‹ Histoire des progrès de la géologie de 1834 à [1859] (volume 4)Chapitre 61 sur 111 · ASIE MINEURE · texte numérisé non relu

ASIE MINEURE

Ce système qu*ils supposent crétacé , constitue des chaînes élevées, et offre des dislocations sur des échelles énormes, mais sous ce rapport il n*est pas aussi différent qu'ils le pensent des dépôts con« temporains de Touest de TEurope ; car, à Texception des petites surfaces du nord et du centre de la France , des Pays-Bas et de TAngieterre, où leur régularité, leur caractère minéralogique et leur horizontalité témoignent de l'absence de grands dérangements , presque partout ailleurs on a tu à quelles immenses perturbations ils avaient été soumis. Les sédiments tertiaires moyens, qui se sont déposés autour de leur base, semblent avoir été à peine dérangés, et conservent presque toujours leur horizontalité. On a dit cependant laniè, vol. II, p. 952) qu*affectés par un soulèvement en masse, ils avaient été portés à IhO et même jusqu'à 1828 mètres d'altitude.

Plus récemment M. W.-J. Hamilton (1) , revenant sur ce qu'il c«t«s avait émis dans sa publication précédente (2) , rapporte au calcaire lanerNQîr*. écailleux {scaglia) ou à des couches équivalentes de la craie de l'Europe méridionale, des roches d'un aspect moins cristallin que celles qu'il avait placées dans la formation jurassique. Les calcaires sont associés à des marnes tendres, jaunes , renfermant quelques silex , et par places des empreintes deFucoîdes, On observe ce système de couches le long de la mer Noire, au sud et au sud-est de Sinope, plongeant de /i5° à 50* au N.-E. ; puis entre les bains chauds de Kaousa et Ladik , aux environs de Zilleh et d'Âmasia (3) , dans le district montagneux qui sépare ces deux villes.

A l'ouest d'Amasia, vers Tchouroum, les mêmes roches, redressées verticalement, sont traversées par des produits ignés. A l'ouest de Tekia, les argiles schisteuses bleues sont très contournées, et pénétrées de veines de chaux carbonatée. Entre Tchouroum et Yuzgat il y a deux chaînes, dont la pliis septentrionale est composée de calcaires gris compactes et de roches schisteuses, passant accidentellement au jaspe par l'influence des éruptions ignées du voisinage, qui ont encore plus accidenté les strates de la chaîne du sud. A 20 milles, au nord-ouest, autour de Boghaz-Kieui, ces assises

U) Quart. Joitrn. geol. Soc. ofLondon^ vol. V, p. 370, avril h 849.

(2) Researches in Jsia Minor^ PonUis andJrmcnia ^ etc., 2 vol. in-8. Londres, 4 842.

(3) On trouve aussi écrit Amasiehy Amasiéh , Atnasée^ Amasle , Amasiahy Amasiya 9 etc.

Mî AâlB limËOftB.

cJalcaii-es sont sarroontées de trachytes et de roches porpbyriqncs qut se sont fait jour à traTers , les ont disloquées et redressées sur certains points. Cette localité serait, d'après M. Hamîlton, la limite do la formation crétacée dans cette direction ; au delà commencent les grès qui dépendent du groupe nummulitique. Enfin à 6 ou ? milles à Test-sud-est d'Angora, une masse trachytique, sub-prismatique, a soulevé des calcaires compactes, en lits minces, devenus très siliceux, etrenfeiTnant des plaques et des nodules de silex. Les calcaires semi-cristallins , à gros grains, que Ton voit près d'Angora, appartiendraient encore à la formation crétacée.

Malgré ces nouveaux détails donnés par l'auteur , sur quelques points de la l'aphlagonie , du Pont et de la Galatie , il est facile de voir que la distinction des couches nummulitiques et crétacées n'était pas encore très nette pour lui ; les dernières surtout ne sont nulle part caractérisées d'une manière précise 4)ar leurs fossiles, et les limites géographiques ne sont pas mieux arrêtées que celles de la stratification.

Ici, comme pour le groupe nummulitique {antè. vol. III, p. 183), c'est encore aux recherches persévérantes de M. Pierre de TchihalchelT, que nous devons d'être irrévocablement fixés sur l'existence, l'étendue, les rapports et les caractères des sédiments secondaires de cette partie de la péninsule occidentale de l'Asie. Les roches crétacées de l'Asie-Mineure, telles que les comprend de M. de TchihatchelT, dans un premier mémoire publié en 1850 (i),

Tchibatcheff. formcut uuc baudc continue, limitée au N. par la mer Noire, et au BithVnie, S. par uuc ligne qui, partant des environs de Gebissé, sur la rive

'*°'*Ptoîî!"*' septentrionale du golfe de Nicomédie à son débouché dans la mer de Marmara, suivrait le littoral, passerait au nord d'Uskub,' de Zafranboli et d'Araasia pour se prolonger vers l'E., probablement jusque dans les provinces russes du Caucase, où nous les avons en effet mentionnées. Nous savons en outre que M. de Cliancourtois ft observé, entre Gumuch-Hana et la vallée supérieure de TEuphrate, des empreintes d'Ammonites qui paraissent être crétacées. Celte bande embrasserait ainsi une partie de la Bilhynie, de la Paphlagonie et du Pont Le pays qu'elle occupe , généralemeal montagneux, est composé de calcaires marneux, blancs ou jaunâ* très, assez semblables à la craie de l'Europe occidentale, puis de calcaires siliceux, passant h un grès foncé ou jaune, et de marnes plnaoïi

Ohscrvallofni

(4) Buli., 2* sér., vol. VII, p. 398, 4 850.

AS» MINEDRE. S8S

noins compactes, blanches oo jaunaircs. Ces dtrérGCs roches alter- «eni fréquemment, coiUine on le voit, i l'ouest d'Aktchiko (Aktche- €behr), sur la c6te nord de la Bttbynie, où loul le système redrestté plonge au N.-O., sons un angle de 23'.

Les strates sont traversés par des roches tracliyliques et ba&alliqnes qui les ont partout dérangés, mais comme ces éruptktns résultent seulement de pliénomënes locaux , quoique assez niulti- I^iès, les roches sédimentalres présenteui souvent des (tifTérencps très prononcées dans leur disposition relative, et , près des couches les plus toarmentées et les plus disloquées , on en observe d'autres i très peu près dans leur situation première. Aussi l'auteur n'indiqnet-il pas de plMigemeiit général ni de direction dominante dans les assises de ce pays. Il a observé des empreintes d'Ammonites entre Ladik et Amasia , puis au sud-est d'Eregli , ob elle» accompagnent des Inocéranies (/. Lamarcki i),CBite dernière coquille existe aussi dans les calcaires marncui, blancs ou jaunâtres , de l'étroite vallée que traverse le Kara-dagh, non loin de la côte, sur la limite de la flitbyaie et de la Paphiagonie. A deux lieues au sud-est d'Eregli, des grès foncé» avec des empreintes de plantes indéterminables ont oOerl le /'ecten quadricostatua, la Terebralula dispari/is, à^Orh., plusieurs bivalves et une Alvéolinc voisine de VA. cretaeea, d'Arch. J] n'y a ici aucune trace des Nummulites si répandues dans les conthes fossilifères de ZaTranboli, situées ï l'est, couclies qui sont loul k fait distinctes de celles-ci, et dans lesquelles aucune espèce crétacée n'a été rencontrée.

I.es roches crayeuses, échelonnées entre le littoral d'Eregli et les masses trachytiques qui s'élèvent k euviron cinq lieues au sud-est de cette ville, composent l'Ara-dagb et une partie du Kara-dagh; dles comprennent les calcaires et les marnes k Inocérames, sont partout redressées et plus ou moins disloquées, tandis que les grés brun noirâtre, avec Pecten çttadricotlaius , des environs immédiats d'Eregli, sont bortionlauz. Ainsi il y a des trachytes de l'Asie- Mineure , et surtout ceux de celte partie , qui auraient fait éruption pendant le dépôt de la craie tnffeau, mais de tele sorte que certaine^ couches luraient précédé ces ^uptioiis.et que d'autres les auraient suivies. On conçoit alors que les marnes it Jjiocéramcs pourraient Être un peu plus anciennes que les %rès h l'ccleu i/ua~ drinoUalus.

Quant aux dépôts cbarboimcus qu'on observe le long de ta cùie de la Paphiagonie, depuis Eregli jusqu'il Amassera cl probablernonl

38& ASIE MINEURB.

jusqu'à Inebolî, formant une bande peut-être continue de {dus de 200 kilomètres, ils restent encore à .étudier. Déjà les exploitations d'Ercgli fournissent la plus grande partie du combustible employé dans le service des bâtiments à Tapeur turcs. Tous les autres dépôts de TAsie Minçure, de même que ceux de la côte de Thrace, le long de la mer Noire, ne sont que des lignites tertiaires et n'ont rien de commun, ni sous le rapport géologique, ni sous celui de leur qua* lité, avec les vastes dépôts de houille crétacée du littoral de la PaplUagonie, houille qui souvent rappelle les plus belles variétés de la formation carbonifère proprement dite. Ilommaire de Hell, qui avait aussi observé ces amas charbonneux, ne s*est pas non plus prononcé sur leur âge. Nous rappellerons seulement ici que nous en avons signalé de semblables sur le versant nord du Harz, mais, avant de rien conjecturer sur leur parallélisme, il est indispensable de con* stator leur position par rapport aux calcaires et aux grès incontestablement crétacés.

Dans la partie septentrionale de la Bithynie, la craie, très développée, s*avance presque jusqu'aux environs de Constantioople, bordant à Test la zone de transition du Bosphore, comme le groupe nommulilique limite cette dernière à l'ouest du côté de la Thrace (1). Sur la côte nord de la Bithynie, à 60 kiiomèlresenvi* ron du Bosphore, se montre partout une roche calcaire blanche, fréquemment interrompue par des trachyteset formant.des falaises abruptes au nord-est de Kilicly. Ce calcaire, parfois cristallin, en bancs puissants et redressés, plonge au N. de 70» à 80*", devient crayeux et friable près de Cbilé, à 13 lieues environ du Bosphore, et se prolonge par des escarpements jusqu'à Sungurlu à !'£.

Une cou|)e N., S.» de la côte à Textrémilé orientale du golfe de Nicomédie, montre que .non seulement toutes les assises prennent un aspect de plus en plus crétacé, mais encore cessent peu à peu de présenter les dislocations si prononcées sur le littoral ; en effet, les trachytes ne se voient plus dès qu'on atteint la partie moyenne de cette région.

À trois lieues et demie au sud-est de Sungurlu, sur la route d'Ism/t (Nicomédie) au village d'Aptypacha, les calcaires marneux blancs, presque horizontaux , renferment une immense quantité

(1) Pierre de Tchihatcheff, Mémoire sur Us terrains jurassique ^ crétacé et nummulitiquc de la Bithynie ^ tic la Paphlagonie rt de la Çalatie [Bull.^i* sér., vol. YllI, p. 285, avec carte, pi. 6, 4 851).

ASIE UinEDRE. ZSd

tVluDcf rames (/. Cripsii"! Mant.) et d'aulti^s fossiles peu dftcrriiiuablca spécifique me Dl, mais de formes toul îi fail crétacées [lieiepora? Ananchytes, Orbkvla? arltculatious d'écliitiodcrmes, fragnaentsd'uae Ammonite toigiDede l'A. varions, Tereèratuia, presque identique avec la T. gloàosa, etc.). Si I'oq continue à s'avaaccr vers le S. les fossiles devienneut de pins en plus rares, et les calcaires sont remplacés par des schistes marneux lie de vin , associes i dos grès compaeles, très durs, micacés et grisâtres. Ces assises, de mâme que les calcaires subordonnés, sont souvent assez dî-rangées dans cette partie moyen ut delà péuinsDlc; mais au deli, lorsqu'on s'approche de la plaine d'ismil, elles reprennent leur horizontalité et ne sont plus aOectécs que par de faibles dislocations.

Dans le voisinage immédiat de la ville les collines sont presque exclusivement composées de grts rouge, jaune, gris, compacte, passant ï une brèclie très solide , avec des fragments du schiste lie de vin précédent et de calcaire gris du même âge que les calcaires fossilifères. Ces assises, plus récentes que celles qui sont au nord, constitueraient , d'après M. de Tcliiliatcheff , la ])artîe supérieure d'une seule el même foimatioD, celle de la craie.

Lorsqu'on suit â l'est d'ismit le pied des monlagncs qui limitent la plaine, on voit que les roches de celles-ci ne sont que les aSIeuremenls méridionaux du massif crétacé de la Biiliynie. Ce sont des grès rouges, alternant avec des marnes feuilletées, et des calcaires blancs sans fossiles , mais semblables en tout aux calcaires caractérisés par les Inocéramcs. A cinq lieues à l'est de la ville cette chaîne s'avance dans le lac Sabandja dont elle forme la rive septentrionale. L'inclinaison des couches varie du N.-E. au N., au N.-O. et h l'E. , sous des angles de Id'b hO". Les m6mes assises se prolongent jusqu'il Adabazar, non loin du Sangarius. Les Inocéramcs se montrent de nouveau dans la coupe E.-O-, faite au iiciid-esi du lac. Lu village de llandek est placé i la limite sud-est de la région crétacée de la Diibynie , car en cet eudroii les roches de transition et les Iracliytes forment une bande <:troitc qui s'avance vers le N. , sans tuittefiii!! atteindre la cfite de la mer noire , où règne encore ta forniaiiuit crétacée. Dans tout le reste de la péninsule a^iaiique jusqu'aux coii- Ire-fuits du Taurus , nous ignorons encore quel» ^oitt k-i \ fi iiiiblrs reprti'sciilnnt:' de cette fornialion.

SYBIB, l^ALfeSTlNK, fiTC.

S 2. — Syrie» Palcfttine, eie.

Dif position gdudrnle.

Tacha liks

d'AtltinD,

4e filarairli

el

d'Alcp.

Nous cotnmencerons par indiquer la disposition générale des couches rapportées à la craie, dans la partie de TAsie qoi borde la MédilcrranOe, depuis la Gilicie jusqu'au golfe de Suez, el nous re- Tiendrons ensuite sur les points qui ont été plus particulièrement étudiés.

Sur la carte géugnostique qui comprend le Taurus et ses divers rameaux, dans les pachaliks d'Adana et de Alarasch avec les parties adjacentes de celui d*Alep, M. Russegger (1) a colorié comme craie supérieure {obère Kreide) les massifs montagneux situés au nord et au sud d'Antioche, de chaque côté de la vallée de TOronte, puis un petit massif sur la rive droite du Kneik au sud d*Alep, un autre, à Touest, très considérable qui se i*aU9che au mont Cassins au sudouest pour se continuer au nord-est. Âiniab, située dans cette dernière direction, est également bâtie sur un lambeau du même âge ; mais ce que nous avons dit {arUè vol. III, p. 189) nous porte ^ pen** ser qu'une partie au moins des roches rapi)ortée8 ici à la craie peut appartenir au groupe nummuliiique. Le savant géologue allemand indique aussi plusieurs lambeaux de craie à Touest, autour d'Adana, d'Antarba, de Siss, de Marasch (Aga-dagh) et dans le massif du Karadascfa qui forme une presqu'île au sud d*Âdana.

Dans une coupe du Taurus dirigée S.-N. et passant à Touest de Seibun (1), on voit la craie supérieure et la craie marneuse occuper des collines et des plateaux à couches horizontales. La craie dure avec silex renfermant des assises rouges et brunes , ferrugineuses» serait en stratification discordante avec la précédente comme avec le conglomérat sous-jacent, mais il faut remarquer que les profils de M. Russegger ne sont point, à proprement parler, des profils ou coupes géologiques ; ils paraissent indiquer seulement le relief des divers dépôts placés les uns derrière les autres, ou vus en perspective. Ils ne montrent, par conséquent, ni les rapports ni la superposition réelle des strates. Cette observation s'applique à la plupart des pro« fils suivant.<t. Ainsi dans la coupe 8, dirigée E.-O. et prise près de Kaisaria , dans la partie centrale du Bagher-dagh, les relations de

(4) RciscN in Europa ^ Mien ^ clc. Allas, in-f", <842. aussi: Antè, vol. 111, p. 191.

(2) i/»///., vol. Il, V part., fig. 6.

Voyez

STHlt, PiLESTIKB, KTC 387

1) craie blanche et de la craie dure avec les roches cristallines ou ^[iifcs, les fcrpentiDcs, etc., ne se comprennent pas.

Dans la conpe 13 , la craie ï silex, au nord-ouest d'Antiochc, plonge sans doute sous le terrain tertiaire de la plaine , mais on ponrrait y voir aussi une relation Inverse. I.a coupe 17, des environs de Beiaz et de Bctian, montre des calcaires noirs et la craie inférieure recouverts de calcaires ou de craie supérieure. La coupe 18, d'Amioclie à Alexaiidrette, passant par Beilan, indique, sous les sables et marnes tertiaires, les calcaires noirs sunuontanl les serpentines des bords de roronte, puis au deik un calcaire foncé, inférieur an précédent et probablement le terme le plus ancien de la farmatiou créucée.

La carte géognoatique du Ubao et de rAnti-Ijbafl(l} représente la craie blanche supérieure et la marne {obrrer weits Kreide und i Mergei) comme formant nne bande sinueuse , presque continue jusqu'au nord de Tripoli. Elle s'afqniie contre une bande moins suivie de craie grise inférieure , dure {untert graue harle Kitide). Deux massifs de grès vert se voient sur le versant occidental, à l'est do Bairouth (2), et tonte la crête du Liban appartiendrait â la formation jurassique.

Sur le versant plus rapide de la lallée de Balbek on trouve, i partir du 3&*degréde laL.une zone de craie dure, ^iae, inférieure, et au iW kV une autre de craie blanche supérîetire, bordée par tes dépôts tertiaires, lesquels disparaissent à leur loor soas les accitmolalions quaternaires du fond de la vallée. La crête de l'&nti-Liban est formée au nord par la craie grise inférieure et au sud par les calcaires jurassiques. Ces deux bandes, placées sur le prolongement l'une de l'autre et eu parties conliguës, semblent devoir leur posilioa actnelle ï d'énormes failles. La plaine quaternaire de Damas, située plus il l'est, est entourée de craie blanche et de craie grise. Le grés vert forme nn lambeau sur le versant snd-ooest du massif jurassique depuis Uasbcya juaqu'i Hermon.

La coupe m (3), qui montre les relations des strates du somnet du Saunine, en allant de l'B. h l'O., fiK voir que presque tout le massif csl cumposô de couches jurasaiquea supéricurca

388 SYRIB, PALEStiNB, ETC.

* tant deux lambeaux de craie inférieure et de grès vert. Dans la coupe 20, dirigée de Bairouth vers la partie centrale de la même chaîne, les relations de la craie de l'ouest avec celle de Test, comme celles du grès vert inférieur ei des calcaires jurassiques supérieurs ne peuvent être comprises , aucune stratification n'étant indiquée. Il en est de même des profils , 21 dirigé S.-O., N.-K. du Liban, sur la Sannine à Balbek , 22 dirigé N.-O. , S.-E. du Liban à Balhek, et 23 dirigé N., S. de TAnti-Liban ou de Balbek, à Damas. riàiesUnc. Dans la coupe de Nazareth au lac de Tibériade (1), le Tabor et tous les pics qui environnent le lac appartiennent à la formation jurassique supérieure de la Palestine avec ses dolomies ; puis à Test régnent probablement les calcaires jurassiques du Liban et de TAnti-Liban. Dans la coupe de Jérusalem à la vallée du Jourdain (2), la ville sainte, à une altitude de 2^79 pieds de roi (805 mètres) (3), . est assise sur les mêmes calcaires jurassiques supérieurs avec dolomies, qui supportent vei*s TE. , à 2509 pieds , une craie blanche supérieure avec des silex, dos veines de marnes bitumineuses et d'asphalte, et d'autres salifères. Cette craie repose aui^i sur les couches jurassiques inférieures et sur un calcaire à Didaris , qui constitue le bord oriental do la vallée du Jourdain.

Les assises inférieures de la formation crétacée s'étendent h l'est et à l'ouest de la mer Morte; mais sur les flancs des montagnes , à l'ouest de Jérusalem, il n'y en a plus que des lambeaux isolés çà et là sur les couches jurassiques. Ces dernières, avec des calcaires noirs et des dolomies, forment la rive orientale de la mer Morte, qui se trouve ainsi bordée, des deux côtés opposés, par de puissants massifs de calcaires jurassiques, de calcaires noirs et de dolomies,' surmontés par places de lambeaux crétacés. Ce bassin est fermé au S., et en partie au N., par la craie et par les dépôts quaternaires du fond d'El-Ghôr et de la vallée du Jourdain. Le sel gemme et les argiles salifères se voient sur tix)is points , à l'est, à l'ouest et au sud du lac , et semblent être dans une certaine relation avec les. roches crétacées; mais ce sont des produits sans doute beaucoup plus récentSi et peut-être même de la période actuelle. Quant aux roches ignées ou volcaniques l'auteur n'en a représenté , s'élevani

(<) Jbid., vol. m, p. 258. — Voyez aussi, Nen. Jahib,, 1839, p. 305.

[2| Ibid, , p. 248 , et pi. 7 de l'atlas.

3) On a vu [antCy vol. I, p. 207J que celte altitude avait été aussi évaluée par d'autres voyageurs à 720 et 680 mètres.

SYfilE, PALESTINE, ETC. 389

au-dessus de la craie blanche , que sur les bords de l'Ouadi-liValeh et de l'Ouadi-el-Mojeb, à 8 ou 10 milles géographiques de la rive orientale du lac (voyez an/è, vol. III, p. li9U).

Pour ne point rompre cette esquisse, faite d*après les grands tra- Arai.ie vaux de M. Rnssegger, et principalement d*après ses cartes, nous ^^ll!""' examinerons encore celle de ces dernières qui, faisant suite à la pré* Presqu îia cédcute , comprend la partie méridionale de la Syrie ou Palestine s^»*'* et TArabie Pétrée(l). On remarquera, toutefois, qu'il y a entre ces cartes une lacune de près de l'',25', et que ni Téchelle ni les teintes géologiques de Tune et de Fautrc ne se correspondent.

Le gtrs inférieur ou grès de Nubie avec ses marnes, qui conbtitue la partie la plus basse de la formation crétacée, borne au nord le massif du Sinaî, une partie de sa base au sud-ouest, et occupe la pointe méridionale de la péninsule. Il borde aussi à Test le golfe iËlauitique ou d'Akabah, les roches granitiques continues de la côte, se prolongeant au nord de chaque côté et au fond de TOnadi-Akabah jusqu'à moitié chemin d'^lana à la mer Morte. Çà et 15 , ces couches secondaires s'appuient contre les roches cristallines, granitiques ou porphyriques. Partout au delà, vers le N., la craie recouvre ces assises inférieures de la formation. Dans la presqu'île du Sinaï, la coupe qui passe par le mont Oreb (2) montre également le grès du Siuaî reposant sur le porphyre, et surmonté d'une craie dure, grise. Celle-ci est recouverte par la craie blanche à silex qui disparaît aussi sous des sédiments tertiaires de la période moyenne.

D'après M. J. Hoog (3), toute la région montagneuse qui circonscrit le Sinaï et se prolonge au nord, eu bordant les cotes des deux golfes, est composée de granités, de porphyres, de gneiss, et d'autres roches cristallines, tandis que la région intérieure , à 300 et ^50 mètres d'altitude, est formée de craie tendre, quelquefois dure et compacte, de calcaires jaunâtres avec du sel gemme et des sources salées. Ces dernières roches , qui se continuent fort loin vers le N. , se terminent au S. par la chaîne de Djcbel-el-Tyh , de 1218 mètres d'altitude. Le mont Sinaï des moines ou Djebel-Mousa atteint 2303 mètres , et la plus haute des cimes environnantes 283/1 {U).

t) Lor, c/7., 4 847.

[î| Loc. cit.y vol. m, pi. 6, fig. 2.

Traitsact, af thc sections ^ 4 850.

(4) Nous avons supposé que les mesures de M. Hoog étaient en

590 6YRIK, PALBSTINR, BTG.

£ntre cette partie monugnense de la presqulle et rescarpemciil du DjebeM-Tyh, régnent des grès rouges et des marDCs, ou grès ancien de la iVciAie, qui, avec les couches marneuses» représentent, pour M. Russegger» la formation crétacée inférieure. Ces couches atteignent une élévation absolue de 1200 mètres ï àlahader. C'est une variété de ces grès qui, lorsqu'on se dirige vers le N. , en suivant la grande dépression , prolongement du golfe d'Âkabah , forme les palais de roches et les tombeaux de Pctra , l'ancienne Edon. I..es crêtes élevées du mont Hor (1200 mètres) et le sol incliné 3i moitié chemin du golfe d'Akabah à la mer iMorte, sol qui se trouve ^150 mètres au-dessus du premier et à 364 au-dessus de la seconde, est uue disposition qui empêcherait toujours l'écoulement des eaux du Jourdain au S., ces eaux s'élevassent- elles à 300 mètres au-dessus de leur niveau actuel. Les grès sont recouverts de calcaires crétacés auxquels succèdent , comme on l'a dit , les calcaires tertiaires , les marnes, le grès supérieur de la Nubie, les dépôts quaternaires et modernes.

M. Roog pense que quelques calcaires rapportés h la craie, par M. Russcgger , pourraient être plus anciens , et que les grès inférieurs, dans lesquels Newbold n*a point rencontré de fossiles, appartiendraient peut-être au terrain de transition , mais nous ne sachons pas qu'aucun fait précis soit encore venu conGrmer cette présomption. Nous ferons remarquer en outre que, d'après ce que nous avons déjà dit(an/^, vol. III, p. 20i!i), les couches nummuUtiques sont iodiquies par M. Russegger sur la rive orientale du golfe de Suez, depuis les eaux thermales d'Hamman, et remontent au N. en formant plusieurs chaînons assez espacés. Peut-être ces couches, dont nous connaissons les Nummulites, sont-elles comprises dans celles que plusieurs géologues ont réunies à la craie. Detcripiions Les cuvlrons de Bairouih et de Tripoli , avec la portion du Liban par ico^ crcs. ^^ ^^ TAnii-Liban située ii l'est de ces deux villes et entourant la °'dV * vallée de fialbck, ont été visités à plusieurs reprises ; aussi est-ce ^"r'' l3 partie de la Syrie la mieux connue sous le rapport géologique. **• ?Acri?'°" Malheureusement les fossiles n'en ont pas été suffisamment étudiés, — et les descriptions stratigraphiques et pétrographiques, quoique assez da détaillées, laissent encore beaucoup d'incertitude sur l'âge des nom- 0°° breuses couches dont ces montagnes sont formées. Il y a déjà plus

de r Anti-Liban. ^___________^^_____^..________

pieds anglais; si elles étaient en pieds do roi, les hauteurs de ces montagnes seraient 321, 4 509 et 2457 mètres.

STRIB, PALBSTINB, ITC. SVl

do vingt ans que M. P.-E. fioUa (1) a donné une fort bonne esquisse de ce pays, et nous commencerons par en reproduire les principaux traits.

La chaîne du Liban commence près de Lalakiéh(2}, court à peu MiSmoir* près N. , S. • 8*élève insensiblement jusqu'au mont Liban proprement u, B^tu. dit, qui en est la partie la plus haute et où les neiges persistent, par places, toute l'année, puis elle s'abaisse pour se relever de nouveau au Sannine , à peu près sur le parallèle de Bairoutb. Elle se prolonge encore, en diminuant de hauteur et en se courbant à l'O., pour venir se terminer au bord de la mer, près de Salde (Fan* cienne Sidon).

Dans toute la cbatne, dit M. Botta, les roches sont essentiellement calcaires. Sur le versant occidental elles sont fortement inclinées, quelquefois môme verticales. La direction générale des couches est N.-N.~Ë., S.-S.-O., comme celle de la chaîne, etieur inclinai* son O.-N.-O., comme celle des pentes Le versant oriental, toujours fort escarpé, présente les têtes des couches rompues et brisées, tandis que le versant opposé, plus adouci, est souvent formé par une assise calcaire continue, qui ressemble à un immense plan incliné , parfois difficile à gravir. Les couches les plus solides forment par places des crêtes ou murailles en relief, se prolongeant sur de grandes étendues , sur les flancs ou au sommet de la montagne.

U vallée que parcourt le fleuve du Chien (^^ahr-el-Kelb) a une direction à peu près E. , O., perpendiculaire à celle des couches de la chaîne , et la coupe naturelle des escarpements qui la bordent montre la série descendante suivante, lorsque l'on quitte la côte pour se diriger vers Raifoun 3i l'E.: 1« un système de roches marno-cal* caires , composé d'alternances de calcaires durs , avec des silex en lits et en nodules, et des calcaires marneux blancs, fissiles, qui représenteraient la craie inférieure ; 2" un système aréuacé commençant par un calcaire jaunâtre , plus ou moins mélangé de silice ou de sable , dont quelques bancs rcnfermentdes fossiles, et terminé

(4) Observations sur le Liban ei l'Jnti-Lîban ^Buli., 4" sér., ▼ol. I , p 234 , 4 834. — Afém. de la Soc. géol. de France^ 4'" sér., vol. I, p. 435, pi. 43, 4 833. — Par suite d*ane erreur typographique on a mis Cotta au lieu de Botta , antè,yo\. \\\ , p. 4 91 .

(2j On trouve aussi écrit Lataquie, L^ataka, Latichez» Ladikie, Ladi-Rieh , etc. C*est une des villes qui portaient chez les anciens le nom de Laodicée,

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par des grès fiiiTugiiieux, le tout représentant le grès vert de l'Europe; 3*" un second système calcaire y comprenant des bancs puissanis de calcaires marneux, dont les couches supérieures renferment des masses considérables et des lits de silex , et les inférieures, qui en sont dépourvues, sont traversées par des trous ou canaux irréguliers. Ce troisième ensemble de strates appartiendrait au groupe jurassique supérieur.

De même que la pente de la montagne, les strates des deux premiers systèmes sont fort inclinés , quelquefois même verlicaux , et ceux du troisième, fort inclinés aussi, deviennent peu à peu horizontaux. Cette disposition est due, comme le montre la coupe faite de la mer au sommet duSaunine, passant par Ilaifoun, à ce que les couches de ce système inférieur sont légèrement arquées et forment un dôme, profondément entaillé au milieu par la vallée duNahr-el-Salib, et de chaque côté duquel les couches des deux autres systèmes, fortement redressées , sont inclinées en sens inverse. La succession des strates, depuis la surface de ce dôme jusqu'au sommet duSanninc, est à peu près la même que la précédente, à Texceplion des assises calcaires de la cime qui ne se représentent pas au bord de la mer. Des lambeaux du système arénacé s'observent à la surface des calcaires inférieurs comme à Mazra. Les sables sont très ferrugineux et le minerai de fer y a même été exploité. On y trouve aussi subordonnés quelques gisements de lignites impurs, dont plusieurs ont été utilisés comme combustibles. La puissance des dépôts arénacés est d'ailleurs très variable , et il en est de même des calcaires jaunes qui les recouvrent.

M, Botta signale ensuite les marnes fossilifères d'Âutoura , remplies de baguettes d'oursins, plus ou moins grosses et ovoides. Elles paraissent être inférieures aux couches arénacées et représenteraient les assises jurassiques de Raifouu , où Ton trouve beaucoup de fossiles (Gryphée, voisine de celle du Salève, Térébratules plissées, Naliccs, Hamites, Pholadomyes , Buccardes , Nérinées , Slrombes , Astrées, etc.). Sous le couvent de Bikeurky sont des calcaires à Nérinées avec silex, qui correspondraient à certaines couches supérieures de la vallée du Chien, et sous celui de Sahel-Aairaa, à 100 mètres d'altitude seulement , un calcaire argileux feuilleté , assez tendre, renferme une grande quantité d'empreintes de poissons. La disposition de celles-ci dans la roche est fort irrégulière , et elles traversent en tous sens les plans des lits. Les espèces paraissent être assez variées, et quelques unes atteignent de grandes dimensions.

SYRIB, PALESTINB, ETC. 393

Ou y trouve de plus des débris de crustacés. Ce gisement d'ichihyolithes diiïèrc de celui de Hakel , dont nous parierons tout à rhcure, aussi bjen par les espèces qu*on y trouve que par sa positiou plus basse dans la série , la nature du calcaire , l'absence de silex , etc.

Par suite de l'obliquité de la côte, relativement à la direction des couches, le littoral , entre le fleuve du Chien et Tripoli , permet d'observer des assises plus récentes que dans les coupes précédentes , qui partaient du bord de la mer. Ainsi » à la pointe septentrionale de la baie de Djouni , des calcaires blancs, argileux et feuilletés, avec silex, sont superposés à ceux de l'embouchure du fleuve du Chien; ils se retrouvent aussi à la pointe de Bairoutb. Au-dessus est un calcaire k silex qui se continue jusqu'à Nahr-Ibrahim ; il est divisé en lits minces, nombreux, parallèles, séparés par des veines de silex d'un pouce d'épaisseur, qui réunies, de distance en distance, par des cloisons irrégulières, simulent une muraille en briques blancheSi»reliéespar un ciment rougeâtre.

Au-dessus de l'embouchure du Nahr-Ibrahim, les roches ont une ressemblance frappante avec celles qui forment le sommet du Sannine; ce sont les mêmes rognons de silex , tantôt noir, tantôt rosé". Les calcaires, également durs , caverneux et de même teinte , alternent avec des calcaires blancs. Cette identité des roches de la. base du Liban qui disparaissent sous la mer, avec celles des hautes cimes situées à !'£. , justifie la supposition d'un vaste soulèvement en dôme, accompagné d'une immense faille qui aurait porté à une grande élévation les couches supérieures, formant ces plus hautes cimes, en les inclinant à l'Ë., tandis qu'abaissées à l'O. , elles plongeait, en sens inverse sous la Méditerranée.

(P. 150]. Des calcaires semblables à ceux d'Antoura succèdent vers Djibail aux représentants des roches du Sannine, et sont encore plus récents; ils forment le premier gradin de la chaîne, et si l'on se dirige vers le village de Hakel on marche de nouveau sur les assises supérieures du Sannine , qui sont ici fort puissantes et dans lesquelles on trouve, au-dessus du village , le gisement de poissons fossiles qui a rendu cette localité célèbre. La roche est un calcaire marneux, feuilleté, dégageant une forte odeur d'hydrogène sulfuré et renfermant des lits irréguliers de silex ou de calcaires siliceux avec des poissons. Ce gisement se distingue de celui de Sahel-Aalma par les espèces qu'il a oiïertes , par leur disposition dans la roche , par la nature de celle-ci et parce qu'il appartient à un niveau

59& STRie, PALESTINE, ETC.

plus élevé , l'autre étant très rapproché des dépôts sableux ou arenacés.

La coupe faite, en descendant de ce point à Tripoli, a confirmé M. Jiotla dans la relation des couches telle quMl l*avait déjà observée, c'est-à-dire, au-dessus des assises du Sannine, le calcaire fragmentaire de Djiball, un calcaire blanc, argileux, et un banc de calcaire sans silex sur lequel est bâtie la ville de TripoIL Toutes les couches dirigées N.-N.-E., S.-S.-O., coupent, sous un angle très aigu , la direction de la montagne, et leur inclinaison est toujours très forte.

A ces calcaires de Tripoli, en bancs pqissants et presque horizontaux, succèdent, lorsqu'on se dirige au S.-E. de ce point vers h sommet du Liban proprement dit, des calcaires fragmentaires très redressés et des calcaires blancs, argileux, que M. Botta regarde comme représentan les bancs à poissons de Hakel. Les strates, très dérangés ensuite, neluiont pas permis de reconnaître une succession régulière, jusqu'à une altitude de 650 mètres, où il a atteint le calcaire jaunâtre immédiatement supérieur aux grès. La roche jaune ou verdâlre, sa* blonncuse, presque horizontale, renferme quelques fossiles et une argile ferrugineuse semblable à celle du Nazra. Depuis Eden jusqu'au sommet de la chaîne, les couches supérieures à celles-ci sont presque horizontales , et lorsqu'on redescend vers Bicherré on les retrouve reposant sur le système sablonneux. La coupe des montagnes environnantes reproduit celle du Sannine. Sous une grande épaisseur de calcaires blancs se montrent le calcaire jaune et les roches arénacées sur lesquelles est bâti Bicherré, puis les calcaires jurassiques.

Les cèdres si célèbres dans les récits bibliques se trouvent audessus du village, dans une petite plaine montueuse , dont le sol est formé des débris des cimes voisines. La vallée profonde de Cannobine qui y aboutit met à découvert la série des roches du Sannine. De ces arbres séculaires , pour arriver au sommet de la montagne, on gravit encore pendant une heure, puis on atteint une crête étroite sans aucun plateau. Là, on retrouve le même calcaire à silex, les calcaires magnésiens, les sphéroïdes de chaux carbonatée , les échinodermes, les coquilles bivalves et les rudistes de la partie la plus élevée du Sannine. Sur les pentes rapides du versant oriental les couches plongent fortement à TE.

La vallée qui sépare le Liban de TAnti-Liban est d'une forme ovale allongée ; les deux chaînes , très rapprochées du côté de Latakiéh, s'écartent ensuite pour converger de nouveau l'une versl'au-

STRIK, PALBSTINB, ETC. 595

tre, vis-à-vis du Sanniae. Le Liban décrit une courbe assez pronoiic^'C, landis que l'Ânti-Liban suit une ligne presque droite.

LapiainedeBalbekesttout unie, d'environ quatre lieues de large, et occupée par un dépôt quaternaire recouvrant probablement les^ernières couches secondaires qui portent Tripoli. Ce sont ces mêmes calcaires que Ton a employés pour les temples de Tancieune Héliopolis , et dont les blocs énormes font l'étonuement des voyageurs. M. Botta en a mesuré un resté sur la place de son extraction, et qui avait 30 pas de long sur 12 pieds de large et autant d'épaisseur. Dans les ruines du temple du Soleil, il y en a plusieurs qui ont de pareilles dimensions. Les couches des carrières de Balbek sont Inclinées comme les flancs de la montagne, de r£.-S.-E. à ro.-N.-O. ; de sorte que la vallée qui sépare les deux cliahies peut être regardée comme une dépression synclinale. Le retour du savant voyageur au Saunine, par Zahlé, lui a offert la même série de strates que le versant orieniaL

Des trois systèmes de couches dont se compose la portion du Li- nésum^. ban étudiée par ftL Botta , on voit que c'est la partie moyenne du plus récent d'entre eux qui a été |X>rtée le plus haut, et qui forme toutes les crêtes et les cimes , depuis le Liban proprement dit jusqu'au Sannine. Ce sont des calcaires en bancs minces avec des silex en liis ou en rognons, renfermant des échinodermes vers le milieu et des poissons vers le bas. L'étage supérieur de ce système , composé de calcaires et de marnes sans silex, est resté dans les parties basses du pays, et l'inférieur, présentant des alternances de calcaires caverneux et de marnes avec silex, a partagé les déplacements de celui qui le recouvre^ de même que le système sableux sous-jacent et les calcaires Jurassiques qui supportentle touL

Cette disposition peut s'expliquer par un soulèvement opéré suivant une ligne parallèle à la chaîne , mais ne coïncidant pas cepen* dant tout à fait avec son axe, de telle sorte que la ligne de brisement des couches, ou celle de l'angle formé par leur ploiement, se trouve un peu à l'ouest de cet axe. L'eiïort souterrain se serait manifesté sur une plus grande largeur vis-à-vis du Sannine qu'au nord. En soulevant les couches inférieures, il les aurait poussées à travers celles qui les recouvraient, et qui se trouvèrent ainsi écartées et rejetées sur les deux versants. Au Liban , où l'action soulevante s'est produite sur un espace très restreint, le calcaire jurassique inférieur aux sables n'a pas été amené au jour, et les sables euxmêmes n'apparaissent que dans la profonde coupure de Bicherré.

396 SYRIE, PALESTINB, BTC.

r-iconioiogîa ^® Iravaîl de M. Bolla ne laisse guère à désirer que la coa- .<J^ naissance des fossiles qu'il a rencontrés et qui seule pourrait nous fixer sur le véritable niveau des couches qu'il a décrites comme appartenant à la formation crétacée. En Tabsencc de ces renseignements sur les polypiers, les échinodermes et les coquilles, il resterait à la vérité les poissons qui ont été étudiés et décrits , mai^qui paraissent insuffisants pour résoudre toutes les questions de détail. M. Agassiz (1) a réuni ces ichthyolilhes à ceux du mont fiolca » en disant de ces derniers qu'ils semblent appartenir à une période inlerniédiairc entre le terrain tertiaire et la formation crétacée; mais on a vu (anièy vol. III, p. 116) qu'ils dépendaient réellement du premier ou du groupe nummulitique. En serait-il de même de ceux du Liban , et ceux que le savant zoologiste a décrits sont-ils tous de Hakel , ou bien n'y en aurait-il point qui provinssent du gisement inférieur de Sahel-Aalma? C'est ce que nous ne déciderons pas.

Ces espèces, mentionnées par M. Agassiz, sont: Vomer pcawulus ^ Sphyrœna Amici, Clupea Bturm^di^ Blainv., qui se trouve aussi à Saint-Jean d'Acre, C brevissima, id. , C. Icuta^ et C. minima. Aucune d'elles n'avait encore été signalée ailleurs.

M. Ph. de Grey Egerton (2) a décrit un poisson cartilagineux {Cyclobatis ollgodactylus) ^\q\û\\ des Raies et des Torpilles , provenant aussi du Liban, et M. Pictct (3), ayant reçu un grand nom brc d'échantillons de ces ichthyolilhes , a soumis à une révision complète tout ce qui avait été ccrit sur ce sujet, et en particulier Ics esjtèces dont 1>J. Heckel {h) avait augmenté la liste donnée par M. Agassiz. Il y a ajouté un certain nombre d'espèces nouvelles ; mais son travail , quoique fort complet , ne lève pas cependant encore les doutes sur l'âge môme des couches qui renferment les empreintes de poissons.

Le savant zoologiste de Genève, qui connaît toute l'importance des distinctions géologiques, insiste avec raison sur la séparation des deux

(4) Tableau général tics poissons fossiles ^ in-4 ,Neuchâ tel, h %ii.^— Notice sur la succession des poissons fossiles, 4 843. C'est la 4 8* livraison des Rec/ierc/i es sur les poissons fossiles, du même auteur.

(2) Quart, fourn, gcol. Soc. oj London^ vol. I, p. 225, pi. 5, 4 844.-— VJnstitHt, 4 8 août 4 844.

(3) Description de quelques poissons fossiles du mont Liban , in-4. 40 pi., Genève, 4850.

(4) Jbbildung undBcscludb. (L Fischc iSivvV//^, io-S.Stuttgardt. 4843-49.

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