mer par l'effet de cou-

{\).BulL, vol. XIV, p. 196. 1843.

rants; phénomène qui est encore en action ; 2*" les blocs erratiques ont eu pour radeaux des glaces flottantes et sont tombés là où on les observe : ce qui a encore Heu chaque année ; 3® la mer a poli , cannelé, creusé et rayé les rochers de manière à leur donner Taspect de ceux que Ton voit aujourd'hui, un peu au-dessus de son niveau, sur toutes les côtes de la Scandinavie; U"" il n*est pas nécessaire d'avoir recours, pour Texplication de tous ces faits, à une immense catastrophe ou à un cataclysme général. La plupart des sillons et des pots de géants ont été produits par les vagues et pau* le mouvement des marées , ou bien correspondent à des filons plus facilement désagrégeables que la roche. L'abondance des blocs erratiques et leur origine première seraient dues à la dilatation de l'eau glacée dans les fissures des roches. Les blocs, une fois détachés par ce moyen, suivaient la déclivité des pentes jusque sur le bord de la mer où ils étaient saisis par les glaces, puis emportés au loin (1).

Environs Près de l'embouchure de la Yloga, dans le lac Ladoga, les blocs lac Ladoga, crratiqucs sont alignés du N. au S. , et I\J. Sobolevski (2) pense que les eaux du lac étaient plus élevées autrefois qu'elles ne le sont aujourd'hui. La forme de ses bords et l'aspect général de son fond prouveraient aussi le passage d'un torrent venant du nord, et dont la direction est indiquée par les blocs. Suivant une croyance locale, les eaux s'élèvent pendant sept ans et s'abaissent durant le même nombre d'années. Des preuves de l'abaissement des eaux existent près de Petrozavodsk. Le bord occidental , jusqu'à Kecksholm, est uniquement composé d'alluvions qui s'étendent jusqu'aux granités sans laisser affleurer d'autres roches.

Les blocs erratiques sont tous plus ou moins arrondis et deviennent plus volumineux en s'avançant de Pétersbourg vers le nord. Comme en Esthonie, ils sont plus nombreux sur les collines que dans la plaine , et aux environs de Youençalo , surtout , ces éminences du sol sont tellement chargées de blocs qu'on les prendrait pour des amas de pierres faits de main d'homme , tandis qu'on en voit à peine quelques uns alentour.

Au-delà de Kecksholm, les blocs sont plus anguleux et proviennent de roches peu éloignées. A 53 kilomètres au nord de Rouskiala, la colline de Pitkesserine, qui porte des traces incontestables

m Compt. rend., vol. XXI, p. 1333. 1845.

(2) Anna, du Joiirn, des mines de Russie, vol. VI, p. 20. 4 839.

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de Taclion des eaux, est formée de schiste micacé avec staurotide et alraaodine. Toute la roule, depuis Rouskiala, est couverte de blocs de cette roche, d'autant plus anguleux qu'on se rapproche davantage de son gisement, tandis qu'on n'en voit aucun sur le versant nord de la colline. Ainsi il est hors de doute que l'aclion destructive a agi du N. au S., qu'elle s'est prolongée jusqu'au-delà du lac Ladoga et même plus loin où des blocs de roche identique ont encore été reconnus.

De Korbselka à Ghouistamo les blocs erratiques sont très abondants, anguleux et proviennent des montagnes environnantes. Ainsi, près des montagnes composées de grunstein, on ne trouve guère que des fragments de cette même roche. En s'éloignant du lac Ladoga pour se diriger vers le N.-O., les rochers et les blocs disparaissent peu à peu et ils sont remplacés par des alluvions arénacées. Celles-ci constituent des bassins en forme d'entonnoir dont 4e fond est occupé par un lac, ou par des marais tourbeux. £niin , autour de Yiimanstrahd , les blocs erratiques atteignent de nouveau des dimensions très considérables.

M. Helmersen (1) attribue h diverses causes les dépôts de trans« port qui recouvrent le terrain de transition du nord de la Russie. Les uns, dit-il, se sont formés sur place aux dépens des grès, des marnes et des argiles devoniennes, dans une mer peu profonde ; telles sont les accumulations énormes de sable et d'argile du plateau du Valdaî et de son versant nord. On n'y trouve point de blocs erratiques, et leur origine doit être fort ancienne ; les autres dépôts apportés du nord sont beaucoup moins développés , et les blocs erratiques, ainsi que les détritus granitiques, en font partie. Dans sa Lettre sur un essai de carte géologique de la Russie d'Europe (2) , M. de Meyendorf a fixé plusieurs des points extrêmes où les blocs venus du nord se sont étendus dans le centre de l'empire, mais la limite approximative qu'il avait seulement indiquée a été tracée depuis avec beaucoup de précision.

En partant de Saint-Pétersbourg pour explorer le bassin de la Bassin Petschora, M. de Keyserling (3) a trouvé, entre Novo-Ladoga et i» Peuchora.

(1 ) j4nnu du fourn, des mines de Russie^ vol. , VIII , p. 31 , 1841, publié en 1844.

(2) J/mn. des mi/tes, vol. XX , p. 233. 1841. — Bull, de la Soc. de gcographie, vol.* XV, p. 379. 1841.

(3) fFissvnsihaftliche Bcobachtungcit uuj ciner Heise in dus Pets-

SO FORMATION EHHATIQUE

Ustsissolk, un dépôt diluvien composé particulièrement de blocs très abondants sur les bords de la Redan. A Ustjushna, les rives de la Mologa sont encombrées de blocs, et des ossements de Mammouth ont été retirés du lit de la rivière. Les blocs, assez rares dans le pays plat de Yologda à Totma, reparaissent en grande quantité sur les hauteurs de Sagorkina. Ce sont des granités et des schistes cristallins (p. 3^2). De ce point à Ustsissolk, tantôt les blocs de gneiss et de micaschiste avec grenats couronnent les hauteurs, comme près de Lalsk, tantôt le diiuvium argileux, avec des blocs semblables et des marnes rouges, se développe, comme en remontant la Lusa et la Yitchegda. A Wapolka le diiuvium est composé de débris provenant des roches permiennes et carbonifères du voisinage.

Du bassin de la Yitchegda, si Ton descend à TE. dans celui de la Petschora , on voit près de Soiwa la formation erratique composée, à sa partie supérieure, de 10 mètres de sable jaune, et au-dessous de sable gris , argileux , rempli de petits cailloux et de blocs arrondis de grès et de schistes siliceux verts et rouges. Plus loin , une sorte de terrasse de sable argileux de 32 mètres d'épaisseur enveloppe une grande quantité de blocs arrondis de schistes siliceux, de hornsteln, de porphyre et de diorite avec des blocs anguleux de calcaire de montagne. Des blocs roulés des roches cristallines précédentes s'élèvent jusqu'à 166 mètres au-dessus de la rivière Soiwa (p. 359). En général^ la composition des détritus erratiques du grand bassin de la Petschora est assez uniforme et peut se résumer comme il suit :

1° A la base, argile noire, tenace, souvent friable avec des Belemnites absolutm roulés. Cette couche, qui provient des argiles jurassiques sous-jacentes, remaniées, renferme de gros fragments roulés de gneiss , de granité , de syénite , de porphyre et de roches de transition de l'Oural. Elle atteint une épaisseur de 30 mètres , mais on ne la voit ordinairement que sur 10 ou 15, les pentes supérieures étant recouvertes par les dépôts meubles; 2" argile sableuse rouge, surmontée de bancs de sable réguliers avec des lits de gravier subordonnés, le tout sur une épaisseur de 12 à 13 mètres; 3° quelquefois des argiles feuilletées brunes, terreuses, de 3 à

chora-Land, p. 339 , in- 4 avec cartes et planches de fossiles. Saint- Pétersbourg, 1846.

DV NORD DE l'EUROPK. 81

U mètres d'épaisseur recouvrent les assises précédeotes à 20 mètres au-dessus du niveau de la rivière. Ces diverses assises constituent dans rintérieur du pays des collines qui ont jusqu'à 65 mètres d'élévation.

Dans la partie inférieure du cours du fleuve, au-dessous d'Ust- Zylma , les rives sont basses , sablonneuses , souvent tourbeuses , et les blocs erratiques assez rares. Lorsqu'elles se relèvent , on volt affleurer des argiles jurassiques qui constituent aussi le plateau marécageux appelé Timans tundra, recouvert également de dépôts meubles. Ces derniers se prolongent jusqu'au cap Barmin, sur les bords de la mer Glaciale, où les blocs erratiques de granité couronnent encore des collines de sable.

M. J. Durocber, qui avait fait partie de l'expédition scientifique Caraeière. au pôle Nord, "ïi présenté à l'Académie des sciences un Mémoire surdeL formatioii les phénomènes diluviens dans le nord de l* Europe j et nous em- *"âa^"* prunterons ce qui suit au rapport qui a été fait sur ce travail par ^^^' M. Élie de Beaumont. Ce rap|)ort présente le résumé de l'état de la question à cette époque , et doit fixer particulièrement notre attention par les vues d'ensemble que le savant académicien y a introduites. Il en résultera, il est vrai, quelques répétitions avec ce que nous avons déjà dit ; mais dans un sujet aussi compliqué et si obscur encore , il y a moins d'inconvénient à se répéter qu'à rester incomplet.

On remarque dans ce vaste ensemble de phénomènes, dit le rapporteur (1), plusieurs circonstances plus ou moins distinctes; ce sont l'érosion , l'usure et le polissage des roches , la production de grands déblais et leur dispersion sur une immense surface. Dans le nord de r£urope, les sillons et les stries s'observent sur toutes les roches qui ont été assez dures pour les recevoir et assez consistantes pour les conserver ; tels sont les schistes argileux et les roches amphiboliques des montagnes du golfe d'Âlten en Laponie. Les calcaires du même pays n'ont pas présenté de sillons. Les granités de la Finlande offrent des stries d'autant mieux conservées que la roche était plus dure et à grain plus fin. Les stries et les sillons sont généralement parallèles, ou se croisent sous des angles très faibles, et sont tout à fait indé|)endants de la stratification des roches.

(1) Rapport sur un Mémoire de M. Diirocher^ etc. Compt. rend, y vol. XIV. p. 78. M janv. 1842. — Bull, de la Soc. de géographie ^ vol. XVH, p. 60. — Ann. des se. geol., vol. I, p. U4. 1842.

Ces traces s'observent le mieux sur les surfaces planes, au sommet des montagnes et des collines. Sur leurs flancs, les directions sont moins régulières , à cause des modiGcations que la pente leur a fait sabir. M. Durocher a remarqué des plans fort inclinés dont la surface semblait être cannelée par des sillons horizontaux de O^'tUS à 0™6^ de largeur. Lorsque toule la surface d*un monticule est couverte de sillons ou de stries, comme dans la Finlande et la Laponie, ce sont les sillons du milieu ou du sommet qui représentent la vraie direction, laquelle est ici N.-N.-O., S.-S.-E, magnét. Les monticules granitiques de la Finlande sont souvent allongés dans la direction des cannelures principales. Dans ceux qui sont élevés de plus de 32 mètres , la penie S.-S.-E. n'a point de cannelures et conserve ses formes anguleuses , et nous avons vu qu'il en était de même en Suède.

Au sommet de la montagne de Rai pas, à 800 mètres d'allitude, un plateau ondulé est profondément sillonné et poli dans la direction N.-N.-O., S.-S.-E. magnét. En Finlande, suivant Bœhllingk, les couches et les feuillets des roches sont dirigés E .-N. -E . , 0. -S.-O. , tandis que les stries et les sillons courent du N. -N.-O. au S. -S. -E. , et dans le golfe de Bothnie M. Sefstrœm a trouvé les stries orientées N.-O., S.-E. Ainsi, dit le rapporteur, dans la Laponie, le nord de la Suède, Touest et le sud de la Finlande, la direction moyenne des sillons et des stries tend à se rapprocher d'une direction presque uniforme, qui est à peu près aussi celle des principales vallées et des principaux lacs. Dans le liiidi de la Suède, ces traces éprouvent plus de variations et, suivant M. Sefstrœm , la direction normale N.-N.-E., S.-S.-O. se trouve être celle des lacs Wenern et Wetern , des îles Gothland et (Eland et des bancs de sable qui en forment le prolongement.

Dans la Finlande, le grand dépôt de sable, de gravier et de caiU loux roulés est quelquefois disposé en collines allongées parallèlement à la direction des stries et des sillons qui couvrent la surface arrondie des rochers proéminents de gneiss et de granité ; plus ordinairement il constitue une masse uniforme qui a nivelé une partie des inégalités du sol. Il s'étend sur le plateau septentrional de la Laponie, quoique se maintenant presque toujours à une altitude de 750 mètres. Les blocs qu'on y trouve proviennent des roches environnantes ou même sous-jacentes. Le dépôt erratique de la Finlande se rattache sans interruption à la vaste formation de transport qui occupe les plaines de la Russie. L'horizontaUté de ces der-

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nières est due à celle des roches stratifiées aiicienneraent au sable avec graviers et galets qui les recouvre. Ce dernier est dispose par couches, et rien n'annonce que ses éléments aient été transportés par un courant très violent On le retrouve dans presque toute la Polc^e et le sud de la Podolie, le gouvernement de Lublin et sur les pentes nord et sud des montagnes du gouvernement de Sandomir ; il passe au dépôt diluvien de la Silésie et des plaines du nord de l'Allemagne, et nous l'avons déjà mentionné sur toute la surface du Danemark, où plus de 70 espèces de coquilles , dont les analogues vivent encore dans les mers voisines, ont été signalées par M. Beck. En Suède, un dépôt semblable, bien distinct des œsars, constitue le sol des plaines méridionales comme de celles du nord , etc.

C'est à la surface de cette coucho argilo sableuse et caillouteuse si étendue que se voient les blocs erratiques, lesquels sont aussi trouvés dans son intérieur. En général , les blocs forment des amas sur les points les plus élevés de la contrée (1). Ils sont disposés suivant des lignes dont la direction est presque N., S., et placés sur les collines qui interrompent les plaines ; quelquefois ils forment des bandes horizontales sur les pentes de monticules en demi cercle dont le côté convexe est tourné au nord. Ils sont plus nombreux dans les bancs de sable que dans ceux d'argile, et le plus ordinairement leur grand axe est horizontal; parfois cependant il est plus ou moins incliné. Ceux d'une grande dimension ne sont jamais arron-

(4) M. de Verneuil [n) a fait remarquer qu'à mesure que Ion s'avance de la zone extérieure du dépôt erratique vers le nord , les blocs des diverses roches sont de moins en moins mélangés , et qu'il y a certaines contrées qui semblent avoir été des centres de production pour ces blocs. Ils y sont plus nombreux et plus volumineux que partout ailleurs, et l'on n'y observe qu'une seule espèce de roche qui est précisément celle du sous-sol. Ce brisement sur place et le transport purement local paraissent être fréquents en Suède , et sont surtout remarquables lorsqu'on traverse des pays dont la constitution géologique est bien tranchée, comme dans les régions de granité et de gneiss de Fahlun , et sur les bords du lac Venjan qui est entouré d'un côté par des porphyres et de l'autre par des grès rouges. Dans cette partie de la Suède les divers terrains sont couverts par des amas de ruines et de débris formés sur place à leurs propres dépens, et, quelle que soit la cause de ce phénomène, on doit reconnaître qu'elle a dû être à la fois énergique et purement locale.

(/i) Bull,, 2e «ît'r., vol. III , p. 90. !845.

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