‹ Histoire des progrès de la géologie de 1834 à [1859]Chapitre 2 sur 166 · VI · texte numérisé non relu

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quelques aperçus trop hâtés. Aussi préférons-nous continuer à coordonner simplement les faits, jusqu'à ce que leur classement général soit terminé; il nous sera plus facile alors de les présenter dans leurs vrais rapports; éclairé comme nous devrons Tétre, par une longue étude et une discussion attentive de la valeur de ces faits, nous craindrons moins les conclusions hasardées ou prématurées auxquelles nous aurions pu nous laisser entraîner.

Cette marche est sans doute bien lente, mais, comme Ta dit un poète : « le temps n'épargne pas ce qu'on a fait sans lui, » et si nous ne pouvons nous soustraire à son action, du moins aurons-nous fait ce qui dépendait de nous pour en atténuer les effets. Nous ne nous dissimulons pas, cependant, la valeur du reproche qui nous a été adressé : que notre travail manquait d'harmonie dans les proportions de ses diverses parties (1). En effet, les dernières, eu égard au laps de temps qu'elles embrasseront, seront doubles des premières, et celles-ci seront déjà fort en arrière de la science, lorsque celles-là paraîtront. Cet inconvénient, si l'on y réfléchit bien, était inévitable. Un travail aussi compliqué, quelque activité qu'on y mît, ne pouvait être rédigé et imprimé dans un intervalle assez court pour que toutes ses parties fussent terminées ensemble, ou bien pour que les dernières ne fussent pas déjà vieillies lors de leur publication.

Aussi est-ce pour remédier autant que possible à ce défaut, que nous rappellerons, dans une synthèse finale, à laquelle nous consacrerons notre dernier volume, tout ce que nous aurons dit de plus important, en y réunissant les faits les plus essentiels acquis à la science, sur chaque sujet, depuis que nous en avons traité. C'est seulement alors que nous pourrons proposer une classification chronologique et méthodique de la série des phénomènes, tant physiques qu'organiques, qui se sont produits depuis l'origine de notre planète. Si nous ne sommes pas plus heureux à cet égard que beaucoup de nos prédécesseurs, nous

(4 ) « Or, àmoiDB qu'après avoir achevé cette œuvre, M. d*Arcbiaô p De publie en une seule année de nombreux suppléments, embrasr » sant chacun un laps de temps différent, il y aura toujours dispro- » portion entre les parties de l'ouvrage. » [Arcli, des sciences phys, etnatur. de Genève^ vol. XIII, p. 244^ 4 854.)

n'en accuserons du moins que notre propre faiblesse, et nous attendrons avec confiance qu'une main plus habile vienne tracer, dans son ensemble comme dans ses détails, le vaste et magnifique tableau des âges de la nature.

Nous avions d'abord pensé à accélérer notre marche, en traitant rapidement des formations jurassique et triasique, pour arriver plus tôt à la partie la plus essentielle de notre revue, à l'examen du terrain de transition dont le débrouillement complet appartient en entier à la période historique qui nous occupe. Le désir d'avancer notre tâche a dû céder néanmoins devant cette considération, que nous eussions alors plus justement mérité le reproche que nous venons de rappeler ; on nous eût objecté que si la formation jurassique et celle du trias, dans l'état actuel de la science, n'occupent pas encore, à la surface du globe, des étendues aussi considérables que la formation crétacée, leur complexité, leur puissance, l'abondance et la variété des types organiques qui les caractérisent, annoncent deux phases certainement fort importantes de l'histoire de la terre et qu'il serait peu rationnel de ne pas étudier avec toute l'attention qu'elles exigent. Aussi, avons -nous résolu de continuer l'examen de ces formations sur le même plan que les précédentes.

Au fur et à mesure que Ton descend dans la série des formations, on voit la surface qu'elles occupent dans leur état normal diminuer de plus en plus, et se réduire à des bandes étroites circonscrivant les massifs plus anciens. Mais ce n'est là qu'une apparence trompeuse due à ce que les plans ou nappes continues dont nous n'apercevons que les bords ou les alfieurements sont masqués, sur tout le reste de leur étendue, par les sédiments plus récents, de sorte que leur surface, en y comprenant ce qui est dérobé à nos regards, serait, au contraire, d'autant plus grande que les dépôts appartiennent à une période plus reculée.

L'orographie et l'hydrographie si compliquées de l'Europe, de même que les contours si découpés de ses côtes, sont des circonstances qui se rattachent, sans aucun doute, aux dislocations fréquentes qui s'y sont produites dans des directions très variées, et auxquelles n'est pas non plus étrangère la complexité des dépôts de tous les âges. Ce que l'on sait des autres continents, dont les formes orographiquçs et les contours généraux

DisposiUon

de»

dépôts

jarnûiquet.

sont plus simples et plus largement accusés, montre que leur constitution géologique participe de cette simplicité et de cette plus grande uniformité par rapport aux roches contemporaines de TEurope. L'étude de la formation jurassique semble confirmer, à cet égard, ce que nous avait appris celle des dépôts quaternaires, tertiaires et crétacés ; mais, comme elle est beaucoup moins avancée sur les autres points du globe que dans Touest et le centre de TEurope, les comparaisons que nous pourrons faire n'auront pas un caractère de généralité aussi frappant.

Restreinte à cet espace, la formation jurassique nous offre cependant une composition beaucoup plus variée que celle qui lui a succédé et qui a fait l'objet des volumes IV et V de cet ouvrage. Tels que ses affleurements se montrent aujourd'hui, ils ne se coordonnent plus aussi bien avec les bassins hydrographiques actuels, que les dépôts crétacés et surtout que les dépôts tertiaires. On reconnaît que Taccidentation de leur relief s'éloigne davantage de nous, et qu'ils suivent plus exactement les contours des anciens massifs qui formaient des isthmes, des presqu'îles ou des îles, s'élevant au-dessus des mers de la période jurassique, semblables à des archipels, ou aux bords profondément découpés d'un continent voisin.

Ainsi, la Bretagne, la Vendée et la plus grande partie du Cotentin à l'ouest, et le massif primaire central de la France, formaient deux îles entourées par les eaux jurassiques, comme le massif cristallin et triasique des Vosges et de la Lorraine d'une part, et celui delà Forét-Noire, delà Souabe et de la Franconie de l'autre, séparés par un golfe profond, constituaient deux péninsules parallèles, allongées au S.-S.-O. et se rattachant vers le N. aux massifs anciens de l'Ârdemie, du Hundsruck, du Taunus, etc.

Ce que l'on a appelé le bassin secondaire du nord de la France n'est encore ici, comme pour l'ère crétacée, qu'une expansion au S.-E. du grand golfe dont le rivage bordait au N.-O. les terrains plus anciens de toute la partie occidentale de l'Angleterre, avec cette différence, cependant, qu'elle n'était pas d'abord complètement fermée, comme elle le fut plus tard; car deux larges ouvertures, l'une au S.-E. et l'autre au S.-O., mettaient les eaux en communication directe, d'une part, avec la région du Jura proprement dite, le centre de l'Allemagne et le pourtour des Alpes , de l'autre avec l'espace compris entre

les roches du plateau central et les îlots de terrain ancien qui, sans doute, jalonnaient déjà la chaîne des Pyrénées.

Nous ne concevons de dépôts jurassiques isolés que ceux qui 1 étaient dans Torigîne par des reliefs insulaires, péninsulaires ou continentaux formés de roches préexistantes ; aussi, lorsque nous avons la certitude que les dépôts que nous étudions sont les affleurements de ceux que nous n'apercevons point parce qu'ils sont masqués par d'autres plus récents, nous les regardons comme parfaitement continus; de sorte qu'en parlant du bassin secondaire du nord de la France, et en particulier de ses couches jurassiques, nous entendons non-seulement les aftleurements observés directement, mais encore tout ce que nous cachent les sédiments crétacés, tertiaires et quaternaires qui s'y sont formés successivement. Nous considérons, par conséquent, une telle surface comme composée d'une suite de vases plus ou moins profonds, à parois irrégulières, placés les uns dans les autres et dont les bords seuls seraient accessibles à nos regards. Ainsi les strates jurassiques, pris comme un tout, sont en ce sens toujours continus, faisant partie d'un même vase dont les parois et le fond présenteraient d'ailleurs, sur divers points, dans leur épaisseur comme dans leur composition, des différences plus ou moins considérables.

Nous avons, autant que possible, suivi la marche adoptée pour la description de la formation crétacée ; mais le relief général du sol et les contours des terres émergées sur lesquelles se sont déposés les sédiments jurassiques différant, comme on vient de le dire, de ce qu'ils ont été plus tard, nous avons dû y conformer les coupures toujours indispensables dans une longue énumération de faits. Nous avons aussi, dans chacune de ces divisions géographiques, décrit les divers groupes séparément lorsqu'ils étaient bien distincts et bien caractérisés; nous les avons au contraire décrits ensemble lorsqu'ils l'étaient moins ou lorsque nous avons pensé qu'il n'en résulterait aucune confusion dans l'esprit du lecteur. Enfin, le nombre toujours croissant des publications nous a obligé de répartir notre sujet dans deux volumes : le volume VI, qui comprendra la formation jurassique des lies Britanniques, de la France et de quelques pays voisins ; le volume Vil , celle du reste de l'Europe et des autres parties du globe.

cuisiflcsuon Lgg géologues anglais, appréciant la profondeur et la justesse termiaoïogie. dcs vues (le W. Smith sur les dépôts secondaires de leur pays, ont conservé sa classification et sa terminologie encore vraies et suffisantes après une épreuve de quarante années. Ils ont respecté cette terminologie, non pas seulement parce qu'elle avait été établie par un de leurs compatriotes et sur leur propre sol, mais encore parce qu'elle était l'expression la plus naturelle des faits ; et, comme si la géologie stratigraphique était destinée à leur devoir plus qu'à toute autre nation, ce fut aussi vinjj;t ans plus tard qu'un digne émule de W. Smith fondait la classification du terrain de transition, classification qui put faire, avec non moins de bonheur, le tour du globe sans avoir été trouvée en défaut.

W. Smith donna successivement trois tableaux de la série des couches d'Angleterre qu'il avait étudiées. Dans le premier, qui remonte à l'année 1799, on remarque plusieurs omissions réparées dans le suivant, qui accompagnait la carte publiée en 1812 (1) et de 1815 à 1816. Nous trouvons dans le troisième la série ci-jointe, qui représente les divers étages compris depuis sous le nom collectif de groupe oolithique, mais qu'il ne réunissait pas encore sous une seule dénomination, non plus que les autres divisions placées au-dessus et au-dessous. Elle présentait de haut en bas :

[\) A gcoiogical map of England and fFales with part oj Scot- /a/^^, dont la publication fut commencée en 4 81 2. Le mérite de Smith ne consiste pas d'ailleurs à avoir tracé et colorié sur les feuilles de l'atlas de Cary les limites des divers systèmes de couches dont il avait déterminé les rapports de position, mais bien dans la méthode qu'il employa, on pourrait presque dire qu'il inventa, pour fixer ces mêmes rapports de la manière la plus simple et la plus naturelle. On en trouvera les détails, les applications et les résultats dans ses diverses publications, et particulièrement dans le Gcolagicnl table ofBritish orgaiiiscdfossUs which idcntijy the course and continuity ^ftlic strata in their order oj super position^ 4 815, placé en tôte de l'ouvrage intitulé : A stratigraphical system of organised fossiis compiled from the original geological connection of Brilish Muséum with coloured tables of the geological distribution of the group of Echinoderniata^ in- 4, 4 817. — iStrata identified by organised jossilsj in- 4. avec planches coloriées, 4 816 (quatre parties seulement ont été publiées; il devait y en avoir sept).

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