FORMATION JURASSIQUK DU NORD DE LA FRANCE
Nous avons déjà esquissé, an commencement de ce volume (aniè, p. 6), la disposition générale des sédiments jurassiques de l'ouest et du centre de l'Europe, tels qu'on les observe sur le pourtour des lies, ou le lonp; des péninsules formées par des terrains pins anciens et qui s'élevaient au-dessus des mers de celte |)ériode. Ces dépôts en reliant entre elles ces ))orlions du sol émergé préparaient la forme des contours que devaient prendre plus tard les roches crétacées On a vu que ceux-ci étaient assez en rapport avec les bassins hydrographiques actuels, qui nous ont, en eiïet, servi de divisions nalurelies pour notre description.
Cette ressource nous manquant en partie pour la formation jurassique , nous y suppléerons en adoptant des limites plus artificielles eu égard à la distribution de ses dé])ôts. En conséquence, nous appellerons Formation Jurassique du nord de la France la série des couches contemporaines de celles que nous venons d'étudier en Angleterre, et qui se .sont déposées au sud et au sud-est de ces dernières sur les rivages de la Normandie , du Perche, du Maine, de l'Anjou, du Poitou, du Berry, du ^ivcrnais, de la Bourgogne, de la Champagne, de la Lorraine, du Luxembourg et des Ardennes.
La plus grande partie de ce périmètre est bien déterminée par les lignes successives des anciennes plages de la mer jurassique ; mais, comme cette mer s'étendait aussi, bien au del5 vers le S., en passant entre File de Bretagne et celle du massif central , puis vcrsl'E., entre le Morvan et les Vosges, nous avons adopté pour limite, dans la première direction, le plateau situé au sud de Civray Vi. il
et de MeUe, oa la ligne de partage des eaux de la Loire el des autres rivières qui coulent à l'O. , pour se rendre directemeni à la mer; puis pour limite, dans la seconde direction, la ligne de partage des eaux de la Seine et de la Saône , en suivant la crête de la Côte-d'Or et le versant oriental du plateau de Langres. En réalité. ces limites ne sont artificielles que pour les deux groupes inférieurs, car elles sont, au contraire, naturelles pour les deux supérieurs, qui ne les atteignent pas , et dont les aflQeurements tracent de part et d*autre les zones intérieures des bassins. Au nord, les couches crétacées qui masquent les assises jurassiques, entre Hirson et le Bas- Boulonnais, constituent une interruption à la surface du sol et une limite naturelle dans cette direction.
Nous retrouverons sur le pourtour de l'espace ainsi limité, qui comprend les bassins hydrographiques de la Loire, de la Seine, de la Meuse et de la Moselle, les représentants exacts et également bien caractérisés des quatre groupes de la côte nord- ouest en Angleterre, mais avec des difierences d'autant plus prononcées que nous nous en éloignerons davantage. Chaque groupe sera l'objet d'une section particulière dont les divisions géographiques, et quelquefois les sous-divisions géologiques, seront indiquées en marge, ne faisant que continuer ainsi vers le S. et l'E. l'examen des mêmes sédiments. Nous commencerons par ceux qui sont le plus rapprochés des côtes de la Manche, tels que les dépôts du Bas-Boulonnais, du pays de Bray et de la Normandie, sauf à revenir plus tard sur ces divers points pour traiter des vues générales qui exigent la connaissance préalable de tout Je reste de l'espace que comprend ce chapitre.
^ I. Groupe oolithique supérieur.
Dffpartement La netteté des contours de la petite région naturelle désignée soos Pas-dc^-caïaù. le uom de Bas-Boulonnais, el que l'on a vue bordée d'une ceinture de craie continue [antè, vol. IV, p. 202), avait déjà frappé Monnet (1), mais cette disposition est plus intéressante encore lorsque Ton remarque avec M. Élie de Beaumont (2) que le demi-cercle, ou plutôt la portion d'ellipse dont parle Monnet, n'est en réalité
Bai-Boulonnais.
(1 ) Atlas et description minéralogifjue de la France^ p. 26,
(2) Explication de la carte géologique de la France y td. II, p. 560, 4848.
GROUPE OOLITHÎQDE SUPÉRIEUR 16S
qD*DD Sèment d'une courbe ellipiiquc fort étendue et complètement fermée, sauf l'interruption causée par le canal de la Manche ; c'est reitrémité orientale d'une dépression dont la grande vallée de Weald déjà décrite [antè, vol. IV, p. 117) constitue la partie de beaucoup la plus considérable.
On a dit que les affleurements concentriques des couches qui en forment le fond et les bords appartenaient exclusivement aux groupes crélacés et wealdien, tandis que les couches plus anciennes affectaient une position tout à fait excentrique, puisqu'elles ne se montrent que dans le Bas-Boulonnais. Or ces dernières conservent encore entre elles cette même relation, car les roches de transition sont les plus éloignées de Taxe de la courbe, et celles du groupe oolithique supérieur que recouvrent les rudiments virealdiens, en sont les plus rapprochées. Elles bordent presque constamment la côte dans toute la largeur de cette portion de l'ellipse, d'Équiben à Wissant. De même que les groupes plus anciens, celui-ci traverse le pays du S.-Ë. an N.-O., en diminuant de largeur à mesure qu'il s*avance dans cette dernière direction. Les bords des trois zones jurassiques convergent vers le N.-O. en se rapprochant de l'extrémité du massif de terrain ancien.
Ici, comme dans le Dorsetshire, le groupe supérieur se compose du Portiand-stone, du Portland-sand et du Kimmeridge-clay. Sur la côte au nord de Boulogne, entre le fort de la Crèche et Vimereux, des grès calcarifères concrétionnés, ou en masses noduleuses et enveloppées de sable, sont remplis de Cypris. Ils représentent l'assise appelée cap de l'autre côté du détroit, et que nous avons vue former la base de l'étage de Purbeck. Ils recouvrent aussi, comme dans le midi de l'Angleterre , la première couche marine de Télage de Portland qui, suivant M. Rozet (1), est un sable blanchâtre alternant bientôt avec un grès divisé en plaquettes à sa partie supérieure. Les Trigonies et VExogyra virgula y sont très répandues. Ces grès, concordant avec les couches tuberculeuses, régnent le long de la falaise d'Équiben au cap Gris-Nez.
(1) Description géognostique du bassin du Bas-Boulonnais^ p. 52, in-8, avec carte et coupes, Paris, 1 828. — Essai sur la constitution géognostique des environs de Boulogne-sur-mer^ lu à la Société philomatique, le 10 mars 4825, et à la Société d'histoire naturelle le 7 février 4 826 {Mém. de la Soc. d'hist, nat. de Paris, îol. III, p. 4 82, 4 827, pi. 3, carte et coupe géologique des environs de Boulogne-sur-mer).
i6/i NORD DB LA FRANCE.
Sous les grès fissiles, éqniTaients du Poriland -stone, viennent des sables ferrugineux assez épais, ressemblanl à ceux que nous avons rapportés à la formation crétacée ou aux sables d'Hastings, mais qui en sont r^;ellement bien séparés par les assises précédentes. Ils enveloppent des blocs de grès considérables exploités sur divers points, plus ou moins arrondis et souvent de plus de 1 mètre de diamètre {carrière de la Colonne, près de Boulogne, de Saint-Martin, du Mont-Lambert et de Brunemberl).
La coupe qu*a donnée M. Fitton (1) de cette partie supérieure du groupe est un peu différente. Soit à Temboucburc de la rivière de Vinietrcux, soit dans Tensemble du profil de Boulogne jusqu^à ce point, on remarque :