OROGRAPHIE PARTICULIÈRE
de la charnière. Entre ces deux lignes extrêmes il en existe plusieurs autres constituant les crêtes d’une série d'escarpements qui s'élèvent graduellement à mesure qu'ils se rapprochent de l'arête culminante vers l'E. Ces escarpements forment des gradins posés les uns au-dessus des autres, comme des marches d'escalier, et M. Rozet en signale neuf principaux, lorsqu'en partant de Poligny on se dirige à l'E.-S.-E. , perpendiculairement à leurs crêtes.
M. Élie de Beaumont (4) a fait précéder son excellente description géologique de la chaîne des Vosges d'un tableau aussi pittoresque qu'élégant et précis des caractères physiques de ce groupe. Les Vosges, dit-il (p. 289), considérées dans leur ensemble, présentent deux espèces de montagnes, qui se distinguent avant tout par la forme de leurs profils : les montagnes arrondies qui ocenpent, dans la partie méridionale du groupe , un espace triangulaire dont les trois angles sont situés aux environs de Massevaux, de Remiremont et de Schirineck, ct les montagnes aplaties , à formes carrées, composées de grès, qui constituent toute la partie seplentrionale, ct qui, de plus, forment trois files ou rangées disposées sur les côtés du triangle qu'occupent les premières.
Le même savant a tracé, de la manière suivante, l'aspect des collines littorales du département du Var, qui s'étendent sur une longueur d'environ trente lieues, de Toulon à Antibes (2). « Ces » collines, dit-il, entassées les unes à côté des autres, se groupent »en deux masses distinctes, vers le milieu de chacune desquelles »elles s'élèvent assez pour être considérées comme de véritables » montagnes, Ces deux masses sont séparées l’une de l'aatr e par li » vallée large et plate que suit la ri
» la mer, et où se trouve la ville de » ces deux masses est connue sous le nom de montagnes des Maures, eu l'autre sous le nom de montagnes de l'Esterel
» Ces deux masses , dont la composition offre de notables diffé- » rences, se distinguent même de loin par les formes de leurs con- » tours. Les montagnes des Maures sont généralement arrondies, » comme on le voit dans celle de la Garde-Fraiuet ; tandis que » celles de l'Esterel ont, dans leurs parties les plus saillautes, des
(1) Explication de la carte géol. de la France, vol. Y, chap. Y, p- 267. 1841.
(2) Zbid., chap. VI, pp. 438
OROGRAPHIE. PARTICULIÈRE. 173 en Grèce et dans diverses parties de l'Europe (1); MM. Murchison , de Verneuil et de Keyserling, «ans leur magnifique ouvrage sur {a géologie de la Fussie d'Europe et des montagnes de l'Oural (2) ont fait connaître une foule de détails importants sur le relief des pays qu'ils ont parcourus et si bien décrits; mais nous remettons à en parler lorsque nous traiterons des diverses forma tions géologiques qui les constituent.
M... D, Sherwood (3) douné une description de l’orographie de la Palestine, el dépeint la mer Morte comme encaissée à l'E. et à l'O. entre deux escarpements de roches calcaires plus où moins accidentées et abruptes , de 550 à 800 mètres d’un côté, et de 450 à 650 mètres de l'autre.
M. Pierre de Tohihatche® a tracé, au commencement de Ja seconde partie de son bel ouvrage (1) (p. 323), la délimitation ap proximative de l'Altaï , ses cours d'eau et la nature comme la disposition de ses vallées. 11 est revenu sur ces divers sujets dans sa conclusion (p. 403), où il constate, comme nous ayons vu que F'avait signalé pour la première fois son illustre prédécesseur, le changement de direction des couches et des chaînes, à partir du nœud de croisement marqué par le massif central que dominent les colonnes de Katoune, croisement qui paraît aussi avoir donné lieu aux lacs profonds, nombreux et à bords abruptes qui caractérisent J'Altaï.
Si, revenant à l'O., nous passons l'Atlantique, nous trouverons
Hases, en Colchide, en Géorgie, en Arménie et en Crimée, 6 Vol. in-8 et atlas in- fol, Paris , 1850-1843.
4) Narurhistorisehe rétié, etc. Voyage en Afrique, en Asie, en Grèce et dans diverses parties de l'Europe, entrepris pour l'avance- Er rpe ns et # vol. in-8, atlas de vues, de coupes et de cartes (de l'Égypte, du Liban ot de l'Anti-] ner ét du Dh RE 1842.
logy of Russia in Europe and the Ural mountains , 2vol. ro pce ‘de coupes et 52 pl de fossiles. Londres, { 845. (3) Obrervations sur la vallée du Jourdain , ete. (4mer. Journ., NUL, n° 4. — Bibl, univ. de Genève, vol. LVI, p. 96. D Foyage scientifique dans l'Altaï oriental et les parties adje- Le eee la Chine, À vol. in-4, ré rd in-4 de vues et de plantes fossiles, et un Aatlhs in-fol, de cartes et coupes, Paris, 4845.
sur la chaîne des Apalaches beaucoup de travaux géologiques exé-
Amér sé ts Unis,
OROGRAHIE SYSTÉMATIQUE. 183
éternel. Sur la Lerre nue, ou couverte çà et là de quelques plaques de neige au milieu de l'été, gisent des milliers de colonnes prismatiques de 3 à 4 mètres de diamètre, colonnes gigantesques, seulptées var la nature, soulevées par sa puissance dans la région des nuages, puis renyersées el brisées en énormes fragments sur Le bord d'abimes de 8 à 990 mètre de profondeur,
An cap Saint-Patrice la chaîne s'éloigne de la mer pour se diriger au S.-0. Elle forme ensuite de nombreuses inflexions, et présente yy caractère non moins remarquable qu'au N. Elle entoure les bassins du Derwepy et de la rivière Huon jusqu'à ce qu'elle
ieane Guir au bord du canal d'Entrecasteaux et Lerminer sa course Lo au cap Sud sous les eaux de l'Océan Austral,
$ 3. Orographie systématique.
L'orographie systématique, avons-nous dit, est celle par laquelle où cherche à ramener à certaines lois générales de symétrie les diverses rides qui sillonnent la surface de la terre. Elle se lie donc intimement au mode de formation de ees rides et par conséquent aux théories qui ont été proposées pour les expliquer et dont nous a'asons pas à mous occuper en ce moment ; aussi ne ferons-nous qu'indiquer sommairement les travaux qui ont été faits dans cetle
direction.
M, Pissis, dans un Mémoire sur Les rapports qui existent entre la figure des continents et Les directions des chaînes de montagnes (1), auémoire dont nous ne connaissons d'ailleurs que le résumé fait par l'auteur, à d'abord cherché les figures de plusieurs continents qui sa rapportent à des polygones dont les principaux côtés sont des ares de grands cercles, etdont les côtes d'une moindre étendue sont en général parallèles à ces côtés. Déterminant ensuite , à l'aide du calcul et de coordonnées géographiques, des extrémités de chaque côte, la position-du cerele qui en représente la direction, puis suivant chacun de ces cercles autour du globe, il arrive aux résultats suivants.
Les lignes qui forment les limites des continents sont toutes représentées dans leurs direclions par quinze grands cercles ; et se trouvent comprises dans des zones dont la largeur dépasse rarement 30, ek qui sont comprises elles-mêmes entre deux plans parallèles à ces cercles, Ces quinxe cercles partent de quatre intersections
(4) Comp. rond, vale MIX, pe 1398. 4844. iL
ONOGRAPHIE SYSTÉMATIQUE. 185
représentant d'une manière absolue le nombre des soulèvements ou des dislocations qui ont accidenté la surface de l'écorce terrestre, nous paraît sujet à deux objections qui pourraient tendre , sinon à le faire abandonner, du moins à en restreindre l'application quant à présent. La première, c'est que ces cercles ne peuvent pas représenter tous les sonlèvements linéaires, parce qu'il est cer taïn, comme nous le verrons, que, dans une même chaîne, des sou- Jèvements ont eu lieu dans la même direction , à des époques très différentes. La seconde, c'est qu'en faisant passer des cercles par toutes les déviations des chaînes, on préjuge une question que le manque de données expérimentales d'une part, et d'observations sufisantes de l'autre , ne permet pas de résoudre.
Aïasi les caleuls appliqués à l'écorce terrestre, pour déterminer absolument la direction d'un soulèvement et ses résultats, en dehors de certaines limites, manquent de bases réelles, faute de conmaître les extrêmes des irrégularités que les résistances inégales de J'écorce dans ses divers points doivent nécessairement produire , quelle que soit d’ailleurs la symétrie des forces appliquées. On ne sait point si cette limie extrême est de 5, de 10 ou de15 degrés, ou même plus, par rapport à la direction générale de la force, ou de la résultante des forces ; on ignore également si, dans le sens de la longueur, l'effet de la déviation peut être de 40 , 15, 20, 30 lieues , ou da- Yantage. 11 résulte donc de la première objection qu'on aura pu tracer moins de cercles qu'il n'y a en réalité de sonlèvements, puisque plusieurs de ces derniers auront été confondus sous une méme direction ; et de la seconde, que l'on aura au contraire tracé drop de cercles, parce que l'on aura pris pour des soulèrements distincts ce qui n'était que le résultat des déviations et des irrégularités nécessaires d'un même soulèvement, irrégularités en rapport avec les résistances inégales d'une écorce hétérogène , com posée de couches d'épaisseurs différentes, et déjà plus où moins fendillée dans telle ou telle direction.
Al est probable en outre qu’en suivant cette méthode, on élève au même rang, et sans distinction , des phénomènes d’une importance extrêmement différente, Ainst, lorsqu'on embrasse l'orographie et les bassins hydrographiques du globe dans leur généralité, et que l'on tient compte de la direction des îles dans les principaux archipels, direction qui peut nous traduire celle des chaînes sous-marines dont nous n'apercevons que les sommets, > on reconnait que ces grands accidents se ratlachent à quatre direc- =