DU POURTOUR DES ALPES
se montrent dans les vallées actuelles , mais encore sur beaucoup de points intermédiaires , principalement entre les vallées de roiona, du Lambro et de TAdda. Sur les limites des provinces de Côrae et de Milan , on en trouve jusqu'à 80 mètres de profondeur dans le percement des puits. Des ossements d*éléphant , de rhinocér(îs , d*élan, d'antilope , d'ours , ont été recueillis dans le dépôt erratique de ia plaine de la Lombardic , près de Crema , au-dessus de Lodi, près de Pavie, etc. L'auteur insiste sur la nécessité de distinguer les ossements de man)mifères provenant soit des marnes sub-apennines, où l'on n'a trouvé que des débris de cétacés, soit des sables jaunes qui les recouvrent , où l'on a observé des os d'éléphant , soit enfin des dépôts erratiques plus récents où les éléphants, les rhinocéros, etc., sont plus fréquents.
Les cailloux des couches de gravier et d'argile quelquefois naicacée qui recouvrent une partie des montagnes des environs d'Aoste proviennent des chaînes environnantes. Par place le gravier a été consolidé par un ciment calcaréo-argileux , et il se voit surtout à l'ouest-sud-ouest d'Aoste, le long de la Dora (1). Le pied des montagnes de la vallée de Suze, du Mont-denis et des collines de Rivoli est aussi caché sous un dépôt puissant formé de couches horizcmtales de sable micacé et scrpeniineux, d'argile très fine et de gravier quartzo-talqueux et micacé provenant des montagnes environnantes. iMais ces divers éléments n'occupent pas une position relative constante. Les détritus qui constituent des surfaces incultes appelées vaude sont encore du même âge. 3L Sisnionda (2) pense que les cailloux roulés de la plaine du Piémont sont plus récents ; mais peut-être ne seraient-ils qu'une circonstance particulière du phénomène général.
Les blocs erratiques du revers méridional des Alpes et les cailloux roulés de la vallée du Pô ont été transportés à leur place actuelle par de grands courants produits suivant toute probabilité , dit M. de Collegno (3), par la fonte des glaciers antérieurs au dernier soulèvement des Alpes; mais jamais les glaciers de la Valteline ne sont descendus jusqu'au lac de Cômc. A cette explication du savant
(1) Ang. Sismonda , Osservazloni geognostici , etc. [Mém. délia r. Accad, di Torino, vol. XXXIX, p. 265).
(2) Ib., vol. XXXVIII, p. 160. 1835.
(3) Terrain diluvien sur le revers méridional des Alpes, {Compt. rend., vol. XVII, p. 523. 1843. -— BulL, 2» sér., vol. Il, p. 284. 1845.)
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géologue ilalien il semble qu'on pourrait objecter 1° que la icmpéralure du pays h l'époque du dépôt des collines sub-apennines était au moins égale, si ce n'est supérieure à celle d'aujourd'hui , et que la chaîne n'ayant atteint tout son relief que par le soulèvement qui mit fin à ce dépôt , il y a tout lieu de croire que les glaciers étaient encore fort peu développés à la fin de l'époque tertiaire ; 2° que rien ne prouve que le terrain quaternaire du versant sud des Alpes soit uniquement le produit immédiat du dernier soulèvement, tandis qu'il y a lieu de croire au contraire qu'il lui est de beaucoup postérieur. Le reste du Mémoire fort intéressant de M. de Gollegno est consacré à la défense de l'hypothèse des courants et à une critique aussi savante que pleine de convenance de celle des glaciers anciens (1).
Ainsi le terrain diluvien , au pied des deux versants des Alpes, nous présente des différences assez notables dans sa composition et ses caractères généraux. La disposition de la chaîne arquée au sudest faisait que tout ce qui en descendait de ce côté, où les pentes sont plus rapides et plus courtes , convergeait régulièrement vers l'axe de cette vallée si large et si unie que parcourt le Pô et ses nombreux affluents, tandis que la convexité du versant nord et la longueur des pentes faisaient diverger les détritus dont l'extension était limitée au nord-ouest par la chaîne concentrique du Jura et à l'ouest par des chaînes secondaires qui laissaient çà et là quelques ouvertures pour leur livrer passage. Cette disposition, disons-nous, a dû influer sensiblement sur les résultats du phénomène ; mais nous voyons en outre qu'au sud la présence des marnes sub-apennines recouvertes par les détritus diluviens ne permet aucun doute sur l'âge de ces derniers, tandis que l'absence de ces mêmes marnes, au nord , y laisse encore quelque incertitude sur le parallélisme du plus ancien des dépôts de transport qu'on y observe.
§ 2. Massif des Alpes.
Si , quittant maintenant les grandes dépressions et les plaines qui bordent le pied des Alpes , nous essayons de pénétrer dans l'inté-
(1) M. Balsamo Crivelli a reconnu deux assises dans le terrain diluvien de la Lombardie. Voyez : Milano e il suo tcnitorio, vol. II , p. 17.
I ieiir de celle chaîne mulliple, par les nombreuses vallées qui descendunl en rayonnant de ses sommités et sillonnenl si profondémeni ses flancs, nous rencontrerons un nouvel ordre de faits dont la liaison plus ou moins intime avec ceux qui viennent de nous occuper est aujourd'hui Tun des points de la science les plus controversés, et pour rintelligencc duquel nous supposons que le lecteur a présent à la pensée ce que nous avons dit en traitant des glaciers modernes (an/^, vol. I, p. 235).
Playfair (1) paraît être le premier qui , dès 1802 , eut cette idée , . ouvrage» que les glaciers pouvaient être la cause du transport des blocs erra- sur rhy^thès< tiques. En 1806 , il l'appliqua aux blocs du Jura , et il n'hésita point anc-re'ns à attribuer leur position à l'existence de glaciers qui avaient autre- g'^iers. fols traversé le lac de Genève et la grande vallée de la Suisse. Un eourant d'eau, dit-il, quelque puissant qu'on le suppose, n'aurait jamais pu transporter, puis laisser sur une pente un bloc tel , par exemple , que la Pierre à Bot , près de Neuchâlel ; mais il l'aurait abandonné dans la première vallée qui se serait trouvée sur son passage. £n outre ce bloc aurait eu ses angles arrondis , même en parcourant une distance beaucoup moindre , et il aurait acquis la forme qui caractérise les pierres soumises à l'action de l'eau. Un glacier, au contraire , qui conible les vallées et qui porte à sa surface des roches sans trace de frottement , est le seul agent que Ton puisse actuellement supposer capable de les charrier à une pareille distance sans émousser leurs angles.
Tout ce que l'on a appelé depuis la théorie des anciens glaciers se trouve résumé dans ce peu de mots d'un savant, sans doute peu connu en Suisse, car c'est à M. J.-D. Forbes que l'on doit de lui avoir rendu justice. £n 1821 , M. Yenelz lut à la Société d'histoire naturelle de Suisse un Mémoire sur l'accroissement et le décroissement des glaciers dans les temps modernes , et il établit aussi la doctrine de l'ancienne extension des glaciers jusqu'au Jura, comme la cause du transport des blocs (2) , et M. de Charpen-
(1) Huttonian tlicor)', art. 349. — Playfair* s works , vol. I, p. 29. — Explication de Playfair sur la théorie de la terre par Hutton y traduct. française par (]. Basset, p. 310 , nota , in-8. Paris, 1815. — J. D. Forbes, Travels through the Alpes ^ etc. Voyage dans les Alpes de la Savoie, p. 39, in-8. Edimbourg, 1843.
(2) Bibl. unit', de Genève y vol. XXI, p. 77. — Voyez aussi: Sur tes variations de la température dans les Alpes. [Taschenhuvh
tier (1), eu 1835, appela raileniioii sur l'élat de la surfaee des roches qui résulte du glissement et du frottement des glaciers. i«r Mémoire Les amas de blocs erratiques, dit ce dernier savant , renferment cbJrpeoiier. des fragments de toutes les grosseurs, depuis les grains de sable jusqu'à plusieurs milliers de pieds cubés. On trouve sur le Jura des blocs aussi volumineux que dans les vallées des Alpes. Or, si les eaux les avaient accumulés, il n*en serait point ainsi ; la grosseur des fragments diminuant à mesure qu'on s'éloigne de leur point de départ De plus, les matériaux charriés et déposés par les eaux offrent des lits alternatifs de blocs, de gravier, de limon et de sable, ce que l'on n'observe pas dans les accumulations de détritus erratiques. S'il y en a quelquefois dans leur voisinage, cela résulte d'une autre cause. Beaucoup de blocs, même des plus éloignés de leur origine, ne portent aucune trace de frottement et n'ont donc point été roulés. Ces dépôts sont ordinairement allongés en forme de digue, parfois ils affectent celle de monticules coniques, isolés ou alignés; mais ils ne constituent jamais de nappes ni de plateaux. Ces digues, pla^ cées horizontalement au pied ou sur les talus des montagnes, les unes derrière les autres et plus ou moins espacées , sont parallèles entre elles et à la direction des vallées. Dans celle du Rhône , près deBex,onles trouve sur les pentes jusqu'5 360 et 390 mètres au-dessus du fleuve, et jusqu'à 770 aux environs de Sion. Elles reposent toujours sur la roche en place. Des courants d'eau ne peuvent rendre compte de cette disposition , et, de plus, les blocs n'auraient pu franchir sans les combler les lacs qui existent à l'extrémité inférieure de la plupart dcs,grandes vallées de la Suisse.
On remarque encore que les blocs sortis d'une vallée latérale ne se mêlent point ou ne sont que très imparfaitement associés, soit avec ceux de la grande vallée, soit avec ceux qui viennent d'uue
de Leonhard, vol. XII, p. 666. 1 81 8.) — Bcnhschrijten dcr ScLweizerischen Gesellschaft ; vrster Baiid , etc. Zurich, 1833.
Dans son roman de fVilhclm Meister (2*" édit., vol. II, chap. 10. 1829), Goethe dit; a Quelques uns enfin parlaient d'une période » de froid, pendant laquelle des blocs immenses de roches primitives » auraient glissé sur des glaciers qui s'étendaient au loin dans les » plaines. Après la fusion de ces glaces, ces blocs seraient restés gi- » sant sur ce sol étranger. » (Note communiquée par M. Ch. Martins , traducteur des Œuvres d* histoire naturelle de Goethe).
(l) Notice sur la cause probable .du transport des blocs erratiques de la Suisse. [Ann, des mines, 3* sér., vol. VIII, p. 219, sept, et oct. 1835. — Bibl. univ. de Genève, %• sér., vol. IV, p. 1 . 1836. )
vallée opposée. Les digues formées par ces amas de blocs sont distinctes et séparées dans chaque vallée. Les vallées des montagnes qui ont fourni des blocs erratiques offrent en outre, sur les rochers non dégradés, des surfaces lisses attribuées au frottement des matériaux entraînés par les torrents, ce qui est d'autant plus probable que Ton n'en voit point au-dessus du niveau que les blocs atteignent sur les pentes de chaque côté. Gomment alors, se demande M. de Charpentier, une aussi grande quantité de blocs de aoutes les dimensions, mis en mouvement par une énorme masse d'eau, aurait-elle uni et poli des surfaces verticales d'une étendue considérable? Il semble, au contraire, que celles-ci auraient dû être ébréchées. Comment aussi cette action de polissage aurait-elle été produite sur des surfaces qui surplombent et qui forment des voûtes {barmes ou balmes) , et derrière des rochers en saillie qui aoraient dû les protéger? Si ces surfaces étaient dues à un courant d'eau , elles seraient plus marquées vers le bas des vallées qu'à leur origine, et nulles sur les côtés des Alpes; or, c'est précisément le contraire qui a lieu , car plus on s'élève et mieux elles sont prononcées.
En comparant les caractères des moraines que forment les glaciers actuels et leur disposition avec les produits du phénomène des blocs erratiques, l'auteur y reconnaît une analogie qui lui fait partager l'opinion que M. Yenetz lui avait communiquée plusieurs années auparavant. Pour concilier alors cette hypothèse avec les faits, telle que la végétation des Chamœrops dans l'ancienne vallée de Genève, végétation qui prouve une température plus élevée qu'aujourd'hui, il suppose que , lors du soulèvement des Alpes , qui a mis fin à celte végétation tropicale , tout le pays était plus élevé qu'il ne l'est actuellement , et qu'il a pu se former par conséquent des glaciers plus étendus qui ont diminué au fur et à mesure du tassement des roches et jusqu'à ce qu'elles aient eu atteint l'état stationnaire oà nous les voyons.
Ainsi la végétation des Chamœrops exigeant une température moyenne de 17**, 5, et la température moyenne des vallées où les glaciers peuvent se maintenir étant d'environ ô*», comme le climat de la vallée de Chamouny, par exemple, il en conclut que la contrée où vivaiejît les palmiers doit avoir été soulevée de 1840 mètres, pour que la température s'abaissât de 17*^,5 à ô** (la température diminuant de !• par 160 mètres d'élévation). Vevayel Genève étant aujourd'hui à 372 mètres au-dessus de la mer, l'afiaissement
du pays où sont ces deux villes a dû être aussi de 1468 mètres, depuis le soulèvement de la chaîne.
On voit que, pour admettre cette explication, il faudrait supposer également que sur tous les points de l'hémisphère boréal , où Ton a signalé des traces d'anciens glaciers, il y a eu au même moment une turgescence générale du sol qui a porté cette partiedu globe au-dessus de la ligue des neiges ou de la limite inférieure des glaciers , et qu'ensuite cette même portion de la sphère s'est tassée assez rapidement pour que la fonte des neiges et des glaces ait occasionné le transport des matériaux dans les plaines, supposition contre laquelle s'élèvent en outre beaucoup d'autres objections qui l'ont fait abandonner ensuite par son auteur.
Traraux Malgré la précision des faits rassemblés par M. de Charpentier, M. Agaisis. la manière simple et lucide avec laquelle il les avait exposés, et les conclusions qu'il en avait déduites , il ne parvint point à leur donner une grande importance dans la science, ni à faire sortir l'idée principale du champ restreint de la Suisse.. La théorie des glaciers sommeillait donc encore lorsque M. Agassiz (1) , dans son discours d'ouverture à la Société des sciences naturelles de Neuchâtel, le 2/i juillet 1837, après avoir signalé des roches polieiraox environs de cette ville , puis les blocs erratiques et des moraines dans le bassin de Genève et au-delà, voulut appliquer l'hypothèse de l'ancienne extension des glaciers à diverses parties du globe, et prétendit même en trouver des preuves dans chacune des grandes périodes géologiques. Mais , dans ce premier développeinent trop rapide de l'hypothèse , le célèbre zoologiste dépassa le but , et ce fut à la difficulté de la restreindre au domaine de l'observation rigoureuse des faits comme des inductions rationnelles que l'on doit une grande partie des recherches auxquelles on s'est livré depuis.
Les blocs erratiques du Jura reposent partout sur des roches dont la surface est polie; mais le contact n'est pas immédiat , et il y a entre eux de petits blocs et des galets de différentes grandeurs, formant une couche intermédiaire de quelques centimètres d'épaisseur ou davantage. Ces cailloux sont très arrondis; les plus gros en dessus et les plus petits en dessous passent à du sable fm au contact même des roches polies. Cette disposition est donc l'inverse de
(1) Jctcs (le lu Soc. helvétique des se, iiat. 1837. — BihL unh\ de Genève, vol. Xil , p. 367. 1837. — Voyez aussi Schimper dans une Ode die Eiszeit , 15 févr. 1837.
Celle qu'aurait pioduilc le charriage des nialériaiix par des courants. Les surfaces |K)lies occupent une grande partie de la rive nord des lacs de Neuchâlel et de Bienue et eilcs prouveraient que les dépressions des lacs suisses existaient alors, de même que la coniinuité des moraines sur les deux bords du Léman établit que son bassin est antérieur au transi)ort des blocs.
Pendant la durée de chaque période géologi(|ue , continue M. Agassiz, la température n'a pas très sensiblement varié, mais c'est lors des perturbations qui stirvitirent à la surface du globe qu'il y eut un abaissement considérable de la température. Celle-ci venant à se relever ensuite, une nouvelle ère commença et de nouvelles générations se développèrent. En adoptant cetie manière de voir pour les temps géologiques en général, il ne reste pins qu'à l'appliquer à une époque immédiatement antérieure au dernier soulèvement des Alpes et à l'apparition des générations actuelles. Cet abaissement de température aurait produit les immenses masses de glace qui ont dû couvrir la terre, partout où l'on Ironve des blocs erratiques avec des roches polies comme celles de la Suisse. C'est sans doute ce grand froid qui a enseveli les Mammouths dans les vases glacées de la Sibérie, a congelé tous les lacs alpins et entassé les glaces et les neiges jusqu'aux cimes du Jura qui existaient avant !e soulèvement des Alpes.
Par suite de ce dernier phénomène, les glaces furent brisées, leurs fragments roulèrent ou glissèrent sur les pentes , ainsi (|ue les débris des roches soulevées, et ces mouvements eurent pour résultat raccumulatiou de cailloux roulés et de sable au contact des roches qu'ils ont polies et striées par leur frottement et leur pression. Les stries et les sillons des surfaces polies durent être dirigés dans le sens de la longueur du glacier qui , étant encaissé entre les Alpes et le Jura , dut aussi se dilater et marcher dans le sens de sa plus grande pente, celle de la grande vallée de la Suisse, au nord-est.
Après le soulèvement des Alpes ou en même temps , la surface de la terre s'est de nouveau réchauffée , et cette élévation de température a fait fondre ces masses de glace qui se sont successivement retirées jusqu'à leu^s limites actuelles, en laissant derrière elles, pour témoins de leurs anciennes limites, les blocs qu'elles supporiaicnl ou qu'elles avaient poussés devant elles. Pour Fauteur, le dépôt de cailloux roulés du Rhin et lelehm qui le recouvre seraient un des premiers efr«*ts de cette retraite des glaces ; les cal!- H. 10
24î MASSIF DES ALPES.
luux étant 1rs mOmes que ceux qui accompagnent les blocs (1), et le It'hm étant le produit des déiriins de la mollasse. Enfin le refroidissement de la surface du ylobe , au lieu d'avoir été graduel , ré- (j>ulier et continu , aurait éprouvé des oscillations subites , ou des abaissements et des élévations rapides de température.
M. Agassiz a reproduit ces opinions h diverses reprises (2) et avec quelques additions qui n'en ont pas sensiblement modifié le fond. Ainsi , dans ses Études sur les glaciers (3), (p. 304), il revient sur celle idée , qu'à la fin de la période qui a précédé le soulèvement des Alpes la terre s'est couverte d'une immense nappe de glace dans laquelle les éléphants du Nord ont été ensevelis, et qui s'étendait au Sud aussi loin que les traces de débris erratiques , comblant toutes les inégalités de la surface de l'Europe, antérieures au soulèvement des Alpes. « La formation géologique la plus ré> • cente, dit-il (p. 306), qui ait été disloquée par cette cata- » strophe (le soulèvement des Alpes orientales), c'est le terrain » caillouteux connu sous le nom de diluvium ou de terrain dilu- » vien qui est répandu par lambeaux sur toute la surface de » l'Europe et du nord de l'Asie et de l'Amérique, et dans lequel on » trouve une si grande quantité de mammifères, etc. » Les observations de M. de Charpentier, dont nous parlerons tout à l'heure , nous éviteront d'insister sur l'erreur qu'a commise W. Agassiz, en plaçant le dépôt de transport diluvien proprement dit avant le soulèvement des Alpes orientales , erreur bien plus grave et plus contraire à l'évidence que celle de regarder ce même dépôt comme le produit ou la conséquence du soulèvement.
Nous dirons cependant avec M. Bronn {k) que l'influence attribuée au soulèvement des Alpes ne doit avoir été que locale et ne pouvait fondre la couche de glace de toute la zone septentrionale et tempérée. Cette influence, d'ailleurs, devait produire plutôt un
(1) Cette assertion est contredite par tout ce que nous avons vu de la composition du dépôt erratique de la vallée du Rhin , comme par la limite qu'a marquée M. Gressly entre les détritus provenant des Alpes et ceux provenant des Vosges et de la forêt Noire. Elle ne pourrait d'ailleurs s*appliquer qu'aux débris venus par les affluents du Rhin supérieur.
(2) Bull., vol. IX, p. 443. 1838. — Proceed, geol. Soc. oj London, vol. III, p. 328. 1840.
f3] In-8 avec atlas. Neuchâtel, 1840.
(4) IScu, Jahrb,^ n** 1 . 1842. — A un. des se. ^coL, vol. I, p. 857. 1 842. — Ediub. ncwphil. Jnurn., vol. XXXIl'l. p. 36. 4 842.
MA>5;iF DKS ALPES. --À:]
refroidissement, puisqu'elle lendaii h <' lever le sol el par conséquent à augmenter les glaciers. Mais M. Rronn nous parait èire tombé de son côté dans une autre méprise, celle de rapporter lis Manmioulhs de Ta Sibérie à la période des marnes sub-apennines soulevées par le dernier mouvement des Alpes du Valais. Notre remarque ne détruit d'ailleurs en aucune façon l'assertion tout à fait philosophique de ce savant, qui pense que dans la série des formations sédimentaires il n'y a point de distinction zoologique générale, absolue, ni de limite tranchée , car les êtres organisés ont changé continuellement et successivement. Mais revenons au travail de M. Agassiz.
L'apparition de la chaîne principale des Alpes (p. 315) , en modifiant les conditions climatologiques de la Suisse, aurait aussi relevé la température et déterminé des oscillations continuelles de chaud et de froid, etc. On peut concevoir en effet que le dégagement des gaz ait élevé momentanément la température de ce point de l'Europe ; cependant , par cela seul qu'il a été porté à une plus grande altitude , la température moyenne annuelle a dû ôire plus basse qu'avant le soulèvement, et l'épaisseur des glaciers , comme on vient de le dire, a dû augmenter. Il a donc fallu un phénomène non seulement bien plus général que le soulèvement des Alpes pour produire le résultat que ;suppose l'auteur, mais encore un phénomène d'un ordre précisément inverse , c'est-à-dire qui élevât d'une manière régulière la température de tout l'hémisphère nord. Il était par cela seul plus rationnel , relativement à la Suisse , de placer l'époque des glaces après le soulèvemeni. Une autre objection tirée d'un ordre de considérations différent contribuera encore à faire voir que toute cette partie de l'ouvrage de M. Agassiz est inadmissible au point de vue organique comme au point de vue' purement physique et géologique.
M. Agassiz paraît supposer que les grands mammifères du terrain diluvien proviennent, ainsi que les matériaux du terrain luimême , de la période antérieure au soulèvement. Sans doute il a existé une faune de grands mammifères pendant la formation tertiaire supérieure et môme pendant celle qui l'a précédée , mais l'une et l'autre , comme on l'a déjh vu pour les Iles-Britanniques, la Belgique et la France , diffèrent notablement de celle dont les débris sont accumulés dans les dépôts diluviens tels que nous les envisageons ici. D'ailleurs elle se retrouve sur une grande partie de l'hémisphère nord où le terrain tertiaire manque , ou bien ne se présente qu'avec des caractères organiques sans analogie avec
!lAi MASSIF DKS W.VVS.
ceux des (K'pôlsd^ Iraiisporl qui en provicndraieni, suivant rhy|>otlièse de Tauleur. Le savant zoologisie nous fournil lui-même des arguments contre l'époque à laquelle il place ses grandes glaces lorsqu'il considère le (iil, que nous avons vu en Ecosse composé de boue , de gravier, de blocs avec quelques ossements de nianiniifères {antè , p. 89), comme postérieur aux glaciers dont il ne serait point le résultat immédiat, quoique intimement lié h ce phénomène (1). Or, nous avons Lien dit aussi que le till avait été précédé par le phénomène des si ries , mais nous avons fait v(»ir de plus que, dans les Iles-Britanniques, toute la faune des grands manmiifères était également enfouie dans le diluvium plus récent non seulement que les stries et le tiil , mais encore que les dé[M)ts coquiilicrs marins qui reposent dessus; donc cette faune est à plus forte raison postérieure aux marnes sul)-apennines et au mouvenient qui les a redressées. N'oublions pas non plus que nous avons signalé les principaux représentants de cette même faune dans les détritus erratiques qui recouvrent transgressivemenl le terrain tertiaire supérieur, au pied du \ersant méridional des Alpes.
1/auteur compare encore au //// les détritus qui remplissent le fond de toutes les vallées alpines oti les blocs furent laissés lorsque les glaciers s'étendaient jusque là. Il a constaté dans l'une d'elles des roches polies et en place, depuis le glacier de l'Aar jusqu'à Méringen, ^ur une distance de 20 milles, à des élévations successives de 2600, 227i!i et 1950 mètres d'ahilude, et même snr les bords du lac de Thun. Pour prouver que Ii*s glaciers actuels ne descendent point des sommets dans ks plaines, mais qu'ils sont au contraire les restes de grandes nappes qui auraient couvert les pays plats , .M. Agassiz fait remarquer la disposition inverse que présen^ tent les moraines relativement à ce quelle serait si les glaciers desccndaieni ; aussi en conclut-il que loa doit admettre l'ancienne existence de grandes nappes de glace qui , comme celles des régions I^Molaiit^s, occupaient tous les pays où IV.u trouve des graviers non stratifiés. T.es graviers ont été produits |>ar la trituration qu'exerçaient les ma>$cs do glace snr les roches sous-jacentes ; les moraines isXM aient les effols du retrait ou de la diminution des glaciers; les bkns augtdeuv trvmvésà la surface di^ matériaux arrondis auraient été akindom:és dans leur |)o>ition actuelle iors de la fonte des
(P /N>H\>^^. i:r>^. N»v. o//.twcAw.voU m. p. 3i8. 1840.
glaces, et la disparition de ces dernières aurait occasionne des débâcles énormes et des courants qui en mirent certaines parties à flot et qui entraînèrent dans diverses directions les biocs dont elles étaient chargées.
Le développement rapide donné à Tidée de Playfair et à ses ap- objecUonc plications dut soulever et souleva en effet beaucoup d'objections m. d«1uc. de la part des naturalistes (|ui ne Tavaient point adoptée. Ainsi M. J.-A. Deluc (1), après avoir décrit les roches calciiires innombrables, éparsesaux environs de La Roche et jusqu'au lit de TArve, de même que les blocs de granité qui les accompagnent, en conclut que ces effets n'ont |)as pu être produits par des glaces, et il regarde les blocs des vallées de l'Arve, du Rhône , de Chamouny et de la base orientale du Mont-Blanc comme de la même époque que ceux du Salève et du Jura (2). ]l ne pense pas qu'ils aient été apportés par des glaciers, ni que les dé|)ôts accumulés au fond de ces vallées puissent être assimilés à d'anciennes moraines , mais il croit que ces effets résultent du brisement des couches, lors du dernier soulèvement des Al|)es qui a ouvert les vallées transversales par lesquelles des courants d'eau très profonds et très rapides ont porté les débris en dehors de la chaîne. Ces courants ont excavé les vallées et enfoui les ossements de grands quadrupèdes loin des lieux où* ils avaient vécu. Il existe encore, stiivant M. Deluc, des traces très reconnaissables de ces torrents boueux qui ont charrié de grands blocs et les ont déposés à des hauteurs de 650 mètres audessus du fond des vallées qu'ils parcouraient , et , sur beaucoup de points , ces l)l()cs sont restés enveloppés de leur gangue boueuse.
M. Studer (3) avnit atiribué aussi le poli et les stries des roches observaiions en place aux blocs et aux graviers charriés parles masses d'eau, mm. sfuder. dans les vallées et les p!ai: es de la Suisse. Quant aux rangées de ^"^^'^'^''y collines qui ressemblent h des moraines, mais qui traversent les i^e"**"» vallées h de grandes distances des glaciers actuels, ce savant les regardait comme des restes d'anciens déjîôls détriti(|ues qui ont recou-
(1) Examen de la eaii.se probable à laquelle M. de Charpentier (illrlbne le transport des blocs erratiques de la Suisse. [Actes de la Soc, hels\ des se. nat, 1837.) — Meni. sur les roches calcaires innombrables^ éparses dans les environs de La Roche. (/^., vol. VIII, p. U9. 1838.)
(2) Bull., vol., X, p. 363. 1839.
(3) Neu. Jahrb., 1838, p. 273.—/?////., vol. IX, p. 407.
'li& MASSIF DES ALPES.
vert aulrefois la plupart des vallées et les pentes des montagnes. Mais depuis, une nouvelle élude des faits Ta ramené à Topinion de M. Agassiz (1). Les surfaces polies , les rainures à bords arrondis , les stries fines et parallèles des environs de Zermatl, et que Ton observe jusqu'à 160 mètres au-dessus du glacier de Gorneren , lui font admettre Texiension des anciens glaciers. La grande digue ou rangée de collines, qui, sur le versant méridional des Alpes, sépare le bassin d*Ivrée de celui de Biella , s'étendant sur une longueur de 5 à 6 lieues avec une élévation de 325 mètres au-dessus de la plaine, serait une moraine gigantesque, de même que les collines des environs de Berne qui traversent la vallée de i'Aar. Ces dernières, composées de gros blocs alpins , reposent sur le gravier et le sable stratifié qui recouvrent la mollasse au fond de la vallée.
M. Godeffroy (2) rejette entièrement le transport des blocs par les glaciers, et les moraines seraient, comme on l'a vu {antè, vol. I, p. 271), formées par un relèvement et non par un dépôt charrié ultérieurement Les blocs des moraines ont, dit-il, des caractères très différents de ceux des blocs erratiques qui n*ont point été usés ni émoussés comme les autres d'une manière qui leur soit propre.
Après avoir analysé le Mémoire de M. Venetz et celui de M. de Charpentier, M. Rendu (3) s'est attachée réfuter l'hypothèse dHme plus grande élévation de la chaîne, qui aurait occasionné l'augmentation des glaciers, puis son abaissement successif, leur retrait, par le retour d'une température plus douce. La température moyenne de 4" 6" à laquelle se maintiennent les glaciers n'est pas le seul élément de leur persistance, et leur extension est due surtout à la quantité de glace fournie par les glaciers réservoirs [antè ^ vol. I, p. \k\). Ainsi tel glacier s'arrèle à une température de + 3°, tel autre à celle de + 5", et ils pourraient descendre encore beaucoup plus bas en supposant des glaciers-réservoirs plus étendus. Sans vouloir justifier l'hypothèse de M. de Charpentier, on doit remarquer que Tobservalion du savant évêque de Chambéry pourrait
[\) Ncu.Jahrb., 1840, p. 208. —7Z»., 1841 , p. 677. —BulL, vol. XI, p. 49. 1840.
(2) Notice sur les i^lacicrs , les moraines et les blocs cnatiques des yUpcs, in-8. Paris, Genève, 1840. — iVi?«. Jalub., 1839, p 177-182.
(3) Théorie des placiers de la Savofc ^ p. 95 , in-8. Chambéry,
modifier les clnfTri's donnés , mais quVlIc \w détruirait pas lo fond du raisonnement.
M. Rendu décrit ensuite Ws anciennes moraines du glacier de Rossboden, près du village du Simplon (p. 106) , vi cherche la solution du double problème posé par M. Godeffroy , et que ce dernier croyait avoir résolu , savoir : la diminution des glaciers par le bas et leur augmentation par le haut ; mais l'auteur l'explique à son tour par des phénomènes qui semblent peu en rapport avec la grandeur des résultats, et qui d'ailleurs ne rendent pas compte de Taugmentation des glaces dans les hautes régions. Quant à la diminution dos glaciers depuis les temps anciens , elle aurait eu pour cause des changements survenus dans la forme des vallées ou des couloirs que parcourent les glaciers, tantôt obstrués par des accumulations de roches, tantôt s*ouvrant , au contraire, par la rupture de quelque barrière ou par l'élargissement de quelque passage. En essayant d'évaluer l'ancienneté de l'état de choses actuel par la formation des moraines inférieures, M.* Rendu arrive à prouver que, nulle part dans les Alpes, les moraines des glaciers modernes ne remontent au-delà de l'époque historique. Nous avons dit aussi {antè, p. 229) que IM. Necker n'attribuait pas le transport des blocs erratiques à d'anciens glaciers , et qu'il ne regardait pas les amas de débris dans les vallées comme étant leurs moraines.
Cependant les objections faites à la théorie sur quelques uns de ses points les plus vulnérables n'empêchaient pas ses défenseurs d'accumuler de nouvelles observations pour l'appuyer, et leurs recherches témoignent de leur zèle et de leur activité si elles ne prouvent pas toujours une justesse parfaite dans la direction qu'ils leur ont donnée. Parmi ces travaux, l'un des plus remarquables est, sans aucun doute, V Essai sur les glaciers et sur le terrain erratique du bassin du Rhône (1) , par M. de Charpentier.
(P. 116.) L'auteur appelle terrain erratique , dénomination à i«M«moir« laquelle nous substituons celle de foimation erratique , le gravier, charp«*ntifr. le sable , le limon et les véritables blocs erratiques , sans avoir égard
(t) In- 8. Lausanne, 1841. — Voyez aussi : Critique relative à r Essai sur les (placiers, etc. [Bihl. univ, de Genève , févr. 1 842.) — On remarquera ici quelques répétitions du premier mémoire de l'auteur, mais nous avons dû les reproduire pour Tintelligence complète du sujet.
'lA"^ MAS>IF DE* ALPES.
ail voliune isi au ucuibre des fragments que l'on rencontre à des dislances plus ou moins grandes des montagnes donl ils ont été détaches, et donl le mode de transport n*est pas encore bien connu. Cette formation se distingue des dépôts diluviens et alluviens, 1* parce que les débris qui la constituent ne diminuent pas de volume à mesure qu'on s'éloigne des montagnes d'où ils proviennent, comme cela a lieu pour les matériaux que les eaux charrient; 2" parce que beauconp de fragments erratiques , quoique transportés très loin , ont encore leurs angles vifs et leurs arêtes tranchantes, ce qui ne s'observe pas pour ceux que les eaux ont déplacés ; 3** parce que les dépôts erratiques sont rarement stratifiés , tandis que les autres le sont presque toujours.
( P. 119) La formation erratique déposée pendant l'époque quaternaire a commencé peu après le dernier soulèvement des Alpes et a continué jusqu'à la un des dépôts diluviens, d'où il résulte qu'elle est superposée non seulement h tout ce qui est antérieur au diluvium , mais souvent encore 5 'ce dernier lui-même (!}. Les débris qui la constituent , dans la plus grande partie de la Suisse occidentale, proviennent des roches qui se trouvent toufes en place dans la grande vallée du Rhône et dans celles de ses affluents. Le gypse seulement , à cause de sa facile destruction , ne s'y montre point. Les fragments provenant du Jura y sont en petit nombre , et encore ne les trouve-l-on qu'au pied même de cette chaîne. Ainsi tout prouve que le transport s'est opéré du S. au N., ou des Alj^es au
(l)Ondoit regretterqueM. de Charpentier n'ait pas cherché àfaire accorder les dénominationsqu'il emploie de terrain erratique^ tcnaln diluvien et terrain alliivien , avec celles dont se sont servis d'autres géologues avant lui, ou bien qu'il n'ait pas plus complètement défini les deux dernières ; car cette circonstance , jointe à renclievètrement qu'il signale entre ces divers dépôts, jette une certaine obscurité dans ses descriptions. Ainsi, faute d'avoir précisé la position des détritus erratiques ou de la formation erratique par rapport au dépôt qui renferme des ossements de mammifères quaternaires et qui est probablement ce qu'il nomme diluvium , l'époque môme des grandes glaces reste incerlaine, et, si l'observation de M. Studer, que nous avons rapportée plus haut, se généralisait dans la région des Alpes, il en résulterait cette anomalie très remarquable, que le phénomène erratique alpin serait postérieur à la destruction de la faune quaternaire, au lieu d'avoir précédé l'existence do cette même faune comme dans les autres pays. On ne peut pas d'ailleurs admettre leur contemporanéité et l'on doit attendre le résultat de recherches plus minutieuses encore pour se prononcer définitivement sur un fait aussi important.
MASSIt DKS AM'ES. 2il)
Jurn. Losfraj^ini'iils.soiU on |>lus ou moins arrondis on à arèU's \ivcs; mais, en général, les premiers dominent , contrairement à ce qu'axait avancé M. Agassiz (1), excepté cependant pour les ^ros blocs, qui sonlordinairemenl mieux conservés que les petits.
Les granités et le gneiss forment généralement les blocs les plus volumineux , quoiqu'il y ait près de Dépens nn bloc calcaire de 161000 pieds cubes avec ses ai êtes et ses angles peu émoussés. Un bloc de granité , situé sur la montagne calcaire près d'Orsières, a plus de 100000 pieds cubes. Au-dessus de .Monthey, beaucoup de blocs venant de la vallée de Ferrct et ayant ainsi parcouru une distance d'au moins 11 lieues , ont depuis 8000 jusqu'à 50000 et 60000 pieds cubes. Le nombre des gros blocs diminue d'ailleurs tous les jours par suite de leur exploiiaiio»).
Les fragments de roclie n'ont éprouvé aucun triage en rapport avec leur volume , et ils ne diminuent pas de grosseur en raison de l'éloignement où ils se trouvent du lieu de leur origine. Ainsi les blocs de granité talqnetix de Steinhof, près do Seeberg, dont un de 61000 pieds cubes a ses arêtes parfaiiemenl conservées, ont fait nn chemin d'environ 60 lieues. La Pierre à Bot , au-dessus de Neuchâlel, granité à petit grain passant au gneiss et qui a /iOOOO pieds cubes, a dû parcourir 22 lieues pour venir de l'aréle de Follalerres, au nord de Marligny. La pierre de Millict, granité à gros grains de la vallée de Ferret qui a 12500 pieds cubes, aurait fait 23 lieues. Os blocs énormes se trouvent tous sur la limite de la formation erratique.
M. de Charpentier distingue dans cetJe formalion les dépôts ocpôis f'parpillés , les dépôts accumulés et les dépôts stratipés. Dans les a?cùmurëV premiers, qui sont les plus fréquents, les fragments de roche sont siraUfies. répandus à la surface du sol et plus ou moins espacés. Lorsqu'ils sont recouverts par le diluvinm , on ne les distingue que parla conservation des angles et des arêtes, et par leur volume, hors de proportion avec celui des matériaux placés an-dessus d'eux. Celte circonstance s'observe surtout darjs les ravins qui sillonnent le plateau diluvien , entre le lac Léman et le Jura. Les dépôts accumulés offrent exaciemeni la même configuration et les mômes accidents que 1rs moraines , c'est-h-dire qu'ils sont allongés en forme de digue, ou bien constituent des monticules coniques et isolés. L'intérieur montre aussi jusque dans ses moindres détails les caractères
(I) Lettre adressée à Vlnsiiua le 2 cet. 1837.
des moraines. C'est un assemblage confus de fragments de toutes les dimensions, de blocs de plusieurs milliers de pieds cubes, confondus pêle-mêle et entourés de sable, de gravier et de limon, de débris anguleux et intacts, associés à des fragments arrondis et frottés. Les dépôts accumulés sont très communs dans la grande vallée du Rhône et les vallées latérales. Ils forment des bandes ou digues sur les flancs des montagnes, sur le plateau du Jorat et même aux environs de Lausanne ; mais , plus au nord , on n'en trouve plus dans les plaines de la Basse-Suisse. Les dépôts stratifiés ne constituent que des couches épaisses , peu étendues et se terminant eu coin. Ils ont tous les caractères du diluvium glaciaire à^]^ décrit [antè , vol. I, p. 272). Ils se rencontrent à Feutrée de la plupart des petites vallées qui aboutissent à celle du Rhône ou aux grandes vallées latérales. Quelquefois ces débris sont cimentés par une infiltration calcaire, et produisent alors une brèche caverneuse assez solide.
Amas formes II existe eucorc des amas de blocs formés par une seule espèce
seuil °Jspèce de roche , tantôt éparpillés, tantôt eu digues, en bandes ou en d« roche, mouticules. Tel est celui de Monthey , dans le bas Valais, placé à 400 pieds au-dessus du Rhône. Il forme une bande de gros blocs de granité à grands cristaux , qui repose sur le lias , et dont la largeur varie de 300 à 800 pieds sur une longueur d'un quart de lieue. Tous ces fragments viennent de la haute chaîne qui borde la vallée de Ferret, au nord et au nord-ouest, à une distance d'au moins il lieues. Un grand nombre des plus gros blocs des Alpes appartiennent à ces sortes d'amas. On peut citer entre autres la Pierre du Trésor, qui a plus de 100000 pieds cubes, et qui fait partie d'une accumulation considérable de granité à grands cristaux, située au sud-sud-ouest d'Orsières et à 2733 pieds au-dessus du fond de la vallée de Ferret. On remarque que les fragments qui composent ces dépôts d'une seule espèce de roche sont toujours mieux conservés que les autres. Enfin M. de Charpentier insiste sur la position de certains blocs qui , comme la Pierre à Bot , se maintiennent en équilibre sur la plus petite de leurs faces.
Distribution Toutcs les vallées un peu considérables qui aboutissent à celle du défrUus Rhône ont contribué à composer la formation erratique; mais,
emiiiques. j^^^jg bcaucoup de cas , on ne trouve pas de débris sur les flancs des montagnes opposés à l'entrée de ces mêmes vallées. Les roches n'ont point traversé la vallée du Rhône; elles ont tourné «n y entrant, et se sont arrêtées sur les flancs, à des hauteurs de 2000 pieds
MASSIF DES ALPfiS. 251
au dessus du couraiil. Si Tou considère rélévalion qu'atteignent ces amas détritiques, on voit que, vers le haut de la vallée du Rhône et des grandes vallées latérales / ils se confondent avec les produits des glaciers actuels , et leur limite ne devient guère distîncie qu'à 2800 pieds au-dessus du fleuve. Au-dessuus de IVlarligny , où la vallée se resserre un peu , la limite atteint SOOO pieds ; elle s'abaisse au-dessous de Saint-Maurice à !2300, pour se relever au-dessus de Vevay à 'J610, tandis qu'aux rochers de Miineri, sur la rive gauche, elle n'est qu'à 2000 pieds, et atteint le niveau du lac au-delà de Thonou.
Quant au Jura, la limite des blocs décrit une courbe dont le sommet se trouve en face de la vallée du Rhône, sur le flanc sud du Chasseron, à 3100 pieds (de Buch) au-dessus de la plaine, et^ dont les extrémités sont l'une à l'est, (fu côté de Soleure, et l'autre à l'ouest , près de Gex. Sur ce dernier côté , après avoir atteint 2000 pieds au-dessous de la Dôle, la limite descend rapidement vers la plaine du pays de Gex , où elle est effacée par le mélange des débris erratiques et dudiluvium, qui longe le pied du Jura, depuis le lac de Neuchâtel jusqu'au fort de l'Écluse (1).
Sur ces limites, la formation erratique se termine par une digue ou bande, par un dépôt éparpillé , par un mélange avec des débris évidemment déposés par les glaciers, ou enfin par un mélange avec le diluvium. Vers sa partie supérieure, dans le voisinage des glaciers actuels, comme à sa partie inférieure, là où elle se confond avec le diluvium, la limite devient diflicile à tracer.
Le Valais est de toutes les vallées de la Suisse celle qui a fourni le plus de débris erratiques , et celle dont les débris sont épars
[\) M. Itier [a] a remarqué qu'il y avait entre la plupart des blocs qui sont à l'est du fort de l'Écluse , c'est-à-dire qui n'ont pas franchi la gorge, et ceux qui sont au-delà, sous le rapport des dimensions et de l'état de conservation des angles , des différences telles , qu'on ne saurait les expliquer qu'en admettant deux modes de transport distincts. Les premiers, d'un volume très considérable et à aqgles vifs, faisaient partie, avant l'ouverture de la gorge, de la rangée de blocs de 8000 mètres de long sur 1200 de large, qui règne depuis Chevrier jusqu'à Sauvigny, sur le flanc nord-ouest du Vouache . et qui offre la réunion de la plupart des roches du Valais; les seconds, qui ont dépassé le fort de lËclusc, sont beaucoup moins gros et leurs angles émoussés annoncent un transport par les eaux.
a) Bull., vul. XIV, p. St3l. 1845.
.sur une plusgrauile surface; mais ils y soûl distribués d'une iiianiôie lort inégale. Les surfaces polies ou froUées que l'on observe depuis le fond des vallées 'jusqu'à la limite de la formation erratique sont plus étendues et plus prononcées à mesure qu'on s'approche du faîte des hautes chaînes. On en trouve aussi sur le revers méridional du Jura, où elles sont connues sous le nom de laves ou lapias {[). ]1 y en a peu dans la Basse-Suisse, à cause de la nature des roches, qui n*a pas permis leur conservation. Enfin il existe quelques traces verticales dues à la chute des eaux. Hypoihèscs Passant à Texanien des diverses hypothèses émises sur le mode de
tli verses
ï"r formation de ces dépôts , M. de Charpentier fait voir d'abord que
la foi-mulion ,,.,., . , ^ , . »,• i ^ i
«les le plan mclmé continu , suppose par Dolomieu et Ebel après le soueirûuqiics. lôvement de la chaîne, et sjjr lequel les débris auraient gUssé jusqu'aux points où on les trouve aujourd'hui, n'aurait eu que 1"*,8', 50" de pente, ce qui était tout à fait insuffisant pour le glissement de blocs de plusieurs milliers de pieds cubes. En outre, les vallées des Alpes étant toutes formées par la rupture des couches au moment du soulèvement, l'existence du plan incliné est par cela
(1) M. Agassiz [a) a fait connaître qu'il existait des moraines sur les plus hautes sommités du Jura. Les blocs sont usés de la même manière que ceux des moraines des Alpes et proviennent d'une époque où le Jura avait ses glaciers propres. On les observe au pied de la dent de Vaulion , du côté du lac de Joux , près de la jonction des routes de Vallorche et de la Côte. M. Guyot (/;) a constaté les mêmes faits et indiqué des détritus erratiques de même origine aux environs de Saini-Cergues , de Gerizins, etc. , et la vallée de la Valserine serait occupée par un dépôt erratique exclusivement d'origine jurassique et qui joint celui des Alpes près de Bellegarde. Ainsi MM. Pidancet et Lory (r) ne pouvaient pas prétendre qu'ils étaient les premiers à signaler les traces d'un phénomène erratique propre au Jura lui-même, et M. Favre (</) a parfaitement établi le droit de priorité de MM. Agassiz, Guyot , Lardy et Venetz. La découverte de surfaces polies et striées dans les Rousses et le Grand-Vaux confirme seulement les conséquences déduites de la présence d'anciennes moraines; mais en outre MM. Pidancet et Lory pensent que la limite inférieure du phénomène erratique dans cetto partie du Jura peut être estimée à 840 mètres d'altitude; plus bas les amas de blocs et de cailloux ne présentent point de poli ni de stries; ils sont évidemment remaniés par les eaux.
[n) Études sur 1rs glaciers, p. 20f). — Arles de In Suc. hclve't, des se. nat.^ p. 28K Liiiisuiiiie, 184.1.
(A) Soc. helï». des se, tint , 25 juillul ISir». (t) Coniffl, rend., vol. XXV, p. 718 lï$47.
(d) Bull., Sesér., vol. V. p. G5. 1817.
M\.ssiF nr.> Mvi<. iVii
môme inadmûtsibk*. Ijc Iranspcrt |iar les [\bcc> , rcinn;r Mir {!«•% radeaux, sait qac les glaces nient flold' Mir um; iu.i> i- (iraii , mi i qu'elles aient été entraînées |iar doconranih m' itri i| iLnii du faite de la chaîne , ne peut pas être admis, non \A\is t\ur li> assit litni!» avancées par M. Darwin (1) relati\eiiu-nt à la Stii^M-. i.'li\ih.ilu**so des éruptions gazeuses pru|K>!iée |)ar Ik'Inc a di'j<i (U- rifiiiêo par M. de Buch (2} ; reste d.jiic celle des courants , le plus ;:4'n«' i a • leinent admise, quoique a\ec des explications diiïiTtMiii.s. Ainsi de Satissurcattribuaitces courants à une retraite suinte dr TOiéan; M. de Buch (3) admet les eiïns, mriis non la cùum* a^si<;nre par son illustre prédécesseur, et il regarde a\rc M. Brochant (.^i) les hloGS erratiques provenant des Al|)es et trouvés sur le Jura chaume ajanl été pousyés par un torrent d*eau analogue au\ icrrenis actuels, mais beaucoup plus considérable. M. Ksciur dr la I.inlli (5) adopte aussi l'idée dus courants, en sup|)osant des lacs é!e\é> dont les barrières auraient été rompues, tandis que M. Klie de Beaumont (6) voit la principic eau e de ces mémos ccmrants dan.- la fonte soudaine des glaciers, qui, lors du soulèvement de la chaîne principale des Alpes, couvraient les montagnes déjà existantes.
M. de Charpentier s'altaciie à démontrer ensuite qu*il n*y a pas en réalité une seule des hypotlu*ses basées sur les couranis d'eau, quelle que soit d'ailleurs la cause de ceux-ci, (|ui puisse e\plii|ucr d'une manière satisfaisante le phénomène erratique. La débâcle de Bagnes, si souvent citée en faveur de Faction des courants , prouve au contraire qu'une masse d'eau en moiivemc nt dépose ses gros matériaux aussitôt que son cours s'élargit ; or, rien de semblable ne s'observe dans la formation erraiiquc de celle partie de la Suissi*. De plus , quelle qu'ait été la vitesse du courant, les fragments qu'il charriait se seraient toujours déposés dans un certain ordre par rap|)ort à leur volume et à leur densité, les plus gros s'arrétant le plus près du point de départ et les moindres vers la limite exiiéme du dépôt.
On a estimé à 175 pieds (de la Linth) et à 35^ )>iods (de Buch)
l\) Joarn. and ic marks ^ etc. Londres, 1839. (2] Mcm. de l'Jcad. de Berlin.
h\ Soc, des se. de Berlin, 31 cet. 1811.
hS Ann. de chiin, et de physique , vol. X , p. 241. 1819. fSj Nouvelle Alpina ^ vol. L
(6) Essai sur quelques unes des rêvfdutions de la surji:re du glohej p. 285.
254 >fASSlF DES ALPES.
par seconde la vitesse du courant qui aurait chanié les blocs , ci cependant le choc de pareilles masses , mues avec une semblable vitesse , n'a laissé aucune trace contre les roches du Jura ! M. Studer (1) pense que celle vitesse est d'ailleurs incompatible avec la consistance épaisse et boueuse que Ton suppose à ces courants pour qu'ils aient pu transporter des blocs de granité , et l'auteur ajoute que c'est une erreur de croire que les gros blocs peuvent se maintenir sur des courants boueux et flotter en quelque sorte à la surface. Il y a là une illusion qui résulte de ce que ces blocs sont supportés par d'autres débris sur lesquels ils sont poussés et s'avancent comme sur des rouleaux ; dès que cet appui manque ils tombent et s'enfoncent.
Après avoir examiné aussi le plan incliné de glace proposé par M. Agassiz et par M. Schimper, M. de Charpentier ne peut admettre que le refroidissement dont parle le premier de ces naturalistes soit antérieur au soulèvement des Alpes. Il croit au contraire qu'il est plus récent , et il démontre l'impossibilité du mode de formation de la nappe de glace dont la pente , comme celle du plan incliné de Dolomieu , aurait été trop faible pour produire l'eiïet demandé. En outre, les débris partant de divers points des Alpes auraient dû suivre la ligne de plus grande pente pour se rendre vers le Jura , ce qui n'a point été observé. IM. Agassiz explique aussi les surfaces polies par un mouvement de la nappe de glace qu'il compare à celui des glaciers , et pour lequel il admet la même cause : mais il y a ici contradiction , puisqu'il assigne pour cause à la formation de celte glace la congélation des lacs, des eaux courantes et de la pluie, ce qui exclut toute idée de glacier proprement dit, une masse d'eau congelée ne pouvant jamais prendre celle forme.
En supposant que le climat chaud qui avait régné jusqu'au dernier soulèvement des Alpes fût changé en un climat froid et humide, les glaciers durent descendre successivement du sommet des Alpes dans les vallées latérales et jusque dans la grande vallée principale, où ils se réunirent pour déboucher dans le bassin de la Basse Suisse. Le retour de la chaleur les ayant fondus et réduits peu à peu à leurs limites actuelles, les débris de roches, qu'ils ont dû transporter à la manière des glaciers d'aujourd'hui, constituent la formation erratique et témoignent de leur ancienne existence , conclusion
(4) Monographie de la mollasse^ p. 209.
MASSIF DES ALPKS. 255
conformée celle de M. Agassiz , cl h laquelle M. de Charpentier est encore amené par là comparaison attentive des produits des anciens glaciers avec ceux de Tépoque moderne. Si Ton part de celte donnée, qu'en 1818 le glacier du Rhône s'avança de 150 pieds, on trouve qu'en suivant la même proportion il n'aurait mis que ^^^ ans pour s'étendre du fond du Valais h Soleure, et, malgré l'incertitude d'une pareille base , on voit cependant qu'il ne faudrait pas un temps excessivement long pour que les anciens glaciers aient pu prendre un développement qui répondit à l'exigence des faits.
Les rapports intimes qui existent entre la formation erratique et s« Hypothèse la configuration actuelle du sol prouvent encore que le transport charpentier, des débris a eu lieu depuis le soulèvement de la chaîne principale des Alpes. Ainsi c'est après cette grande catastrophe que dul surve* nir celte longue suite d'années froides et pluvieuses qui occa sionnèrent les grands glaciers , et quant à l'hypothèse présentée dans son premier Mémoire , que les Alpes avaient dû être beaucoup plus élevées qu'elles ne le sont actuellement, l'auteur en reconnaît toute l'insuffisance et y substitue la suivante. Lors du soulèvement des Alpes orientales, il se forma partout des fentes et des crevasses dont les unes se refermèrent par suite du tassement , ou bien furent remplies par des dépôts postérieurs, et les autres plus larges, restées ouvertes par en haut , formèrent les vallées. Une masse considérable d'eau pluviale , fluviale , lacustre ou marine , pénétra dans ces profondes crevasses , et atteignant des points où la température propre était capable de la réduire en vapeur, celle-ci dut remonter, se condenser dans l'atmosphère et se précipiter en pluie ou en neige. Ces vapeurs, d'abord 1res chaudes, se refroidirent peu à peu , et les alternatives de vaporisation et de condensation subsistèrent tant qu'il y eut communication entre l'extérieur et l'intérieur de l'écorce terrestre ; et , d'après l'étendue de la surface que le soulèvement a affecté, M. de Charpentier pense qu'il a fallu un temps considérable pour intercepter la communication. Les vapeurs augmentant beaucoup l'humidité de l'air se convertissaient en brouillards et en nuages , diminuaient l'action calorifique du soleil et abaissaient la température depuis le 22° lat. N. jusqu'aux latitudes boréales. A ce changement de climat et h la catastrophe qui l'occasionna doit être aliribuée l'extinction des êtres qui avaient vécu jusque là sur la terre. A mesure que les crevasses se refermèrent , la cause du refroidissement de l'écorce terrestre s'affaiblit,
256 MASSIF DES Al.PES.
par la diininution des vapeurs, et le réchauiïement de la surface cl de l'almosphèi e , par l'aciion plus directe des rayons solaires qui nY'iaieut plus interceptés , recommença , sans que cependant la température pûl atteindre son élévation antérieure.
Entre autres objections que Ton pourrait faire à celte seconde hypothèse de M. de Char|)cnlicr, nous |)ensons que celle que nous avons faite h la première lui est également applicable , c'est-à-dire que le phénomène erratique n'étant point particulier aux Alpes, mais s'élendant sur de grandes portions du globe avec des caractères comparables et sans affecter de direction propre, car sur chaque point ii s'est manifesté d'une manière indépendante, quoique peut-être synchronique, on ne comprend pas qu'un résultat aussi général puisse être dû à un accident local, car nous ne sachions pas que nulle part on ait pu rattacher la formation des stries et des surfaces polies, etc., 5 un système de dislocation en rapport avec le soulèvement des Alpes qui n'est, suivant nous, pour rien dans des effets dont il faut absolument chercher la cause ailleurs (1).
Les causes as ronomiques qui pourraient produire du froid ne contribueraient pas à former des glaciers, parce qu'elles n'augmenteraient point l'humidité nécessaire à leur développement, et l'on ne voit pas pourquoi , dit avec raison le savant géologue suisse, ces phénomènes seraient arrivés précisément après chacun des cataclysmes qui ont donné lieu à des soulèvements de montagnes sur une grande étendue de la terre.
Depuis le dernier soulèvement des Alpes, les glaciers ont modifié la configuration du sol des vallées et de la plaine entre celle chaîne et celle du Jura , et ils ont donné lieu au\ dépôts que l'auteur nomme terrain diluvien et tenmn erratique. Pendant la première phase de ce qu'il appelle péinode diluvienne le sol des vallées fut en quelque sorte ébauché et rendu susceptible de prendre ses formes actuelles; celui de la plaine, entre les deux chaînes, fut plus ou moins nivelé , et il se produisit des dépôts diluviens composés principalement des débris de roches amenés des parties situées au-dessous des grands lacs.
La seconde phase commença par la formation des glaciers et par la dispersion des blocs erratiques. Les débris de roches dont les glaciers furent bientôt jonchés furent les éléments de la formation
(I) M. Renoir a réfuté en partie celte hypothèse [Bull., vol, XI, p. 149. 1840).
erratique ; il se produisit des moraines, dos bandes ou traînées et des dépôts glaciaires. Les débris qui reslèrenl sur les glaciers jusqu'au moment de leur fonte donnèrent lieu à des dépôts éparpillés , et ceux enfin qui furent entraînés par les torrents formèrent de nouvelles couches de diluvium. Les glaciers parvenus à leur plus grande extension déposèrent sur les flancs des montagnes les moraines situées le plus haut, et dans la Basse-Suisse ies plus éloignées d'entre" elles tracèrent les limites de |a formation erratique proprement dite. Les eaux qui s'échappaient de ces glaciers s'écoulaient du bassin de la Basse-Suisse en formant deux rivières, dont l'une, qui se dirigeait au N.-E. le long du Jura, se jetait dans le Rhin en ravinant le lehm, résultat de la dégradation de la mollasse , qui avait commencé dès les premiers temps de la période diluvienne , et dont l'autre en coulant au S.-O. se réunissait au Rhône.
Enfin la fusion des glaces détermina la troisième et dernière phase de la période diluvienne. Les débris erratiques s'accumulèrent sur l'emplacement même qu'avaient occupé les glaciers et en amont des grandis lacs, mais ne se prolongèrent plus au-delà (1).
Si , avant de continuer l'énumération des travaux dont les Alpes Ren.xions^ ont été l'objet, nous nous arrêtons un moment à considérer cette '"^jn"*^* succession de phénomènes invoqués par l'auteur, nous verrons '«nlaïquli* d'abord qu'elle ne s'accorde pas tout à fait avec son hypothèse , qui ^'[j;*^ consistait à faire suivre immédiatement le soulèvement des Alpes par le refroidissement qui a occasionné les grands glaciers , tandis qu'à présent ces glaciers ne seraient venus qu'après le dépôt d'un premier diluvium dont il n'avait pas encore été question; ensuite si c'est dans ce premier diluvium , antérieur au phénomène erratique, qu'ont été ensevelis les débris de la faune quaternaire, comme paraît le penser M. Studer, ce même dépôt n'aurait donc pas non plus suivi immédiatement le soulèvement de la chaîne, car il a fallu un certain temps pour que cette faune se développât. Voilà donc les grands glaciers bien éloignés du soulèvement des Alpes, avant lequel M. Agassiz les plaçait et dont ils étaient au contraire une conséquence immédiate pour M. de Charpentier. En Suisse la faune quaternaire paraît avoir été peu riche en individus et en espèces , et , de plus , la position relative des détritus qui renferment les
(0 Voyez aussi Engelhard , Note sur les collines de la rive gauche du Rhône dans le Fa lais. {Soc. (Vhist. nat. de Strasbourg y 4 5 mars 4 836. — L'Institut, 4 août 4 836.)