PRODUITS MARINS ORGANIQUES
& 1: Mes de coraux ou îles madréporiques (1).
Les produits marins animaux qui paraissent avoir le plus d'influence sur les modifications que subit le fond des mers, dans le voisinage des continents et des îles, sont les masses calcaires que construisent certains genres de polypes ou de zoophytes, Les observalions récentes ont jeté un grand jour sur ce sujet, que nous traiterons avec d'autant plus de soin que l'étude des couches anciennes nous présentera plus souvent des résultats assez analogues à ceux que nous allons exposer.
M. R. Nelson, dans sa Géologie des iles Bermudes (2), à donné des détails nombreux et intéressants sur la constitution du sol de ces Îles, el, quoique rien ne prouve qu'il appartienne en totalité à l'époque actuelle , la liaison intime des couches qui le composent avec le mode de formation et de destruction des massifs de polypiers environnants nous engage à donner ici l'ensemble des observations de ce voyageur.
Les Bermudes forment un groupe d'Îles comprises dans un espace de 45 milles sur 5, et entourées d'un anneau subelliptique de récifs de coraux, qui a 25 milles de long sur 43 de large. La direction du grand axe de ceute ellipse est N.-E., S.-O. Le point le plus élevé est situé à l'ouest d'Harrington et atteint 80 mètres d'altitude, L'aspect des hauteurs est celui de cullines de sable, et leur teinte est celle de la craie. Toutes les îles sont formées de roches
(4) La règle que nous nous sommes imposée de ne substituer aueune expression nouvelle à une autre déjà admise, quoique impropre, a pu seule nous faire conserver celles-ci, car les genres Corail et Madrépore peuvent souvent ne pas entrer dans In compositil des masses calcaires qui constituent çes Iles. La dénomination d'é/es de polypiers eût donc été préférable, puisqu'elle ne préjuge point le genre des polypes qui ont construit l'édifice.
Trausuc. geol. Soc, of London, vo. V, p. 103. 1840. (Ce mémoire avait été lu à la Société dès 1834.)
Ja roche ou pâle crayeuse est due à la destruction , par une longue submersion, du tissu membraneux qui pénétrait toute la masse et qui abandonne alors la matière calcaire retenue dans ses mailles. Celle-ci en se précipitant forme ceule substance blanche et tendre, analogue à la craie, qui se trouve au fond des anses el des golfes , mélangée de sable coquillier, de beaucoup de polypiers , de coquilles bien conservées et de masses considérables de Méandrines et d'Astrées, Ges masses, soit encore intactes, soit dans un état de décomposition plus ou moins avancé , ont certainement vécu, puis sont mortes sur les lieux mêmes.
Les récifs formés par des serpules sont distincts de ceux qui sont dûs à des polypiers, et les uns comme les autres constituent une sorte de ceinture autour d'un centre qui est, ou le sommet d'une roche , ou la base d'une colline.
La surface ondulée des îles paraît être le résuliat du passage de grandes masses d'eau ; mais les petites chaînes d'ilots, dont les couchessont presque loujours horizontales, neseraien! pas dues au même phénomène, et leurs conches ne s'étendaient pas au-delà de l'espace qu'elles occupent actuellement. Au sud du groupe, les récifs de Serpules sont parallèles à la côte, dont ils s'éloignent à une distance de 50 à 500 mètres, D'ailleurs, M, Nelson pense que ces iles ont dû être soumises à plusieurs submersions locales, résultant de l'influence de volcans éloignés ; mais il u'admet pas qu'elles aient té soulevées du fond de la mer, Elles ont dù se former par l'établissement des coraux , au sommet d'un rocher sous-marin plus ou moins étendu. Les parties mortes depuis longtemps sont brisées et entassées par les vagues et les vents, et ce mode de formation se continue jusqu'à ee que des îles entières résultent de la réunion de ces couches dues au concours des forces organiques, chimiques et mécaniques. Les polypiers , dont les germes sont transportés avec d Ares malières , se fixent indifféremment sur le premier corps qu'i trouvent , et par leur croissance , leur multiplication et leur mort , contribuent à la stabilité et à la permanence de la colonie qu'ils ont
fondée.
M, Ch. Darwin (1) à également reconnu que la désintégration des récifs de polypiers qui forment les iles et entourent les côtes produit, sur une grande étendue, une bave calcaire, pure, qui, lorsqu'elle est sèche, ressemble à la craie. Les excréments de cer- —————
(1) Voyez Lyell, Zransuc, geot. Soc. af London , vol. V, p. 282.
le Béagle, à parcouru et observé, de 4832 à 1834, un grand nombre des groupes d'iles épars dans le Grand Océan, entre la côte occidentale de l'Amérique du Sud etla côte orientale de l'Afrique; et l'examen qu'il à fait en même temps de beaucoup d’iles volca= niques, comprises dans le même espace , donne un grand poids aux opinions qu'il a émises sur les unes et les autres.
Les récifs de coraux ont été désignés sous les noms d'f/es Zagoons, lagouns, lagons ou d'atolls, de barrières ou récifs circulaires, et de révifs frangés (fringing reefs), ou côtes de récifé. Les Îles lagouns ont, de tout temps, attiré l'attention par leurs grands anneaux de rochers de coraux ; souvent de plusieurs lieues de diamètre , surmontés çà et là par des Îles couvertes de verdure ; aux rivages d'une blancheur éclatante , baignées au dehors par les flots de l'Océan, et entourant, à l'intérieur, une nappe d'eau calme et tranquille qui reflète une teinte brillante d'un vert pâle. L'étonnement augmente , si l'on considère les corps mous et presque gélatineux de ces animaux, si insignifiants en apparence , et cependant architectes de ces rochers solides qui ne s'accroissent que par leur bord extérieur, battus jour et nuit par un océan sans repos. Ainsi, dès 4605, François Pyrard, de Laval, disait : « C'est une merveille de » voir chacun de ces atollons, environnés d'un grand banc de pierre = tout autour, ny ayant point d'artifice humain. »
Les îles lagouns, ou pour nous servir du mot employé par les habitants de l'Océanie, les atolls, sont des groupes circulaires que forment les îles de coraux, Les barrières de récifs (barrier reefs ) sont des récifs de coraux qui entourent les petites îles. Quant aux côtes de récils (fringing reofs ), ou récifs frangés , elles sont toujours peu étendues, et diffèrent des barrières de récifs en ce qu'elles ne sont pas aussi éloignées de la côte, et qu'elles n'ont pas, à l'intérieur, de canal large et profond rempli d'eau. Les récifs se trouvent aussi autour des couches de sédiment submergées ; d'autres sont dispersés irrégulièrement sur les points où la mer est très profonde.
Les polypes ou z00phytes coralligènes veulent être toujours sub- All. mergés ou lavés par la lame. Leur exposition au soleil , même pen- . dant un temps très court, suffit pour les faire périr. Aussi n'est-ce que dans les très basses marées que l'on peut atteindre Ia limite extérieure de la zone où ils vivent, M. Darwin a trouvé cette partie presque entièrement composée de Porites vivants, constituant de grandes masses irrégulièrement arrondies, comme celles des As-
où ÎLES MADRÉPORIQUES. 367
occupée par des coûches de vâse et par des champs de coraux vivants et moris , dont les espèces nombreuses et Ja plupart bran+ chues différent essentiellement de celles du dehors. Les Méandrines y forment aussi de grandes masses arrotdies qui réposeñt presqie sur le fond, Les auires polypiers les plus comniuns sont trois espêces très voisines dos vrais Madrépores , le Serialopora subuléta ; deux espèces de Poriles, et ün polvpier voisin des Explanaires, mais avec des étoiles sur les deux faces. Les récifs sur lesquels les po- Aypiers se développent sont irréguliers et remplis de cavités ; ils ne présentent pas comme les autres une surfacesolide, plaie, de roche morte, et leur dureté est aussi moindre. Dans un laps de dix an= nées { un canal qu'on y avait creusé pour le passage d’un petit batiment fut presque comblé par l'accroissement des coraux. Le s6diment de la partie la plus profonde de la lagune, qui offre d'abord mi aspect crayeux ; ressemble ensuite à du sable très fin , lorsqu'il est bien séché,
Les Holoturies se fixent et vivent sur des masses de polypiers également vivanis, Le nombre des espèces et des individus est très considérable, et beaucoup de navires sont frêtés pour la Chine aveë un chargement de érepang, qui est une espèce de cé genre. La quan tité de polypes consommés annuellement, ct dont lés habitations sont réduites en vase fine par ces animaux et par d'autres, doit être très grande, ét apporter ainsi une limite naturelle à l'accroissement des coraux. L'aetion des polypiers pour le remplissage de la lagune intérieure est aussi très lente, et quant aux sédiments qui pouraient s'yaceumuler, où conçoit que leur proportion doit être bien faible au milieu d'un océan limpide; loin de toute terre élevée.
La description de l'atoll des Cocos paraît convenir également ; quant à la structute et aux proportions relatives, à présqué Lous les atolls de l'Océan Pacifique, autour desquels la mer est satis fond, à quelques centaines dé mètres des bords des récifs. Cependant autour de l'archipel des îles Basses, tous les sondages ont rencontré des bancs de coraux. Autour de l'atoll de Noël déerit par Cook; là pente estaussi 1rès Faible ; ee qui fait que la bande de terre qui enture là lagune a une largeur tour à fait exceptionnelle, qui est dé près de & kilomètres, Elle est formée de terrasses où de digues stccessivés de coraux et de coquilles brisées, come sur les rivages, Dans les atolls des Maldives et des îles Chagos , les sondages ont atteint du sable qui aurait une pente de 55° ; mais il est probable qu'il avait très peu d'épaisseur el reposait sur une roche solide,
OU ÎLES MADRÉPORIQUES, 369 rieur, le fond est de sable et s'abaisse abruptement à des profondeurs inconnues. Ainsi (p.35) un grand disque concave , sableux , s'élève rapidement d'une mer sans fond, avec un espace central oceupé par des bassins ovalaires de rochers madréporiques, et son. bord est symôtriquement frangé par des masses semblables qui at+ teiguent la surface de la mer, quelquefois couvertes de végétation et renfermant chacune un petit lac d'ean limpide,
Dans certains atolls, tels que ceux du groupe des Chagos , aucun récif n'atteint la surface de l'eau; dans d’autres, au contraire, on en
uns. Dans les iles Maldives, la date de la première fondation de quelques îlots est connue des habitants , et l'on sait en outre que plusieurs d'entre eux , même parmi les pus anciens , se détruisent dans l'espace de dix ans.
Les îles Chagos (p. 39) forment un groupe composé d'un certain nombre d'atolls ordinaires , de quelques récifs annulaires s'élevant à Ja surface, maïs sans être surmontés d'ilots, etde plusieurs bancs en forme d'atolls, tout à fait submergés ou à fleur d'eau, Parmi ces derniers, le grand banc de Chagos proprement dit est de beaucoup le plus large et diffère de tous les autres par sa structure. Son grand axe est de 90 milles nautiques, et le plus pelit de 70, Le centre est un fond plat, vaseux, de 80 à 100 mètres de profondeur, et en« touré par des banes de sable disposés en cercle. 11 y a très peu de
| coraux vivants, et ils sont recouverts moyennement de 12 mètres d'eau, Le tout est bordé à l'extérieur par une digue étroite. En dehors de cette digue ou terrasse, qui est formée d'une roche dure recouverte d'un peu de sable , la pente est rapide et la profondeur de la mer inconnue. Ce grand banc de Chagos paraît n'être qu'un atoll à moitié submergé.
(P: 41.) Les barrières de récifs qui entourent plus où MOÏNS Barrières complétement des les ont la forme générale et la structure des 4,74 molls. Les îles Gambier, d'Oualan , et plusieurs autres, montrent qu'au-delà du récif qui les environne la mer devient sans fond, Sur la côte occidentale de la Nouvelle-Calédonie le capitaine Kent m'a pas rencoûtré le fond avec une sonde de #00 mètres, àune distance du récif seulement de deux longueurs de vaissean. La pente serait alors aussi rapide que celle des atolls des Maldives, A Taïti, Aa largeur du récif est fort irrégulière ; mais autour des iles Vanikoro et Gambier, elle est très constante. Ordinairement le récif s'abaisse à l'intérieur, vers la lagune qui le sépare de l'ile, Sous ce
OÙ ÎLES MADRÉVORIQUES. 373
journellement. Le calcaire est également abondant à St-Lago et aux “les du cap Vert, où il constitue des couches tertiaires soulevées. On a vu que les Holoturies et certains grands poissons se nourrissaient des parties les plus tendres des coraux; les polypes se nourrissent à leur tour de quelques autres corps organisés, dont la dimioution ou la disparition, par une cause quelconque, peut amener celle des coraux eux-mêmes. Les conditions qui déterminent, par conséquent , la formation des récifs sur certaines côtes peuvent être très complexes et tout à fait inexplicables dans l'état de nos i 3 et des changements dans les conditions des mers, ‘inappréciables pour nous, pourraient détruire tous les récifs de coraux d'un certain espace, et les faire apparaître dans un autre, sans que nous pussions assigner la cause de ces changements, La partie du récifla plus favorable à l'accroissement des polypiers st son bord extérieur, que les vagues battent constamment. Les coraux vivants ne forment point ailleurs de masses solides un peu considérables. C'est là que se trouvent les Astrées, les Porites, les Millépores, etc., et, d'après M. Ehrenberg, il en est dans la mer Rouge comme dans l'Océanie. MM. Quoy et Gaymard (1) ont, à la vérité, révoqué en doute cette opinion, et leur assertion a passé à tort dans les ouvrages de géologie ; mais il est certain que les plus graudes et les plus fortes masses fleurissent là où elles sont le plus ‘exposées aux flots. L'état moins parfait des rochers madréporiques de beaucoup d'atolls placés sous le vent et les plus abrités, comparé à celui où ils se présentent, an contraire, lorsqu'ils sont exposés auxvents, confirme pleinement cetie conclusion. Les fonds de sable mouvant sont défavorables aux polypiers, et les sables avecla vase, apportésde l'intérieur par les cours d’eau, con- Aribuent plus que l'eau douce elle-même à empêcher les coraux de se développer à leur embouchure. Ils ÿ forment deux murs abruptes de chaque côté du canal , dont le fond est rempli de vase. On a vu - ci-dessus comment les principales espèces de polypiers. étaient disposées dans l'atoll des Cocos; à l'île Maurice, le genre Madré- -poreest dominant, et au-dessous de la zone de coraux massifs, est mn lit de Sériatopores. D’après le capitaine Moresby, il y à aussi - une différence très prononcée entre les grands polypiers brauchus de la mer Rouge et ceux des atolls des Maldives.
(4) Am. des se. nat, vol. VE, p: 276-278,
OÙ ILES MADRÉPONIQUES. 375
de coraux proprement dits ne se forment qu'à une profondeur qui ne dépasse pas AO mètres (1).
Suisant M. Moresby, les polypicrs descendraient, dans la mer Rouge, jusqu'à 50 mètres, quoique M, Ehrenberg ne les cite que jusqu'à 42, ce qui paraît tenir à des circonstances locales. Le plus ou moinsde profondeur à laquelle les z00phytes coralligènes peuvent wivre dépend probablement de l'étendue de la surface inclinée que les courants et les vagues peuvent laisser libre de tout sédiment.
© MM. Quoy et Gaymard n'ont jamais trouvé d'Astrées, genre qu'ils considèrent comme formant le plus de récifs, au-delà de 8 à A0 mètres, Le Millepora alcicornis s'étend de la surface à 24 mètres, eu les genres Madrépore et Sériatopore jusqu'à 40. Le Sideropora scabra ( Porites id. , Lam.) vit à 34 mètres. Des masses considérables de Aléandrines ont été ramenées de 32 imètres sur les bancs de Bahiama, et M, Couthouy (2) en cite jusqu’à 40 mètres de profondeur. Une Caryophyllie a été retirée de 460 mètres par 33° lat. S:, mais c'est le seul genre de polypier lamellifère qui s'étende Join au-delà des tropiques : ainsi on en a rencontré par 60° lat, N,, et, dans l'hémisphère Sud, dans les eaux profondes qui entourent la terre de Feu.
Dans le tableau que donne M. Darwin (p. 85), et où sont indiquées les profondeurs auxquelles ont été recuuillis, sous diverses Jatitures, les polypiers que l'on ne peut pas supposer former des récifs solides, on voit que les Cellaires atteignent 380 mètres de profondeur ; les Gorgones, 320 ; le Corail , 200 ; les Rétépores ; 80 à 200;
Lloyd (Procced. geo. Soc. af London, vol. T1, p. 317)
LI nussi les banés dé coraux qui entourent prosque complète mént l'ile Maurice , ét il 4 donné des détails, qui s'accordont avec ceux de M. Darwin, sur les murailles verticales bordant les canaux communiquent avec les cours d'eau venant de l'intérieur de l'Ile,
, iLa fait connaitre qu'il existait dans les terres, à une di-
assez considérable de la côte , el à 8 mètres au-dessus du niveau
mér, deux capsou pointes de coraux , qui présentent les mêmes
de destruction que les récifs actuellement exposés à l'action L'observatoire est établi sur un banc de polypier enduroi ,
des flots.
rl enae de la haute mer, et les blocs de corsux
entourés de coquilles marines , que l'on rencontre sur
points de l'lle, font penser à M. Lloyd qu'un soulèvement récent les a portés dans leur position actu (2) Æemarks on eoral Formations; p.
fondeur, et ils auraient été amenés au niveau voulu , tantôt à une ‘époque, tantôt à une autre.
D'après M. Ehrenberg, lorsque des récifs sont soulevés dans la mer Rouge, les parlies saillantes sont aussitôt détruites par les vagues ; mais il n'en peut être ainsi pour la base des atolls, car le soulèvement et la destruction d'une île encroûtée de coraux douneraient lieu à une surface plane et non à une surface profondément concave, et l'on apercevrait sur quelques points la roche fondamentale, Pour résoudre cette difficulté, M. Darwin suppose que la base des atolls a été amenée à la position exigée , par suite d'abaissements. Pendant cet enfoncement graduel, les polypes se sont “trouvés dans des circonstances favorables à la construction des banes, et alteignaient la surface ; au fur et à mesure que chaque ile disparaissait. Les coraux, continuant à s'accroître au-dessus , amaïuténaient ainsi en apparence le même niveau relatif de la ‘masse. On conçoit, d'après cela, que des espaces très considérables dans les parties centrales et les plus profondes des mers soient remplis d'ilots madréporiques, dont aucun ne s'éleverait plus haut que ne peuvent être portés les détritus amoncelés par les vagues, etnéanmoins ils auraient été formés par des coraux qui exigeaient absolument pour vivre un fond solide et une faible profondeur d'eau,
Les motifs qui ont fait rejeter l'hypothèse que les récifs couronnalent des sommets de montagnes sont également applicables à celle des sommets de cônes volcaniques ou bien de cratères élevés, puis démantelés ; des cratères avec de pareilles dimensions seraient d'ailleurs une supposition dénuée de probabilité, d’après ceux que mous connaissons. M. Darwin repousse également l'explication de AM. Nelson , qui attribue la forme anuuloire aux germes des po- Aypes qui devaient s'attacher en plus grand nombre sur les pentes que sur le plateau central d'un banc sous-marin , et il ne peut admetre non plus l'idée de M. Nelson , émise d'abord par Forster, que les îles lagouns doivent leur forme aux tendances intuitives des po- Aypes. Quant aux preuves réelles et directes de l'abaissement , elles seraient, dit-il, bien difficiles à trouver, si ce n'est dans des pays depuis longtemps civilisés, d'autant plus qu'il s'agit d’an mouvement qui Aend précisément à faire disparaître les points sur lesquels ils'exerce. … L'auteur a appliqué (p. 98) d'une manière fort ingénieuse sa théorie de l'abaissement à la formation des barrières de récifs, puis à celle des atolls, en partant des simples récifs {rangés ; dont la dis-
globe, Nous voyons d'immenses surfaces s'élever, arec des matières volcaniques qui s’échappent de toutes parts à travers les fissures de son enveloppe; tandis que des espaces non moins grands s'abaissent lentement, sans manifestation de produits volcaniques ; et nous de- Nons être cerlains que cet abuissement n'a pas Eté moins considérable en profondeur qu'en surface, pour avoir enseveli sous les "eaux chacune de ces montagnes, au-dessus desquelles les atolls restent encore aujourd'hui comme des monunients qui constatent “leur ancienne existence,
Enfin ; dans un appendice fort étendu , l'auteur donne encore une description géographique de chaque banc de polypiers, de chaque groupe d'îles madréporiques actuellement connues, et un aussi complet que varié de cette partie de la géographie
M. Maclaren ; après avoir rendu compte de l'ouvrage de M. Darwin dans le Nouveau journal philosophique d' Édimbourg (1), a fait aux conclusions que nous venons de rapporter les objections suivantes : 4° que les ubaissements et les soulèvements ne paraissent pas former de zones déterminées , mais se trouver entremèlés pour “ainsi dire dans ces archipels ; 2° qu'on devrait trouver des surfaces d'élévation à tous lesétals, et que ces passages sont moins fréquem- ‘ment observés qu'on n'élaiten droit de l'atiendre d’après la théorie et la connaissance que l'on à depuis longtemps de beaucoup de ces récifs ; 3° que, puisque sur les bords d'un grand nombre d'entre eux où he trouve pas de fond à 600 et 1,000 mètres , il s’ensait que le récif doit avoir cette épaisseur. On devrait en outre en trouver quelque part sur la terre ferme ; puisque toutes Les terres ont été submergées à une époque où à une autre, el cependant sur aucune grande chäîne volcanique on n’a encore observé de bancs de coraux, méme de 50 mètres d'épaisseur,
ME. Darwin a répondu à ces objections (2); cependant la derfière lui a paru la plus forté et n'être pas sans difficulté. Nous ne Voyons, quant à nous, aucune nécessité pour que ce qui a lieu au jourd'hui d'une certaine manière et produit certains résultats ait dû se passer de même et produire des résultats semblables à une
Him ht Journ.s Vol. XXXIV, p. 33. 4843.
RP l Darwin , récifs dé coraux, par P. Mérian (Ber, ub, d, verh. d! nie tte vol. VI, p. 88).
OU ÎLES MADRÉPORIQUES. 38e
amas de groupes orangés, violets, ronge cramoisi , verts, pourpres, bleus ou jaunes, mélangés confusément , et avec un éclat et un brillant que la plume ni le pinceau ne pourraient rendre, À 5°,50 et 7 mètres, les formes des polypiers ne sont pas moins nom breuses et variées que les couleurs. Les uus sont branchus comme d’élégants arbrisseaux, les autres s'étendent coinme les mousses les plus délicates , comme de capricieux lichens; enfin , il y en à qui offrent l'aspect d'un tapis de safran, de marguerites ou d'amarantes, Landis qu'au dedans, au dehors et au-dessus de ces bosquets , de ces jardins de Neptune, se croisent en tous sens, avec rapidité, des milliers de poissons revêtus des couleurs les plus éclatantes.
Les genres de polypiers eneroûtants , solides et massifs, se trou vent surtout dans les parties exposées aux vagues les plus violentes. Sur le plateau supérieur, il n'y a en général que de petites espèces qui l'emportent de beaucoup sur les Astrées, Sur Le bord et le long des crevasses, on observe des Goniopores, des Poriles et des Pavonies, qui disparaissent en s’éloignant du ressac et qui sontrem= placées par les Madrépores. La plus grande partie du plateau est “encroûlée de Nullipores et d'un dépôt de carbonate de chaux lamelleux, dans lequel sont engagées une multitude de Tridacnes. Les crustacés et les échinodermes se tronvent partout à profusion sur les récifs, mais les mollusques y sont généralement moins nombreux.
… Le capitaine Wilkes (1), commandant l'expédition américaine au pôle austral , a, dans la relation de ce voyage (vol. IV), émis sur des îles de coraux une manière de voir tout à fait différente de celle de M, Darwin, mais qui, d'après les renseignements que nous pos-
| sédons (car nous ne connaissons pas l'ouvrage ), ne semblerait pas
être établie sur une étude bien profonde du sujet.
M. 3, Dana (2) a cherché à rendre compte de l'espèce d’anomale que présente le développement des récifs de coraux, relative - ment à la latitude, par l'influence thermométrique des courants marins, Ainsi les polypiers des Îles Bermudes seraient favorisés par Jewvoïsinage du gulf-stream, tandis que leur absence autour des îles Galapagos, situées presque sous l'équateur, serait ln conséquencede l'abaissement de température que produit dans ces parages
Hi) L'Institut, 26 mars 4845, p. 120.
(2) On the temperature, etc. Sur la température qui limite la ibution des coraux (4mer. Journ., vol. XLV, p. 430, 1843).
OU ÎLES MADRÉPORIQUES. 383 la Société et aux îles Gambier, on trouve au nord de cette ligne, et à quelques exceptions près, des iles exclusivement madréporiques , au lieu que rers le sud, ce sonten général des îles basaltiques élevées, ‘bordées de récifs très étendus, dans le voisinage même de la ligue dont on vient de parler, Eu outre, les îles placées vers le nord sont fort petites ; souvent même elles sont réduites à des points, tandis que près de: la ligue elles ont jusqu'à 30 et 40 milles de long.
Les atolls , au fur et à mesure qu'ils s'abaissent, devienvent plus petits, se réduisent à un simple rocher, et disparaîtront tout à fait, si la proportion de l'abaissement est plus rapide que celle de l'accruissement des polypiers. Or, il y a sous l'équateur un grand espace presque libre, depuis les îles de la Société jusqu'aux Sandwich, d'où l'on pourrait induire, d'après M. Dana, que le phénomène de l'abaissement y à été plus rapide et de plus longue durée qu'au sud, oùles îles sont grandes et nombreuses. L'abaissement se serait
| manifesté dans l'Océan Pacifique, du 30° N. au 3° 5, et peut-être au-delà, 11 aurait été le plus rapide entre les îles Sandwich et l'é- À quateur; puis, diminuant graduellement d'intensité au S.-0., le Tong de la ligne précédente E.-S.-E., il n'était déjà plus assez pro noncé pour submerger beaucoup de sommets du montagnes, et plus au S,, son effet était encore moindre,
Les mers de la côte nord-ouest de la Nouvelle - Hollande nous montrent, par leurs récifs, un abaissement contemporain, et l'auteur estime à 45 millions de milles carrés l'étendue de l'espace soumis à cet abaïssement dans le graud Océan et dans quelques parties des Andes occidentales. 11 remarque ensuite que la région du plus grand abaïssement est dirigée O.-N.-0., et l'ensemble des principaux groupes d'iles est aussi disposé de l'O.-N.-0. à l'E.-S.-E, Les îles Sandwich, qui sont toutes volcaniques , sout disposées par ançiennetédu N.-0, au SE. , et c'est vers l'extrémité sud-est du groupe … que se trouvent les volcans encore en activité, Dans les iles des
Navigaleurs, ce serait l'inverse, et peut-être en est-il aussi de | même dans celles de la Société, circonstance en rapport avec lo
phénomène d'abaissement qui s'est produit dans l'espace intermédiaire.
= L'époque à laquelle ces changements ont eu lien et celle à laquelle ils ont cessé ne peuvent être déterminées d'une manière précise; mais diverses considérations portent à les regarder comme appartenant à la fin de l'époque tertiaire, et peut-être le soulèvement des dépôts de cet âge le long des Andes el dans l'A-
Le E
En effet , la température moyenne de la mer, à Port-Jackson , se maintient entre 60 et 70° E,, c'est-à-dire en général , au-dessous de celles: qui ont té assignées par M. Couthouy (76° F,) et par M. Dana (66° F.).
M. Ehrenberg a poblié, en 1854, les recherches qu'il fit, en commun avec M. Hemprich , sur les polypiers de la mer Rouge (1). Dans les années 1823 à 1825, ces deux naturalistes visitèrent 150 îles ou localités différentes, sur une longueur de près de 200 milles, et réunirent 410 espèces de polypiers, c'est-à-dire près de trois fois plus qu'on n'en connaissait d'après les voyages de Forskall, Show, Savigny et Ruppell. Sur ce nombre, 2 seulement se retrouvent dans | la Méditerranée, sur Ja côte la plus voisine de celle de la Lybie.
La mer Rouge diffère des autres mers intérieures et de l'Adan-
| tique en ce que toutes ses côtes sont bordées de rochers plats,
presque toujours à fleur d'eau. Ces bancs sont recouverts de polypiers disposés d'une manière continue, le long de la côte, où sur des Tignes parallèles, C'est sur la côte arabique , de Tor à Camfuda, que lespolypiersabondent principalement, Dans la partie la plus profonde dela mer, entre Djedda, sur la côte d'Asie, et Cosséir, sur celle d'Afrique, ils ne forment point de bancs, et il en est de même dans tous les endroits où les eaux ont une grande profondeur, tandis que les points peu profonds en présentent beaucoup. L’abondance des coraux sur la côte d'Arabie s'accorde avec une plus grande quantité d'îles de ce côté et avec les preuves plus nombreuses aussi d'érup dions volcaniques, qui manquent de Gosséir à Massava,
… Les bancs de coraux se maintiennent entre À et 4 mèlres audessous de la surface de l'eau , et au lieu d'être un peu plus élevés du côté extérieur, le plus exposé à la lame, on les voit souvent s'abaisser en pente douce vers le fond de la mer. 1ls n'élèvent d'ailleurs ni atolls ni barrières de récifs au-dessus des eaux. Près du … bord extérieur du banc de coraux de la côte arabique, la profon- deur.de la mer est de 200 mètres et davantage. Ces bancs ne sont — ——————————— (1) Uer die Natur und Bitdung., ete. Sur a nature et la forma-
‘et des récifs de coraux de la mer Rouge, in-8. Berlin, Cet ouvrage a été traduit en unglois dans lo Jowraal Branch roy. asiat. Soc , n° 3, janvier 1842, p. 129, , etn° 6, p. 322, (84. C'est de ce dernier numéro qui “extrait les ee que nous donnons ici, le n° 4 traitant de la