FORMATION JURASSIQUE DU SUD DE LA FRANCE
La formation jurassique du sud de la France, telle que nous Teutendons ici, occupe une zone de largeur très inégaie, dirisée en deux parties, Tune au sud-ouest, l'autre au sud-est,
La partie sud- ouest s'étend du N.-O. au S.-E., des environs des Sables-d'Olonne à Bruniquel à Test de Montauban, s'appuyant au N.-E. sur les roches cristallines de la Vendée et du plateau central, pour s'enfoncer au S.O. sous les dépôts crétacés et tertiaires de la Gascogne. Dans presque toute cette étendue, depuis la Boutonne, rivière qui se jette dans la Charente au-dessus de Rochefort, jusqu'à l'Aveyron, tous les cours d'eau coupent les dépôts jurassiques perpendiculairement à leur direction, ce qui en facilite beaucoup l'étude. A l'exception de quelques points des environs de Brives et de Terrasson, les couches jurassiques n'atteignent pas une grande élévation, et leurs altitudes ne dépassent pas 250 mètres. Leur direction, comme le fait remarquer >l. Dufrénoy (i), a aussi présidé à la formation des lies qui bordent la côte de ta Saintonge, telles que celles de ï\é et d'Oleron dont les prolongements dans la mer offrent, jusqu'à de grandes distances, des écueils dangereux qui courent au N. -G.
La partie sud-est de la zone commence au delà du massit^ cristallin des départements du Tarn et de l'Aveyron. Elle occupe un golfe profond, à contours ramifiés, circonscrit par des roches anciennes, la plupart cristallines* et ouvert seulement à TÉ. dans le bassin de rdérault où elle disparaît sous les dépôts tertiaires, quelques lambeaux atteignant seuls la côte de la Méditerranée. Fort rêlrécie ensuite, elle remonte au N.-Ë. le long des Cévennes, pour venir se terminer sur la rive droite du Rhône, un peu au nord de Valence. Les contours extrêmement découpés de celte dernière moitié de la zone méridionale ont nécessairement influé sur l'inégal développe-
(4) Explication, etc., vol. 11, p. 623, -1848.
ment des groupes, cl en effet, si qucIques-uDs y ont pris une grande extension, d*autres y sont très réduits et manquent même tout à fait. Les dépôts rapportés encore h la formation jurassique sur le versant nord des Pyrénées, mais dont l'étude laisse beaucoup à désirer, peuvent être regardés comme nous représentant le rivage opposé de la mer qui baignait, à un certain moment, le pourtour du plateau central de la France, et leur examen fera Tobjet d*une section particulière de ce chapitre.
Nous décrirons la tone jurassique précédente comme nous avons fait jusqu'à présent, en considérant chacun des quatre groupes en V particulier. Ces groupes s'observent bien encore dans la portion
sud-ouest, mais au sud-est il n'en est plus de même, et la marche de notre description se ressentira de cette inégalité dans le développement des dépôts.
$ 1. Groupe oolithiqae supérieur.
Dans un mémoire publié en 1830, M. Dufrénoy (1) nous parait avoir le premier démontré la succession régulière des quatre groupes jllra^siques dans la zone sud-ouest, et la coupe qu'il a donnée quelques années après (2), coupe que nous avons reproduite nous-même avec quelques détails de plus (S), établissait bien la disposition générale et les rapports de ces groupes dans la partie la plus occidentale de la zone, le long des falaises qui bordent la mer, depuis File de Ré ou les environs d'Esnandes jusqu'à l'embouchure de la Charente, là où la série des couches se présente le mieux à l'observateur. La régularité parfaite de l'inclinaison au S.-0. permettait d'établir facilement ces rapports, et, d'après cette disposition, on conçoit que le groupe supérieur borde seulement la partie sud de la zone jurassique avant qu'elle disparaisse sous les dépôts crétacés et tertiaires.
MpftHaoïflBi ^^' Dufrénoy, dans le mémoire que nous venons de rappeler, u oJnat*. ^^*'^ signalé des marnes et des calcaires à Exogyra virgula à la inKriMire. pointe de Châtelaillou, au sud de la Rochelle, et il a colorié sur la carte géologique de la France, comme appartenant au groupe snpé-
(4) Mém. pour servira une descri/jt, géoL de la France j vol. I, p. 338, pi. 7. 4 830.
(2) Ibid., voL II, pi. 6, fig. 3, 4834.
(3) D'Archiac, Mém. Sor. géol. de France^ 4" série, vol. II, pi. 44, fig. 4, 4837.
GROUPE OOLITHIQCJE SUPÉRIEUR. 45S
rieor, les exirémités occidentales des îles de Ré et d*Oleron, puis une bande d*abord fort étroite qui, partant de la côte au' promontoire que nous venons de citer, s*é!argit bientôt en s*avançant vers TE. où elle supporte la ville de SaintJean-d'Angély. Ce groupe s'étend ensuite du N. au S., de Loulay à Saint-Hilaire , pour se continuer dans le département de la Charente en passant au nord d'Angouléme (1).
Nous avons fait voir (2) que les couches à Exogyra virgula, qui affleurent aussi sur la côte septentrionale de Plie d*Oleron, étaient surmontées, au nord de Saint-Pierre comme au sud de Saint- Hilaire et à Matha, par des calcaires marneux, schistoïdes, grisâtres, avec Nucula inflexa et gregaria, dont la constance était très remarquable à la limite des couches jurassiques et crétacées de celte partie delà France, et qui pouvaient représenter Fétage de Portla nd. Plus tard, M. iManès (3), en décrivant les amas de gypse des départements de la Charente et de la Charente-Inférieure, a démontré qu'ils étaient subordonnés à ces assises, et non aux sables et aux argiles de la craie, comme on l'avait pensé jusque-là. Nous suivrons cet ingé* nieur dans la description qu'il a donnée de ce groupe quelques années après [k).
Entre Saint- Jean-d'Ângély et la limite du département de la ^^ Charente, l'étage de Portiand forme une bande de 15 kilomètres p^^ûnd de large à la hauteur de Sciecq, et qui se termine en pointe vers fiiguay et les Nouillers à l'ouest. Il -disparait ensuite sous le quatrième étage crétacé de Saint- Sa vinien et de Rochefort, pour se montrer aux environs de Moese, puis dans l'île d'Oleron, par suite d'une faille qui l'aurait relevé en écartant les couches de ce dernier inclinées aujourd'hui en sens inverse (5).
M) Dufrénoy, Explication, etc., vol. II, p. 640, -1848.
(2) D'Archiac, Études sur la formation crétacée du sud-ouest de la France^ 4" partie, p. 73-79, pi. 4 4, fig. 4 [Ann. des se, géol., vol. H, 4 843). — Hist. des progrès de la géologie ^so\. IV, p. 444, pi. 2. fig. 4, 4854.
(3) Bull., 2* série, vol. VII, p. 605, 4 850.
(4) Description physique, géol. et minéral, du département de la Charente- Jnjrricure, p. 4 4 2, in-8, avec carte et coupes, 4 853.
(5) La coupe CD, donnée par M. Manès, ne montre pas de faille proprement dite, mais un soulèvement imparfaitement exprimé, en ce qu elle n'indique pas si toutes les couches jurassiques plongent au N., ou si elles sont recourbées en voûte dans ce petit espace. La
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M. Manès y distingue de haut en bas les trois assises suivantes (1). 1"* Des calcaires lnmacheUes,oolithiqueset argileux, blancs, crayeux, de 12 à 15 mètres dépaisseur, forment depuis Hiersac, Foussignac et Cicogne (Charente), une large bande, qui pénètre dans le département de la Charente-Inférieure, se montrant entre Sears et la Yriguole, au milieu du pays bas de Matha. Les fossiles sont uoe Pholadomye voisine de la P, parvula, Roem. , la Nerinea Bruntrutana, Thurm., une Turrileilt», Modiola cuneata, Phill. (Hiersac). La marne argileuse grise avec des plaquettes de calcaire gris que nous avons décrite dans la coupe de Matha à Saint-Brice (2), et dont les caractères assez particuliers nous ont fait hésiter sur ses vrais rapports géologiques, doit appartenir à cette première assise jurassique du pays.
2° Des calcaires compactes, tubulaires, en bancs minces, alternent avec des marnes grisâtres de 6 à 8 mètres de puissance, et renferment la Nucula tnfloxa, la Tei^ebratula biplicata, Sow.?, des Venus, etc. Des argiles schisteuses avec gypse se montrent ao milieu des surfaces occupées par ces calcaires, les lumachelles précédentes et les calcaires oolilhiques. Elles sont subordonnées à c» assises, et occupent le fond d'une grande dépression située entre Matha et Cognac. Ce gypse est exploité sur beaucoup de points de cette vallée, où il paraît être disposé par bandes recouvertes d'un dépôt d'alluvion ancienne (Aumagne, iSantillé, Ébéon, Auibon, Brizambourg, .Migron, etc.).
3' L'assise inférieure de l'étage comprend une alternance de calcaires compactes, unis ou bréchoîdes, de calcaires en partie oolithiques, toujours fossilifères, quelquefois arénacés, et de calcaires oolithiques à pâte crayeuse. Leur épaisseur serait de 50 mètres, et le plongement de 5» au S. Dans l'île d'Oleron, on retrouve le niveau du gypse exploité à Saint-Froult , à l'embouchure de la Charente, et de celui des environs de Cognac. Les fossiles sont principalement autour de Saint-Jeand'Angély, de Saint-Hilaire et de Saint- Denis-d'Oleron: Pholadomya acuticosta^ Sow., P. parvuh, Roem., Cardium dissimile, Sow., Trigonia gtbbosa, )à..
même observation peut s'appliquer à la coupe AB de Tlle d'OleroD et à la coupe MN, de Beaugey et Brouage.
(4 ) L'auteur décrit les couches en sens inverse de nous, ou de bas en haut.
[1] P'Archiac, H/si. des progrès de la^cnlo^ic^ vol. lYi p. 440, 185V
GROUPB OOLITBIQUg SUPÉRIBUR. A55
Gerviliia aviculoides, id., Nucula infiexa, Roem-, i\. gregaria^ Koch, Ostrea Bruntrutana^ d'Orb., Terebratula ôtp/ica/a (probablement subsella, Leym.), Ammonites rotundus, Sow., elc.
L'étage de Kimmeridge, de 80 mèires d'épaisseur, et occupaDt Étase UPfS bande de 12 à 15 kilomètres de large, est divisé en deux assises. Kimnfeddge. IhI supérieure, représentée sur la côte par les couches de la pointe ^u Rocher, forn^e ensuite une bande de 6 ^ 8 kilomètres de large. Les marnes de sa base, d'une épaisseur de 5 à 10 mètres, sont ticbistoides, grisâtres, et renferment, au pied du Rocher, de nombreux fossiles (Ammonites, Gervillies, Pholadomyes, Ejcogyrà virgulOf etc.). Les calcaires marjqeux, qui viennent aunlessus, ont de 15 à 20 mètres, son( blanc jaunâtre, compactes q\\ terreux, renferment les mêmes fos^les et des lits minces exclusivement composé^ ^'Exogyra virgula. L'assise inférieure qui se montre sur la côte, % la pointe ^e Châtelaillon, reposant directement sur le coralrag, est composée d'argile schisteuse, de calcaire sableux, terreux ou Qolithique. Son épaisseur est de 20 à 25 mètres, et VExogyra virgula y ^t aussi répandue à profusion. Parmi les fossiles les plus connus trouvés à Châtelaillon et à Saint- Jean-d'Àngély, nous citerons ; Pboladomya Protei, Defr. , P, acuiicosta, Sow. , P, parvula^ Roetp., Panopœa Alduini, d'Orb., isocardia excentrica, Yoltz, Thracia suprajurensis, Desh., Lucina substriata, Roem., L. Elsgaudiœ, Thurm. , Mytilus jurensis, Mer. , Pecten lamellosuSy Sow., Ostrea sulituria, id., Terebratula subsella, Leym., Satica globosa, Roem., A', macrostonia^ id., N. turbiniformis, id., .V. dubia, id. , Pterocera Oceani, BrQug. , Ammonites Lallierianus, d'Orb., A. lonyispinus, Sow.
Pans le déparlement de la Charente, les gisements de pierre à Dëpariemrat plâtre de l'étage de Pprtland, qui existent entre Croix-de-Pic et laCharenu. Orlut, sont évidemment subordonnés à deux masses de calcaire lum^cbelle. (^es coupes dçs exploitations de la forêt de Jarnac, de Uons, de Cherves, de loinot près de Cognac, mettent ce fait hors ^e doute. A Pontouvre, ^u pord d'Angoulême, le groupe supérieur nous a présenté la coupe suivante sur une hauteur de 10 mètres :
4. Calcaire blanc marneux, avec Nucula gre^aria et inflexa , marnes schisteuses avec Terebratula subsella.