‹ Histoire des progrès de la géologie de 1834 à [1859] (volume 4)Chapitre 65 sur 111 · PERSE ET ARABIE · texte numérisé non relu

PERSE ET ARABIE

forment près d*Astérabad les premiers gradins de la chaîne, recouvrent les pentes do mont Sandouk , le plateau de Tchéhennemé et couronnent en général les sommets qui entourent la vallée. Lorsqu'on redescend du plateau précédent, on voit ces calcaires reposer sur les roches dévoniennes. Parmi les fossiles que Hommaire de Hell y a trouvés, nous avons reconnu VAnanchytes semi-globus , Lara. , la Terebratula subrotunda , Sow., YOstrea globosa, id. (var. de VO. vesicularis) , pois une nouvelle espèce de Phasianelle {P. Hom^ mairet, Nob.) et une nouvelle Ammonite (A. Laurmti, id.).

Plus loin dans cette même direction, s'étend la vaste région qui, séparant la Caspienne de la mer d'Aral , est connue sous le nom de plateau d'Ust-Urt. M. de Helmersen (1) annonce l'existence de la craie et du grès vert , à la base de son versant septentrional , et faisant suite aux dépôts du bassin supérieur deTEmba {antè, p. 360). Le grès vert se montre également à l'embouchure du Syr-Darya (l'Iaxartes des anciens) sur la côte orientale de la mer d'Aral. La craie a été constatée, par des observateurs russes, sur les flancs de la chaîne de Karatou, dans la presqu'île de Mangyschlak , le long de la côte orientale de la Caspienne où elle recouvre le terrain de transition. Le centre de la chaîne est formé de schistes ardoises et de calcaires noirs très redressés , tandis que la craie horizontale occupe deux chaînons parallèles à l'axe central.

Les dépôts nummulitiques et crétacés que nous avons vus si dévebppés dans l'Asie Mineure, la Syrie, l'Arménie, le Diarbékir, le Kurdistan , puis se prolongeant à l'E., par la chaîne de l'Elbourz, pour passer sous le plateau qui sépare la mer Caspienne de la mer d'Aral, se rattachent encore aux dépôts contemporains de la côte orientale de l'Arabie , par la chaîne de Zagros et de Louristan dont l'axe principal est dirigé du N.-O. au S.-E., des bords du lac Ourmiah vers Chiraz et l'ancienne Persépolis. La structure de cette chaîne, dit M. ^. Keunett Loltns (2), est très uniforme. Elle est composée d'une série de selles calcaires, s'étendant parallèlement sur une grande longueur, et dont les intervalles sont remplis par des gypses et des marnes panachées en couches très contour* nées. Les calcaires cristallins renferment des Huîtres, des Buccins, des Nummnlltes et des écbinodermes d'aspect tertiaire. Au-dessous viennent des conglomérats rouges de cherts, des grès et des argiles bleues. A Kharramabad, vers Ik^ de lat. , la montagne, qui s'élève

m BulL, %• sér., vol. VII, p. 81; 4860.

{^) Qtiart, Jowm, geoi. Soc. of Lortdon , vol. VII, p. 263; 1864.

Plateau «rUil-UrU

Chaloo

de

Zagrot

et «la

Louristan.

MO DIARBÉKIR, KURDISTAN,

abruptement au-dessus de la plaine, présente uu calcaire gris avec des cherts et des lits de silex , que Fauteur rapporte à la formation crétacée, bien qu'il n*y ait pas rencontré de fossiles, Les pics, qui, à Test de la chaîne s*élaucent au-dessus du plateau environnant, sont formés de calcaires bleus, compactes ou cristallins, avec quelques uns des fossiles précédents. Ils reposent sur des calcaires jaunes, schisteux, qui recouvrent à leur tour des schistes argileux. Gesdemiers sont redressés verticalement par les granités de l'axe dé la chaîne. Cfttcs Si réellement quelques unes des roches qui composent celle-ci

dé ** ou le groupe de chaînons plus ou moins parallèles , dont nous vel'Arabie. jj^^g ^^ parler, appartiennent encore à la formation crétacée, nous n'avons aucune certitude qu'il y en ait de semblables plus à ]'£., dans le centre de la Perse ^ le Farsistan, le Béloutchistan , le Caboul , le Pendjab , le Sinde , etc. , où nous savons au contraire que le groupe nummulitique est développé sur une immense échelle. Nous ne possédons point de données bien positives sur la composition de la côte méridionale du golfe Persique , mais au delà du détroit d'Ormus, et tout le long de la côte sud-est de l'Arabie, M. H.-J. Carter (1) a fait connaître les couches nummulitiques que nous verrons recouvrir plus au S. les roches incontestablement crétacées. Ces recherchés intéressantes ayant été publiées tout récemment , nous en dirons ici quelques mots pour combler la lacune qu'offre à cet égard la première partie du tome III de notre ouvrage.

Après avoir décrit avec soin ce qu'il a vu sur la côle de l'Arable, depuis le cap Massandam , qui ferme le détroit d'Ormos jusqu'à 111e deSocotora et aux plages voisines de l'Afrique, l'auteur résume ses observations de la manière suivante.

Ce qui frappe d'abord le géologue , dit-il , c^est la continuité d'un vaste dépôt de calcaires blancs, que l'on peut regarder comme se prolongeant sur une étendue de 1125 milles anglais, ensuite les éruptions de roches ignées, siiivanl la grande lignéf de fracture ou faille, qui a tracé la côte actuelle, enfin le soulèvement du sol, à 1200 ou 1800 mètres, qui a amené au jour tous les dépôts inférieurs aux calcaires blancs.

Les roches ignées comprennent toutes les variétés de serpentine, d'euphotide, de dlorite , de trapp, de basalte, de phonolite, d'amyg-

(4) Memoir on the geology^ etc. : Mémoire sur la géologie de la côte sud-est de l'Arabie {Journ, of the Bomba/ Brandi of the R. Asiat, Socs, Tol. ly, janv. 4853^ p. Uiib.. yoLlII»p. 4 48,n^ 43).

PERSK ET ARABIE. !ill

dalolde et quelques produits Tolcaniques plus modernes. Le granité se voit à Marbat, sur plusieurs autres points, et parait avoir surgi à diverses époques. Il enveloppe tantôt des portions de gneiss , tantôt de calcaire. Les diorites et les euphotidès, qui dominent sur le tiers nord-est de la côte, entourent des couches Jaspoides à Masira et à Ra^Jibsb. Â Mascate et à Masira, ces rocbes sont recouvertes par les strates hummulitiques, mais nulle part les granités ni les diorites ne surmontent les calcaires blancs. Dans le tiers sud-est de la côte arabique jusqu'à Àden , on remarque une série de bouches volcaniques, par lesquelles sont sortis les basaltes et les autres roches ignées modernes qui se sont étendus sur la plaine , dont elles occupent une portion considérable. En général , les premiers points de sortie des roches pyrogènes semblent avoir été les principaux cen« très par lesquels se sont fait jour les éruptions subséquentes, à Texception cependant des produits volcaniques proprement dits qui sont arrif es à la surface du sol là où les roches ignées plus anciennes ne se montrent pas.

M. Carter range ensuite dans trois groupes les dépôts sédimentaires de cette môme côte. Le premier ou dépôt milioUtique , qui j^aratt être quaternaire , est un calcaire peu solide , composé de débris de foraminifères microscopiques, de petits fragments de ro* Ches ignées, de cailloux arrondis, de coquilles, de coraux, etc., et dont répaisseur ne dépasse pas 15 mètres. Le second , qui serait de la période tertiaire supérieure, est un calcaire solide, blanchâtre» compacte, plus ou moins mélangé d'argile avec des coquilles et des polypiers , reposant sur un calcaire compacte brun qui enveloppe des roches plus anciennes et du gravier arrondi pro);^nant des roches ignées du voisinage. La puissance de cette assise est d'environ 30 mètres. £nGn,dans son troisième groupe, l'auteur réunit des dépôts très distincts pour nous , et qu'il a d'ailleurs par^^faitement séparés lui-même en y établissant trois divisions.

La partie supérieure est composée de calcaires blancs qui , du sommet du plateau, descendent jusqu'aux couches d'argiles colorées. Ces calcaires sont compactes , plus ou moins composés de débris de petits foraminifères, avec des concrétions siliceuses disséminées çà et là comme à Mascate, Masira, Hammar-el-Nafur, Ras- Kariat et Ras-Shaherbataht. Vers le bas, la roche passe à un calcaire tendre et à des couches. marneuses ou sableuses', meubles, plus ou moins argileuses à la partie inférieure où l'on trouve djos Nummulites (Mascate, Masira, Hammar-el-Nafur et Ras-Kariat), puis à

tx\2 DIARBKKIR, KURDISTAN,

Ras-Shaherbataht , Jibal-Jinjari, Marbat, Ras-Hammar et Ras-Sejar» où ces coquilles n'ont pas été observées. Au-dessoas est un dépôt d'argile blaoc verdâlre à Hammar-el-Nafar et à Ras-Kariat A Masira, l'argile est rouge ou vert foncé, tandis qu'à Mascate particulier rendent elle est remplacée par un conglomérat siliceux et sableux.

L'existence de l'argile semble à l'auteur être en rapport avec l'apparition des diorites et des euphotides, car les couches à Mummulites étant postérieures à la sortie de ces roches , comme on le voit à Mascate et à l'île Masira , puis à l'argile , ainsi que le montrent les calcaires blancs d'Hammar-el-Nafur et de Ras-Kariat, l'arrivée des roches ignées a dû occasionner un changement dans les produits sédimentaires, et a pu fournir ainsi les éléments de l'assise argileuse. La série nummulitique paraît d'ailleurs plug mince autour de Mascate que sur la plupart des points de la tôte sud-est de l'Arabie. La plus grande masse des calcaires blancs qui atteint jusqu'à 650 mètres doit néanmoins être considérée comme appartenant à la série nummulitique.

Des traces d'Orbitoliles existent dans la marne argileuse de Hammar-el-Nafur et à Ras-Kariat; des Alvéolines sphéroîdales, de grandes Orbitôlltes et une Operculine abondent dans les calcaires blancs à Marbat , absolument comme nous l'avons vu dans le Sinde. Ces couches appartiennent à la division inférieure de ce groupe, principalement composé de calcaires d'un beau blanc, compactes, à cassure conchoîde , d'un aspect lithographique, de diverses teintes pâles, blanches, ou gris clair. Les escarpements qu'ils forment sont ordinairement fort abrupts. A Fartak, les couches de la base sont plu^ ou moins magnésiennes et même dolomitiques. Cette^vision est surtout caractérisée par les grandes Orbitolites et les Alvéolines associées avec les autres fossiles des assises nummulitiques qui sont au-dessus. De sorte que , dans celte partie méridionale de l'Asie , les couches que caractérisent les Nummulites ne sont pas encore les plus anciennes de la formation tertiaire inférieure ; elles ont étér précédées par une faune marine comme dans le nord-ouest de l'Europe , tandis que dans la plupart des cas elles Tout été par une faune lacustre ou fluvio-marine. Cette série d'assises calcaires, argileuses et marneuses, de la période tertiaire inférieure, n'aurait pas moins de 600 mètres de puissance sur la côte sud-est de l'Arabie.

Les dépôts plus anciens ne commencent à se montrer qu'à l'extrémité de la chaîne de Fartak , qui forme le cap de Ras-Fartak , et

PBRSB ET ARàBiB. &13

limilo au sud-ouest la grande baie d'EI-Kammar, vers le 50° de longitude orientale. La coupe des falaises, à partir des calcaires blaocs compactes tertiaires du côté est du promoaloire, laisse voir, de haut eu bas :

i* Calcaire compacte d'ua violet clair, à cassure oouoholde,

BvecdepetilesOrbitolileset d'autree rouiles 90mè(r.

f Calcaire argileux roage avec les mâmes corps orgauisés

plus nombreux et dee échiDodermes 1S

3* Couches argilo-cal ce ires jaune verdatre, feuillettes, avec

des empreintes de fo«eiles 6

i* Calcaire rouge , a rgilo -ferrugineux et a^ite sîlicéo-

calcaire, bleuâtre 3

K* Harne bleue, compacte vera le haut, tendre vers le bas, renrermant des dâbris d'échinodermes , des Eiogyres et

du fer sulfuré 9

6* Calcaire impur, compacte, tacheté de gris, doot les 30 mètres iuférieurs sont presque entièrement composés de petites Orbi toi i tas avec quelques échinodermes. 9i Cette assise est la dernière qui s'élëfe au-dessus de la mer, en &ce du TÏIIage de Kbaiset ; mais au deli , vert l'extrémité du cap , on Toit eiKore sortir de dessous une série de calcaires impars, compactes, d'un rouge foiicé , ferru^neux , fossilifères, crevassés en tous sens, et traversés par de nombreuses cavités. Celte série inférieure o'a pas moins de 1 50 mètres de puissance.

Le promontoire de Ras-Sbarwén , â 60 milles plus ï l'O. , présente les mêmes couclies, dont l'épaisseur totale, de 91 métrés à Marbat et de 50 à Bas-Sejar, en atteint 300 i 360 à RasFartak. M. Carter y signale : Astrœa iextilis, Gold. (pt. 23, fig. 3], fi espèces d'Ofbitoliies , 3 Spatongus, 7 Ditcuidea, 1 Pygaaler, 2 Echinus, 2 Diadema, 3 Salenia, 1 Turbo, k Isocardia, 3 Cordium , 3 Pecten , dont 1 voisin de P. quinqueeattatm, 1 Ottrea , Exogyra fiabellata, Gold., très abondante dans les mar 1 Solarium, 2 TurritellaA un fragment d'Ammonii qui , joints ï la position de ce système au-de!>suu.s des stral Mummulites , peuvent le faire placer dans la formaiiuit créUi Enfin, l'assise la plus basse observée par le savant voyagei un grès micacé, d'une grande épaisseur, iiiassif, quelquefoù leté , passant vers le haut à la série argileuse , et devenant texture grossière vers le bas. à Harbat, il est ivH ferrugineux 7 d'une coolear jaune d'ocre, et i Ras-Sejar, sa partie supérieure que l'on Voit seule, est d'un bleu verdâlre clair et traversée de de quartz htanc.

414 INDE OGGIDBNTALE.

Les montagnes qui viennent se terminer au cap de Ras-Fartak se prolongent au S.-O., jusqu'au delà d'Acten, en passant au nord de Makalla, et sont composées des mêmes systèmes de couches, dérangées par les roches ignées et plus ou moins redressées.

D'après ce que nous savons actuellement , la formation crétacée manquerait do&c à l'est d'une ligne qui , se continuant à travers F Anîiie dans la direction de la chaîne de Zagros, viendrait aboutir, sur la côte orientale, aux environs de Marbat. Pour retrouver des dépôts de cet âgé» il faut niarcher, en suivant le parallèle de cetle dernièrfp ville , jusqu'à ce qu'on atteigne le Goromandel , aux environs de Pondichéry, de Trinchinopoly et de Verdachellum , les seuls points de cette partie du continent où ils nous soient connus , et où uou$ allons les étudier.

S A» Inàe oooidantale.

, Ce n'est « comme on vient de le dire» que sur la côte orientale

de la presqu'île de l'Inde » que se retrouve la formation crétacée, et encore n'y présente-t-elle que des lambeaux très peu étendus et d'une faible épaisseur, qui eussent échappé sans doute à tout rapprochement géologique sans leurs nombreux fossiles. Nulle part au nord , dans le Caboul , le Béloutchistan, le Sinde, le Pendjab et le long des versants sud et sud-ouest de l'Himalaya , non plus que dans cette chaîne même, les dépôts tertiaires inférieurs ou nummu* litiques n'ont été vus reposant sur des roches de la période crétacée. Partout où jusqu'à présent leur substratum a pu être observé directement , il a été reconnu pour appartenir soit à la formatiott jurassique, soit à des roches plus anciennes. DetcripUoBt . La ville de Pondichéry, dit G.^T. Kaye (i), est, comme Madras, locales. 1^1^^ ^^^ ^^ ^1^1^ meuble qui s'étend sur une grande partie de

cette côte orientale de l'Inde, et est rempli de coquilles modernes, tellement abondantes qu'elles sont utilisées pour la fabrication de la chaux. À l'ouest de Pondidiéry, ce dépôt récent ou plutôt quaternaire s'appuie contre des collines basses de sable et de grès

(4) Madras Journal ^ n 28, p. 37, 4 840, avec 3 pi. de fossilesv — Jnn, des se. géoL, vol. I , p. 465 ; 4 842. — Proceed, geoL Soc^ ôfLondon , vol. III , p. 792. — Ib,^ vol. IV, p. 204. — Transact.\ id., V sér., vol. VII , p. 85; 4 846.

INDB OCCIDENTALE. Ui5

rouges avec one grande quanliié de cailloni de quartz, et qui passent il un conglomérat sans fossiles. Au délit de ces moniicules, affleure un calcaire fossilifère qui n'occupe qu un espace de trois ou quatre milles carrés, formant une petite plaine ondulée, limitée à l'ouest et à l'est par les grès rouges avec cailloux de quaru. Ces grès renferment une grande quantité de bois silicifiés, et, ï environ 16 milles de la cdie, ils s'appuient contre des collines de granité noir.

Les bois trouvés dans les calcaires précédents sont changés en carbonate de chaux, percés par desTarets ou autres coquilles lithophages, tandis que ceux des grès qui sont silicifiés n'offrent aucune trace de séjour sous les eaoi, si ce n'est l'absence de leur écorce et de leurs racines. Nous avons déjà parlé de ces grès qui constituent les collines rouges h l'ouesl de Pondichéry et que Newbold dÉsignait SODS le nom de grès latéritiques, en les regardant comme beaucoup plus récents que les calcaires {aniè, vol. II, p. 991}. Dans cesder* niers, Kaye signais du grand nombre de fossiles dont nous parlerons tout à l'heure et qui lui semblent appartenir i la période crftacée.

Dans le district de Trinchinopoly , ï SO milles de la ville de ce nom ou à 100 milles de Pondichéry ei il 60 de la mer, des calcaires coquilliers, semblables aux précédents , occupent encore une étendue peu considérable. Ce sont des calcaires de teinte foncée, â la surface desquels les fossiles se distinguent en relief par l'altération de la roche. Enfin, un troisième lambeau, sansdoniedelamémê formation et qui relierait les deux autres, a été observé dans le district de Verdachellum , dans l'Arcot méridional , i liO milles de la côte et il 50 de Pondichéry. Verdacbellum est bâtie sur un dépdt de sable ronge avec des cailloux de quartz , passant ii un cot^lomérat précisément analogue â celui de Pondichéry; il ne contient de même que des bois siliciGés. A six milles de la ville, les bords dé lavallée sont coupés dans un calcaire impur, rempli de fossiles et que recouvre le sable rouge précédent. Ce calcaire ne contient ni Baculites , ni BamiEcs , mais il y a plusieurs variétés d'Ammonites qui diffèrent de celles de Pondichéry et dont quelques unes atieigiicnt de très grandes dimensions.

Newbold (1 ), qui ne connaissait qu'indirectement les recherches de Kaye, a décrit aussi les calcaires dont nous venons de parler et les signale comme de teinte grise ou bmo cliir , sub-cristallins nu panant i l'état terreux, on bien encore compactes an sableux. Les

(*) Summarf ofthe geologf of touthem IwUa, 48i5.

lli^ INDE OCCIDENTALE.

fossiles sont très répandus dans toutes les couches, et il fait observer que ce sont» avec les deux autres gisements analogues, pif sque les seuls dépôts marins qui aient été rencontrés jusqu'à présent sur une très grande étendue de Tlnde méridionale. M. E. Chevalier (1) avait également constaté l'existence de couches crétacées dans le voisinage de Pondichéry.

Paitfontoiosie. La prédominance des Baculites, des Hamites, des Ammonites et des Bélemnites dans cette dernière localité paraît indiquer clairement, poursuit G. -T. Kaye, que le dépôt qui l«s renferme appartient à l'époque secondaire , et plus particulièrement à la période crétacée de l'Europe. Un seul débris de saurien qui y a été trouvé proviendrait d'un Mosasaurus. Mais d'un autre côté la grande quantité de Volutes dont on compte 8 espèces, de Pyrules, de Cyprœa, de Cérithes, de Scalaires, rappellerait l'époque tertiaire, ou au moins un mélange inaccoutumé de formes des deux époques, mélange confirmé par les fossiles des autres dépôts. Suivant l'auteur, les espèces con-^ nues des calcaires de Trinchinopoly seraient toutes du terrain tertiaire inférieur du nord de la France et de l'Angleterrei et beaucoup d'autres seraient aussi des formes tertiaires. Uue espèce de Volute serait à la fols commune à Trinchinopoly et à Pondichéry, et parmi les coquilles de la première de ces localités qu'il regarde comme tertiaires, Kaye signale un fragment d'Ammonite. Enfin, plusieurs des espèces, qui à Trinchinopoly sont associées à des formes réputées tertiaires , se retrouvent à Verdachellum avec des Ammonites et des Peignes.

Sir P. de Grey Egertou (2), qui a étudié les débris de poissons rapportés des environs de Pondichéry par Kaye et M. Gunliff, fait remarquer qu'excepté deux échantillons, tous appartiennent à des dents de squaloîdes. De ces deux exceptions, l'une se rapporte probablement au genre Sphœrodon^ l'autre au genre Enckodus et serait une espèce très voisine de VE. halocyon, commune à la craie de l'Angleterre, de l'Europe continentale et de l'Amérique du Nord. Parmi les poissons placoïdes à dents en scie , deux espèces sont du genre Corax^ jusqu'à présent propre à la craie. L'une ne peut être distinguée du C. pristodontus de Maestricht , l'autre est nouvelle.

(4) Voyage autour du monde de la corvette la Bonite (4 836*37). Géologie et minéralogie^ p. 349, in-8. Paris, 4844.

(2) Quart, journ. geoL Soc, oj London, vol. I, p. 464; 4844. — Transact. id.^ vol. VII, «• sér.. p. 89; 4846.

INDK ocr.iDi NTaI.K. , /ji 7

Les squaloîdcs à dciils tranchantes composent In plus grande partie des échantîUons recueillis. Ou y distingue au moins 12 espèces. Quoiqu'il y ait parmi ces formes des rapports«assez intimes , d'une part avec des poissons de la période tertiaire moyenne, et de l'autre avec des poissons de la période crétacée, il est digne de remarque qu'aucune d'elles ne rappelle, même d'une. manière éloignée, des formes tertiaires inférieures. Elles appartiennent surtout au type Odontaspide , et une espèce est très voisine , sinon identique avec rO. raphiodon de la craie d'Europe. 11 y a 2 ou 3 espèces d'Otodus^ dont une se rapproche de VO.appendiculatus de cette même craie.

En rappelant ensuite la distribution stratigraphique générale, assignée par M. Àgassiz aux genres qui ont des représentants dans les couches de Pondichéry {Lamna, OdontaspiSy Oxyrrhina, Otodus^ Corax^ Sphœrodon et Enchodus) , M. Egerton fait voir que les cinq premiers de ces genres, qui sont des placoîdes, ont 29 espèces dans les dépôts postérieurs à la craie | 17 dans les dépôts crétacés et aucune dans ceux qui ont précédé ces derniers; aussi est-il très porté à regarder les calcaires de Pondichéry comme dépendant de la formation crétacée, mais en les plaçant toutefois à un niveau plus élevé que celui que nous allons voir déduire des animaux invertébrés, et cela à cause de la présence d'espèces rencontrées à Maestricht et des genres Corax et Enchodus qui n'ont pas encore été signalés dans les étages inférieurs de la formation.

M. Ed. Forbes a consacré à la description des espèces la première partie de son rapport sur les restes d'invertébrés fo&iles qu'avaient recueillis Kaye et M. Kunliffe dans l'Inde méridionale (1), et dans la seconde il a exposé les conclusions auxquelles cet examen l'avait conduit. Le nombre total des espèces est de 178, dont 165 mollusques, 2 articulés, 8 échlnodermes et 3 zoophytes. Les environs de Pondichéry en ont fourni le plus grand nombre ; les localités de Yerdachellum et de Trinchinopoly sont comparativement moins riches. Les trois gisements se rattachent zoologique* ment les uns aux autres par un certain nombre d'espèces communes. Ainsi , le Pecten quinquecostaius , Lam. , et la Panopœa ùrientàtis^ Forb., se trouvent à là fois à Yerdachellum et à Pondichécy; la Voluta cincta^ Forb., à Pondichéry et à Trinchinopoly;

(<) Ih., vol. I, n» 4, p. 79 (34 janv. 1844), 4845. — /^/</., p. 97, avec 43 pi.

MB INDE OCCIDENTALE.

le Chemnitzia undosa^ Forb., et le Cardimn HUlanuin^ Sow., à Yerdachellum et Trinchinopoly, eic.

 Pondicbéry, certaines formes génériques secondaires (Ammonites, Baculites, Hamites, etc.) sont associées à des espèces de genres qui ont longtemps été regardés comme tertiaires (Fo/ti/a Oliva^ Cyprœa^ Murex ^ et):.}. On ne trouve dans Tlnde qu'on petit nombre d'espèces déjà connues en Europe , mais elles sont toutes essentiellement crétacées , et se montrent dans chacune des localités précitées. A Pondichéry, c'est le Pecten quinquecostatus^ Sow., la Pinna restituta, Hœn., les Ammonites Juilleti ^ d'Orb., et Rouyanus , id. , les Nautilus lœvigatus , id. , et Clementinus, id. ; 'k Yerdachellum , le Pecten quinquecostatus ^ identique avec les échantillons des Blackdowns, le P. obliquus, Sow., le P, orbiculoris, id., la Trigonia alœfomiis , Park., le Cardium Hillanum , Sow. , et une Huître ; à Trinchinopoli , le Cardium Hillanum et le Pecten virgckus, Nils.

L'aspect tertiaire des autres fossiles pourrait , suivant M. Forbes, donner à penser que , par suite de changements survenus dans la disposition relative des terres et des eaux, et de modifications correspondantes dans les circonstances extérieures, tandis que sur d'antres points l'état de choses aurait été peu modifié , certaines espèces et même certains genres ont pu continuer à vivre alors que d'aiitres commençaient à se développer, et que dans des localités différentes le changement avait été complet. Mais le savant zoologiste anglais tire ses conclusions de considérations étrangères à l'identification des espèces , les faisant dériver de la réunion on de la concentration , dans un laps de temps assez court , d'un certain nombre d'espèces pouvant former une sou.s-division dans un grand genre ; et il en serait de même des genres dans certaines familles, le» Ammonites, plusieurs autres groupes de Céphalopodes, les Térébratules et quelques formes d'échiuides sont dans ce cas. Sous ce point de vue , la série des fossiles dont nous venons de parler offrirait encore une preuve qu'elle appartient à la formation crétacée. Les genres Oliva , Cyprœa et Çalyptrœa, sont les seuls qui n'aient pM encore été cités au-dessous du terrain tertiaire; on ne mentionne ici ni Pleurotomes , ni Cônes , et il n'y a pas non plus d'espèces identiques avec les formes tertiaires ou nummulitiques de la province de Cutch.

Pour expliquer l'association de ces formes tertiaires avec des fortnes secondaires , quoiqu'en réalité il n'y ait point parmi les pre-

INDI OCaOENTALS. Ai9

mières d'espèces identiques avec celles de vrais dépôts tertiaires , tandis qu'il y en a parmi les secondes qui se retrouvent dans des couches certainement crétacées , Tauleur suppose que ces genres ont commencé à se montrer, ou bien à atteindre un grand développement , à une époque plus ancienne dans les mers de TOrient que dans celles de TOccident.

Les couches de Yerdachellum et de Trinchinopoly semblent appartenir à une période un peu différente de celles de Pondicbéry. On y trouve beaucoup d'espèces identiques avec des formes d'Europe, et M. Forbes les regarde comme pouvant représenter le grès vert supérieur et le gault , tandis que celles de Pondicbéry seraient plus anciennes. Presque tous les fossiles de cette dernière localité sont nouveaux , et ceux qui sont voisins d'espèces connues se rapprochent de celles du grès vert inférieur ou du groupe néocomien. Dans le genre le plus développé , celui des Ammonites, les trois quarts des espèces appartiennent aux sections qui caractérisent particnlièremcQt l'étage néocomien inférieur de la Provence, et la ressemblance de beaucoup d'entre elles avec celles des environs de CasteUan^ est très remarquable.

De ce que dans l'Inde , comme en Europe et en Amérique /il y a plus de rapports entre la faune crétacée des couches supérieures qu'entre celles des couches inférieures , l'auteur n'en conclut pas des modifications de climat correspondantes, ni une distribution de la vie plus uniforme et plus générale, à un moment qu'à un autre , mais il attribue cette disposition à quelque grand changement survenu dans la répartition des terres et des mers, et à une relation plus directe entre les mers de l'Inde et celles de l'Europe , pendant le dépôt du grès vert supérieur que pendant celui du grès vert inférieur. Le fait , que le petit nombre d'espèces trouvées dans les couches de l'Inde, et communes aux dépôts contemporains de régions fort éloignées, sont pour la plupart celles qui ont la plus grande étendue verticale, confirme encore ce principe que nous avons émis depuis longtemps pour la faune du terrain de transition , et que M. Forbes a aussi constaté pour les faunes tertiaires et modernes, savoir, que l'étendue de la distribution géographique des espèces est ordinairement correspondante à celle de leur propagation ou de leur persistance dans le temps. Ces fossiles prouvent, en outre, que les faunes marines de localités très distantes les unes des autres, toutes choses égales d'ailleurs , établissent leurs rapports plutôt par la représentation de formes seo^blables quie pj^r l'identiié des espèces»

/l20 INDE OCCIDENTALE.

M. Aie. d*Oii)igny (1), ayant éludié les fossiles des environs de Pondichéry, qui se trouvent dans les collections de Paris, les regarda comme contemporains de ce qu'il a appelé étage turonîen de France (craie micacée de la Touraine, awté, vol. IV, p. 317),' puis en les comparant avec ceux de Ttle de Quinquina , sur les côtes du Chili , il trouva que , non seulement il y avait des espèces communes entre ces deux localités , mais encore des espèces identiques avec celles des dépôts du même âge dans l'ouest de l'Europe {Nautilus Sowerbianits, à*Orh., Baculites anceps ^ Lam., Gerviilia aviculoides ^d^Orh.^ Trigoniasinuata, Park., Cardium caudatum^ d'Orb., C. Hillanum, Sow.). Une ovule (0. antiqua , d'Orb.) aurait été prise à tort pour une Cyprœa par M. Forbes.

On remarquera que M. d'Orbigny ne fait aucune différence entre les divers gisements de l'Inde dont nous venons de parler, et que le seul qu'il mentionne est celui que M. Forbes regarde, sans doule avec raison, comme le plus ancien des trois. Mais l'auteur db Pro^ drome de paléontologie , qui semblait d'abord mettre dans son étage turonien les six espèces que nous venons de rappeler, a reconnu depuis que \e Nautilus Sowerbianus est une espèce différente de celle de Pondichéry à laquelle il impose actuellement le nom de N. indicus {Prodrome , vol. II, p. 211), que le Baculitei anceps n'est point une coquille de son étage turonien , que la Gerviilia aviculoides est la G, solenoides du Colentin, que la Trigonia sinuatOy Park. , n'est autre que la T, siéorbicularis, Forb. , et que le Cardium caudatum est le C. lucemum, Forb., lequel serait une Pholadomye. Quant au C. Hillanum , nous ne le voyons plus indiqué dans rinde sous aucun nom. Après ces rectîGcaiions qui annulent sa première conclusion, M. d'Orbigny range toutes les espèces de ce pays, sans distinction de gisement, dans ce qu'il désigne sous le nom à' étage sénonien , composé hétérogène , mal circonscrit dans le temps et dans l'espace , et dans lequel l'auteur a réuni les dépôts les plus distincts dans la nature.

Pour nous, tout en regardant comme peu probable, d'après ce que l'on sait aujourd'hui, l'existence du groupe néocomien et même celle du gault , admises par M. Forbes , dans la petite partie de l'Inde dont nous venons de parler, nous sommes plus loin encore de n'y voir, avec M. d'Orbigny, qu'un représentant du seul groupe supérieur, c'est-à-dire de la craie blanche et de la craie de

(4) Bitli., «-sér., vol. IV, p. 607, 4847.

INDE iH:ctDBNTALE.

Maeslricht Nous croyons que les plus anciennes de ces couches , celles de Pondichéry, doivent plutôt appartenir au second groupe dans lequel , avec un assez grand nombre de céphalopodes à cloisons persillées , on rencontre souvent aussi des genres de gastéropodes dont lés formes se rapprochent assez de celles des espèces du terrain tertiaire. Des études locales plus complètes nous paraissent donc encore nécessaires pour résoudre cette question.

Dans la note précitée, M. Aie. d*Orbigny signale aussi des échantillons rapportés de Java par N. Itier, et qui indiqueraient dans celte île la présence de couches crétacées du même âge que les précé • dentés; mais nous ne connaissons aucune autre donnée sur ce fait» et dans tout le reste de l'Asie nous ne sachons pa(^ que des traces de la formation qui nous occupe aient été mentionnées.

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