‹ Histoire des progrès de la géologie de 1834 à [1859] (volume 2)Chapitre 6 sur 87 · DU NORD DE L EUROPE · texte numérisé non relu

DU NORD DE L EUROPE

passer vers Toucsl Koslroina, sur le Volga (1. M. Durocher restreiut la zone un peu plus que ne Tavait fuit M. de Meyendorf. En Pologne, elle a été tracée par M. Pusch , ainsi qu'en Silésie. La limite franchit la Vistule au-dessus de Varsovie, FOder au-dessus de fireslau, longe ensuite la frontière qui sépare la Saxe de la Prusse, passe par Leipsick , entoure le pied des montagnes du Harz et atteint les côtes de la mer du Nord en traversant les Pays-Bas ; enfin elle embrasse aussi les côtes orientales de TAngleterre. La limite des blocs erratiques forme ainsi presque une demi-circonférence, dont Stockholm est le centre et qui a pour rayon la distance de celte ville à Moscou ou environ 280 lieues.

Le nombre des blocs ne diminue point partout régulièrement, en raison de la distance du point de départ ; lorsque des obstacles, tels que les montagnes du llarz, de la Saxe et de la Silésie, se sont op* posés à leur extension, ils se sont accumulés à leurs pieds, et la ligne de limite présente alors des dentelures plus ou moins prononcées à l'intérieur de la courbe. La formation erratique renferme aussi, parmi les blocs étrangers, beaucoup de matériaux arrachés au pays même dans lequel on les observe, et ces matériaux, composés de roches secondaires ou tertiaires, constituent en outre à eux seuls un dépôt particulier , qui s'étend au sud de la limite des blocs venus du nord. Cette disposition par zones concentriques , jointe à la distribution, suivant une série de lignes rayonnantes et entrecroisées, de blocs partis de divers points situés au nord, et la forme sub-cirçnlalre delà limite extérieure des blocs de granité nous paraissent propres, dit M. Élie de Beaumont , à établir Tunité d'origine de ce grand dépôt erratique. Mais M. Durocher, tout en reconnaissant la liaison de ces divers phénomènes , y dislingue deux béries de faiti! , l'une comprenant les stries, les sillons et les œsars, l'autre le dépôt qui renferme et supporte les blocs erratiques. Les premiers phénomènes paraissent être antérieurs aux seconds , parce qu'on a observé les stries et les sillons sur des roches recouvertes par le dépôt diluvien erratique, et cela jusqu'à une assez grande profondeur. Les sables et les graviers souvent siralifiés excluent l'idée d'un transport violent, nécessaire pour produite lesslrics, et la seconde période aurait ainsi masqué en partie les effets de la première.

La stratification régulière des dépôts de la seconde période et la

(4) Le tracé de cette limite a été modifié depuis, comme on le verra plus loin.

présence de coquilles marines bien conservées prouvent qu'ils ont dû se former dans une mer peu agitée ; mais pour concilier avec cette circonstance la présence des blocs erratiques qu'on y trouve ensevelis, l'auteur a recours à l'hypothèse du transport par les glaces, hypothèse qui paraît d'abord en contradiction avec une température générale du globe plus haute qu'elle ne l'est aujourd'hui, mais qui peut cependant être admise , car les lignes isothermes , par suite d'une répartition différente des èiuxet d'un relief du sol également différent, n'étaient probablemenf'pas les mêmes qu'actuellement, et l'Europe centrale a pu avoir une température plus basse, quoique la température générale du globe fût en réalité plus élevée. En effet, nous avons vu que les glaces flottantes descendaient jusqu'au iiO° lat. N. sur les côtes d'Amérique. Cette hypothèse reiiçdrait compte, en outre , d'une manière assez satisfaisante , des circonstances que présente le dépôt erratique, surtout si l'on admet que la Baltique a été graduellement réduite aux proportions que nous lui voyons par un soulèvement lent du continent , tel q^e celui que l'on observe encore dans certaines parties de la presqu'île Scandinave {antè, vol. I. p. 645).

La forme des œsars , leur disposition , leur parallélisme avec les sillons et les stries d'érosion conduisent naturellement à l'idée d'un courant qui aurait sillonné la partie méridionale de la Suède, du N.-N.-E. au S.-S.-O. M. Durocher a constaté, comme M. Sefstrœm, que les œsars étaient adossés au côté méridional des montagnes qui. dans cette direction, leur avaient fait obstacle. On a vu qu'en Finlande, quoique le phénomène des œsars y soit moins prononcé, leur direction était N. 25" 0. à S. 25° E., direction qui, avec la précédente, représenterait les rayons de la demi-circonférence, dans laquelle se trouve compris le grand dépôt erratique de l'Europe centrale. On avait d'abord pensé que les courants venaient des plateaux les plus élevés du Nord , et Bœhtiingk avait assigné une direction N.-N.-O, S.-S.-E. au courant remontant du fond du golfe de Bothnie sur le plateau de la Finlande. MM. Murchison et de Verneuil avaient observé des stries dans la même direction sur les bords du lac Onega , et de son côté Bœhtiingk admettait qu'en Laponie les stries avaient été tracées par une action qui s'était exercée en descendant les deux pentes opposées des parties élevées du pays. Mais M. Durocher, ayant remarqué que vers le 70° lat., au nord de la Laponie, où les montagnes inclinent vers l'O. et vers l'E. , les stries ont encore la même direction générale qu'en Finlande, a dû re-

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porter en dehors de la Scandinavie le point de départ des agents qui les ont produites. Il pense que le creusement des sillons et des stries s*est fait en remontant des profondeurs de la mer Glaciale jusqu'au plateau de la Laponie, élevé de 750 mètres au dessus de la mer. Ces sillons et ces stries, très marqués sur le versant nord et à la surface du plateau , le sont moins sur la pente qui regarde Torneo; ce qui conduit Tauteur à reculer jusqu'au Spitzberg et, peut-être plus loin encore , vers les régions les plus voisines du pôle , l'origine de cette action dont les effets se sont manifestés jusque vers les parties centrales de l'Europe, avant la naissance du genre humain.

La cause de cet immense phénomène qui s'est peut-être étendu en même temps sur l'autre portion de l'hémisphère nord, puisqu'on observe des traces semblables au Canada , et dans la plus grande partie des États-Unis, se dirigeant aussi du N. au S. , et dérivant par conséquent du pôle boréal; celle cause, disons-nous, serait, suivant M, Durocher , une grande masse d'eau partie des régions polaires, et probablement accompagnée déglaces, qui aurait inondé les contrées septentrionales, depuis le Groenland Jusqu'à la chaîne de l'Oural , se précipitant du N. au S. , démantelant sur son passage les montagnes et les rochers , polissant leurs surfaces , et y traçant des sillons et des stries , au moyen des détritus que le courant entraînait dans sa marche rapide.

En résumé, dit en terminant M. le rapporteur, on voit que, suivant M. Durocher, le phénomène erratique du Nord est le résultat de deux actions successives ; la première , serait celle d'un grand courant parti des régions polaires; la seconde, celle d'une mer soumise à des hivers plus rigoureux que les nôtres , et dans laquelle le phénomène connu du déplacement des blocs de roches par les glaces aurait eu un grand développement. Cette double hypothèse a tout au moins l'avantage de résumer les faits observés.

Les recherches qui ont été publiées depuis le travail si remarquable dont nous avons essayé de donner une idée ont probablement modifié la manière de voir de M. Durocher , relativement à l'origine et au point de départ du grand courant auquel il attribue le transport de la formation erratique; d'ailleurs son hypothèse sera suffisamment discutée par ce qui nous reste à dire sur ce sujet; mais nous devons faire remarquer, dès à présent, que l'auteur nous semble avoir confondu, dans l'ordre des temps, deux phénomènes distincts, c'est-à-dire les stries, les sillons et les surfaces polies, qui sont les effets d'une cause antérieure , même aux dépôts argilo-

3i FORMATION ERRATIQLTE

sableux coquilliers des côtes de la iNorwège, du Danemark, etc., cl les œsars de la Suède , lesquels sont plus récents que ces mêmes dépôts, et appartiennent au commencement de l'époque actuelle {antè, vol. I,p. 6/i5). Que la direction de ces œsars soit souvent celle des stries et des sillons , cela n'implique ni leur contemporanéité, ni leur communauté d'origine, mais indique seulement que le relief des accidents du sol émergé ou non, étant à peu près le même aux deux époques, les causes des uns et des autres ont été influencées de la même manière, et se sont manifestées suivant des directions semblables, étant déterminées par des pentes qui se trouvaient aussi dans les mêmes rapports. Appliraiion Pendant que les géologues parcouraient les plaines et les monle >»j«J»eone ^gg,jgg ^^ ^^^J.^ ^^ l'Europc, pour y recueillir les faits les plus pro- ""JTifJrd**" P^'cs à jeter quelque jour sur les caractères et l'origine des blocs u rEuiope. erratiques et des dépôts meubles auxquels ils sont associés, une théorie, qui jusque là s'était renfermée dans l'enceinte des Alpes où elle avait pris naissance, ainsi que nous l'expliquerons plus loin, tendait à se propager au-dchors, et dut saisir l'occasion de s*appuyer sur des bases plus larges. M. de Charpentier, l'un des promoteurs de cette théorie qui consistait à attribuer à l'action d'anciens glaciers, beaucoup plus étendus que les glaciers actuels, la plus grande partie des accumulations de matériaux incohérents que l'on trouve au pied des montagnes et vers le fond des vallées, fut aussi un des premiers à l'appliquer au phénomène erratique du Nord.

Par suite de la dernière catastrophe qui avait accidenté l'hémisphère boréal, sur une vaste étendue, dit ce savant (1), le climat devint plus froid et plus humide qu'il ne l'était auparavant et qu'il ne l'est aujourd'hui. Pendant la longue durée de cet état climatérique, la température estivale était insuffisante pour opérer la fonte complète des neiges, à partir du 60* parallèle ou à peu près. Les neiges, qui s'étendaient depuis cette limite jusqu'au 70**, ont été transformées en glaciers, et au-delà elles sont restées à l'état de névé. Ce glacier, ayant pris un développement considérable, a envahi le nord de la Russie , jusqu'à la latitude de .Moscou , puis la Prusse, la Pologne, le nord de l'Allemagne et s'est prolongé peutêtre jusqu'aux côtes orientales de l'Angleterre. Il a transporté et

(1) Sur r application de Vhypothvsc de M. Venetz aux pliénornènes erratiques du Nord. [Bibl. unir, de Genève, juin 4 842, vol. XXXIX, p. :m.—Jnn, des se. gêoL, vol. I, p. 808. 4 842.)

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