‹ Histoire des progrès de la géologie de 1834 à [1859] (volume 3)Chapitre 42 sur 100 · CORDONS LITTORAUX · texte numérisé non relu

CORDONS LITTORAUX

Mengaleh, le plus grand des lacs d'Égypte, est formée par ane barrière littorale , analogue à celle qui borde les lagunes de Venise, divisée de la même manière, et offrant plusieurs ouvertures qui permettent de passer de la mer dans le lac, On trouve dans- ce dernier, dont la profondenr est aussi très faible, des îles autrefois habitées et où gisent encore les ruines de plusieurs villes impor tantes, entre autres celles de Tennys et de Tounah, La première de ces antiques cités occupait une position que déjà Dolomieu avait comparée à celle de Venise.

La basse Égypte (p. 459) offre, dans son ensemble, une dispo= sition fort analogue à celle qui a été indiquée pour les deltas du Pô et du Rhône, Le lac Bourlos, qui occupe le milieu de la base du delta, est placé entre les deux branches principales du Nil , à peu près comme l'étang de Valcarès entre les deux branches du Rhône, Le lac Menzaleh et le lac Maréotis sont situés comme la Jagune de Comachio et celles de Venise des deux côtés de l'embou- <hure du Pô. Ce sont là des dispositions qui, avec des modifications locales, se retrouvent partout. Maïs ce qui distingue particu= ièrement le dela du Nil, c'est l'invariabilité presque complète de son contour extérieur, IL n'a pas éprouvé ce changement rapide que mous venous de voir à l'embouchure du Pô; et, sous ce rapport, le Nil ressemble davantage au Rhin; car la côte d'Égypte est restée à peu près telle qu'elle était il y a 3,000 ans.

Il existe bien deux promontoires sableux qui s'avancent dans la mer, au-delà du cordon littoral originaire , et qui prolongent ainsi le lit de chacune des deux grandes branches du Nil actuel, auxquelles ils doivent leur origine ; mais ces branches ne paraissent axoir franchi le cordon littoral qu'à une époque très reculée, et elles n'ont empiété sur la mer qu'avec une excessive lenteur. Ainsi la branche de Rosette se prolonge à 9,300 mètres en avant du contour général de la côte , et celle de Damiette à 12,700 mètres; et l'on peut conclure, de considérations tirées des monuments anciens qui s'observent dans le voisinage, que les branches du Nil né s'allongent pas moyennement de plus de 4 mètres par année, ce qui est bien différent de l'allongement du lit du Pô qui, dans les deux derniers siècles , a été de 70 mètres par an. Celle circonstance est due à ce que le fleuve de l'Égypte n'a jamais été contenu par des digues; ses eaux se répandant alors sur loute la vallée, y déposent leur limon sur une très grande longueur et n’entraînent

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phrate, du Tigre et des fleuves de la Chine, l'auteur mentionne aussi les attertissements de l’Indus et de l'Orénoque, puis Is'arrète quelque temps à considérer le delta du Mississipi,

(P: 497.) « La moitié au moins, dit M. Élie de Beauinont , des « rivages du golfe du Mexique est formée par des cordons littéraux » analogues à ceux qui entourent les lagunés de Venise ; et le deltadu « Mississipi nous rappelé, de son cté, mais beaticotip plus en grand, « le delta du PO: » Le Missisaipi, dont le nom ; dans le langage des Indiens, signifie le père des er, commence à se diviser à 160 ki- Jomêtres de l'embouchure principale, # s'en détaché vers l'O. un bras considérable nommé Atc/a/alaya, et le point de cette bifurcation peut être considéré comme le sommet du delta. Mesuré en ligue droite de son sommet jusqu'à Balize, fort situé à l'embouchure du fleuve, il a ine longueur de 320 kilomètres, où égale à celle du delta du Gange, La largeur de sa base est aussi très considérable ; et, pris duns son ensemble , le delts proprement dit a une forme iriätigulaire dont la surface est supérieure à celle du delta du Nil dans le rapport de 4 à 5.

Une grande partie de ce triangle et dés terres basses adjacentes est constamment couverte par les eaux. Pendant les inondations, il ne reste d'émergé qu'une bandé étroite, le long de la plapart des cours d'eau ; car le Mississipi el ses différents bras, nommés Dayous, ont leurs bords immédiats plus élevés que le resté du pays, et le niveau du fleuve domine celui de toutes les ligues et de tous les cours d'eau qui existent à ses côtés et qui dérivent de lui. Les bayous sont d'ailleurs beaucoup moins profonds que le fleute (1). La marée ne se fait sentir su le cours principal qué jusqu'à 50 kilomètresseulement de son embouchure.

Le delta du Mississipi présente plusieurs grandes lagunes peu profondes, Le fond des lacsde Pontchartrain, de Maurepas, Qualchas et Ghetimaches n'estque de 1°,20 à 6 inètres au-dessous du niveau général du delta. En comparant la disposition des diverses embonchures de ce fleuve et celle de ses lagunes principales à ce que nous avons vu dans les deltas de la Méditerranée, il semblé qué ces formes ne soient que les modifications d'un même type fondamental. Les phénomènes qui concourent à leur formation, et jusqu'aux procédés par lesquels l'industrie huinaîne parvient à en tirer

{t) Voyez, pour plus de détail: Michel Chevalier, Der voies de communication aux Etats-Unis, No. 1.

Della du Misissiph

CORDONS LITTORAUX. 357 n'a pas moins de 75 kilomètres d'un côté et 70 de l'autre, Il a doublé de longueur, assure-t-on , dans l'espace d'un siècle, et se serait ainsi prolongé de 35 kilom., ou annuellement de 350 mètres, c'està-dire cinq fois plus rapidement que la pointe du delta du PO. Ce terrain mal assis change d'aspect tous les jours. Sur une étendue de 400 ou 120 kilomètres, le fleuve est porté par un véritable radeau flouant, grossièrement assemblé, découvert seulement pendant l'étiage , et dont les coups de mer et le choc des eaux ébranlent les diverses parties, les font ployer et les déplacent,

Ainsi que le fait remarquer M. Élie de Beaumont, il ne faudrait pas cependant regarder le charriage actuel du Mississipi comme son état normal, pas plus que son avancement, dans la mer, de 350 mètres par an ; il est plus probable que, de même que pour les allavions du PO, vers la fin du moyen âge, les défrichements immenses des terres , dans le bassin du fleuve, doivent accroître la rapidité et l'élévation des crues, ainsi que la quantité du limon et des autres matériaux transportés; enfin les digues dont son cours est bordé depuis un siècle obligent les eaux à conduire jusqu'à la mer la plus grande partie des matériaux qu'elles charrient.

Les dépôts de tous les cours d'eau sont destinés sans doute à produire dans le laps des siècles des effets analogues ; mais, jusqu’à présent, la plupart n'ont encore fait que combler les lagunes littorales; quelques grands fleuves seuls ont pu dépasser ce point et prolonger leurs berges jusqu'à la mer; et parmi ces derniers le Mississipi est celui quisnous présente dans sa marche le maximum de développement, Cependant la rapidité même de cet agrandissement sur un point deviendra probablement nne cause de destruction pour celte langue de terre sans appui, et que quelque immense tempête , comme il y en a dans ces parages , pourra peutêtre un jour bouleverser et détruire. Quant à l'action de comble-

ment que ces alluvions seraient capables d'exercer sur le fond du golfe du Mexique, il est facile de voir combien elle est faible en élle-même, et qu'elle ne se prête nullement aux appréciations exagérées que pourrait faire naître un phénomène local et dont l'effet sera toujours borné (1).

(1) Près du lac de Pontchartrain, d'après M. Lyell, on n'aurait pas rencontré le fond de l’alluvion à 600 pieds anglais, ce q1 la profondeur moyenne des eaux du golfe du Mexique, entre Balize etla pointe sud des Florides, Les travaux des ingénieurs des mines ont conduit à admettre que les sédiments actuels répandus chaque année sur le delta.

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