DÉPÔTS COQDILLIERS MARINS ET PLAGES SOULEVÉES, ETC
et assez détaillés ont déjà été exécutés dans cette partie de rbéinisphère Sad ; cependant un des phénomènes dont on s'est le plus occupé dans rbémisphère Nord n*y a point encore été signalé. Nous voulons parler des stries, des sillons et des surfaces polies des roches en place , qui nous ont constamment servi à établir le commencement de Tépoque quaternaire. Il est probable que le silence des naturalistes à cet égard tient soit à la difiBculté de ce genre d*étude dans des courses rapides , soit à ce que , lors de leurs voyages, Tattention n*avait pas encore été suffisamment dirigée sur des faits qui auront ^insi échappé à leurs recherches. Mais diverses analogies doivent faire présumer qu'ils y seront un jour constatés par des observations dirigées dans ce but. Quoi qu'il en soit, les caractères généraux du phénomène erratique paraissent y être plutôt ceux du diluvium de l'Europe moyenne et de l'Asie que ceux qui ont été reconnus dans le nord de l'Europe et aux États-Unis.
§ 5. I>ép6ts eoquîlKerf marins et plages soulevées de la o6te occidentale.
Près de l'embouchure du Ropel , dit M. Darwin (1) , on remar- chiii. que des coquilles d'espèces vivantes à 1 mètre ou l'",25 au-dessus des plus hautes marées , et dans les environs elles s'élèvent jusqu'à 30 mètres. A Bucalèmes , village situé à 10 milles de la mer, il y a des lits considérables de ces mêmes coquilles , ainsi qu'au fond de la vallée de Maypo et à San-Antonio. Sur la côte méridionale du promontoire qui forme la baie de Yalparaiso, des bandes continues de ces débris marins se montrent depuis 18 jusqu'à 70 mètres d'élévation » et elles recouvrent une brèche de fragments granitiques consolidés par place.
Après avoir décrit les lits de coquilles récentes entre Concan et Quintero , ceux de Plazilla, de Catapilco , de la vallée de Longotomo et de beaucoup d'autres localités où ils s'élèvent jusqu'à 60 mètres au-dessus de l'Océan , l'auteur s'attache à prouver l'origine
(4 ) Observations of proofs , etc. Observations de preuves de l'élévation récente de la côte du Chili , etc. [Proceed, geoL Soc. of London, vol. II, p. 446. 1837. — Journal and Re marks , etc., p. 443. 1839.) — Pentland, Edinb. new phil. Journ., vol. XXXÏV, p. 439. 1 838. — Freyer, On the appearance, etc. Sur l'apparence du soulèvement du sol de la côte ouest de T Amérique du Sud. {^Proreed. geol. Soc, of London; vol. II, p. 179. 1835.)
40S D6pÔT6 COQUiaiRR<^ marins et plages SOULEVÉEâ
marine des terrasses de Coquimbo , déjà signalées par le capitaine Basil Hall , terrasses dues à la présence de coquilles identiques avec celles qui vivent sur la côte et enveloppées dans une roche calcaire friable , à 75 mètres d'altitude. Cette roche passe vers le basa une couche coquillière formée principalement de Balanes et recouvrant un grès dans lequel abondent des ossements de Requins gigantesques, des Huîtres d'espèces éteintes et de très grandes Pernes. Les bancs intermédiaires ont des coquilles communes aux couches supérieures dont toutes les espèces vivent encore, et aux inférieures , dont le plus grand nombre, au contraire, sont éteintes. Les terrasses parallèles se voient surtout dans les villages de Guasco et de Copiapo , à 350 milles au nord de Yalparaiso , puis au sud vers la Conception.
M. Darwin croit qu'il y a un soulèvement graduel indépendant des tremblements de terre, depuis la côte orientale de la Plata jusqu'au détroit de Magellan , où Ton voit des terrasses semblables avec des coquilles d'espèces vivantes. On ne ressent point de secousses dans cette région , et l'on ne peut attribuer l'élévation de ces bancs de coquilles à celles qui se manifestent au Chili et dont l'eflet est à peine sensible dans la plaine au pied des Cordillères. Les tremblements de terre , 1rs éruptions volcaniques et les élévations soudaines de la côte de l'océan Pacifique pourraient donc être considérés , avec quelque vraisemblance , comme les irrégularités d'un phénomène plus étendu.
Boiivia. Autour de Cobija , M. Aie. d'Orbigny (1) signale un dépôt coquillier marin élevé de 12 à 15 mètres au-dessus de la mer, et dont toutes les espèces vivent sur la côte voisine. Plus haut est une couche argileuse , gris brun , avec des fragments anguleux des roches qui constituent les montagnes environnantes , et de petites veines de gypse fibreux. Ces conglomérats récents atteignent 20 mètres an-dessus de la mer et s'élèvent ensuite jusqu'au pied des montagnes porphyriques, dans le voisinage desquelles les fragments deviennent plus volumineux et où les blocs se trouvent à 200 mètres d'altitude. Jusqu'à une élévation de 100 mètres , des rochers de porphyre syénitique , qui reposent sur les couches de sédiment , présentent dans leurs cavités des coquilles qui ont vécu en cet endroit comme vivent aujourd'hui leurs analogues à 100
(4) Foyage dans l'Amérique méridionale, vol. III, Géologie, p. 94. 4843.
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DR lA CÔTE OCCIDENTALE. 409
mètres plus bas ; aussi Tautenr conclut-il de ce fait et d'autres du même genre un exhaussement de toute la côte dans Tépoque actuelle , conclusion que ces mêmes considérations ne permettent pas encore d'admettre d'une manière absolue.
Les traces d'anciens torrents sur les flancs des montagnes où il ne pleut point aujourd'hui prouvent que des courants ont sillonné le sol lorsqu'il avait déjà son relief général , mais cette action a eu lieu dans la même période puisque les coquilles mélangées au sable et au gravier qui bordent les anciens lits sont les mêmes que celles qui vivent aux environs. Ces conglomérats de Cobija se continuent au bas de la côte lorsque les montagnes porphyriques s'en éloignent.
Entre Arica et la vallée de Tacna , sur une longueur de 14 lieues et une largeur de une lieue , la plage est bordée de dunes s'élevant à plus de 100 mètres , et remplies d'ossements de cétacés et de coquilles semblables à celles de la côte. Sous les sables mouvants viennent les bancs de conglomérat solidifiés par le sel marin qu'on y exploite. Cette substance ne se trouve point d'ailleurs dans les dépressions du sol où elle aurait été entraînée d'en haut par les pluies , comme l'avait supposé M. Darwin (1), mais elle existe sur les collines à 200 et 300 mètres d'élévation, formant un horizon constant du l?"* au 23'' degré lat. S., et associée aux cailloux roulés porphyriques, témoins de l'ancien rivage.
Les ravins dont on vient de parler sont postérieurs à l'émersion de ces collines , et partout où ils passent il n'y a plus de traces du sel qui a été dissous par les eaux qui les ont creusés. Ces ravins , dont la côte est sillonnée dans le sens de sa pente actuelle, descendent de la Cordillère même, et correspondent aux grandes vallées du versant occidental; aussi M. d'Orbigny en déduit-il que le phénomène a pris son origine dans le centre de la chaîne et que s'il s'était manifesté directement et de la même manière sur les contre-forts inférieurs , les dépôts salifères récents auraient dû être privés de leur sel en tout ou en partie. Ces traces continues d'ancien rivage , qui se montrent ainsi sur une multitude de points du
(1) M. Darwin (a) est revenu sur cette assertion en produisant des documents qui établissent qu'il pleut assez sur les côtes du Pérou pour produire Teffet observé.
(a) Geologieal observations on South Americti^ p. 48. 1846.