FORMATION CRÉTACÉE DE LA PÉMNSIJLE IBÉRIQUE
§ 1. Vortogal.
Quelqaes observations géologiques avaient été déjh faites en Portugal (1), mais ce n'est guère que des publications de M. D. Sbarpe que datent la connaissance exacte des roches sédimentaires de ce pays et celle de leurs relations avec les roches ignées et granitiques. Dans un premier mémoire sur les environs de Lisbonne (2), ce géologue a divisé les formations secondaires en calcaire à Hippu^ rites, grès rouge, calcaire d'Espichel, argile schisteuse, calcaire de San-Pedro, et conglomérat rouge ancien. Ses études ultérieures n*ont pas modifié les relations ni les caractères qu'il avait d'abord reconnus dans ces diverses assises, mais un examen plus complet des fossiles lui a fait adopter un groupement plus naturel, et recti- 6er sur sa carte plusieurs limites géologiques. Aussi réunirons-nous les. principaux détails de son premier travail à ceux qu'il a publiés dix ans après, sur le district secondaire du Portugal, placé au nord du Tage (3). On a vu {anfè, vol. Il, p. 828) quels étaient les dépôts tertiaires de ce pays, et {aniè, vol. III, p. 356} quelles étaient les roches pyrogènes qui les avaient immédiatement précédés.
Le calcaire à Hippurites, le plus récent des étages secondaires Caicair* des environs de Lisbonne, est, comme on l'a dit, recouvert ordinai* Hipporiuf. rement par le basalte, et repose sur le grès rouge. Il comprend des bancs dont la composition et la texture très variables donnent des calcaires argileux et tendres, ou bien des calcaires solides
(4] D'Eschwege: Roches ignées et sédimentaires des environs de Lisbonne [Jrch, jur Miner, de Karsten^ vol. !V, cah. 4, p. 395), avec des figures d'Hippurites. — Coupe de la sierra d'Arrabida à la sierra de Cintra (/^/r/., vol. V, cah. 2, p. 365; — /^., vol. VI, p. 264).
(2) Proceed, gcoL Soc. of London^ vol. III, p. 28, 4 839. — Transact. , id, , vol. VI, p. 14 6, 4 841.
(3) Quart. JoUrn, grol. Soc. of Londofi, vol. VI, p. 4 35, 4 849, avec 4 4 pi. de fossiles.
et même de beaux marbres. Il est très développé au nord et à l'ouest de la capitale, mais il ue paraît pas s'étendre au sud, et sa puissance totale dépasse 130 mètres. Il constitue trois lambeaux séparés : l'un, à l'ouest de la Tille, est relevé en formant une selle dont l'axe court N. 30^ O., et de chaque côté de laquelle les couches plongent en sens inverse sous des angles de S*" à 10% Malgré quelques accidents particuliers, les mêmes fossiles se représentent dans chaque strate, et l'on en trouve un grand nombre dans les carrières des deux côtés de la vallée d*Âlcantara.
Un second lambeau s'étend de la baie de Gascaes, au N.-E., presque jusqu'à Loures, pour su continuer à !'£., le long du rivage, Ters Passo d'Arcos. Plusieurs collines calcaires sont surmontées de masses basaltiques, souvent couronnées elles-mêmes par des couches tertiaires. Entre Oeiras et te fort Saint-Julien, le calcaire est immé^^ diaiement recouvert par des dépôts de l'étage d'Almada avec ses fossiles ordinaires. Enfin , le reste du calcaire à Hippurites peut se suivre, depuis Montelavar et Pero Pinheiro jusqu'aux collines situées immédiatement au sud de Bucellas, où l'on en voit do bonnes coupes dans le ravin de Tojal. Â Pero Pinheiro les carrières fournissent beaucoup de fossiles. Cet étage ne se continue pas au nord de Bucellas ni au delà des environs de Lisbonne ; mais M. Sharpe croit qu'il peut exister dans le voisinage de Séville, où Téglisede l'hôpital de Sangre est construite avec un calcaire semblable à celui de Pero Pinheiro et renfermant les mêmes corps organisés.
Toutes les espèces connues dans ces divers bancs, ou US pour 100, appartietidraient à la craie ou au yreen sand d'autres pays, et l'auteur place ces bancs sur l'horizon de la craie du nord de l'Europe. 55 pour 1 00 seraient nou\elles , et il n'y aurait ni céphalo|K)des , ni brachiopodes. Près de Lisbonne on rencontre les espèces suivantes :
Astrœa ? Echinus olisiporiensis^ n. sp. , Brissus scutiger^ id. , Pfiûladoniya ligeriensis, d*Orb., Cyprina cordata^ n. sp., C globasa, id. , Isocardia cretacea^ Gold. , Cardium corrugatum, n. sp. ,
C, olisiponensCj id., Diceras Fravri, id., Arca Ahutoniana, d'Orb., A. olisiponensis, n. sp., A. Passyana^ d'Orb., Pema fragilis^ n. sp., Avicula olisiponensis , n. sp.^ Pectm incimstûns,
D. sp., P. striatO'Costatitë, Gold., Exogyra oUsiponensis, n. sp,, £\ piicata^ Lhm,,Osir€a globosay Sow., Caprinula brevis^ n. sp., C. Boissyi^ d'Orb., C, d'Orbignii^ n. sp., C, Boubliei^i, d'Orb. , Sphœrulites angeiodes (Itadiolites^ id.^ Lam.), S, cylindracea^ Des Moul., S. ponsiana, d'Arcb., Radiolites Sauvagesii^ d'Orb. f
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R. ventrieosa, Lam., Nerinea Eêchwegii ^ n. sp,, N, nobilis, Gold., iV. olisiponensis^ n. sp., lylostorna globosum^ id» 71 cm- 'htm, id. Les couches les plus basses d'autres localités ont présenté YAnomia convexa, Sow., Area Mcutoniana^ d'Orbi, Artemis degantuia, n. sp., et Cardium eùrrugatum, id.
Ces espèces, dont quelques unes sont peut-être douteuses, permettraient, à peu d'exceptions près, d'assigner l'âge des assises qui les renferment atec plus de précision que ne l'a fait M. Sbarpe qui les rapporte aux horizons si vagues , exprimés par les mots craie et green sand. Ces assises nous semblent pouvoir être mises en pa<rallèle avec le second étage et la partie supérieure du troinèmedans le sud-ouest de la France , ou bien avec la craie micacée du bassm de la Loire. Il serait alors possible qu'une nouvelle étude , faite à ce point de vue, permît de diviser encore en deux les assises réunies par l'auteur sous une désignation commune.
Le calcaire à Hippurites repose, avec une concordance qui n'est Grès rooge qu'apparente, sur un ensemble fort étendu et fort complexe de cai^ire couches arénacées, dans lequel, malgré sa grande épaisibur, il ne «^'^•p*^^!'*^paraît pas possible d'établir de sou»-divtsions naturelles. Il comprend à la fois le grès rouge et le calcaire d'Espichel du premier mémoire de M. Sharpe , c'est-à-dire des alternances de sable, de grès et de calcaires qui représenteraient, selon lui, quoique avec undévelop-» pement beaucoup plus considérable, les assises qui, en Angleterre, sont placées entre la craie et la formation jurassique. Mais nous verrons que ce rapprochement est au moins très hasardé, et que l'auteur eût probablement trouvé des analogies plus réelles en les cherchant sur d'autres points moins éloignés que les îles Britanniques. Quoi qu'il en soit, cette série de strates s'étend de la baie de Cascaes à l'embouchure de la Vouga, et borde la cèle du Portugal , sur une étendue de 150 milles, excepté à l'extrémité des collines ^e Cintra, qui atteignent la mer, et à la pointe du cap Mondego. La largeur de cette bande varie de 20 à 40 milles; souvent la continuité des strates est interrompue, soit par les granités de Cintra, soit par divers chaînons de calcaires jurassiques contre .lesquels ils s'appuient, soit enfin par l'apparition des trapps en plusieurs pomts. La difficulté de subdiviser cette série résulte de la ressemblance des bancs calcaires à divers niveaux, et des fausses apparences de la stratification dans les sables ferrugineux. Lorsquele calcaire manque, tout le pays est occupé par de grandes masses de sable et de graviers, tout à fait comparables à des dépôts diluviens et dont on ne
peut guère assigner le plongeaient ni la direction. Les fossiles, extrêmement rares dans les couches arénacées, abondent au contraire dans les calcaires, où leurs différences, suivant les localités, permettent de se faire une idée, quoique encore incomplète, de l'âge relatif des couches observées dans les diverses parties du district.
Au nord et à l'ouest de Lisbonne les calcaires dominent dans une zone qui s'étend à 15 et /iO milles de cette ville; p\us loin vei*s le N, ils sont moins fréquents. Ils paraissent constituer des dépôts locaux, subordonnés à la grande masse arénacée, et M. Sharpe, qui les compare aux bancs de kentish rag du troisième étage du grès vert Inférieur d'Angleterre (aiitè^ vol. lY, p. 70} serait porté à les regarder comme du même âge, mais nous verrons que les fossiles qu'on y trouve ne confirment nullement cette conjecture.
Si, à partir de la Youga on s'avance vers le sud, le système est formé de grès grossier, peu solide, et de sable imparfaitement stratifié, ressemblant à celui du gravier superficiel. A Serdao ils incii-* nent de 5* au S.-E. et recouvrent transgres^^ivement un grès rouge d'une autre formation, qui plonge de 30* au S. Pi-ès de Mamarosa, quelques lits calcaires, subordonnés avec Pecten quinçue-costatm^ Sow., Exogyra conicay id., et Diadema lusttanicum^ n. sp., seraient, suivant l'auteur, les équivalents du grès vert supérieur, rapprochement incompatible avec la supposition énoncée plus haut, si cette dernière pouvait être fondée. D'autres, situés à 6 milles au nord de Coïmbre, reposent sur un sable meuble et renferment: Pecten quinque^ostotus^ Sow., Exogyra conica^ id., Plicattda pectinoides, id. , Natica bulimoides, Leym. , Nerinea cylindrica , Yoltz, N. coimbrica^ n. sp., Tylostorna ovatum^id., J\ globosum^ id. , et T. punctatum, id. , fossiles qui, à l'exception de la Kérinée, regardée comme identique avec une espèce du groupe jurassique supérieur, permettent de placer ces couches immédiatement sous les calcaires à Hippurites, avec lesquels elles ont deux espèces communes de Tylostomes.
Les calcaires précédents se prolongent au S.-0. vers San-Fagundo, puis vers Condeixa, où prédominent les Tylostomes. Dans cette dernière localité le groupe est surmonté d'un puissant dépôt de travertin encore en voie de formation. Depuis Goîmbre, la Nondego parcourt une large vallée marécageuse qui se trouve sur la ligne des grandes failles. Le calcaire jurassique de cette ville est recouvert transgressivcment par les sables ferrugineux et des marnes avec des calcaires subordonnés, au-dessus desquels vien-
nent d'autres sables et des grès friables. VExogyi^a cmica est très répandue dans la plupart des calcaires dont nous venons de parler. A Montemor-Velho, ces couches sont adossées à des collines de caU caires du lias ou de Toolithe inférieure.
Le grès grossier, placé sur le calcaire oolithique inférieur de Alayorca, est surmonté d'un calcaire argileux blanchâtre, de 30 à 35 mètres d'épaisseur, et plongeant de i5<> au S.-S.-0. Il forme la rive septentrionale de la Mondego, sur une longueur de 6 milles, et passe sous la ville de Figueira. On trouve sur ce dernier point; Echinopsis subuculus, n. sp., Cidaris lœviuscula, Âg., Brissm subdepressus, n. sp. , Toxaster Couloni ?, Ag. , Pecten Dutemplei^ d'Ofb., Exogyra cmica, Sow., E. columba, Gold., très alK)ndante , Turnteda Vibrayeana, id. , Turbo Mundœ, n. sp. , Nerinea Mtmdœ, id., Tylostoma Torrubiœ^ id., fossiles qui indiquent encore le second groupe de la formation crétacée , et même presque sa partie inférieure, au lieu des parties élevées de la même série, comme le suppose M. Sharpe. L'extrême abondance dans celte lo* calité de YExogyra columba, qui n'a encore été trouvée nulle part ailleurs en Portugal, jointe aux caractères pétrographiques du calcaire , à sa grande épaisseur, à sa compacité et à quelques fossiles }>articuliers , peut faire considérer son niveau comme distinct de tous les autres et le faire servir d'horizon pour classer ces derniers; car, de même que le calcaire à Hippurites nous a offert l'équivalent de certaines assises de l'ouest de la France , de même le calcaire argileux blanchâtre dont on vient de parler représenterait la base du troisième étage du Périgord, de l'Angoumois et de laSaintonge» ainsi que la couche à ostracées du bassin de la Loire.
On passe graduellement de ce calcaire au grès de Buarcos, qui est dessous, et, de celui-ci h la base de la série jurassique du cap Mondego, il semble aussi y avoir une continuité parfaite ; mais ce n'est en réalité qu'une fausse apparence ; car lorsqu'on s'avance vers le sud, on rencontre des assises crétacées plus anciennes nue celles de FiJ;ueira et de Buarcos, et des calcaires jurassiques plus récents que ceux du cap Mondego. Il y aurait eu ainsi une interruption complète dans la série, suivant une ligne où l'inclinaison change à l'ouest de Buarcos. C'est la ressemblance des grès et des sables d'âges différents qui contribue à cette illusion.
Excepté près de Figueira, tout cet ensemble de couciies, au nord de Mondego, court N.-N.-E., S.-S.-0., avec une faible inclinaison h ro.-N.-O., présentant la coupe suivante en allant de haut en bas :