DU POURTOUR DES ALPES
suisse, dît M. Studer (1), est reconveri d'une couche de gravier et de sable atteignant quelquefois plus de 30 mètres. C*est le diluviam dans lequel les rivières actuelles ont creusé leur lit. Des ter fasses superposées indiquent des alternances ou des époques de repos suivies par des moments de charriage (p. 27). Ces masses de graviers sont surmontées par un diiuvium plus récent , sans stratiGcation , composé de galets et de blocs volumineux , enfouis dans une argile sableuse. Les blocs et les cailloux sont plus ou moins arrondis ou anguleux , et le dépôt qu'ils forment est adossé aux collines de mollasse , ou bien constitue des digues, ordinairement parallèles , de 7 à 30 mètres d'élévation , placées au pied du talus, ou en travers de la vallée. Ces blocs diffèrent seulement des blocs erratiques proprement dits en ce qu'ils sont enveloppés dans le limon et le gravier au lieu d'être isolés et dégagés. M. Ëscher de la Linth (2) a conârmé pour la Suisse orientale les vues de M. Studer, et il demeure bien constaté que les blocs erratiques et le dépôt auquel ils appartiennent sont postérieurs au remplissage des vallées par les graviers avec ossements d'éléphants et bancs de lignites dont les végétaux sont analogues , sinon identiques avec ceux qui vivent encore dans le pays.
Ainsi , dans la grande vallée suisse comme dans celle du lac de Genève, les géologues s'accordent à distinguer deux dépôts de transport dont le plus ancien repose sur la mollasse ; mais ce ne fut qu'en 18^5 que l'un des savants le plus justement célèbres de ce pays chercha à les comparer avec ceux du bassin du Rhône et de la Saône. 31. Studer ^3), qui a bien voulu nous faire part luimême des résultats de ses recherches , pense que la plus grande partie des dépôts compris par M. Élie de Beaumont sous le nom de te7Tain de transport ancien, et que nous avons dit représenter le terrain tertiaire supérieur, serait du nagelflnhe pour les naturalistes suisses et par conséquent une assise très différente du dépôt erratique ancien ou de l'assise inférieure de la Suisse. Parmi les dépôts détritiques de la France , les collines de Digne , les lignites de Pamiers , etc. , appartiendraient au terrain tertiaire , tandis que les graviers de la Bresse , les lignites de la Tour-du-Pin , seraient de
(1 ) Aperçu général de la structure géol. des Alpes ( Bibl. univ. de Genève l mars 1842). — Ncu, Jahrb., 4 841 .
(2) Gehirgskunde des Kanton Glarus. Géologie du canton de Glaris, in-12. 1846.
(3) Neu, Jalirb,y 1846. — Bibl, unie, de Genève, id.
Tépoqne quaternaire. Les premiers s*élèvent en collines et présentent une stratificaiion souvent inclinée à l'horizon ; les seconds forment le sol des plaines et des terrasses en couches horizontales adossées contre les pentes des montagnes. Nous reviendrons sur ce sujet en traitant du terrain tertiaire; mais on peut juger dès à présent, et d'après ce que nous avons dit en parlant du bassin du Rhône ^ que plusieurs points importants restent encore h éclaircir. riHinet Sur le versant méridional des Alpes , on rencontre dans les pro-
vuiiret vinces vénitiennes des poudingucs ou conglomérats composés de eriunt tud pîcrres, tantôt arrondies, tantôt anguleuses, réunies par un ciment aÎpm. calcaire. Quoique M. T. A. Catullo (1) n*ait pu déterminer exactement Tâge de tous les congloinérals qui occupent des espaces considérables dans ce pays , il regarde ceux de l'époque diluvienne comme très fréquents et renfermant des roches de diverses formations ; tandis que ceux de l'époque actuelle sont moins développés, moins solides, ne contiennent que des fragments de roches des environs et des débris de l'industrie humaine , ce qui n'a jamais lieu pour les autres. Quant aux blocs erratiques que l'on voit sur les montagnes et dans les vallées voisines des provinces vénitiennes (2) , Tauteur attribue leur dispersion au soulèvement des montagnes dont les fragments auraient été lancés à de grandes dislances par les forces soulevantes, opinion émise anciennement pac Deluc.
Les détails qu'a fournis le forage du puits artésien exécuté par M. Degousée sur la place de Santa-MariaFormosa à Venise, et qui an mois de juillet 1847 était arrivé à 132 mètres de profondeur , sont intéressants pour donner une idée de l'épaisseur des couches de sable , d'argile et de tourbe qui se sont formées soit dans la période quaternaire , soit dans celle d'aujourd'hui. La tourbe a été rencontrée à 29, 48, 85 et 126 mètres. A tous ces niveaux elle était identique à la tourbe qui se forme encore sur divers points de la lagune; d'où Ton peut induire un abaissement successif très prononcé de cette partie du continent. La coupe détaillée jointe à
(1) Trattato soprà la costitazione , etc. Traité sur îa constitution içéognostico-physique du terrain alluvien et post-diluvien des provinces vénitiennes, p. M 3, in-8. Padoue, 1838. — Nota gcogno^ stica , etc. Note géognostique sur les poudingues d*allavion et sur le terrain de transport des provinces vénitiennes. [Rtbl. italia/ia , n*i60, p. 276. et n« 261 , p. 4<7. 4 837.)
(î) I)rt fnas^f erratici, in-8. Padoue ,4 843?
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la noie de M. de Challayc (1) monlre, comme le dit Tauleur, que ta végétation s*est établie , au moins à quatre reprises diiïéreutes, à la sarface du sol que borde rcxlrémité de TAtlrialique; que chaque fois elle y a été interrompue par des inondations suivies de formations tourbeuses et d'accumulations de sable ayant une épaisseur de 6, 12, 16, 19 et 25 mètres; enGn que les beaux arbres qui ornent ^ présent le Lido et les bords de la Brcnta sont les représentants de la cinquième génération, de ceux qui ont fleuri à une époque déjà fort ancienne , remontant bien au-delà des temps historiques. M. P. de Filippi (2) décrit ainsi les dépôts diluviens de la plaine et des collines de la Lombardie. A la base , et se montrant à découvert dans la vallée du Pô, est une couche très étendue de sable fin plus ou moins mélangé d'argile et comparable au lehm. On y rencontre des ossements d' Elephas primigenius , de Bos urus fossilis et de Cervus giganteus ; au-dessus vient un lit de sable aurifère fort étendu |iussi , exploité sur quelques points (3) et dans la vallée de TAdda, mais qui manque dans celle du Pô^ au-dessous du confluent de cette rivière, tandis (;u*il existe constamment lorsqu'on remonte le fleuve en Piémont jusque vers sa source , ainsi que dans le lit des cours d'eau qui s'y réunissent, à la partie supérieure de son cours.
Sur le sable aurifère est un banc de sable quarlzeux , très fin , de plusieurs mètres d'épaisseur, avec quelques lits subordonnés de gravier et d'argile. Quelquefois il est ferrugineux et agglutiné. Breislack avait déjà mentionné les poudingues diluviens de la Lombardie, auxquels on doit rapporter tous ceux qui forment la base des collines sub-alpines, excepté toutefois les conglomérats de Sirone et de Montorfano, dans la province de Côme. Ces conglomérats sont composés de cailloux de granité, de gneiss, de micaschiste , de calcaire et de divers poudingues réunis par un ciment de grès. Lorsque les cailloux manquent , la roche ressemble à la mollasse. Le plus ordinairement le conglomérat diluvien recouvre les roches secondaires, quelquefois les roches sub-apennines (envi-
(4) Bull., t'^ sér., vol. V, p. 23. t847. — Conipt. rend., vol. XV,p. 2U. 1847.
(2) Sulla costituzione ^ etc. Sur la constitution de la plaine et des collines de la Lombardie. [/Inn. univ, di statistica , féwr. t839. Milan.)
(3) Voyez Breislack pour la localité de Ticino , et Brocchi pour celle de l'Oglio.
rons de Yarèsej ou bien encore les sables quartzeux et ferrugineux précédents (vallées du Lambro et de TAdda). Enfin le dé|)ôt de transport tout à fait sufierficiel de la Lombardie est une grande couche de sable et de gravier fin dans lequel dominent les petits cailloux de^ quartz. Quelques plaques d*argile , exploitées pour la fabricati(»n des tuiles et des briques, y sont subordonnées çà et là.
A mesure que Ton remonte dans les vallées sub-alpines, on trouve les accumulations de cailloux de plus en plus considérables , et le volume des fragments augmente en même temps. Elles constituent alors des collines élevées, comme celles de Luvinate sur le territoire de Varèse. La direction de ces débris , comme Ta dit Hoffmann , s*accorde avec le cours des eaux, tant des lacs que des fleuves, et avec la direction principale de la stratification des montagnes d*oû les détritus proviennent. Le transport de toutes ces masses fragmentaires an [Meddes Alpes lombardes et celui des cailloux qui forment une couche si étendue dans la plaine ont été effectués dans le même temps et dans la même direction.
Quanta la cause du transport, M. de Filippi, après avoir rappelé Topinion de Venturi , qui avait déjà développé l*hypothèse des glaces flottantes , puis celles des géologues de nos jours , s'arrête à IN xplication proposée par M. Catullo (1) , laquelle consiste à attribuer la répartition des cailloux superficiels à une dernière inondation. Celle-ci aurait été produite par de nombreux courants descendant des Alpes par les vallées actuelles , et qui entraînèrent et remanièrent les dépôts de cailloux déjà formés au pied de la chaîne dans la période précédente , puis répandirent le sable et les graviers les moins volumineux au même niveau sur presque toute la plaine. Les cours d*eau actuels ne seraient que les derniers représentants de ceux qui alors inondaient la Lombardie.
M. G. Curioni (2) a décrit les poudingues quaternaires et le dépôt erratique des environs de Bergame et paraît rapporter à cette époque les couches d'argile ferrugineuse {ferretti) que nous avions , avec M. Catullo , placées dans l'époque moderne. D'ailleurs les poudingues {ceppo rustico , ceppo mezzano et ceppo gentilé), beaucoup plus puissants, sont inférieurs à cette argile. Ceux qui comprennent plusieurs variétés de roches, non seulement
(1) Osservazioni soprà i terrent ^ etc. Observations sur les terrains post-dilaviens. Padoue, 1834.
(2) Extr. du journal II Politemico di Milano, 1846?