FOKMATION CRÉTACÉE DE L*ASIE
$ I. Ane Mmenre.
Comme le Péloponèse et la Grèce continentale, TAsie Mineure est un pays où le voyageur foule à chaque pas les débris d*une civilisation unique dans Thistoirc de Thumanité, où chaque pierre a son nom, où chaque ruisseau est plus célèbre que les plus grands fleu* ves du globe, où chaque île, chaque cité de sa côte occidentale fut le berceau d*une de ces belles intelligences dont la vive lumière rayonne depuis trois mille ans, sans avoir rien perdu de son éclat ni du charme de la nouveauté , où tout enfin est revêtu du près* tige que le temps attache à une terre jadis féconde et aujourd'hui riche en souvenirs. Il ne faut donc pas s'étonner que les hommes instruits qui Tout souvent parcourue aient d'abord négligé l'étude moins attrayante de sa constitution physique, étude plus froide, dont l'imagination doit être sévèrement bannie, et qui exigeait une attention d'autant plus exclusive que les phénomènes naturels étaient plus compliqués (i).
La position géographique de l'Asie Mineure, relativement h la Turquie d'Europe et à la Grèce, pouvait faire présumer qu'elle se rattachait aussi géologiquement à ces deux pays. Mais on a vu que , sur le littoral de la mer de Marmara et de la mer Egée, les couches nummuliiiqucs n'avaient encore été que très imparfaitement séparées des dépôts crétacés, et que ceux-ci avaient été mal caractérisés et souvent méconnus. Aussi les premiers géologues qui ont exploré
( 1 ] « Les œuvres admirables de l'homme y ont fait oublier celles de }» la nature, dit M. Pierre de Tchibatcheff , et Ton paraissait ignorer » qu*à côté des ruines éloquentes il y avait des monuments infini- » ment plus grandioses, qui , eux aussi , avaient leur langage , et qui » n^attendaient, pour élever leur voix , que le moment où Ton vint » les interroger. » Asie mineure ^ etc., vol. I, préface p. iv. In-8. Paris, 1853.
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la inrtie occidentale de l'Asie Mineare , préoccapés de ce qu*iis avaient va plus à Tonest, dans la baoïe lulie et les Iles on les côtes de l'Adriatique , ont-ils dû se méprendre quelqnefoîs sur les Trais rapports des roches de la péninsule dont nons allons nous occuper. Peo lamiliarisés afec la connaissanoe des corps organisés fossiles et surtout a?ec leur distribution stratigrapliiqne, ces géologues, dans les essais de classification , résniuts de leurs recherches , ont toujours donné une grande importance aux caractères minéralogiques. Nous exposerons d'abord les obsertations relatives à la formation crétacée, telles qu'elles ont été présentées par leurs auteurs, et nous verrons ensuite en quoi elles ont été rectifiées par des études plus récentes, exécutées dans des conditions pins favorables. Ge que nous allons dire fait naturellement suite li la description des dépôts tertiaires et des roches ignées du même pays {antè, vol. II, p. 947 et III, p. 181et&63].
obMrTaiioni MM. Hamiltou, Strickland et Ainsworih, qui ont donné des cartes iTcrses. ^^ esquisses géolc^ques assez détaillées de certaines parties de l'Asie Mineure, avaient attribué à la formation crétacée une étendue beaucoup plus considérable qu'elle n'est en réalité, parce qu'ils y comprenaient des systèmes de couches qui n'en font pomt partie. EnfiiouB M. H.-E. Strickland (1), en décrivant les environs de Smyme, a sn^rne. Signalé , au sud de cette ville, des calcaires compactes avec des Hippurites , associés à des grès également compactes et li des schistes noirs ou verdâtres. Le tout , extrêmement disloqué , est comparé au grès verdâtre de la Morée, an macigno de la Toscane et des environs de Trieste, roches regardées alors comme de la craie, mais qui ne sont qu'une dépendance du groupe nummnlitique. Si ces calcaires et ces grès renferment réellement des rudistes, ils ne sont pas contemporains des dépôts auxquels l'auteur les compare. Au nord de Smyrne la partie orientale du mont Sipylus est composée de calcaires gris qui s'élèvent brusquement au-dessus de la plaine de THermus, et plus à l'ouest les calcaires sont accompagnés d'argiles verdâtres ou noirâtres, semblables à celles de Tarlali au sud. On a vu {antè, vol. If, p. 948) quelle avait été la succession des phénomènes que l'auteur avait déduite de ses recherches, depuis le soulèvement des montagnes, dont les couches appartiendraient à la craie» jusqu'à l'écoulement des eaux du lac par le lit actuel du Mélès.
(4) Ou thc geoiogy^ etc.: Sur la géologie des environs do Smyrntt [Tnmsiue, geoi. Soc, of London ^ 2« sér., vol. V, p. 394 , i837).
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MM. Vf.'J. HamiUon et H.-E. Slrickland (1) ont aussi cru ^[^ trouver» dans la présence de certains corps organisés, la preuve que .c^(«* 1-enseuible des couches qu'ils rapportaient à la craie, dans la partia occidentale de l'Asie Mineure, représentait le calcaire des Apennins de ritalie, de la Dalmatie, des îles Ioniennes et de b Grèce, com* paraisou qui pouvait être exacte sans que la conséquence le fût^ La rive méridionale du lac d'ApoUonia est formée de calcaires compactes, jaune pAle, à grain fin et sans fossiles. Ils .s'étendent presqu'en ligne droite de rc-N.-E. à ro.-S.-0., plongent dans le lac sous un angle considérable en s'appuyant sans doute contre les schistes du mont Olympe. Ils bordent les rives du Macestus et sont accompagnais d'argiles schisteuses et de grès micacés.
Dans la partie supérieure du bassin de l'Hermus on observe des dépôts arénacés, composés de grès micacés bruns, de quelques cal* caires tendres subordonnés et de poudingues. Par places, ces grès sont plus ou moins redressés et recouverts transgressivement par des conglomérats trachytiques et des pépérites, comme sur les bords de l'Aîneh-chai. Au nord de l'Hermus ce sont des dépôts lacustres qui recouvrent ces grès sans, fossiles, et dont l'âge par conséquent est resté douteux pour les auteurs eux-mêmes. En regardant comme le meilleur type de la formation crétacée de l'Asie Mineure les roches des environs de Smyrne dont nous venons de parler et dans lesquelles ils citent non seulement des Hippurites , mais ei^^ore des Nuramulites, MM. Hamilton et Strickland montrent qu'ils étaient peu fixés sur les vrais caractères de cette formation. Mais si l'on se rappelle qu'il en était alors de même dans les parties occidentales de l'Europe qui se rattachent plus ou moins directement aux Pyrénées^ aux Alpes, aux Apennins et aux Carpathes. on trouvera que rien u'était plus naturel que la manière de voir des deux savants voya* geura.
Dans rUe de Scio (Chio) et la péninsule de Karabornou, il y a des calcaires gris ratuchés au même système. Les montagnes nues et pelées ont cet aspect gris et triste, qui donne un caractère particulier aux paysages de la Grèce et de l'Albanie, où ces mêmes ro* ches dominent. La péninsule rocheuse , entre Sighajik et Teos » est formée par un calcaire blanc-grisâtre, ressemblant à la scaglia
[s] On thc geology, etc. : Sur la géologie de la partie occidentale de l'Asie VL\rx^\kff^[Trans'act, geol. S<tr. oj Londo/i,, 2*8ér., vol. VI , p. 4 , 4 844).— Prcicm/. gcol. Soc. of London , vol. 11, p. 423, 4836,