‹ Histoire des progrès de la géologie de 1834 à [1859] (volume 2)Chapitre 7 sur 87 · DB NORD DE L'EIIROPE · texte numérisé non relu

DB NORD DE L'EIIROPE

déposé les matériaux de la formation erratique, et a produit les marques de frottement, les stries et les sillons observés sur les rochers. Les cascades auxquelles il a donné lieu ont opéré Térosion des chaudières ou pots de géants. Les accumulations de débris erratiques les plus méridionales, en forme de digues ou de bandes , seraient les moraines qu'il a déposées pendant son plus grand développement, et les œsars, des moraines aussi formées, les unes par les oscillations que le grand glacier éprouva lors de sa retraite, les antres par les glaces qui durent se conserver sur les montagnes et les plateaux élevés, longtemps encore après que les contrées basses en eurent été débarrassées.

Les matériaux qui constituent le diluvium , tant en dedans qu'en dehors des limites du dépôt erratique, ont été apportés par les ri- Tières et par le courant sous-marin , et la plus grande partie aurait été déposée pendant la fonte ou la retraite du glacier. Enûn les débris anguleux et les blocs d'un gros volume, disposés à la surface du sol ou ensevelis dans le diluvium , mais se trouvant les uns et les autres en dehors des limites du dépôt erratique, ont été transportés par des glaces flottantes détachées du glacier. De ces blocs déglace , les uns ont été entraînés par les rivières , les autres , flottant sur la mer, ont été poussés vers le sud par la force des vents.

Ces idées, émises par M. de Charpentier, alors que les ouvrages dont nous venons de parler avaient été publiés, nous semblent prouver que ce géologue, si excellent observateur de la nature, et ordinairement si réservé dans ses déductions, non seulement n'avait point étudié les pays auxquels il appliquait si facilement l'hypothèse de Playfair , et non de M. Yenetz comme on l'a cru , mais encore qu'il connaissait peu les travaux exécutés dans le nord de l'Europe, sans quoi un esprit aussi judicieux que le sien n'eût pas manqué d'être frappé de l'impossibilité de généraliser un principe qui se trouve à chaque pas contredit par les faits. Nous sommes loin de prétendre qu'il n'y ait pas eu , à une certaine époque, des glaciers plus étendus qu'aujourd'hui, mais ce que nous objectons, c'est que la série des phénomènes complexes qui se sont produits dans le nord ne peut s'expliquer comme M. de Charpentier a tenté de le faire. Il suffit pour le démontrer de rappeler que le phénomène qui a produit les stries et les sillons est antérieur à la formation des argiles et du sable coquillier de la Norwège et du Danemark, et que les œsars de la Suède, plus récents encore, avec leurs coquilles identiques à celles de la Baltique actuelle et les

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restes d'industrie humaine, uc peu\eut avoir aucun rapport avec les moraines des anciens glaciers, ni même avec les dépôts des plages soulevées.

31. Agassiz (1) n'est pas resté en arrière de M. de Charpentier dans Tapplication de Thypothèsc des anciens glaciers. Ainsi, il suppose qu'une calotte de glace continue , s'étendant jusque vers le 50" de latitude , produisit cette ceinture de blocs que ron suit depuis le nord-est de l'Angleterre jusqu'au-delà de Nijny-Novogorod. A cette limite, que le célèbre naturaliste nomme ligne isopagétique (ligne d'égale glace), succédait une seconde zone située plus au nord, longeant la partie méridionale de la mer Blanche, les lacs Onega et Ladoga, et marquant un retrait de la calotte de glace, en même temps qu'une seconde ligne isopagétique. Ce fut pendant cette seconde période que des glaciers partiels persistèrent dans les montagnes des îles Britanniques et ailleurs sous le même parallèle. Ainsi , dit !M. Agassiz , il y aurait deux moments bien distincts à signaler dans la durée des glaces du nord de l'Europe, celui où une calotte générale recouvrait le pays et celui où il n'existait plus de • glaciers que dans les hautes vallées. La fonte et le retrait des glaces auraient à diverses reprises produit les déluges dont la tradition s'est conservée chez toutes les nations anciennes.

Les êtres organisés de notre époque auraient ensuite été créés successivement , à mesure que le sol se découvrait par la fonte des glaces ; et l'auteur a reconnu, parmi les coquilles quaternaires, un plus grand nombre d'espèces polaires qu'on ne l'avait fait avant lui. 1)0 plus, en comparant celles des divers dépôts de l'Europe aux espères (|ui vivent encore sous les mêmes latitudes, il a trouvé que dans tous ces amas coquilliers récents il y avait un certain nombre d'ospècim, dont les analogues ne se rencontrent plus dans les mers voisines, mais dans celles qui sont situées à 12 ou 15 degrés plus au nord. Ainsi pendant que les coquilles actuelles descôtes d'Islande et du (îni^'Hland vivaient sur les côtes d'Angleterre, celles que l'on trouva aujourd'hui sur le littoral de l'Angleterre et de la Manche peunlihwit les ('aux de la Méditerranée. Nous verrons plus tard jusqu'à nuH p<)i"l^ ces déductions s'accordent avec les résultats d'une étude n|uH tU'UiWU't'. de la faune vivante de la Méditerranée, comparée à r(i|i«« <!"' l'^'i'^ précédée.

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M. Broun (1) , tout en admettant beaucoup de faits et plusieurs des conséquences de la théorie des anciens glaciers, s'est cependant opposé à la trop grande extension que ses défenseurs ont prétendu lui donner, et surtout aux applications beaucoup trop générales qu'on en a voulu faire. La dispersion des débris erratiques, qui s'étendent de la Belgique à Breslau et jusqu'à Tula, et qui se dirigeant ▼ers le nord alteignent déjà le62°Iat.N. au 52" long. E., s'explique aussi bien par un abaissement du sol au dessous du niveau de la mer et par le transport des glaces flottantes venant du pôle , que par des calottes de glaces ()ui se seraient prolongées jusqu'aux limites actuelles du phénomène erratique.

Dans les Alpos Scandinaves, suivant M. Daubrée (2) , les sillons scandimYic et les stries n'ont plus la direction moyenne constante signalée dans une portion de la Suède, dans la Finlande et dans les parties adjacentes de la Laponie. Les traces de transport et de frottement divergent an contraire, à partir des régions culminantes , et se rapprochent des lignes de plus grande pente du massif. Ces observations ont été faites jusqu'à la hauteur de 1160 mètres. Ainsi, la cause à laquelle les parties élevées de la Norwège doivent leurs formes arrondies et leurs stries paraît avoir rayonné des principales crêtes , en suivant les grandes vallées qui en descendent, absplument comme dans les Alpes suisses. L'argile qui couvre une partie du littoral de la Norwège a été déposée, ainsi que l'avait déjà fait remarquer M. Daubrée [aiHè, p. 13), dans une mer tranquille; après le polissage des rochers et le creusement des stries; et, aux environs de Friedrikswaern comme sur d'autres points , des surfaces arrondies , striées et cannelées, se prolongent fort loin sous la mer. Ces observations récentes, en confirmant les premières appréciations de l'auteur , viennent infirmer au contraire plusieurs des conclusions de ses devanciers, et entre autres celles de M. Durocher. »

Depuis l'année 18^0, époque de leur premier voyage en Russie, »««»»• jusqu'à la publication en 18/i5 de leur magnifique ouvrage sur la géologie de cet empire, M!M. Murchison, de Verneuilet de Keyserling ont donné plusieurs notices sur les principaux résultats de leurs

(1 ) La théorie des glaciers et l'hypothèse de la période du froid de M. Àgassiz analysées sous le point de vue physique et géologique. [Neu. Jahrb., 1842, p. 56—88 et p. 44 6 nota. -^ Ann. des .se. géol., vol. I, p. 857. 1842.

(2) Compt. rend., vol. XVI, p. 328. 1843. — Voyage en Scandinavie et en Laponie , etc.

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recherches, et entre autres sur la formation erratique (1) ; mais sans nous arrêter à ces communications partielles, nous passerons de suite à l'exposition des vues d'ensemble que ces savants ont présentées dans les chapitres xx et xxi de Touvrage que nous venons d'indiquer, et où toutes leurs observations se trouvent réunies et coordonnées (2).

DeTOcéan germanique et de Hambourg à Touest jusqu'à la mer Blanche à Test , une vaste zone, ayant près de 2000 milles de long et une largeur qui varie de UOO à 800 milles, est plus ou moins recouverte de débris meubles , renfermant des blocs erratiques de roches cristallines , et qui tous proviennent des montagnes Scandinaves. Depuis les bords du Niémen jusqu'aux environs d'Archangel , les matériaux de ce dépôt ou drift sont uniformément distribués et disposés en longues bandes ou zones , souvent séparées les unes des autres par des dépressions plus ou moins larges , et dans lesquelles on n'aperçoit que peu ou point de blocs. Ces bandes ou traînées qui traversent les affleurements des couches de transition courant N.-E,, S.-O., n'ont point de rapport avec les détritus formés sur place, anxdépensdes roches sous-jacentes. Les falaises de la côte du golfe de Finlande, composées de calcaires siluriens inférieurs, sont à leur surface dépourvues de tout gravier local , mais on y trouve beaucoup de blocs plus ou moins gros, anguleux ou non, quelquefois accumulés en petits amas, et provenant des roches granitiques, porphyriques et des gneiss de Finlande , évidemment transportés sans avoir éprouvé de frottement. Il n'y a ni sable , ni argile , ni blocs arrondis qui annoncent un transport effectué par les eaux seules.

Au nord de Saint-Pétersbourg , les collines formées de sable , résultat de la destruction des roches granitiques voisines, renferment beaucoup de blocs provenant du nord. Ceux-ci augmentant en nombre et en volume, constituent des traînées et des collines ondulées, au-delà desquelles on atteint bientôt le bord des régions cristallines delà Finlande. Au sud de la ville, l'argile silurienne a été fortement dénudée , mais le plateau calcaire qui lui succède est couvert de ces mêmes blocs arrondis ou anguleux , soit en amas

(1) Rep. 10"' Meet. brit. Assoc. at Glasgow, 1840. — Proceed. geol. Soc. oj London, vol. III, p. 398. — Bull., vol. XII, p. 64.

(2) The Geology- oj Russia in Europe , etc., vol. I , p. 507. 1 845. — Compt. rend., vol. XXI, p. 1169. 1845.

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isolés, soit en traînées, A Test, li? sol bas arrosé par le Voikof et ses affluents montre peu de blocs erratiques de roches cristallines.

Le bord méridional du lac Ladoga ne présente pas de blocs. Les rivages nord, est et ouest sont exclusivement formés de roches granitiques et dioriliquos. Dans la Carélie, au nord d'Olonetz, et entre les lacs Ladoga et Onega, on retrouve, au contraire, le même dépôt qu*au nord de Saint-Péiersbourg. Ce sont des collines ondulées, ou mieux des chaînons de 75 à 100 mètres d'élévation, généralement dirigés N., S. ou N.-N -0. , S S.-E. , et composés de détritus granitiques du nord. Sur un promonloh*e de la partie septentrionale du lac Onega , une roche dioritique et une brèche qui lai est associée sont parfaitement arrondies, et couvertes, sur la face nord, d'une multitude de petites stries dirigées N. magnét. Ces stries, que Ton aperçoit jusqu'à 3 ou /i mètres sous Teau, se retrouvent au sommet de la colline , mais manquent compléiement au sud. Le bord méridional du lac Onega, plat comme celui du lac Ladoga, est couvert d*un dépôt peu épais, venant du nord. En s'avançant vers le N -E. , les détritus sont surtout accumulés sur les plateaux, les points élevés, et particulièrement sur leur pente méridionale. Entre Vilégra et Archangel, il y a peu de blocs erratiques, tandis qu'en se rapprochant de leur origine ou du massif cristallin des bords de la mer Blanche , leur nombre s'accroît de plus en plus.

En suivant ces traînées dans l'intérieur du continent . on atteint la chaîne des collines du Valdaï qui a arrêté une grande quantité de blocs (granité, gneiss, diorite et porphyre de la Finlande). Ils sont épars sur les sommets et accumulés sur le versant méridional. Us se continuent ensuite autour de Moscou et même fort loin au sud de celte ville. Ceux des environs de Voronèje sont éloignés de 700 à SOO.milles de leur point de départ. En les étudiant du N.-O. au S.-E., on trouve une zone puissante autour de Tchcrepovetz , Yaroslavl, Wladimir, etc., où les blocs sont enveloppés d'une masse considérable de gravier , d'argile et de sable , provenant des roches sous-jacentes dévoniennes et carbonifères. A Jurievelz, sur le Volga, des blocs de quartzite, associés avec des fragments de brèche trappéenne, viennent des environs de Petrozavodsk, sur le rivage nordouest du lac Onega, et ont été ainsi transportés sur une étendue de 500 milles du N.-O. au S.-E.(l) , Le pays d'où descendent les affluents

(1) Voyez aussi : Coup d*œU gcologifjuc sur le nord de l'Europe,

de la Vitchegda est , dans celle direction , la Jimite de la formation erratique, de même que, plus au N.-E. , la chaîne des monts Timans lui a servi de barrière (1). Nous avons vu que dans le bassin de la Petschora les dépôts quaternaires avaient des caractères assez différents de ceux-ci, et qu*au lieu de venir du N. ou du N.-O., tous leurs éléments provenaient des couches environnantes ou des roches de l'Oural , au sud-est.

Le dépôt de transport se modifie en allant vers le sud. D'après la nature des roches qui le composent, les systèmes silurien et dévonien n'ont pu produire qu'un petit nombre de blocs, mais ils ont donné lieu à des sables et à des argiles ou vases. Le calcaire carbonifère, au contraire, renfermant des bandes de silex, a laissé beaucoup de blocii que l'on ne trouve point au nord, mais constamment au sud de la zone qu'il occupe. Ces caractères du sous-sol , traduits par ceux du dépôt de transport qui le recouvre dans chaque zone du nord au sud , sont d'ailleurs particuliers à la Russie. Dans le nord de la Prusse et en Pologne , aucune roche n'a été atteinte dans les dénudalions les plus profondes. Les matériaux venus du nord, avec les détritus accidentels des couches siluriennes de la Suède , sont seuls mêlés avec les sables et les argiles d'une teinte uniforme, prove.'.ant des dépôts tertiaires du pays. Dans le Mecklembourg et la Prusse, la plupart des blocs sont , comme en Russie , sur les pentes des collines ; quelquefois ils sont accumulés par place , ainsi qu'on l'observe entre Schwerin et Lubeck, et autour de Séelow, sur la rive droite de l'Oder; ou bien encore ils forment des traînées irrégulières, dirigées N.-S^, comme dans la Poméranie.

Les plaines sablonneuses à l'est de Posen ne présentent point de blocs sur des étendues de'plusieurs milles ; mais dès que l'on atteint de petites élévations un peu argileuses, vers les frontières de la Pologne , ils redeviennent abondants. En marchant de l'O. à l'E. , on reconnaît que les blocs proviennent de districts très différents de la

Berlin, 1839. Dans le bassin de la Soula, sur les limites des gouvernements de Kharkof et de Poltava, on a trouvé une grande quantité d'ossements de Mammouth, non loin de Nédrigaiioff, dans un dépôt de transport, avec des blocs de roches Scandinaves et de la Finlande.

(1) La limite méridionale des blocs erratiques en Russie a été tracée avec beaucoup de soin sur la carte géologique (pi. VI) de l'ouvrage de MM. Murchison, de Verneuil et de Keyserling, dont nous nous occupons.

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