‹ Histoire des progrès de la géologie de 1834 à [1859] (volume 4)Chapitre 4 sur 111 · FORMATION CRÉTACÉE DU VERSANT MÉRIDIONAL DES ALPES · texte numérisé non relu

FORMATION CRÉTACÉE DU VERSANT MÉRIDIONAL DES ALPES

Le versant méridional des Alpes, depuis Savone jusqu'à la pointe sud de ristrie, forme une vaste courbe flexueuse, tournée au S.-E. et présentant assez exactement un ^c» placé horizontalement et dont la boucle serait occupée par le lac de Garde. Les pentes de cette courbe n'offrent que sur un petit nombre de points des lambeaux de la formation crétacée, souvent fort éloignés les uns des autres, et qui ont donné lieu à de longues et vives controverses. Ce n*est pas que les groupes que nous avons vus si nettement caractérisés à l'ouest de la chaîne se présentent ici avec des caractères extrêmement modifiés ou très différents, mais c'est que, comme presque toujours, on ne prenait en considération qu'un seul ordre de faits et qu'on opposait les unes aux autres des observations de natures difl'érentes, sans corrélations entre elles.

§ 1. Alpei maritimes.

Sir H. T. de la fi(^che (1] avait regardé la plus grande partie de c^,^^ la côle de la iMéditerranée, entre Nice et Vintimiglia , comme appar- n^^H^'i^'*tenant à la formation jurassique. Excepté l'isthme de Saint-Hospice qu'il rapportait au g?'ès vcrt^ la pointe du phare était encore jurassique comme beaucoup de hauteurs environnantes, le sous-sol de Nice, les rives du Paglione au nord de la ville, etc. Le reste du pays était occupé par le grès vert, auquel il réunissait les dépôts nummuli tiques. Sur la carte géognostique de M. de Oechen (2), la craie [Kreidé] e»i représentée par ces derniers déi)ôts, et le grès vert {Grûnsand , Quadersandstein) par deux bandes sinueuses se réunissant vers les sources du Tanaro. La formation jurassique, qui cir* conscrit le tout, borde, avec les couches tertiaires, la côte de Nice à Vintimiglia. La teinte verte qui, sur la carte géologique de la

(4) On thc geolog)'y etc. Sur la géologie des environs de Nice [Trait suct. gcol. Soc. of Lonctnn ^ vol. IH, p. 171, 4 829), (î) Une feuille, Berlin, 1839.

66 ALPES lilRlTlMES.

France (1), comprend le groupe néocomien, le gault et la craie tuffeaa forme un massif assez couMdérable au nord et à Test de Nice , limité dans la première de ces direct ions par la formation jurassique qui ne se prolonge pas au S^ comme dans la carte précédente, et dans la seconde par le groupe nummulitique colorié en jau^e. Comte deNice. M. Pierre de TchihatchefT (2) a esquissé les caractères de ces mêmes couches aux environs de Mec, et signalé dans les unes YExogyra columba^ Gold. , ei V Ammonites rhotomagensis^ Defr., dansd'autres, V Ammonites asper, , Mér. , ei une espèce voisine de VA . heterophyllus ^ Sow. Le tout est rapporté au grès vert. D'un autre côté, M. de Collegno, réunissant sous la teinte jaune de son Esquisse d'une carte géologique de l'Italie (S) le groupe nummulitique et U formation crétacée tout entière, a donné aux contours de cet en- •emble, par rapport à la formation jurassique , à peu près la même disposition que sur la carte de France. M. L. Pareto a publié une Carte géologique de la Ligurie maritime (û), qui diffère [)eu de celle dont nous allons parler, mais dans laquelle, par suite sans doute de quelque erreur de colori;ige , la formation jurassique trace une sorte de ruban continu entre la craie verte et le groupe néocomien. On a déjà vu {flntè, vol. III, p. 60) que M. A. Sismonda (5) avait observé, en montant à la chapelle de Noire-Pame de 'Ville- Vieille, à 3 lieues au nord de Nice, les coucbes nummniitiques recouvrant des calcaires compactes avec Holaster svùglcbosvs, Ag., U. suborbictUariSt id. , H, ait us /lô., Micraster cor-anguinum, id., \L arenatus^ Ë. Sism. Autour de Maria , dans la vallée de laTinca, le même savant (p.8/i) signale, sur les calcaires jurassiques, desslraies contournés de calcaires remplis de Bélemniles , et qu'il désigne sous le nom départie inférieure de la craie verte. Ces roches, plus argileuses près du village où elles renferment des fragments d'Inocéremes, plongent au S. 20" £. Avant d'atteindre Clanzo, on les perd de vue sous un poudingue particulier qui accompagne les dépôts nummulitiques.

\\ Dufrénoy et Elle de Beaumont, 6 feuilles, Paris, 4 844. 2) CJou/j d'œU sur la consiitution ^coL des piovittcvs mcrid, du roy* de Naplcs et observations sur les environs de iV'/V^, p. 243, io-8. Berlin, 1842.

(3) Une feuille, 2« éd., Paris, 4 844. ^4j Une feuille, Gênes, 4 846.

(5) Notizie e schiaramentiy etc. Notices et éclaircissements sur la constitution des Alpes du Piémont (ilA////. dcUa r, Accad. di Tvrinu, 2* sér., roi. IX, 4 847j.

ÀtPCS IIÀlilTlIlfig. 61

A Saini-Marlio du Yar, le calcaire néopiiraieo, d^aiigé par place eu gypse, est recouvert çà et là par la praûs inférieure, puis il disparaît sous les sables et les gra\icrs tertiaires. Si Ton pénètre dans la vallée deTËstcryD et qu\on se dirige vers Gilelta, ou traverse le QiéQie calcaire uéocomieu également changé en gypse, puis un calcaire argileux qui appartient à la craie verte fossilifère. Une sorte de doloœie lui est associée à l'entrée du village et elle plonge an N. 20** O. comme les couches crétacées qui viennent s*appuyer contre elle. Au nord de ce point le calcaire argileux continue à s'éten* dre sur le groupe néucomien composé de calcaires compactes. Les fossiles peu nombreux que Tauteur clic dans ce groupe sont lAptychus Didayi, Coq., Animoniies subfascicularis, d'Orb., A* virgatus, filaiuv. (1) (Falicou près Nice), A. Ixion, d*Orb. (Drappo- Pagliooej, Belemniies dilatatus, Blaiuv. (Saint-Martin, Saint-Hospice), B, pistil iformis, id., etc.

Dans ce que M. A. Sismonda nomme la craie inférieure^ il a recueilli: Holaster suborbicularis^ Ag., Micraster arenatus^ £• Sism. , M. cor-anguinum , Ag. , M. gibùus, id. , Ananchytes ovata^ l^am.y Discoidea rotuia, Des., Gçderites castanea^ id., Pimux, Jnocej^amus mytiioides, Manl., /. Cuuieri? Sow., /. pliccUus, d*Orb., Exogyracoiumba, Gold. , TerebrcUulasubrotunda^ Sow., 7'. ovoïdes, id., Pleurotomaria lima^ d'Orb., P. AJajTotiana^ id., Twriiites uiidulaiuSy Sow. , /'. Bergei'if AL firong. , Ammonites Mantelli^ Sow.,i4. falcatusy Mant., A. varions^ Sow., A rhotomagensis^ Defr. A, colobrinus, d'Orb. (2), ISautilvs Beslongchampsianus, id. Les localités où Ton rencontre ptusparticulièrenienl ces fohsiles sont Drappo Poglione, Yilla-Franca, ^ice9 la Feuue, Rocca-fisterou, Curbis et Saint-Hospice.

Si Ton se rappelle ce que nous avons dit du grou|)e de la craie tuffeau, plus à l'O., dans les Basses Alpes, entre Ëscragnolles et Castellane, entre Vergons et Anuot, etc. {(miè, vol lY, p. i!i93 et suivantes), on n'bé!»itera pas à voir dans les coucbes qui renferment ces fossiles son \éritable représentant dans le comté de Nice. H est également probable qu'il est ici surmonté de quelques assises plus récentes appartenant à la craie blanche et il ne serait pas impos-

(1) L*J. vir^atus n'est point de Biainville, mais de Buch et apparlibDt à l'étage d'Oiford de Russie.

(2) Nous ne coonaissous pas dV. colobrlnus, d'Orb. VA, conso^ bri/iiis de cet auteur est caractéristique des argile3 à Piicatules, et ne s'élève pas au-dessus du gauU.

68 ALt>ES MARITiMES.

sîble qu'il reposât sur quelque rudiment du gault comme i*îudiqueraient le Turrilites Bergeri et le Pleuroioinaria lima.

Sur la jcarte géologique jointe au mémoire de M. Sismonda, le second groupe constitue un massif très découpé au nord de Nice et plusieurs ilôts moins étendus, l'un à l'est, cntie Villefranche et le cap Saint-Hospice, les autres à l'est et à l'ouest du massif principal. Au nord-ouest un massif distinct, aussi considérable que le premier, est comme lui limité au nord par la formation jurassique , et entoure, en suivant les vallées de l'Ësteron et du Var, un îlot nomninlitique, allongé de i'E. à l'O., semblable à celui de Comtes, de Goraza et de Lescarene, au nord de Nice. Les espaces compris entre ces massifs de craie tufleau seraient principalement occupés par le groupe néocomien, bordant aussi une grande partie de la côte de Nice à Menton, comme sur la carie géologique de la France, mais contrairement à ce qu'avait dit M. de la Bècbe et à ce que 3J. de Dcchen a exprimé sur sa carte.

IV] . Ferez (1), en cherchant à établir les limites de la formation crétacée des Alpes maritimes, a fait voir qu'en Tabsencc des calcaires à Hippurites dans le comté de Nice et la Ligurie , le groupe nummulitique reposait généralement sur un calcaire marneux, quelquefois à points verts , dans lequel on trouve : Micraster are^ 7iatus, E. Sism., M. cor-anguinum, Ag., Ananchytes ovata, Lam., Inoceramm mytHoides, Mant., Exogyra columba, GM. , iXatiftlus triangularis , Montf., Ammonites varions, Sow. , A. W'ooilgari, Mant., A. rhotomagensiSy Defr., A. Aiantelli , Sow., A. falcatus, Mant. , A. Fleuriausianus, d*Orb.,Scaphites cequaiis, Sow., ffaculites bacuioides, d'Orb. , lurrilites cosfatus, Lam. , 1\ Gravesianus, d'Orb., etc., fossiles dont le plus grand nombre caractérisent le second étage de la craie tuiïeau, quelques-uns le premier, et deux ou trois la craie blanche. Si, comme on peut le présumer d'api es la coupe de la montagne de Notre-Dame de Ville-Vieille , ces derniers se trouvent à la partie supérieure de la formation , ils pourraient faire admettre, ainsi qu'on vient de le dire, l'existence d'un faible représentant de la craie blanche, caria continuité parfaite des deux groupes, partout où ils existent, ne permet pas plus qu'ici de les séparer stratigraphiquement.

Sous les calcaires marneux précédents sont deux bancs de grès

(1) /4lti d(U(i fttavn rlu/t, rhfgil scicnz. italiani y à Gênes, en 4846, p. 651, in-i, 1847.

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